"Journal de Mukanshin 3 :
J'en étais donc à cette mission B.
Ce n'était pas Sandaime en personne qui nous l'avait confié car ce jour-là, une nouvelle promottion de Genin avait été nommé et il devait être présent pour la constitution de leur dossier. Je crois même que c'était la promotion dont nous avions dû courser certains des membres lors de notre première mission mais je ne suis pas certaine de cela. Cela ne change rien de toute façon : les données de la mission n'en ont pas été changé. Dommage d'ailleurs.
Nous nous sommes vite répartis les rôles et la marche à suivre pour rejoindre la frontière. Kangame-sensei au centre de la formation, moi derrière lui pour couvrir les arrières. Reko en tête : c'est le plus rapide et il nous imposait un bon rythme. Sango et Daisha restaient sur les côtés pour ne pas laisser d'angles morts.
Il nous a fallu une bonne partie de la journée pour couvrir la distance. On devait retrouver une des patrouilles pour avoir des indications plus précises avant de décider de la suite de nos actions. Ils étaient bien au point de rendez-vous mais aucun n'était vivant. C'était une vraie mare de sang : l'un avait littéralement explosé les kamis seuls savaient comment, les autres étaient morts par l'arme blanche. J'avais fait remarqué qu'il n'y avait pas trace de parchemin explosif sur le premier mort mais seul Kangame-sensei a pris en compte ma remarque. Mais mes camarades avaient des excuses.
C'était la première fois que mes coéquipiers et moi-même étions confrontés à pareil massacre. On avait déjà vu des cadavres mais ce spectacle-là était franchement saisissant. S'il s'agissait d'une tentative d'intimidation des responsables de cet "ouvrage", ils avaient réussis en partie. Daisha en a même rendu son déjeuner. Reko est devenu pâle sous son bronzage et Sango a dégluti assez bruyamment. Moi, j'ai agi comme d'habitude mais à voir la réaction de l'équipe, c'était plutôt une bonne chose que cette scène macabre ne me touche pas plus que cela : je n'aime pas avoir le ventre vide et je préférais donc garder mon déjeuner dans mon estomac.
On en était encore à chercher les traces éventuelles du passage des assaillants lorsqu'on a entendu une explosion. On a vite vu d'où cela venait vu le nuage de fumée dû à la déflagration qui flottait au-dessus des arbres. Kangame-sensei m'a dit d'y aller avec Reko en simples observateurs. Il a beaucoup insisté sur ce point d'ailleurs. Eux restaient sur place pour se charger des cadavres et finir les vérifications d'usage. Ce qui signifiaient entre autres qu'ils allaient faire disparaître les cadavres comme le veut la procédure (paragraphe 8 alinéa 7 du règlement je crois)
Bref, on y est allé. c'était un peu intriguant que je sois avec Reko et même avec un autre équipier tout court car généralement, Kangame-sensei me garde sous la main. Je suppose qu'il a jugé que j'étais suffisament calme et raisonnable pour rappeler à l'ordre Reko malgré son grade s'il venait à oublier les consignes. Daisha était un peu trop troublée encore et Sango a une affinité doton. Plus pratique d'utiliser un de ses jutsus pour enterrer les morts plutôt que de creuser à mains nues.
On est arrivé au lieu de l'explosion. C'était un terrain à découvert, au flanc d'une montagne avec un court d'eau important dont j'ignorais le nom et que j'ignore encore. Il y avait là un barrage qui régulait le cours du fleuve. "Avait" était le mot exact : tout avait volé en éclat, totalement explosé. Reko a fait remarqué qu'il n'y avait plus rien à voir mais c'est à ce moment que j'ai vu le cadavre. Ca devait être la journée.
J'ai supposé que c'était le gars en charge du barrage mais après examen, il s'est avéré que c'était autant un civil que moi j'étais un garçon. Il avait des cals aux mains comme ceux qui usent souvent d'armes et le pseudo-couteau dont il s'était servi pour se défendre était de qualité supérieure et parfaitement aiguisé. Une rapide fouille en règle de la cabane où il devait loger nous a permis de confirmer l'hypothèse qu'il s'agissait d'un ninja espion (pas très bon d'ailleurs). Il y avait un oiseau messager dans une cage et un bingo-book de planqué via un double fond renforçé d'un genjutsu défaillant. Sans doute avait-il été surpris alors qu'il le consultait et l'avait remis en place précipitamment.
