1103ème jour
Happy reprit une gorgée de tequilla sans écouter un traitre mot de la conversation entre Chibs et Opie. Assis au fond du canapé défoncé du clubhouse, il buvait depuis un peu plus d'une heure alors que la soirée battait son plein en ce vendredi soir. Cela faisait plus d'une semaine qu'ils s'étaient disputés et qu'elle était partie dans sa voiture. Il n'avait aucune nouvelle d'elle.
D'abord, il s'était calmé, en se disant qu'elle serait de retour une fois dans l'heure qui suivait. Le lendemain, découvrant le lit vide à ses côtés, il se résigna à l'idée de passer au Dinner le soir pour la retrouver. Sauf qu'elle n'y était pas. Une certaine Rachel l'accueillit et lui expliqua qu'elle avait pris des vacances.
Il avait ensuite tenté de l'appeler sur son téléphone pour tomber directement sur la messagerie vocale. Il avait terrorisé le prospect en exigeant de tracer le portable, sans succès.
Sans vraiment se l'avouer, il avait trainé sa moto dans les rues de Charming en espérant la repérer.
Une semaine sans nouvelle.
Il était passé de la colère noire, à la frustration et maintenant, il s'installait dans une déprime. Elle lui manquait. Il ne l'aurait jamais dit à voix haute, et il n'en laissait rien paraître mais putain qu'est-ce qu'elle lui manquait.
Il reprit une gorgée de tequila.
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1125ème jour
« Quoi ? Hurla-t-il en sentant une tape sur son épaule alors qu'il était occupé à changer les roues d'une voiture. »
Deux semaines qu'il était les nerfs à vif. Plus personne n'osait l'approcher ou lui parler. Seule Gemma lui avait lancé son fameux regard quand il avait eu l'audace de lui répondre sur ce ton. Il n'avait plus recommencé. On ne se mettait pas la reine à dos impunément.
Il se retourna prêt à déverser sa rage sur l'importun. La première chose qu'il vit fut la masse de cheveux blonds qui hésitaient entre boucle et fouillis artistique. La deuxième fut les grands yeux bleus et le petit sourire tordu.
Elle était revenue.
Il fit un pas pour la prendre dans ses bras enfin la toucher et la sentir contre soi, s'assurer qu'elle était réelle, la garder contre lui, l'empêcher de repartir. Mais la jeune femme se raidit aussitôt et il laissa mourir son geste.
« On peut parler ? »
Chaque mot sonna comme une sentence. La phrase la plus crainte de n'importe quel homme qui avait merdé. Il comprenait mieux Clay ou même Opie quand leurs femmes débarquaient furax. Personne ne voulait ressentir ça : être traité comme la dernière des merde, et le mériter.
Il hocha de la tête et ils allèrent s'installer sur une des tables de pique nique du clubhouse. Assis côté à côté, il sortit son paquet de cigarette et lui en tendit une qu'elle accepta avec un sourire.
« Je n'aurais pas dû partir, dit-elle en exhalant la fumée. C'était stupide. »
Il attendit la suite, les coudes posés sur ses genoux, la tête baissée. Oui c'était stupide, tu sais à quel point je me suis inquiété ! J'ai cru que tu avais été enlevée ou je ne sais quoi ! Tu sais combien d'ennemis SAMCRO a, tu sais combien rêverait de me faire la peau ou celle des personnes que j'aime. Il resta silencieux, elle n'avait pas besoin d'entendre ça.
« Je me suis toujours promis que je ne resterai jamais avec un homme qui oserait lever la main sur moi. »
Elle cracha de nouveau sa fumée et évita son regard.
« Tu m'as fait peur. »
L'aveu final. Le couperet qui tombe. Le glas qui sonne. Il lui avait fait peur. A elle. Qui n'avait jamais flanché ou trembler devant lui. Qui s'était tenue debout à lui hurler dessus pendant des heures alors qu'il fracassait tout ce qui se trouvait autour d'eux. Qui s'abandonnait complètement à lui, à ses mains, à ses caresses, en totale confiance, au lit ou autre endroit qui faisait l'affaire.
