Eden
Il y a quelques mois maintenant que la louve n'avait pas vu son maître et ami Grunlek… et on ne peut pas dire qu'il se soit laissé en bon terme. En même temps, il empestait la magie interdite. Il ne sentait plus la délicieuse odeur de ragoût de lapin et Eden ne ressentait plus cette douce chaleur d'amitié…
Je voulais lui dire qu'il paraissait différent… mais encore une fois la barrière de la langue nous a empêché de communiquer… et il m'a fait du mal ! Je m'étais un peu énervé, mais jamais il ne m'aurait fait souffrir comme ça… Grunlek qu'est-ce qui s'est passé ?
La louve essayant de comprendre, tourna sur elle-même avant de se mettre en boule. Elle se trouvait dans une grande forêt spéciale… c'est ici l'endroit où ils se sont rencontrés… dans la forêt d'Émeraude.
Je me souviens bien, Driin m'avait demandé de fuir. D'accord j'étais blessée, mais je pouvais quand même me battre, surtout que ces saloperies avaient tué mes frères et mes sœurs ainsi que blesser nos amis. Bien sur, il a insisté, alors je suis parti… Quelques centaines de mètres plus loin, je m'étais effondré, ma patte me fessait un mal de chasseur.
Le vent soufflait doucement dans les feuilles automnales, les chants d'oiseaux commencèrent à se faire plus rare. De temps à autre de légers bruits d'animaux se fessaient entendre.
C'est là que je les vis… quatre « humains ».
Il y avait un grand en boîte jaune. J'en voyais passer de temps en temps, ils sentaient mauvais et me fessaient mal aux yeux. Pourquoi ils ne font pas comme le Soleil qui part et qui laisse place à la belle Lune ? Je suis désolé mais elle, au moins, elle ne me brûle pas et ne me fait pas mal aux yeux ! En plus, il n'avait pas l'air très sympathique… Et il y avait comme une odeur de mort qui hantait son armure.
Il y avait aussi ce grand rouge, son vêtement ressemblait à celui de ma maîtresse mais celui-ci était rouge. Il souriait beaucoup mais je sais pas pourquoi, je le trouvais exagéré. Il n'allait pas vraiment bien, je pouvais discerner de la tristesse dans son regard comme s'il se battait… contre lui-même. Aussi il sentait vraiment bizarrement, un mélange entre de la chair brûlée et une puanteur de sang.
Ooooh lui je m'en souviens bien. L'espèce d'eau en forme d'être à deux pattes. D'accord, je dois l'admettre, il était super bien caché dans ses vêtements mais je voyais certaines parties de son corps, qui étaient bleus. Brrrr ! Et ses yeux étaient glaciaux. Il avait un truc qu'utilisent les chasseurs dans son dos… mais il manquait une partie, ce qui augmentait ma méfiance à son égard. Sérieusement, ils sentaient… une forte odeur de pomme… et d'une odeur similaire à ma maîtresse ! Lui… il n'avait pas intérêt à s'approcher.
Pour finir… il y avait ce petit être à deux pattes. Il m'avait vraiment perturbé. Ce petit avait plus de fourrure au menton que sur le crâne, il ressemblait à Driin, ses vêtements étaient verts, comme la forêt où nous nous trouvions. Il avait une odeur géniale… une odeur d'araignée mais brûlée ! Ces salopes s'en prennent plein la gueule ! Aussi, je discernais beaucoup de gentillesse dans son expression et dans son regard ainsi que de la tolérance et de la combativité… je ne sais même plus comment j'avais pu ressentir ça. Néanmoins, il portait un étrange machin dur à la place de sa patte, cet chose sentait affreusement mauvais, j'avais une sincère empathie pour ce demi-être, j'imaginais toutes les souffrances qu'il a pu ressentir. AAAaaah c'est horrible ! Je ne comprenais vraiment pas pourquoi il portait ce truc.
Arrivé à mon niveau, le bleu avait tenté de m'approcher. Nan mais il croyait quoi lui ? Et puis je l'ai mordu. Comme prévu il avait crié comme un corbeau, et n'avait pas de goût. Bizarrement, ses compagnons rigolèrent pendant quelques minutes, avant d'essayer de l'aider.
