4 – « Hana-chan »
Nouvelle parcelle, nouvelle ambiance. Le « ciel » s'assombris d'un coup. Le jeune homme leva les yeux, le plafond était nuageux, gris. Finalement, le ciel n'était pas peint pensa-t-il. Le photographe fit quelques pas puis cessa sa progression lorsqu'il entendit un bruit sourd. Une rafale de vent l'obligea à se baisser. Une tempête s'était levée, il ne manquait plus que la pluie pour noircir le tableau mais, heureusement, la pluie ne vint pas.
Qu'est ce qui allait lui arriver maintenant ? Quel genre de surprises lui réservait le monde du miroir maintenant ? Passer du beau temps à une tempête était déjà exceptionnel mais Akihito ne doutait pas qu'il assisterait à d'autre événement de ce genre.
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Dans la salle de projection où se trouvaient Aya et Asami, l'ambiance était tendue.
Asami regardait les écrans en fronçant les sourcils. Il se tourna vers la jeune femme sans dire un mot, cependant, ses yeux exprimaient une profonde colère à peine contrôlée.
- Akihito est entré dans la seconde parcelle, et il se trouve que, pour le jeu, changer de parcelle revient à changer totalement de lieu. Après le beau temps vient le ciel gris et le vent. Asami, voyons… arrête de me fixer de cette manière, ça me gêne…
- Comment t'y prends-tu ? Répondit-il sans prêter attention à la dernière remarque d'Aya.
- Le ciel, il est formé de dizaines d'écran plasma, je n'ai qu'à appuyer sur un bouton pour changer d'ambiance.
- Et je suppose que pour le vent tu utilises des…
- Des ventilateurs ! Ils sont immenses ! Mais très bien cachés, Akihito ne les verra pas.
- Bon, j'en ai assez vu, fais sortir le gamin d'ici, je n'ai plus de temps à t'accorder. Annonça Asami en se levant.
- Ne t'inquiète pas ! Un peu de vent n'a jamais tué personne. Tu peux partir, je m'occuperai d'Akihito pour toi alors. Proposa Aya en ricanant.
Asami fronça les sourcils puis se rassit.
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Le photographe, toujours baissé, leva la tête en espérant trouver un endroit où il pourrait s'abriter. Il faisait face à une forêt très sombre, épaisse et très peu rassurante. Malgré un mauvais pressentiment, il se dirigea en courant vers la masse de branches, en quête d'un abri. Lorsqu'il atteignit la forêt, une main attrapa son bras.
- Suivez-moi. Cria la personne à qui appartenait cette main, assez fort pour couvrir le vacarme provoqué par le vent.
Akihito suivi cette personne, caché sous un capuchon noir qui volait dans tous les sens à cause des rafales de vent. Ils parvinrent finalement à une clairière ou siégeait une cabane et bois. L'individu qui avait entraînait le photographe lui fit signe d'entrer avant de le suivre et de refermer la porte. Une fois à l'intérieur, elle retira son capuchon et le rangea sur un porte manteau. C'était une jeune fille, blonde, avec de grands yeux bleue, ses cheveux tombaient en cascade sur son dos. Elle sourit à Akihito, le jeune homme rougit aussitôt.
- Je vous remercie ! Merci de m'avoir apporté votre aide.
- Je vous en pris. Répondit-elle avec douceur.
Elle invita le jeune homme à boire un chocolat chaud, proposition qu'il accepta avec plaisir.
- Comment vous appelez vous ? Demanda-t-elle au photographe.
- Akihito Takaba, et vous ?
- Je m'appelle Hana. Se contenta-t-elle de répondre.
- Et qu'est ce que vous faites ici ?
- Je travaille… Akihito, êtes-vous précieux aux yeux de quelqu'un ?
- Pourquoi me demandez-vous ça tout à coup ?
- C'est important, il me semble. Répondit-elle en souriant.
- Euh… oui c'est vrai, mais je ne sais pas vraiment quoi vous répondre.
- Je suis sure que si. Il y a bien quelqu'un pour qui vous comptez, une petite amie peut-être ?
- Ah… c'est un peu compliqué… Confia le photographe d'un air gêné.
- Expliquez-moi.
- Il y a bien quelqu'un, un homme en fait, que je pourrais qualifier de « petit ami » mais notre relation n'a rien de très commun… je ne sais pas si ce terme convient alors. Je suis désolé, vous ne devez pas comprendre ce que je raconte, je m'y perds moi-même alors…
- Est-il gentil avec vous ?
- Pas vraiment… même si il n'est pas autant méchant qu'il peut l'être avec d'autre personne… En fait, je ne sais pas se que je représente pour lui… je ne suis peut être qu'un jouet amusant à ses yeux…
- Ou pas.