« Tu m'as vraiment fait peur. »
« Je suis désolé. »
Les mots sortirent sans même qu'il s'en rende compte. Il avait été désolé dès la première seconde, dès que son bras s'était levé sans qu'il le contrôle.
« Je sais, répondit-elle d'une voix triste. Je le sais bien. »
Il attrapa ses mains, il les attrapa et les serra doucement dans les siennes, incapable d'affronter son regard
« Je m'accroche au fait que tu t'ait arrêté Je m'accroche au fait que tu revenais d'un de tes jobs, que tu ne t'attendais pas à autant de monde, que tu étais épuisé, sur les nerfs et pas dans ton état normal. Happy – il releva enfin la tête et vit des larmes perler au coin de ses yeux – j'ai besoin de savoir que j'ai raison de m'accrocher. Que je ne suis pas en train de faire la plus grosse erreur de ma vie. Que tu ne recommenceras plus jamais. J'essaie, j'essaie vraiment »
Parce que je t'aime, parce que c'est dix jours ont été une véritable torture, parce que j'en avais mal au ventre tellement tu me manquais, parce que j'ai besoin de toi plus que ce que je n'aurais pu l'imaginer.
« Je te promet que je ne te ferai jamais de mal. »
Parce que j'en suis incapable, parce que je me trancherai les veines plutôt que de te voir dans cet état, parce que j'ai besoin de toi pour tenir le coup.
Elle sembla relâcher son souffle.
« Ca va prendre du temps. »
« Je sais. »
« Je ne suis pas sûre d'y arriver. »
La pression des mains de Happy se fit plus forte.
« Je sais. »
« On va essayer. »
« C'est tout ce que je demande. »
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1215ème jour
Elle fronça des sourcils en voyant le nouveau client qui venait de franchir le perron du restaurant. Au bruit de la moto, elle s'était attendue à quelqu'un d'autre. L'homme resta quelques secondes sans rien dire, l'observant sans un mot.
Elle se redressa et l'accueillit comme tous les autres.
« Bonsoir et bienvenue Chez Joe's. »
« Tu connais Happy Lowman ? »
Elle fronça de nouveau les sourcils, et remarqua le patch « Mayans » sur le cuir qu'il portait.
« Je crois qu'il vit à Charming, répondit-elle. Souhaitez-vous manger ? La cuisine est fermée mais… »
« C'est toi Jaimie ? T'es sa régulière ? »
Elle n'appréciait pas beaucoup être interrompue, encore moins par ce genre de question inappropriée. L'instinct l'emporta sur l'envie de l'envoyer promener.
« Non. Je m'appelle Rachel»
Elle remercia silencieusement Joe de ne pas les avoir obligé à porter un badge sur leur uniforme. L'homme l'observa encore quelques secondes, s'attardant sur ses jambes nues. Une vague de froid passa tout le long de sa colonne vertébrale. Il tourna les talons et disparut sans un mot.
Elle attrapa son portable et appela à Happy.
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1428ème jour
Accoudé derrière le comptoir, il ne la lâchait pas des yeux. Assise en tailleur sur le canapé, elle riait aux éclats à une sortie de Tig. Elle se pencha sur l'épaule de son frère, ses cheveux blonds retombèrent délicatement sur ses épaules dans un mouvement de cascade. Il n'avait aucune idée de quoi il parlait, il n'en avait strictement rien à faire. Tout ce qui lui importait c'était son rire qu'il entendait à peine avec la musique et le bruit des conversations autour de lui. Tig pointa du doigt la fille qui occupait la barre de pole dance et lui murmura deux trois mots à l'oreille. Jaimie se retourna vivement vers lui, les yeux écarquillés, la main sur la bouche avant de recommencer à rire de manière incontrôlable, aidée par les muffins de Bobby. Tig l'accompagna dans son hilarité, en se tapant fortement la cuisse, plié en deux. Il se fit la réflexion qu'elle avait le chic pour s'attacher aux plus gros tarés de l'état.