Le grand jaune qui s'appelait Théo m'avait contourné pour venir m'écraser la queue ! Bordel sa fessait super mal ! Non mais il se prenait pour qui ?! J'avais lâché le truc qui recouvrait la patte de son copain à cause de lui
Puis, je la vis, cette épée… celle de ma maîtresse… elle était morte… Si on devait définir cette elfe en un mot, ça serait probablement : attentionné. Elle était sincèrement la meilleure des êtres à deux pattes qu'on avait pu rencontrer… Alors, je hurlai à la mort de mon amie décédée…
Puis est arrivé l'être vert qui semblait s'appeler Grunlek.
Doucement… calmement, il s'était approché de moi, la patte faite de matériaux dure vers moi. Je pensais à toutes les souffrances et toutes les difficultés qu'il a dû subir… C'est forcément quelqu'un de bon. Son expression semblait vraiment amicale, il me regardait comme si j'étais son égal… comme si je n'étais pas juste une bestiole à abattre… comme si j'avais des sentiments. Je m'étais approché de lui, de la même manière que lui. Je le sentis alors… il avait une patte d'araignée dans la main… Attend il l'a bouffé ?! Très marrant ce demi-être ! J'avançais vers lui, mon pelage contre cette étrange patte métallique, serte elle sentait fort la magie mais Grunlek avait une plus grande sympathie encore.
Depuis ce jour, on est devenu très proche avec Grunlek. On passait souvent du temps ensemble et sans les autres hommes qui l'accompagnaient. Grunlek m'a aussi fait comprendre la langue humaine plus en détails… je me demande comment il savait que je le comprenais…
Des bruits de chevaux se firent entendre. La louve se cacha dans des fourrées, épiant chaque petit mouvement. Du petit mouvement de feuille au hennissement des chevaux.
Après quelques secondes, j'entendis des voix familières, qui s'alliaient au hennissement de leurs canassons :
-Bordel Bob tu peux pas calmer ton cheval ?!
-Moi au moins, il n'a pas chié devant une église !
-C'est pas moi qui ai loupé la destruction d'une église !
-…
-Grun… ce n'est pas grave. En plus, avant on t'avait laissé seul dans l'église.
-Merci de me rappeler à quel point, vous êtes des super-potes.
-… On va retrouver Eden, je te le promets.
-Oh pire Grunlek, tu sais ton loup il est dans le paradis des loups !
-Tu sais Théo… je préférerais dire que la petite fille est vivante que de croire qu'Eden est morte.
-Hey ! Je suis d'accord, on dit qu'Eden est vivante mais la petite fille est vivante aussi.
Grunlek… tu as l'air épuisé… OH ET PUIS MERDE !
La louve s'élança, patte en avant, vers son compagnon.
-Eden ! Je… Je suis tellement désolé ! Pour tout ce que je t'ai fais ! Mais je t'en supplie ! Pardonne-moi.
-Bien sur que je te pardonne tu sens vraiment le Mal à plein nez, mais c'est trop dur de plus de voir !
Eden lécha le visage du nain, avec toute son amitié.
-Dégueulasse…
-Votre relation est vraiment bizarre.
-Tu vois Grun, j'te l'avais dit qu'ont la retrouverais.
-Bordel sa fait combien de temps que tu as pas dormi ?
-Je sais plus j'ai arrêté de compter.
-Attend. QUOI ?! T'as compris ce que je viens de dire !
-Qu'est-ce que tu racontes Grunlek ?
-… Hein ?! Eden reparle-moi !
-Okaayyy ! C'est quoi le délire Grunlek, qu'est-ce que tu as fumé ?!
-… Oh putain. Les amis je comprends ce qu'Eden me dit.
-Tu es sérieux ?!
-Nan mais là ! Votre relation part trop loin !
-HERESIIIIIIES !
-Bande de bleus, vous allez la fermer !
-Haha… Bien envoyer Eden.
-…
-…
-… Grunlek tu peux nous faire la traduction ?
-En gros… est-ce que vous pouvez vous taire ?! En moins poli.
-HA !
