Chapitre 3
Les retombées des choix
- Monsieur Graves !
L'homme se tourna alors qu'il allait grimper dans le train. Il se recula pour laisser passer les autres passagers tandis que le Premier Ministre de la magie, Seraphine Picquery, s'avançait vers lui. Voilà qui le surprenait beaucoup. On voyait rarement ce genre de femme, aussi haut gradée et distinguée, se perdre sur les quais emplis de fumées.
Il se rapprocha d'elle pour éviter que la vapeur de la locomotive ne vienne trop vers elle et il consentit même à l'emmener à l'écart. Une bonne chose parce que son expression indiquait qu'elle devait lui parler de sujets graves…
- Cette bête que vous gardez chez vous. Elle est bien sous la plus haute surveillance.
Elle souleva un petit rouleau de parchemin.
- Tout ceci est bien écrit mais c'est de la magizoologie.
- Newt est une Magizoologiste. Rappela-t-il. Mais, oui, ne vous inquiétez pas : cette bête est sous contrôle.
- Où est-elle pour l'instant ?
- Avec Newt.
- J'ai bien plus confiance en vous qu'en elle.
Sur ces mots, la femme fit un pas vers lui.
- Je ne veux pas apprendre que cette bête a été aperçue. Est-ce bien clair ?
- Il n'y a aucun risque.
- C'est une faveur que je vous fais. Et je ne veux pas plus entendre qu'il y a eu quelques soucis avec elle. Albus Dumbledore dit que…
- Je n'écouterais pas le traitre mot que cet homme peut dire.
- Vous conviendrez que votre chère et tendre est particulière. Elle m'a donné ceci pour dire que ce monstre était sous surveillance. L'horaire de sa journée ! Ses préférences. Les petits soucis ! C'est parfaitement ridicule ! Si ce n'était pour vous…
- Je sais. Coupa-t-il. Je surveille. Assura-t-il. Il n'y a rien dont vous n'ayez à vous soucier.
Il leva les yeux vers son train.
- Si vous le permettez, j'aimerais prendre mon train avant qu'il ne démarre. Je vous envoie un hibou ? Je demanderais à Newt un meilleur rapport la prochaine fois.
- Très bien. Dit-elle. Ne lui céder pas.
- C'est dur de ne pas céder à une femme. Répondit Percival Graves.
Il lui lança un sourire puis trottina vers un wagon et grimpa. Il alla prendre place à un siège et regarda par la fenêtre. Seraphine le fixait. Il ferma les yeux, sachant qu'il avait deux heures devant lui, il pouvait se reposer. Il devrait arriver vers onze heures, peut-être midi. Ça ne devait pas être une très mauvaise heure s'il ne devait pas directement aller travailler. Rester à Londres était toujours ennuyant…
µµµ
Il était onze heures trente passées lorsque le train de Percival arriva en gare. Il pouvait peut-être faire une halte chez lui pour le repas, après tout. Pour changer de vêtements et pour prendre juste quelque secondes…
Il prit cette décision alors qu'il sortait du wagon, sautant que le quai.
Tant pis si on le lui reprochait. Qu'on le fasse si ça pouvait leur faire plaisir !
Il quitta la gare et remonta la rue principale.
Avançant le long d'un trottoir quelque peu cassé, il avait la main enfouie dans sa poche. Il attendait le moment parfait pour disparaître.
- Monsieur !
Une main se ferma autour de son poignet.
- Vous auriez vu ces enfants ? Ce sont les miens.
- Non. Dit-il en se dégageant.
Il ne regarda même pas le papier, en fait. Ses yeux parcoururent la foule pour voir si quelqu'un faisait la manche ou tentait d'amuser les quidams avec quelques tours. Comme il ne le voyait pas, il reprit son chemin et partit immédiatement vers l'extérieur de la ville. De telle sorte que dès qu'il fut assez loin, il disparut.
Lorsqu'il reparut, c'était devant l'étrange manoir perdu au milieu des bois. Il poussa la barrière et la referma derrière lui. Il marcha devant un arbuste qui tentait de prendre sa place alors qu'une armée de petites bêtes vertes étaient dessus.
- Pickett ?