- Je ne sais pas, il m'est impossible de savoir ce qu'il pense, vraiment.
- Il s'occupe de vous ?
- Oui.
-Etes-vous intimes ?
Akihito rougit immédiatement.
- Euh… oui… et c'est sûrement « ça » qui fait notre relation.
- Je pense que c'est plus que cela, Akihito, si cet homme ne voulait que votre corps, il ne s'occuperait pas de vous.
- Il s'amuse avec moi. Je suis sur que quand il s'occupe de moi, c'est uniquement pour me rendre en colère et se jouer de moi avec mes réactions.
- Possible. Répondit la jeune fille en souriant.
- Oui…
- Et cette situation vous convient-elle ?
- … Je crois que oui. Même si je n'aime pas être traité comme un gamin, je dois avouer que depuis que je l'ai rencontré, ma vie est plus…
Akihito réfléchi un instant.
- Intéressante ? Proposa Hana.
- Oui, dangereuse mais excitante en même temps, vous comprenez ?
- Bien sûr.
Akihito n'en revenait pas. Comment pouvez-t-il se confier aussi facilement à une parfaite inconnue ? Peut être aurait-il du mentir pour son bien mais… il ne voulait ou ne pouvez pas.
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- C'est trop mignon ! S'exclama Aya en lançant un grand sourire au yakusa.
- Si tu le dis. Répondit Asami en allumant une cigarette.
- Ca ne te fait pas plaisir ?
- Non, pas vraiment.
- Mais pourquoi ? Akihito dit que depuis qu'il t'a rencontré il…
- Fermes là ! Akihito ne dirait jamais cela dans son état normal, il nierait tout en bloc. Je ne sais pas ce que tu lui a fais mais je le connais assez pour savoir qu'il n'est pas dans son état normal.
- Ca aussi c'est mignon : « le connais assez pour savoir qu'il n'est pas dans son état normal ». Je me suis juste arrangée pour qu'il réponde franchement aux questions d'Hana chan.
- Que veux-tu dire par là ?
-J'ai demandé à Hana de verser un sérum de vérité dans son chocolat chaud, astucieux non ?
- Je n'en vois pas l'intérêt.
- Rassure-toi, Akihito va être totalement franc pendant une heure, c'est tout.
Aya appuya sur un bouton, tous les écrans affichèrent l'intérieur de la cabane ou se trouvaient Akihito et Hana. La jeune fille déclencha un nouveau bouton, qui projeta un rayon lumineux dans la cabane.
- Asami-san… il y a une chose dont il faut que je te parle. Murmura Aya en se tournant vers le yakusa.
- Pourquoi prend tu cette air si grave ?
- Pendant le jeu, Akihito aura peur parfois, mais il n'est pas en danger, je ne veux pas que tu t'énerve en te faisant de fausses idées si il cri, il ne risque rien.
- Bien.
Aya sourit puis se tourna vers les écrans et déclencha un nouveau bouton.
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Dans le monde du miroir, après avoir perçu le signal lumineux envoyé par Aya, Hana se leva puis fit signe à Akihito de faire de même.
- Il faut y aller maintenant. Dit-elle.
- Ah… d'accord. Répondit le photographe.
- Je vais vous donner des vêtements chauds.
La jeune fille tendit un gros pull ainsi qu'une veste au jeune homme. Il enfila le tout par dessus ses propres habits.
Il avait très chaud désormais, pourtant, la température dehors n'était pas glaciale d'après ses souvenirs. Hana s'était également changé, elle portait une combinaison de ski noire.
- Pourquoi sommes nous habillé comme ça ? Demanda-t-il.
- Suivez-moi maintenant. Murmura la jeune fille en enfilant une paire de gants.
Hana sortit, suivi de près par Akihito. Ce dernier fit les yeux ronds lorsqu'il s'aperçut que la petite clairière dans laquelle ils se trouvaient était désormais couverte d'une épaisse masse de neige.
- De la neige ! S'écria-t-il.
- Oui, venez. Répondit Hana en lui faisant un signe de tête.
Le photographe suivit la jeune fille le long d'une allée entourée d'imposants chênes couverts par la neige blanche. Ils finirent leurs chemins en haut d'une immense falaise. Akihito, essoufflé, ne remarqua pas la silhouette qui l'approchait dans son dos.
- Pourquoi m'avez-vous mené ici ? Demanda-t-il à Hana.
Cette dernière lui fit un sourire mauvais, suivit d'un signe de tête dans la direction de la forme menaçante. Akihito fit demi-tours puis tombez nez à nez avec un homme très grand, ce derniers l'attrapa et l'immobilisa.