-C'est cool… mais c'est aussi vraiment étrange. Grunlek tu peux demander à Bob s'il a déjà vu ce genre de phénomènes… bordel j'ai réussi à placer phénomènes dans une phrase !
-Bien sûr ma belle. Bob ?
-Ouais ?
-Eden te demande si tu as déjà vu ce genre de chose ?
-Heuuu attend.
Le mage réfléchissait à la question de la louve. Quant au paladin et à l'archer, ils dévisageaient leurs deux compagnons.
-Eden ? Je suis vraiment désolé… je crois que c'est le Codex qui me fait cet effet-là.
-Le Codex c'est quoi ? Ça se mange? Ça se tue ?
-Aucun des deux malheureusement… c'est un artefact interdit et magique.
-C'est pour ça que tu transpires le Mal ?
-Je …
-Grunlek il y a un souci ?
-Non aucun.
-Attends, tu sens le Mal et tu ne leur as rien dit ?
-Bob m'a seulement dit qu'il y avait des bouts de chaînes dans mon bras.
-Tu dois leur en parler Grunlek !
-Ce n'est pas leur problème.
-Bordel ! Je t'aime Grunlek, mais je peux rien pour toi alors parle à ton pote en rouge !
-Je crois savoir ce que tu as Grun !
-Ha enfin ! Je ferais appel à ton pote en rouge, si j'ai besoin d'une limace démoniaque !
-Ah enfin ! Bob t'en met des plombes ! Je vais te surnommer l'escargot démoniaque !
-Hahaha !
-L'autre il m'a piqué ma réplique !
-Qu'est-ce qui te fait rire !?
-Finalement Eden et toi vous êtes assez similaire au niveau du caractère.
-Nan mais tu crois que je ressemble à cette espèce de bougie magique ! Tu rigoles j'espère ?!
-Nan mais je ne ressemble pas à ton stupide cabot !
-Oh calmez-vous ! Bob voudrait parler… Bob ?
Le mage était assis sur la cime d'un arbre, d'un ton un peu boudeur.
-Bob ramène ton stupide postérieur des enfers ici !
-Nada ! Que pouik ! Comment je vais faire entre l'inquisiteur et la louve sous testostérone !?
-Bah tu gueules comme tout le monde !
-Bob, Eden te dit, je cite : Bah tu gueules comme tout le monde !
-Mmmmh… Okay. Merde attend. OKAY !
-Bon moi je m'en branle de vos histoires, j'vais bouffer une pomme plus loin.
L'élémentaire d'eau, ennuyé de leur discussion sans queue ni tête, parti un peu plus loin, manger une bonne grosse pomme.
-ALORS ! Je pense que c'est en rapport avec ta nature de Golem, ton élément est la terre et la roche, la nature quoi ! J'en déduis donc que tu t'en ait rapproché indirectement, en comprenant ce que dit Eden.
-Donc en gros… tu deviens un tas de cailloux.
-Ce n'est pas très valorisant mais c'est probable.
-Si tu deviens une hérésie, comme l'autre fois où je t'ai grillé ! Je te préviens, j'hésiterais pas à recommencer.
-Attend Grunlek c'est toi qu'y est responsable de l'afflux de magie que j'ai ressenti ?
-… Ouais, en partie.
-Bordel de merde ! Nan mais il faut que tu te débarrasses de cette odeur de Mal, je t'aime beaucoup Grunlek, mais je me sens pas super bien.
-Je suis désolé… et j'arrive pas à l'enlever, Bob et Ugryn ont tenté des trucs mais c'est toujours présent.
-Grunlek, je sais pas si c'est une très bonne chose que tu te rapproches de ta nature comme ça.
-Moi non plus…
L'archer arriva essoufflé, et dit :
-Les mecs, je crois qu'on a un problème.
-Quoi encore !
-… Les animaux sont en train de fuir ! Ils ont tous l'air terrorisé !
-AAAAARgh !
-Eden qu'est-ce que tu as ?!
-… AAAAAAouuuuuuu !
Soudainement, la louve s'élança sur le nain pour lui mordre le bras gauche. Puis les oiseaux envahirent le ciel, les animaux se cachèrent dans les fourrées. Ensuite le ciel se borda de rouge. Et pour finir, une tempête commença. Tout n'était que chaos.