Une des créatures lui tira la langue et il continua son chemin jusqu'à aller à la porte qu'il poussa. La première chose qu'il réalisa c'était qu'il y avait une excellente odeur dans la maison. Et c'était vraiment inhabituel…
Il ferma avec soin et se dirigea vers la cuisine mais s'immobilisa alors que son regard était attiré vers un magnifique chat à grandes oreilles et au panache digne du Roi des animaux. Ou, plus exactement, à ce qui se trouvait en-dessous. La bête était calmement installée sur le ventre d'une personne, couverte d'un plaid probablement chaud, et assoupie.
Il s'avança et utilisa un sort qui flotta dans la maison en lâchant un « Newt ».
µµµ
- Non, non, non, non ! Arrêtez ! Calmez-vous !
Juste après avoir jeté ces mots, c'est de la salade qu'elle lança sur le sol. Et si les créatures voraces se jetèrent dessus, ça ne minimisa pas le feu qui se dégageait d'elles. Newt se mordit le pouce puis fit apparaître de l'eau de sa baguette, entourant les petites créatures rouges pour que tout risque d'incendie soit au moins minimisés.
Elle devrait peut-être les installer dans sa valise. Mais elle n'avait encore rien de préparé. C'était Pompom qui les lui avait données lorsqu'elle était revenue vers neuf heures. On les avait abandonnés au village. Le plus sage aurait été de les ramener au Ministère de la Magie, section des animaux… Mais elle était un peu occupée…
- Newt…
La Sorcière se tourna en entendant cette voix.
- Ne bougez pas !
Elle s'en retourna et sortit de la chambre avant de se hâter au bas des escaliers. Alors qu'elle se dépêchait, une petite créature verte sortait de sous le manche de sa robe, enfonçant ses longs doigts dans la peau, laissant des marques rouges mais autant surtout là pour observer Percival Graves. Lequel désigna l'énergumène du pouce.
- Qui est-ce ?
Newt s'arrêta auprès de lui, sans faire de geste pour se jeter à son cou ou simplement l'embrasser.
- Croyance. Il était au bord de la mort lorsque sa sœur m'a demandé de s'en occuper. Dit-elle en regardant l'adolescent.
- Sa sœur ? Il y en a d'autres ?
- Elle est partie. Répondit Newt. Elle a eu peur, je crois.
- Mais elle a laissé son frère ?
- Il est mourant. Il a besoin de soin.
Percival fronça les sourcils. Pour lui, tout ceci était particulier. Il s'approcha de l'adolescent qui avait l'air apaisé.
- Qui s'est occupé de le soigner ?
- Pompom.
L'homme retint une grimace. Il aimait beaucoup Pompom, il n'était pas sorti avec elle pour rien, mais, justement, il n'appréciait pas beaucoup de voir son ancienne compagne rester avec Newt. Allez savoir ce qu'elle pourrait lui dire. Ce qu'il pourrait vouloir lui dissimuler…
- C'est aussi elle qui a fait le repas. Elle a dit qu'on ne mangerait rien de correct, sinon.
- On a des Elfes de Maisons…
- Qui sont à la Mairie pour l'instant. Sourit Newt. D'ailleurs, est-ce que cette affaire se règle ?
Percival secoua la tête en soupirant.
- Non. Grand merci à la barbe de Merlin, Seraphine m'apprécie assez pour nous laisser la licence mais je crois qu'on va finir par devoir replacer tous les Sorciers de la Forêt de Dean.
- Mais…
- À ce sujet…
Percival se tourna vers sa compagne avant qu'elle n'ait pu achever sa phrase.
- Elle aimerait beaucoup que tu lui rendes d'autres rapports que ceux que tu lui fais parvenir.
Newt se passa la main dans les cheveux alors qu'il regardait le mur.
- Elle trouve que c'est ridicule que tu lui dises ce que le Niffler fait pendant la semaine.
- Clay.
L'homme se passa la langue sur les lèvres.
- Clay… Répéta-t-il.
- Je ne me moque pas d'elle. Je lui ai fait un rapport, une étude magizoologique et un exposé de pourquoi Clay n'était pas un danger et comment je le contrôlais. Après, que veux-tu que je lui dise ?
- Je ne sais pas. Essaie de refaire des études magizoologique ?