J'ai distraitement feuilleté les pages tandis que Reko finissait la fouille. Il n'y avait que des criminels de classe S ou A de répertoriés. Cela laissait présager le niveau du mort et donc du niveau de ses meutriers. Avec Reko, on a été d'accord pour prendre comme hypothèse de travail qu'il s'agissait de ceux qui avaient éliminés la patrouille. Or s'ils éliminaient les témoins, c'était pas pour faire du tourisme tranquillement. Bilan : retour immédiat pour un rapport à notre sensei et argumenter en faveur d'un retour rapide à Konoha pour en référer l'Hokage et les services secrets.
Reko était inquiet d'avoir laissé les autres. Je dois avouer que je l'étais aussi un peu. Rien que mon état d'esprit aurait dû me mettre la puce à l'oreille mais même si j'avais pu me douter de ce qui s'était passé, je n'aurais rien pu faire. Je peux témoigner de la rapidité de Reko en dépit de son pessimisme du moment : il s'en est fallu de peu pour que je le perde de vue. Quand il utilisait sa vitesse de pointe, c'était dur de suivre quand même. Bon, en fait je l'ai perdu de vue un instant alors que nous arrivions sur les lieux que nous avions quittés. En revanche, je l'ai très nettement entendu lançer un hurlement à glacer le sang.
Pour écrire les choses sobrement, Reko et moi nous tenions à présent devant non pas quatre mais sept cadavres. Ceux de l'équipe et de nos coéquipiers. J'aurais voulu dire des paroles de réconfort à Reko qui se tenait immobile devant le corps de Daisha mais je ne savais pas quoi dire. Je savais qu'il était amoureux d'elle même si lui ne l'avait pas su tout de suite et qu'il ne le comprenait que maintenant. J'avais déjà du mal à rester totalement maîtresse de moi alors le consoler..c'était la première fois que je me sentais vraiment triste, inutile et en colère aussi. Ca a aussi été la dernière je crois. Mon équipe était ce qui se rapprochait le plus pour moi d'amis. Il y avait une aberration dans tout cela : il y avait une heure, on les quittait et maintenant, ils refroidissaient déjà. Le pire c'était Sango : lui aussi avait été explosé. Il n'avait même plus de visage. Je me suis éloignée un peu pour vomir tellement l'odeur de sang m'avait écoeurée et c'est à ce moment qu'ils sont arrivés.
Je ne les ai pas vu de suite mais Reko si. En moins d'une seconde, il a compris que c'était eux les responsables et a décidé d'attaquer avant qu'ils ne le fassent. On nous répète souvent à l'académie que parfois l'attaque est la meilleure des défenses. Mais pas toujours : ce serait bien trop simple...Apparement, Reko n'avait pas eu le temps de comprendre qu'ils lui étaient numériquement supérieurs et surtout, qu'ils étaient bien plus puissants que lui. Ou plutôt, il était déjà trop enfermé dans sa rage et sa tristesse pour y faire attention. Il a commençé un de ses enchaînements les plus redoutales : la danse des huits points. En gros, il porte des coups avec les coudes, les poings, les pieds et les genous selon un schéma aléatoire et extrêmement rapide. Il n'a pas eu le temps de faire le deuxième sur le blond : l'autre lui a porté un coup extrèmement apide et puissant avec sa queue de métal (il était dans une sorte d'armure en forme de scorpion). Ce fut mortel. Au moins, il n'a pas eu le temps de souffrir. Ce fut bien ma seule consolation.
Je me doutais bien que j'étais la prochaine à rallonger la liste des victimes de ces deux personnes mais je ne voyais pas ce que je pouvais faire contre eux. Plus par réflexe que par réelle intention d'attaque, j'ai dégainé mon katana. J'étais une simple genin et ces deux ninjas avaient déjà vaincu sans problème une patrouille entière et mon équipe sans compter l'espion du barrage. Logiquement, j'allais suivre le même chemin qu'eux. Et je m'en fichais totalement. Autant la mort de mes équipiers m'avaient frappé d'une certaine façon, autant je me moquais de la mienne. Un ninja se bat et meurt tôt ou tard et il semblait que dans mon cas ce devait être tôt, voilà tout. J'ai quand même eu une sorte de froid, de frisson dans le corps à un moment, juste le temps d'une seconde. A l'époque, je ne pouvais pas deviner que c'était elle qui venait de s'inviter.