Le retour à une vie de couple n'avait pas été simple. Il leur avait fallu trois mois pour retrouver leurs marques, pour qu'elle cesse de trembler quand il levait la voix. Et avec leur caractère de merde, cela arrivait souvent. La première fois qu'elle lui avait hurlé dessus à nouveau, le traitant de tous les noms, comme avant, il en aurait hurlé de joie. Ils avaient célébré la nuit même.
Elle balança ses longs cheveux derrière son épaule avant d'attraper son verre de tequila. Il grogna en voyant les yeux de Tig s'attarder sur le bas de son dos. Tig restait Tig. Il ne ferait jamais rien de plus que des commentaires déplacés mais il ne se privait pas non plus pour se rincer l'œil.
Sa concentration fut rompue par Gemma qui vint s'appuyer sur son épaule pour l'embrasser sur la joue avant de s'installer à coté de lui. Il ne fallut pas longtemps à la femme de Clay pour parler.
« Ils s'entendent bien ces deux-là, dit-elle en pointant d'un coup de mention la jeune femme. »
Il haussa les épaules et but une gorgée de sa bière.
« Doit-on s'attendre à une guerre entre frère pour une chatte un peu trop en chaleur ? »
Il lui lança aussitôt un regard noir auquel elle répondit par un simple haussement de sourcil.
« Je ne les laisserai jamais tous les deux si j'avais le moindre doute, grogna-t-il finalement se rendant compte qu'elle ne lâcherait pas l'affaire. »
« Donc, entre vous deux, tout va bien ? Vous avez réussi à passer le plus gros de la tempête ? »
Il haussa de nouveau les épaules, alors que Jaimie vidait cul sec son shot.
« Toujours un plaisir de te parler Happy, se moqua-t-elle avant de déposer de nouveau un baiser sur sa joue. »
Elle tourna les talons, sembla se raviser et se planta devant lui.
« Je suis heureuse que tu aies trouvé quelqu'un qui te convienne Happy, dit-elle doucement en lui touchant la joue avant de s'en aller pour de bon. »
Il croisa le regard brillant de Jaimie et il eut le droit à un de ses rares sourires mille mégawats. Il était de temps de rappeler à Tig les limites de l'amour fraternel.
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1515ème jour
Le bras replié sur ses yeux, elle grimaça sous l'inconfort. Cela ne faisait pas mal, mais elle ressentait toutes les vibrations du dermographe jusque dans ses côtes.
« Respire, dit alors Happy penché sur elle, concentré sur son travail. »
Elle eut un petit sourire et obéit.
« Tu veux faire une pause ? »
Elle hocha de la tête et attendit qu'il lui fasse signe pour se relever.
« Ne mets pas de tee-shirt, tu risques d'abimer le résultat. »
« Tu parles, c'est parce que tu me préfères à moitié nue. »
Il lui envoya un petit sourire avant de l'embrasser.
« Il y a de ça. »
Elle s'étira doucement, des courbatures commençant à se faire sentir suite à la position allongée prolongée sur la table de la cuisine.
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Quelques jours plus tôt, alors qu'elle regardait la télé, Happy avait débarqué chez elle.
« Faut que t'apprennes à fermer cette porte, râla-t-il en retirant son blouson et son cut. »
Elle leva les yeux au ciel et retourna à son émission le laissant farfouiller dans la cuisine, surement à la recherche d'une bière. Bouteille dans la main, il était venu s'asseoir sur la table basse en face d'elle, réclamant toute son attention. Sans un mot, Happy lui avait tendu un bout de papier plié en quatre. Jaimie s'inquiétait presque de la nervosité apparente de son tatoué et déplia – à grande peine – le message. Qui n'en était pas un. Il s'agissait d'un dessin. Un corbeau aux yeux onyx la transperçait du regard alors que ses ailes commençaient à se déployer pour un envol proche, un couteau maintenu entre ses serres. En y regardant de plus près, elle découvrit un smiley gravé sur le manche du couteau de chasse.
Happy se frotta le crane, pour la première fois mal à l'aise face au silence de la jeune femme.
« T'en penses quoi ? »
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Elle leva le bras par-dessus sa tête pour admirer le dessin sur ses côtes. Ce n'était pas l'endroit le moins sensible pour un premier tatouage, loin de là, mais c'est celui que Happy avait décidé. Le contour était fini, après une heure et demie de travail intense. Le corbeau allait être magnifique.