- Tu vas être bien sage maintenant, et répondre à toutes mes questions. Fit la jeune fille en ricanant.
- Mais qu'est ce qui vous prend ? Demanda le photographe, choqué par ce changement brutal de personnalité.
- Laisse moi juste passer un coup de fil Akihito, je ne serais pas longue…
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Aya décrocha le téléphone dès la première sonnerie.
- Hana chan ! Quel plaisir de t'entendre !
- Plaisir partagé très chère ! Répondit la jeune fille en riant.
- Je te fais patienter quelques secondes, je ne lui ai pas encore demandé.
- D'accord !
La jeune femme se tourna en direction du yakusa.
- Y a-t-il quelque chose que tu veuille savoir ? lui demanda-t-elle.
- A quel sujet ? Questionna-t-il prenant une nouvelle bouffé de cigarette.
- Au sujet d'Akihito ! Cela me parait évident, puis éteint moi ça, je ne veux pas que la pièce sente le tabac !
- Non, arrête tes conneries maintenant, je n'ai pas que ça à faire.
- Tu ne veux pas savoir s'il t'aime ? S'insurgea la jeune fille.
- Non, cela ne m'intéresse pas.
- Eh bien moi si.
Aya reprit le téléphone puis murmura quelque chose d'inaudible pour le yakusa.
- Je regrette mais le jeu n'est pas encore terminé.
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Hana raccrocha puis se dirigea vers Akihito d'un pas lent. Le jeune homme était toujours retenu de force au bord de la falaise.
- Akihito, tu connais Asami Ryuichi ? Questionna la jeune fille
- Bien sûr ! Cria le photographe en se débattant.
- Qui est-tu pout lui ? Son petit ami ?
- Non… Je… je n'en sais rien. Murmura Akihito.
Hana, perplexe, lui répéta la question mais la réponse donnée par le jeune homme ne fut pas plus claire. La jeune fille réfléchi un instant, même en étant sous l'influence du sérum de vérité il n'était pas clair, décidément, que cette relation pouvait être compliqué !
- Tu ne sais pas. Répéta Hana, visiblement déçue.
- Un jouet peut être… une distraction.
Ils avaient déjà eu cette discussion, aussi Hana voulu chercher plus loin.
- Et toi, tu le considère comme étant ton petit-ami ?
« Petit ami, petit ami, petit ami… » Ces mots résonnaient dans la tête du jeune homme.
- Non, ça n'a rien à voir ! Je ne peux pas le considérer comme tel étant donné la bizarrerie de notre relation. Il vient me trouver quand il à besoin de tirer son coup sans se soucier de ce que moi je veux ! Il se moque de moi en fait…
Akihito avait les yeux écarquillés, de fines larmes coulaient sur ses joues pales.
- Et que veux-tu ? Demanda Hana calmement.
- Je veux qu'il prenne ses responsabilités bordel ! Je veux qu'il m'écoute quand je parle et qu'il pense à se que je ressens à chacune de nos entrevues !
- Quels sentiments ?
- De la honte ! Puis de la douleur et…
- Et du désir n'est-ce pas ?
- Oui, mais ça n'efface pas totalement la douleur, le désir.
- Bien, je pense que nous avons suffisamment de réponses. Annonça Hana.
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- Parfait Hana-chan. Lança Aya en regardant l'un des écrans qui remplissaient la pièce.
La jeune fille actionna un bouton puis la falaise sur laquelle Akihito se trouvait se mis à trembler. L'homme qui retenait le photographe le poussa en avant. Akihito poussa un hurlement de terreur lorsqu'il se sentit tomber.
De son côté, le yakusa restait calme. Il comprenait désormais pourquoi Aya lui avais recommandé de ne pas s'énerver quoi qu'il arrive. Malgré cette chute impressionnante, il ne courait aucun danger véritable.
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Après une longue chute, Akihito atterrit dans un grand bassin. Il en sortit trempé, mais par chance la température ici était bonne, il n'y avait plus de neige, que de l'herbe. Il ôta sa veste et son pull puis fit quelques pas vers une nouvelle porte. Le jeune homme tenta de l'ouvrir en vain, elle était fermée à clé. A côté de lui se trouvait une petite pancarte en bois avec gravé :
Dans l'eau
Le jeune homme soupira puis retourna sur ses pas. Au fond de l'eau, brillait une petite clé dorée. Le photographe plongea et l'attrapa. Quand il fut retourné à la surface, il croisa le regard de la jeune fille déguisée en lapin. Elle lui adressa un large sourire puis passa la porte qu'elle avait au préalable, ouverte. Akihito sortit du bassin puis ré-ouvrit la porte qui avait été de nouveau fermée.