- Je vais voir. Si c'est ce qu'elle veut.
Newt lui jeta un regard alors que son compagnon partait vers la cuisine pour manger un peu.
- Le garçon, je tiens à ce qu'il reste.
- Ce garçon ?
Percival s'était arrêté pour désigner l'adolescent.
- Je ne le remets pas dehors comme ça. En plus, sa sœur pourrait revenir.
- Très bien.
L'homme partit pour de bon dans la cuisine. Il n'approuvait pas la présence de cet individu mais d'un autre côté, il ne pouvait rien refuser à Newt. Il l'aimait bien trop pour ça. Et même si elle avait une étrange affection pour les animaux, qu'ils soient beaux ou moches, bizarres ou banaux, ses choix n'étaient jamais faits sur un coup de tête. Elle ne lui imposait rien qu'elle n'ait pas besoin de lui imposer.
Il prit un bol dans l'armoire et puis une louche pour aller puiser une sorte de ragoût de riz et de légumes dans un bouillon. Il n'y avait pas de viandes puisque Newt n'en mangeait presque jamais. De ce fait, Graves décida de se couper aussi un morceau de saucisson. Il était encore trop tôt pour proposer à sa compagne de prendre le repas avec lui mais il pouvait au moins la rejoindre.
Crac. BOUM.
- Par la barbe de Merlin !
Un cri.
Le miaulement de l'espèce de chat.
Des étranges sifflements.
- Aguamenti !
Tout se passa presqu'en même temps. Aussi, le temps de poser la nourriture et de filer dans l'autre pièce, Newt avait déjà sa baguette à la main, aspergeant généreusement de l'eau sur des flammes au sol. Quant au plafond, il était effondré. Et l'adolescent que sa petite amie avait accepté tremblait dans le fauteuil, s'étant relevé avec une telle vigueur que l'étrange chat avait fui.
- Newt ?!
- Pompom m'a amené des Limaces de Feu. J'ai la situation bien en main.
Elle mit sa baguette entre ses lèvres, souleva le bas de sa jupe pour la caller avec les grandes fleurs jaunes et noires qui la décorait, exhibant dès lors ses jambes frêles et blessées puis s'élança vers les limaces. Ni une, ni deux, elle attrapa les animaux à pleines mains sous le regard sidéré de l'adolescent.
Tout c'était passé si vite !
- Newt !
Percival attrapa un vase en or et il se précipita vers elle.
- Accio Limace de Feu !
Les gastéropodes volèrent au travers de la pièce et furent réceptionner dans le récipient avant que l'homme ne le laisse tomber au sol et se précipite vers Newt qui attrapait déjà des rougeurs et des cloques sur les mains.
- Idiot !
- Ça va. Je n'ai pas si mal que ça. Je vais les mettre sous l'eau. Rassura la Sorcière avec un sourire.
La Sorcière ? Croyance était presque sûr qu'il n'avait pas entendu « idiote » mais « idiot ». Est-ce qu'il se serait trompé ? Il n'eut pas l'occasion de demander parce que Percival emmenait l'autre dans la cuisine pour lui mettre les mains dans un fond d'eau. L'adolescent tourna alors son regard vers le vase, redoutant de voir ces limaces en ressurgirent.
- C'était stupide ! Et pourquoi Pompom t'a donné ces saloperies ?
- On ne sait pas encore si ce sont des saloperies ou pas comme tu dis. Est-ce que tu veux bien, Pickett ?
Percival soupirait devant l'étourderie de Newt et il ne regarda pas le Botruc qui acquiesçait.
- Elle voulait que je les étudie.
- On essaie de prouver à Seraphine que tu n'es pas un fou et que tu ne vas pas mettre la population en danger avec ton f…
- Je ne tolérais pas que tu insultes Clay. Répondit Newt d'un ton ferme.
Graves soupira et leva la main pour lui caresser la gorge, effleurant sa mâchoire.
- Mais je peux te traiter de fou ?
- Eh bien… J'ai accepté des Limaces de Feu dont je ne sais rien ?
Un sourire timide aux lèvres, elle lança un coup d'œil à son compagnon qui était déjà radouci.
- C'était complètement stupide.
- Mais ça peut être une grande avancée. Je crois qu'elles viennent d'Amazonie ! Si je pouvais les observer dans leur habitat naturel !