« On reprend ? »
Mais d'abord, elle allait devoir souffrir un peu.
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1597ème jour
« Et toi Jaimie ? Des projets d'enfants ? »
La fourchette s'arrêta à mi chemin de la bouche de la blonde qui releva les yeux pour regarder Wendy, la nouvelle conquête de Jax, participant pour la première fois à un repas de famille. Happy serra doucement sa cuisse et se pencha pour murmurer à son oreille.
« Lâche cette fourchette. »
Elle ne put s'empêcher de sourire et se détendit aussitôt.
« Mon utérus et ce qu'il y a dedans ou non t'intéresse tant que ça ? »
Wendy déglutit difficilement. Elle ne tentait que de faire la conversation. Le tatoué l'inquiétait déjà, elle pensait que Jaimie, à l'air plus affable, serait plus simple à gérer.
« Peut-on éviter certain mot à cette table, s'agaça Gemma, assise à côté de Jaime en bout de table. »
« Moi ça m'intéresse pourtant, rétorqua Tig avec un grand sourire. »
« On n'en doute pas, pervers, répliqua Jax. »
« A propos d'utérus, s'exclama alors Luann, il y a cette nouvelle mode en cours dans le milieu du porno. Ils veulent que les filles s'enfoncent ces petites caméras… »
« Luann ! »
« Chut Gemma, je veux savoir, râla Tig. »
« J'ai lu un bouquin qui parlait des pratiques bizarres en Allemagne de l'est pendant la guerre froide, intervint alors Jaimie. Je te le prêterai si tu veux. »
« Il y a des images ? »
« Non, Tig, répondit-elle sarcastique. Que des lettres qui forment des mots et ensuite des phrases. »
« Pas intéressé. »
Jaimie secoua doucement la tête avant de reprendre un peu de vin.
« C'est vrai que tu lis beaucoup, je t'ai toujours vu avec un bouquin. C'est marrant que tu ne sois qu'une serveuse au final. »
Gemma soupira. Elle aimait bien Wendy. Une fille qui connaissait sa place et, le plus important, vouait une admiration totale à son fils. Mais elle devait s'améliorer en conversation.
« C'est quoi le problème avec mon job ? »
Happy ne put s'empêcher de sourire en entendant le « connasse » sous-jacent au ton faussement léger de sa blonde.
« Tu es tellement intelligente, que c'est étonnant que tu ne sois qu'une serveuse. »
« C'est vrai ça, reprit Tig, pourquoi tu ne fais rien d'autre ? »
« Pourquoi me faire chier, grogna-t-elle. Je fous rien la moitié du temps, et je suis quand même payée. »
« On a un marché niche pour ça, reprit Luann. Certains aiment que les filles ne fassent absolument rien. Il faut juste faire semblant de dormir. »
« Est-ce que je peux faire semblant de lire ? Demande Jaimie – s'attirant le regard noir de Happy. »
« Oui. Mais là on parle de soft porn, ça se fait généralement avec une autre fille. »
« Ca ne me dérange pas, répondit Jaimie. Je l'ai déjà fait.»
Tig recracha sa bière sous les hurlements de ses frères, Gemma s'enfonça le visage entre ses mains.
« Pourquoi tu te marres toi ? Demanda Tig à Happy, la voix étranglée avant d'écarquiller les yeux sous la réalisation. T'étais au courant ? »
Jaimie lui fit un clin d'œil.
« Referme la bouche mon grand, rétorqua-t-elle, tu pourras fantasmer plus tard dans ton lit. »
« Tu ne le feras pas, interdit aussitôt Happy. »
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1602ème jour
« Ca commence à chauffer avec les Mayans, dit un soir Happy alors qu'ils étaient au lit. »
« Je dois m'inquiéter ? Demanda-t-elle abandonnant son livre pour quelques secondes. »
« Oui. Est-ce que tu pourrais t'éloigner de la ville quelques temps ? »
« J'appellerai Elle. Depuis le temps qu'elle me tanne pour venir à Paris, répondit-elle en reprenant sa lecture. »
Il l'embrassa sur le haut du crane, soulagé qu'elle l'ait écouté sans chercher à protester.