-…
-Oh putain ! Grun ça va ?
-Oui… je n'ai pas mal...
-Bob au lieu de t'occuper de Grunlek, dit nous ce qui se passe !
-Non mais t'as cru que j'avais réponse à tout !
-Bah oui tu as toujours une théorie à la con !
-Les mecs c'est pas le moment !
-TA GUEULE !
-Nan mais il va se calmer le paladin !
-Et l'espèce de flaque d'eau aussi !
Étrangement, Bob, Shin et Théo s'insultaient à tour de rôle, alors qu'habituellement seuls le paladin et le mage se fessaient la guerre, alors que l'archer les ignorait. Grunlek, lui, ne ressentait pas de douleur, alors que la louve s'acharnait sur son bras non métallique. Une tension omniprésente sévit alors dans la forêt d'Émeraude.
Un beau bordel. Le seul qui restait calme était Grunlek, il ne semblait pas être impressionné par le chaos ambiant.
La louve finit par lâcher le nain… ils s'échangèrent un regard, puis quelques paroles :
-Grunlek ?
-Pourquoi tu m'as mordu ?
-Je suis désolé, je ne sais pas ce qui m'a pris.
-Ce n'est pas grave, je ne t'en veux pas.
Les trois amis continuèrent de s'insulter, sans jamais faire attention à leur ami. Pourtant le nain semblait vraiment différent.
-Je t'aime Eden, mais je dois m'en aller.
-Quoi ? Qu'est-ce que tu racontes ?
-J'ai une mission importante… à accomplir.
-Tu me fais peur Grunlek…
-Je te fais peur ? C'est exactement ce que je dois inspirer, de la peur…
-Qu'est-ce qui t'est arrivé ?! Ce n'est pas toi !
-Si c'est moi Grunlek… Grunlek Von Krayn. Le futur sauveur du Cratère.
-Dit moi… Grunlek. Tu sens cette odeur ?
-Le Mal ?
-Non… Autre chose.
-Quoi ?
-Absolument rien. Tu ne sens rien du tout. Je ne ressens même plus cette gentillesse et cette bonté de caractère qui fessaient ta force. A vrai dire je ne ressens plus rien chez toi, sauf peut-être de la magie. Comme un vide abyssal… Un néant froid et invivable. Alors dit moi Grunlek, qu'est-ce que tu ressens ?
-Je n'ai pas besoin de ressentir, juste de sauver le Cratère.
-… Tu n'as pas à faire ça Grunlek.
-Au contraire, je suis le seul à pouvoir réussir. Au revoir Eden.
-Grunlek! Attends !
Grunlek parti. La louve essaya de le suivre, mais pour une raison inconnue, elle ne put le rattraper.
La paix revint, comme si le simple fait que le nain soit parti, rassurait la forêt. Les trois compagnons s'arrêtèrent, puis trouvèrent la louve gémissante allongée sur le flanc à quelques dizaines de mètres d'eux. Le mage décontenancé prit la parole :
-Les mecs... Qu'est-ce qui s'est passé ? Et Eden qu'est-ce que tu as ? Où est Grunlek ?
-Wouhouhou !
-Bordel c'est moi ou le cabot il est en train de pleurer ?
-Nan, ce n'est pas toi.
Le mage s'agenouilla puis caressa la louve gentiment, l'archer garda ses distances mais tenta tout de même de la rassurer. Le guerrier lui, pointa son bouclier, pour trouver une concentration anormale de magie.
-Eden tu sais. On n''est pas très pote toi et moi, mais je t'assure que tout va s'arranger.
-Théo tu trouves quelque chose ?
-Demandes à mon bouclier.
-Tu...tu… TUT… TUTUTUTUT !
-C'est bon, j'ai une piste.
Eden se leva et pointa, elle aussi, la destination indiquée par le bouclier du paladin.
-Je suppose que c'est là où est parti Grunlek… De toute manière c'est la seule piste qu'on ait.
-J'espère qu'il va bien…
-J'espère que je vais pas devoir lui griller la gueule une seconde fois.
-Et moi je souhaite de tout mon cœur, qu'il ne va pas faire de conneries.
À suivre...
