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-Bonne Lecture-
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Mes veines étaient en feu. Mon pauvre cœur battait toujours plus forts, étant complice de ce bûcher. Quel crime avais-je commis pour conquérir l'enfer ? Mourir. Non ! Ne jamais naître. Voilà c'est mieux. Ne jamais exister pour ne jamais connaître cette douleur attisée à chaque battement de cœur. Pouvait-on désirer quelque chose de plus fort encore ? Je n'avais pas la réponse. Et ne l'aurais jamais car je mourrais. J'en étais heureuse. Mais quand ? Quand mériterais-je le repos ?
Une voix, différente de d'habitude me parlait. Aro. Une autre. Marcus. Qui étais ces gens et pourquoi savais-je leur nom ? Il me parlait mais je ne savais ce que voulait dire ces mots. Parfois je sentais un effleurement sur mon front. Ça apaisait momentanément le feu. Encore. Plus d'effleurements. Pitié. Mon cœur atteignait une vitesse rude. Sortait-il de ma poitrine ? Comment ne le pouvait-il pas ?
Néant. La mort ? Enfin ? Le silence. Enfin tout est relatif. Pourquoi pouvais-je entendre l'eau murmurait au loin. Pourquoi pouvais-je distinguer chanter un cœur. C'est ce qui me poussa à ouvrir les yeux. Trop de lumière. Et pourtant c'était tolérable. Je voyais dans chaque rayon de soleil les 7 couleurs d'un arc-en-ciel mais cela ne gênait en rien ma vision. Je verrouillai mon regard sur ma proie. Oui, elle l'était. Cette pauvre créature larmoyante. Je pensai à planter mes crocs dans sa tendre chair. Aussitôt pensé aussitôt exécuté.
Que c'était bon. Pouvait-on réellement se sentir en si peu de temps au paradis après avoir connu l'enfer ? Pour une fois je pouvais répondre. Oui ! Bien sûr ! Ce met si délicat qui coule dans ma gorge ne peut être que le paradis. J'en gémis de bien-être. Trop tôt, la source s'épuisa, ne donnant plus rien. Je grognai, j'en voulais plus. Une voix me dicta de patienter. Un homme aux longs cheveux noirs s'approcha doucement, les mains levé vers le ciel. Je jetai un regard autour de moi avant qu'il ne fasse un pas de plus. Un autre homme était derrière lui, il me regardait. Nous étions en forêt. Je tenais toujours dans mes bras ma proie désormais plus d'aucune utilité.
- C'est moi, dit l'homme qui s'approchait.
Qui ? Un nom me vint sur le bout de la langue. A… Arrr… Aro ! Mon père. Et derrière lui c'était Marcus, mon précepteur, mon second père. Je souris, contente de moi. Il hocha la tête, comprenant que je le reconnaissais. J'essayai de me souvenir de plus de détails mais c'était désagréable. Comme essayer de passer ses ongles sur du papier. Presque douloureux.
J'eus une image d'Helena, qu'était-elle devenue ? Une image de Volterra. Je n'y étais plus. Pour la première fois de ma vie. J'étais terrifiée.
- Lâche-le et suis-nous.
Qui ? Je baissai ma tête et vis un homme d'une trentaine d'années. Avais-je réellement ? Non ! Je fus pris par de violents tremblements et mon estomac fut pris de convulsions. Je sentis quelqu'un tenir mes cheveux.
- ça va passer, tu verras. Tu t'habitueras vite.
M'habituer ? A ôter la vie ? Comment le pourrais-je ? Comment mon père pouvait dire quelque chose d'aussi cruelle. Je me reculai vivement, le fusillant du regard. Chaque mot prononcé, je m'en rappelle encore aujourd'hui comme si c'était hier alors que plusieurs décennies sont passées. Tu sais cher journal, je ne reconnus pas mon père ce jour-là. Son regard était froid, son posture était hautaine. Il se croyait maintenant supérieur, comme un dieu ? Eh bien il serait le seul monstre. Du sang c'est du sang pas vrai ? Humains ou animales ?