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1612ème jour
« Fais attention à toi, murmura Happy avant de l'embrasser une dernière fois. »
« C'est Paris, bébé, pas Monterrey. »
« Appelle moi quand tu arrives. »
« Promis. Souviens toi qu'il y a 14 heures de voyage. Plus le décalage horaire. »
« Fais pas ta maline et embrasse moi. »
Elle s'exécuta, se mettant sur la pointe des pieds pour atteindre sa bouche alors qu'il resserrait son étreinte. Après un dernier signe de la main, elle s'éloigna de lui pour passer le poste de sécurité, puis celui des douanes. Alors qu'elle arrivait dans la salle d'embarquement, elle entendit un message de sécurité diffusé dans tout le hall.
« Mademoiselle Jaimie Baxter au guichet 4, Mademoiselle Jaimie Baxter au guichet 4 s'il vous plait. »
Elle fronça les sourcils en récupérant son sac de voyage avant d'aller vers le guichet 4.
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Happy apprendrait plus tard qu'une cousine du VP des Mayans, Carmen, travaillait dans la compagnie aérienne choisie par Jaimie pour rendre visite à sa meilleure amie à Paris.
Que Carmen avait décidé d'en informer son cousin lorsque le nom était apparu sur son écran.
Que Rafael, travaillant au comptoir numéro 4 ce jour là, avait une fille à l'hôpital et que les factures avaient été gracieusement payées quelques heures plus tôt.
Que Antonio, du service des bagages, avait un pass pour les sorties de secours et que son frère, accro à la cocaïne, devait un sacré paquet de fric à Alvarez.
Que Jaimie n'avait pas pris la peine de s'inquiéter du message de sécurité, parce qu'elle était à un aéroport, loin de Charming, prête à s'envoler pour deux semaines de vacances loin de la guerre des gangs qui déchirait sa ville.
Happy apprendrait de la bouche même d'un des bourreaux que Jaimie n'était qu'un message pour les Sons. Que Happy avait fait trop de mal au Mayans pour que cela reste impuni. Qu'elle n'avait aucune chance de s'en sortir à la seconde où ils avaient posés la main sur elle. Les dix heures de torture méthodique avaient été gratuites. Aucune question ne lui avait été posée. Elle était au mauvais endroit, au mauvais moment, avec la mauvaise personne. Elle n'était rien dans le grand dessin des Mexicains, qu'une régulière de plus. Celle du Tueur.
Jaimie fut enterrée dans la plus grande discrétion au cimetière de Charming. Seul Joe et Rachel rejoignirent les Sons lors de la cérémonie aux dires de Jax. Happy avait passé la journée au Clubhouse, incapable de remettre les pieds chez elle. Il s'était repassé en boucle la première fois qu'il avait rencontré Jaimie. Si seulement il n'avait pas eu soif, ou faim. Si seulement il n'avait pas eu besoin de cet arrêt entre deux missions. Elle ne serait pas aujourd'hui dans un cerceuil fermé, le visage trop abimé pour qu'elle soit exposée lors de la veillée funéraire.
« Putain de karma, murmura-t-il en avalant cul sec un shot de tequila à son honneur. »
Happy ne fut capable de voir sa tombe que trois mois après son enterrement. Il passa la nuit adossée à la pierre tombale qui ne disait que son nom, anonyme et froide, incapable de retranscrire le centième qu'avait été Jaimie. Tig vint le récupérer le lendemain matin.
Ils ne parlèrent plus jamais de Jaimie.
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3875ème jour
« Moi je dis que c'est Happy qui se trouvera une régulière en dernier. Si jamais il s'en trouve une, s'exclama Mi-Couille en réponse au pari lancé par Bobby quelques minutes plus tôt. »
Le prospect se pencha pour récupérer sa bière, inconscient du silence de ses futurs frères. Il ajouta pour faire bonne mesure.
« Je ne vois pas quelle fille sensée irait se foutre avec un taré comme ça. »
Tig lança son poing avant que quiconque ne puisse l'arrêter.
