- Qu'est-ce que tu veux ?

Le couloir est bondé, et il n'y a aucun moyen pour moi d'échapper à une Quinn à l'air déterminé. Elle soupire devant le ton hostile de ma question et ouvre la bouche avant de la refermer aussitôt. Je ferme mon casier avec le plus de bruit possible avant de tourner les talons quand une main agrippe mon poignet.

- Je veux qu'on parle.

- De quoi ? Laisse moi deviner, ton père te met à la porte parce que tu es enceinte de Finn ? Ah non, c'était Puck.

C'est un coup bas. Son père est déjà un sujet sensible, rajouter l'histoire du bébé en plus et dans une même phrase, je m'impressionne. Mes lèvres s'étirent en un sourire moqueur quand je vois que son expression est passée à la rage en moins d'une seconde. Et Quinn étant Quinn, il faut bien sûr qu'elle aie le dernier mot.

- Au moins, dans mon cas le nombre de pères potentiels est inférieur à cent.

Mes poings se referment instinctivement. Je sais ce qui finira par résulter de cette « discussion » et j'ignore pourquoi, une partie de moi meurt d'envie de continuer cette confrontation.

- J'avoue que j'avais été étonnée d'apprendre que Barbie Catholique avait finalement perdu sa ceinture de chasteté. Je veux dire, qui pourrait vouloir de toi, Lucy ?

Moi. Nouveau jeu, voyons le nombre de mensonges que je peux sortir avant d'être dégoûtée de moi. La mâchoire de Quinn se crispe et je sais déjà que je n'aimerai pas la suite.

- Tu t'y connais, en rejet. C'est étrange que tous ceux qui t'aient connue finissent par se suicider ou t'effacer de leurs vies. Dur d'être une pute.

La gifle retentit et, pendant une seconde, j'ai l'impression que tout s'est arrêté autour de nous. Les regards des gens sont figés, les sons évanouis. Et d'un coup, tout revient amplifié, Quinn tire sur mes cheveux tandis que j'essaie de griffer le plus de chair à ma portée. La foule fait un cercle autour de nous, et je vois du coin de l'œil Puck qui se rue pour nous séparer avant que Sugar ne le calme d'une main sur son bras. Ma lèvre bat encore d'une gifle reçue et, malgré la douleur, j'ai envie de rire à la situation plus qu'habituelle. Je crois que c'est notre façon de subsister dans la vie de l'autre. Si on ne sait pas s'aimer, au moins on saura se haïr. Tant qu'on ne s'oublie pas.

Mes doigts se referment sur ma paume et je m'apprête à envoyer mon poing sur son joli visage, parce qu'après tout, je viens d'un quartier où ce genre de bagarres à mains nues sont les salutations d'usage. Mais une main s'enroule autour de mon poignet, et je me sens doucement poussée en arrière, laissant Quinn confuse sur le sol.

- Santana. On y va.

En temps normal, j'aurais étripé toute personne qui oserait ne serait-ce qu'essayer de me dire quoi faire, mais c'est Sugar et sa voix est encore plus douce que lorsqu'elle s'adresse habituellement à moi. Et bien que je déteste le fait que Puck et elle ressentent le besoin d'agir comme s'ils étaient mes parents, surtout les rares fois que ça arrive en public, je me laisse entrainer vers les toilettes. Elle sort une bouteille de son sac et déverse un peu d'eau sur un mouchoir avant de le passer sur ma lèvre enflée. Ses doigts courent ensuite dans mes cheveux plus longtemps que ce qu'il faut pour remettre en place ma queue de cheval et je ferme les yeux, me relaxant. Une fois que mon apparence est de nouveau soignée, elle me prend dans ses bras, dépose un baiser sur ma tempe et me laisse seule, toujours silencieuse.

Je sais que Sugar me connait mieux que tous mes amis, et d'une certaine façon, mieux que Quinn aussi. Et je sais qu'elle n'ignore pas que j'ai besoin de temps seule pour me calmer, mais j'aurais préféré qu'elle soit restée, parce qu'une fois seule, je ne peux empêcher les mots de défiler dans ma tête. Pute. Suicide. Rejet. Père. Et bien que je sache qu'ils ne sont pas totalement vrais, enfin pour deux des cas, les larmes déferlent. Et les souvenirs aussi.