Percival lui abaissa légèrement son décolleté, ce qui lui valut un regard désapprobateur de Pickett, pour vérifier qu'il n'avait pas de flammes qui l'avaient léchée là. Avec cette façon qu'elle avait de ramener les animaux vers elle.
Vers lui ?
Parce qu'il y avait bien là une absence de poitrine…
- Tu voudrais y aller ?
- Oui. Mais je dois d'abord prouver à Seraphine que je ne suis pas un fou dangereux, n'est-ce pas ?
- Et ce n'est pas comme ça qu'on y arrivera. Je parlerais à Pompom.
- Je peux les mettre dans la valise. Dit Newt.
- Je pense que c'est préférable. Et si tu pouvais éviter d'ébruiter que tu as ces limaces…
- Promis !
Il affichait un sourire immense et presque enfantin. Il tira ses mains de l'eau et les observa. Elles lui feraient sans nul doute mal mais ça n'irait pas plus loin.
- Je lui demanderais aussi de la pommade.
- Merci. Lui répondit Newt. Je vais réparer le plafond et essayer de récupérer le vase avant que Clay ne revienne.
Percival se laissa tomber sur une chaise et se retint difficilement de ne pas se frapper la tête sur la table.
Ne revienne ?!
Où est-ce qu'il avait mis son Niffler ? Si Seraphine apprenait ça…
- Newt.
Il tendit les mains vers lui.
Alors qu'il allait partir dans le salon pour s'occuper des réparations, et de Croyance, le jeune homme se tourna vers lui. Il vit les bras brandit en sa direction et lança un regard à Pickett qui se leva et se rassit, dos pointé vers Percival. Alors, le magizoologiste s'approcha de son compagnon qui le prit dans ses bras, posant un baiser sur la jointure entre le cou et l'épaule.
- Tu vas me rendre fou. Murmura-t-il.
Newt appuya sa joue contre lui et le laissa emmener son bassin sur ses cuisses.
- Il y a quelques jours, tu disais que tu étais fou de moi. Souffla-t-il.
- Alors tu as déjà réussi.
Percival eut un mince sourire.
- Où il est… Clay ?
- Il cherche des trésors. Mais ne t'inquiète pas. Il sait qu'il ne doit pas aller vers la ville.
- Où est-ce qu'il y en a d'autres ?
- Dans le sol ?
Newt se redressa et posa un baiser sur le coin de ses lèvres.
- Ne t'inquiètes pas. Je sais que tout ça est important pour toi !
Il pivota, faisant danser ses jupons qui retombèrent avec harmonie, cachant les blessures, puis il se hâta vers le salon. Il lança un sort pour réparer le plafond et un autre pour empêcher les limaces de sortir du vase, déjà que l'une d'elle avait presque réussi, puis il vint auprès de Croyance.
- Comment vas-tu ? On n'aurait pas dû te laisser alors que tout ça doit te chambouler.
L'adolescent remarqua que Newt ne le regardait pas, son regard se concentrant sur un point juste derrière lui. Il aurait bien voulu détourner le regard, lui aussi, mais ils auraient eu l'air chouette s'il le faisait !
- Ça… Ça va Madame… euh Monsieur ? Je ne suis pas sûr…
Il serrait compulsivement ses mains.
- Monsieur pour les amis et Madame pour les étrangers. Lui répondit Newt, s'obligeant à le regarder. Et ta jambe ?
- B… Bien mieux, merci, Madame…
Le jeune Sorcier battit des paupières à répétitions, visiblement surpris.
- Où est ma sœur ?
- Justement… ta sœur est partie.
- Partie ? Je dois la retrouver. Elle…
Il se leva et se retrouva sur une jambe, claudiquant.
- S'il te plaît, tu ne dois pas. On va la retrouver…
- Je dois trouver ma sœur. Répéta l'adolescent, pâlissant déjà alors qu'il prononçait ces mots.
- Rassieds-toi, je t'en prie.
Mais il continuait de sautiller sur son pied pour aller vers la porte. Des gouttes roulaient le long de ses joues.
- Rassieds-toi !
L'ordre fit tomber Croyance sur le sol. Immédiatement.