La queue du scorpion s'est de nouveau agité, droit sur moi. J'ai paré mécaniquement avec mon arme mais elle s'est brisé net à l'endroit de l'impact, dix centimètres après la garde. Avec un haussement de épaules, je l'ai jeté et j'ai sorti un kunaï tout en esquivant sans vraiment y mettre beaucoup de motivation les aiguilles qui m'arrivaient dessus.Je me suis dit que ce gars avait vraiment pas mal de surprises en matière de pièges. Trop occupée à éviter les projectiles, je n'ai pas vu la figurine ailée d'argile sur ma gauche en revanche, j'ai senti le souffle de l'explosion. J'ai franchement soupiré en voyant l'état de mes vêtements. J'ai marmonné quelque chose du style "mère va être furieuse". (C'est elle qui me les avait cousu et elle tenait toujours à ce que j'ai une mise impeccable. J'avais depuis longtemps arrêté de lui expliquer que une belle tenue et l'execution d'une mission était souvent incociliable.)
Je ne sais pas si ces paroles, mon indifférence manifeste quant à ma blessure (je n'avais presque plus de peau sur le bras gauche du coude jusqu'à l'épaule) ou tout simplement cette combinaison qui constituait une preuve flagrante d'indifférence caractérisée qui les a surpris et les a poussé à stopper leur attaques. Toujours est-il que j'en ai profité pour retirer les lambeaux de tissu qui collait à ma chair à vif : " Kangame-sensei dit...disait toujours que les infections d'une blessure c'est traître". Je pense qu'ils se sont demandés s'ils ne rêvaient pas. A croire qu'ils n'ont jamais croisé quelqu'un qui se moque de se faire tuer et trouve encore moyen de s'occuper d'une blessure sans avoir l'air de souffrir de la-dite blessure.
L'instant d'après, je me suis retrouvé avec un shuriken dans chaque jambe. Je dois avouer que j'ai mis du temps à réaliser la raison de cette sensation désagréable au niveau des mollets : en fait, c'était le sang qui coulait qui me démangeait. Le blond- c'est plus tard que j'ai su qu'il s'appelait Deidara- m'a interpellé :
"Yeah, je savais pas que les ninjas de la Feuille se laissait tuer comme des lapins ! A moins que tu essayes de mourir avec bravoure et honneur ?" C'était clair qu'il se moquait de moi. Moi, j'étais trop occupé à retirer les shurikens pour répondre mais j'ai quand même fini par dire ce que je pensais de tout cela : "Je m'en moque de la façon dont je mourrais...on y passe tous un jour. Alors, allez-y, c'est pas que je sois pressée mais bon, c'est désagréable le sang qui coule." En tout cas, si ce n'était pas exactement ça, c'était quelque chose de ce goût-là.
Là, l'autre gars planqué dans son attirail de métal (depuis, je sais que c'est une marionnette et Sasori-sama est très chatouilleux à ce propos) a suspecté ce que personne n'avait su, à savoir que je ne sentais pas la douleur et que je me moquais vraiment de ce qui arrivait. Il m'en a demandé confirmation et j'ai répondu franchement. Qu'est-ce que ça pouvait faire que je me taise ou non ? Ce n'était pas un secret d'Etat et j'allais bientôt y passer. Enfin je le croyais mais il y avait de quoi dans une situation pareille.
Je me souviens plus vraiment de la façon dont les choses en sont venus là : j'étais pas au mieux de mes capacités et la perte de mon sang m'avait affaibli. Ce qu'il en est ressorti, en revanche, est très clair.
Je pense que je pourrais me justifier en disant que je n'avais pas le choix, que j'étais trop jeune pour mourir et que mieux valait coopérer en attendant une ouverture.
La vérité c'est qe mes coéquipiers étaient morts, brisant tout ce qui me liait à Konoha. Avec le temps, ils avaient appris à me connaître, à m'accepter telle que j'étais. Comme aurait dû le faire ma famille. Comme elle ne l'a pas fait.
La vérité, c'est qu'avec la même indifférence avec laquelle j'étais devenu ninja, je suis devenue une déserteuse."