La fenêtre de la chambre d'hôtel est grande ouverte et la seule lumière est celle de la lune se reflétant sur les draps. Quinn l'avait emmenée dîner dans ce petit restaurant près de la mer. Il y'avait eu des fleurs, des étoiles et elles avaient dansé au son d'un groupe jouant une chanson d'Amy Winehouse. Et quand Santana avait virevolté en riant et dit « J'aime quand tu me traites comme une princesse », Quinn avait voulu répondre qu'il n'y avait pas d'autre façon de la traiter, mais quelque chose s'était coincé dans sa gorge et elle s'était contentée de sourire. Une brise s'engouffre par la fenêtre et le corps mat frissonne légèrement et Quinn peut jurer que les draps n'ont jamais été aussi blancs qu'avec Santana nue dedans. Une main vient doucement se glisser sous son menton, le détachant du ventre qui accueillait ses baisers et des lèvres se posent chastement sur les siennes avant de s'éloigner.

- Attends.

La confusion doit se lire sur son visage, parce que Santana rit, clairement embarrassée avant de l'embrasser encore et de fermer les yeux, enterrant sa tête dans ses mains. Un sourire amusé vient fleurir les lèvres de la blonde qui s'allonge à côté d'elle avant de glisser sa main dans la sienne.

- Parle-moi.

Son sourire s'élargit lorsque la latina prend de longues inspirations avant d'ouvrir la bouche :

- Tu vas trouver ça stupide.

- Sûrement. Mais je suis habituée avec toi.

Une tape sur son épaule vient accueillir ce commentaire et Quinn serre sa main, l'incitant à continuer.

- Je ne veux pas que cette histoire soit comme les autres. Dans toutes mes relations, ça a toujours été une question de sexe avant tout. Quand j'y pense, même avec Brittany tout a commencé par le sexe. Et toi et moi, ce qu'on a c'est tellement irréel et en même temps vrai, et pur et toutes ces choses que je n'aurais jamais cru devoir utiliser un jour en parlant de quelque chose qui me concerne. Et je ne veux pas gâcher ça.

Sa voix craque sur la fin, et Quinn , qui s'était tournée pour mieux la voir l'attire dans ses bras. Elles restent ainsi un bon moment jusqu'à ce que Santana desserre légèrement l'étreinte, leurs visages à quelques centimètres et mordillant nerveusement ses lèvres.

- Donc tu crois qu'on pourrait, s'il te plait, prendre les choses plus lentement ?

Un rire échappe à la blonde qui se reprend rapidement devant les sourcils froncés qui lui font face.

- Bien sur.

Santana se relaxe instantanément, se collant un peu plus à Quinn qui rompt le silence confortable de nombreuses minutes après.

- Je viens de réaliser que j'ai fait tout ce cirque de diner et tout pour rien.

- C'est fou comme tu sais booster l'égo d'une fille. J'ai l'impression d'être une prostituée.

- L'impression seulement, bien suuuuur haha.

Son rire s'immobilise dans sa gorge lorsqu'elle sent la cuisse de Santana remonter lentement entre ses jambes.

- Tu le fais exprès, hein ?

Un sourire innocent , et la latina s'enfonce encore plus dans ses bras.

- Bonne nuit, amour.

X

La boîte est bondée. Je tire sur ma robe, dévoilant encore plus ma poitrine pour pouvoir mieux accéder au bar et m'engouffre dans la foule grouillante. Le barman promène un regard appréciateur et je lui lance mon sourire le plus charmeur, celui qui laisse apparaître mes fossettes. L'effet ne se fait pas attendre, il me tend un shot que je descends immédiatement. Les yeux encore fermés par l'acidité de la boisson, je ne réalise la présence trop proche de moi que lorsqu'une main se glisse dans mes cheveux lissés, une voix murmurant dans mon cou :

- Je les préférais ondulés…

Je ne peux empêcher l'immense sourire sur mes lèvres, et éclate de rire au ton sensuel utilisé.

- Rabbit !

Il effectue une petite révérence, inclinant la tête avant de me prendre la main pour m'attirer dans un coin sombre. L'atmosphère y est brumeuse à cause d'une fumée dont l'odeur laisse supposer qu'il ne s'agit pas que de tabac. Il met la main à sa poche, ses yeux brillant plus que d'habitude et, la taille de ses pupilles me renseigne sur l'état ou plutôt le non état de sa sobriété.

- J'ai quelque chose pour toi.

Rabbit est un « ami » de mon oncle. Enfin, ça c'est l'explication officielle. En réalité, il travaille pour lui. Mais contrairement aux autres sbires de Butterfly qui, pour je ne sais quelle obscure raison, adorent me traiter comme une porcelaine précieuse, Rabbit n'a aucun scrupule en ce qui me concerne. Du coup, quand je ne peux trouver personne d'autre, je me rabats souvent sur sa came. Au moins, je sais qu'elle est de qualité, après tout c'est celle de mon oncle.