Notre dispute, ayant pour spectateur silencieux Marcus fut interrompu par le bruit d'un cœur. Mais il n'était pas attirant. Des sabots martelèrent le sol et nous entendîmes un deuxième cœur. Aro grogna et s'élança. Ça ne se passera pas comme ça, cette proie était à moi. Je fus la plus rapide. Je me postai au milieu du chemin. Le cheval pila et se cabra. L'homme tomba sur le dos.
Il s'écorcha le coude contre une racine. Je me léchai les lèvres d'avance, un liquide affluant dans ma bouche. Je l'avalai mais ce fut une erreur, il me brûla la gorge. Je fus brutalement projetée sur le côté. Aro me surplombait mais Marcus en profita pour sauter sur ma proie. Aro était plus fort que moi mais j'essayai malgré tout de me débattre. Je ne pouvais bouger que mes jambes. Il vit Marcus et grogna en accourant vers lui. Mais trop tard, il l'avait déjà mordu et je pus sentir le liquide dans ses veines, gâchant son sang. Pff ! Espèce d'idiots ! Ma proie n'en n'est plus une. Elle se tord désormais sur le sol bourbeux. Je les laisse à leur bagarre stupide et cours loin d'eux. L'air frais de la forêt m'éclaircit l'esprit. J'ai failli recommencer. Comment pouvait-on devenir une autre personne juste à l'entente d'un cœur ?
Je m'assis contre un arbre et laissai les bruits de la forêt m'apaisaient. Des fourmis travailleuses par-ci, le vent musical par-là. J'entendais tout et sentais tout. De la mousse sur l'écorce à l'odeur des lapins tapis dans leur terrier sûrement à cause de ma présence. Ils ne m'attiraient pas, mais j'avais soif. J'adorais le lapin étant humaine peut-être mes goût sont-ils restés les mêmes ? J'en délogeais un et le but avidement. Ce n'était pas aussi bon que ce à quoi je m'attendais mais au moins ma brûlure se calma.
Je le sentis avant de le voir. Aro. Mon père. Si différent de quand il était humain. Qu'étions nous devenu d'ailleurs ? Des suceurs de sangs ? Des monstres oui ! Il voulait parler. Il voulait que nous revenions aux villages. Ils étaient partis précipitamment, me portant, comprenant que j'allais à mon tour devenir avide de sang. Il m'apprit qu'après m'avoir mordue, Marcus s'était attaqué à ma mère. Elle est morte. Je ne sentis aucune larme venir. Pas par manque de tristesse. Parce que je ne pouvais pas.
Les villageois devaient s'inquiéter mais comment les rassurer quand on était soi-même terrifié ? Quand une simple respiration de trop pouvait les condamner ?
Je savais que c'était une mauvaise idée mais je le suivis. Marcus nous rejoignit en chemin. Je ne demandai pas pour l'homme à cheval. A la sortie du couvert des arbres, un rayon de soleil me frappa le visage et je fus éblouie. Emerveillée. Je brillai. Je pouvais briller ! C'était magnifique, comme si j'étais incrustée de millions de petits diamants. Il pouvait y avoir de bons côtés finalement.
Ragaillardie, je descendis la route menant aux portes de Volterra plus sûre de moi. Je compris sur le chemin que je pouvais aussi retenir ma respiration. Ce fut là aussi que je compris que je ne respirais que pour les effluves et non par nécessité. Peut-être cela m'évitera de faire une fois de plus du mal.
Le soleil se cacha derrière les nuages et j'en fus contente, pas besoin d'effrayer les gens. Personne n'était là. Une bougie était allumée sur chaque seuil en signe de deuil. Un sourire étira les lèvres de mon père. Un mauvais sourire. Qui me rappela Philippe. Je retins un tressaillement. Il donna un coup de pied dans la porte de la première maison. Elle vola à travers la pièce et des hurlements se firent entendre. Marcus soupira mais le suivit. Je regardais autour de moi, les villageois commençaient à sortir de chez eux, alertés.
Une goutte de sang parvint à mes narines. Humm ! Je fermai les yeux et humai l'air pour apprécier cette fragrance. Je sautai sur l'humain le plus proche. Une fois de plus, ce fut le paradis. Comment avais-je pu croire que ce lapin m'avait désaltéré ?
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A bientôt
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