4. Machupicchu – Fête et bal
Le 22 décembre, jour du solstice d'hiver, une grande fête est organisée pour célébrer Inti, le Soleil. La journée commence à l'aube, par l'immolation d'un lama sur un bûcher allumé le prêtre suprême de l'ordre des fils du soleil aux premiers rayons du jour. La loupe qui permet d'allumer le bûcher est manipulée par un élève de septième année qui en retire un immense prestige. Une fine ligne de fumée s'élève des brindilles avant que la flamme ne se propage à l'ensemble du bûcher. Le lama, harnaché à un poteau de bois s'affole et tente de se libérer mais il ne peut rien faire contre le feu qui le dévore peu à peu. L'odeur de chair sucrée et entêtante de chair brûlée s'incruste dans les fibres de vêtements, dans les cheveux et dans les narines des spectateurs. Etant donné leur rang et leur réputation, les deux amies sont aux premières loges. Qu'elles le veuillent ou non.
Jusqu'à dix heures, l'ensemble de l'école reste sur la terrasse pour assister à l'immolation. Ensuite, les clans se reforment, les années se séparent et les élèves marchent dans un ordre plus qu'approximatif, comme s'ils pouvaient effacer de leurs rétines et de leurs narines l'image et l'odeur du bûcher en s'agitant le plus possible.
La procession informelle se dirige vers le Grand temple, sur la terrasse en dessous. Une cérémonie menée par le prêtre suprême de l'ordre des fils du soleil débute une fois tous les élèves installés.
La coutume veut que les deux meilleurs élèves de première année l'assistent. Manque de chance, cette année, il s'agit de Maiara et Serena.
Heureusement, peu d'élèves ont osé parier sur une cérémonie aussi importante et solennelle. Les deux jeunes filles, entièrement vêtues d'or défilent lentement le long de l'allée, une icône dorée entre elles deux.
Des regards noirs et petits croche-pieds sont échangés, assez discrètement pour ne pas attirer les foudres des enseignants mais suffisamment pour montrer à tout le monde que même une cérémonie religieuse ne peut pas leur faire oublier leur « hostilité ».
La journée passe rapidement, ponctuée de cérémonies religieuses de tout poil. Les célébrations religieuses en l'honneur des Dieux du panthéon inca se succèdent. Les professeurs, tous prêtres d'ordres différents, dirigent les cérémonies. La fatigue s'accumule sur les épaules des élèves. Les premières années, peu habitués à tant de faste et de cérémonies baillent et soupirent tandis que les plus âgés n'attendent qu'une chose, le bal organisé le soir même pour tous les élèves.
Aux derniers rayons du soleil, les élèves clôturent les cérémonies par un dernier hommage à Inti, le dieu soleil.
Puis chacun file dans sa chambre pour revêtir ses plus beaux habits, ses plus belles parures. En bref, tous filent dans leurs chambres pour s'apprêter pour le bal. Le repas est constitué de quelques restes du midi et de biscuits.
Enfermées dans leurs chambres, Serena et Maiara enfilent leurs plus beaux habits. L'or et le blanc prennent une part importante dans la mode incas mais ils ne dédaignent pas non plus les pierres précieuses. Les costumes des deux jeunes filles sont donc or et blanc et alourdis de riches parures minérales. Maiara, plus habile, coiffe son amie et fixe sa grande coiffe sur les cheveux noués. Elle fait ensuite de même pour elle.
- J'ai l'impression d'être un lama décoré pour le sacrifice avec toutes ces parures, soupire Serena
- C'est sur, j'aimerais bien mettre juste une petite robe toute simple….
- Désolé ma vieille, mais « ça nuirait à ton prestige ! » lui répond sa compagne de chambre, en imitant à la perfection les intonations des vieilles rombières accrochées à leur prestige comme un chien à son os.
Une heure après le coucher du soleil, les élèves se dirigent vers la plus grande des maisons d'étudiants. Les deux jeunes filles rejoignent rapidement leurs cavaliers. Elles ont un instant songer à aller se chercher un cavalier parmi les plus proches alliés de l'autre. Mais, même si cette solution leur aurait permis de déjouer bien des paris, elle est vraiment difficile à justifier pour des incas.
Ce soir, elles ne feront pas mentir tous les paris. Serena y va avec Velasco, un électron libre assez puissant qui hésite encore entre les deux jeunes filles. Certains se demandent même s'il ne va pas être le 'troisième homme', toujours est-il que peu de gens ont fait ce pari.
Maiara elle est accompagnée d'un jeune homme de seconde année. Il n'y a pas vraiment de leader dans sa classe mais c'est l'un des plus prestigieux.
Même si elles ont encore tout fait pour déjouer les paris, les deux rivales en ressortent malgré tout avec un prestige agrandis. Certains élèves parmi les plus âgés s'approchent des deux jeunettes pour leur proposer une danse. Malgré leur âge, ces deux jeunes filles ont trop de potentiel pour ne pas s'y intéresser dès maintenant.
La musique, typiquement sorcière résonne d'une petite estrade. Les quelques musiciens présents semblent miteux dans leurs costumes de scène tant les élèves resplendissent. L'or et les pierres sont partout. Par contre, pas une once d'argent. Pour le peuple du soleil, l'argent de la Lune porte malheur et n'est utilisé que pour quelques cérémonies incultes et interdites.
La soirée passe rapidement pour les deux jeunes filles qui n'ont pas un instant pour elles. Cette année, les alliances avec les premières années déterminent plus que jamais les relations entre les élèves plus âgés. Même la haine entre les troisièmes années semble s'être atténuée grâce aux actions des deux jeunes filles.
A minuit dix, tout est fini et Maiara et Serena rentrent épuisées dans leurs chambres. Heureusement que le lendemain, il n'y a pas de cours.