Il tend sa main, et, malgré le manque de lumière, je distingue deux gélules et trois petits carrés de papier. Je range les carrés et une des gélules dans mon sac avant d'avaler l'autre, avec le verre qu'il me tend. Sans m'en rendre compte, je suis, quelques minutes plus tard sur la piste de danse et des mains rugueuses se collent à moi. Je les sens sur tout mon corps, bien plus intensément que d'habitude, mais je ne proteste pas. J'ai l'impression que chaque caresse traverse ma peau, et en touchant un seul endroit, tout mon corps frissonne. La musique est forte tout en étant incroyablement douce et tout d'un coup, je ne l'entends plus, je la sens. Chaque note entre en moi, j'entends tout, même le plus petit accord, la plus lointaine harmonie. Tout est toujours mieux sous E. La musique est meilleure, la nourriture aussi. Les gens sont plus faciles à comprendre, c'est comme si un lien invisible se formait, permettant de percevoir toutes les émotions de l'autre.

- J'ai soif.

J'ignorais que j'avais soif avant de m'entendre le dire. Ma voix est beaucoup plus séductrice que je ne l'avais voulu, mais je ne me pose pas plus de questions. Il m'entraine dans un coin isolé, prenant une bouteille au bar et je sais que je devrais m'opposer, mais je me sens trop bien pour parler alors je me contente de sortir une sucette à la fraise de mon sac, ignorant son regard sur mes lèvres qui se referment sur la sucette. J'ai l'impression que ma langue traverse un champ de fraises.

- Est-ce que les fraises poussent dans des champs ?

X

Je suis épuisée. J'essaie tant bien que mal de m'extirper du bras qui encercle ma taille et fouille dans ses tiroirs à la recherche de n'importe quoi qui pourrait m'aider à me sentir bien. Mes doigts tombent sur une cigarette, et, faute de mieux, je l'allume. Rabbit soupire avant de se retourner sur le dos et mes yeux suivent la ligne des tatouages sur son torse. Je sais que je devrais être furieuse, ou même triste qu'un ami proche n'hésite pas à m'inciter à me droguer pour pouvoir coucher avec moi plus facilement, mais en fait, non. Je suis plus blasée qu'autre chose. J'évite d'accorder de l'importance aux gens. Ça ne fait qu'accentuer la blessure quand ils finissent par me décevoir. Je recrache la fumée, m'habille en vitesse et écrase ma cigarette sur sa poitrine pour le réveiller.

- J'espère que tu es assez intelligent pour savoir que si Butterfly apprend ça, il te tuera.

Je sors ensuite, levant les yeux au ciel devant ses cris de douleur exagérés.

X

- Tu ressembles à rien. Sérieusement, même un zombie dont le sang aurait été aspiré avant sa mort aurait meilleure mine que toi.

Kurt. Toujours empli de mots aimables. Je tourne la tête vers Mercedes, espérant un sauvetage héroïque et, éventuellement, la tête de Kurt sur une pique.

- Ce que tu dis n'a aucun sens, Kurt. Au final, les zombies se vident de leur sang. Mais je suis d'accord sur le fait que la tête de Santana pourrait inspirer un nouveau Saw.

Je leur lance un regard censé être meurtrier, mais qui les fait juste sourire et secoue la tête, incrédule. Je décide de ne rien dire, et me dirige vers mon casier, histoire d'avoir un alibi pour m'éloigner d'eux. Mauvaise idée.

- Qu'est-ce que tu veux ?

Contrairement à la dernière fois qu'on s'est retrouvées dans la même situation, ma voix n'est pas hostile. À vrai dire, je suis lasse. C'est toujours la même chose, on se dispute violemment, on s'excuse, on s'évite et tout recommence.

- Laisse tomber les excuses, Quinn. Tu m'as confié des choses, je t'en ai confié. On les a utilisées pour se blesser comme on fait tout le temps, parce qu'on sait exactement où frapper et parce que, apparemment, il nous faut toujours trouver un moyen de détruire l'autre. Ça va. Tu as eu un bébé, tu te fais vomir. Je n'ai pas de père, ma mère s'est fait crever. Oublie, rien de tout ça n'était important de toute façon.

Je crois qu'elle a senti que cette discussion n'est pas comme toutes celles qu'on a eues, parce que son regard change, et avant qu'elle n'ait le temps de dire quoi que ce soit, je disparais. Je suis fatiguée.