Et encore un grand merci à Aurore, qui est plus rapide que la lumière !
Le quatrième thème est Palette.
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Livre 1 : Prisonniers
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Chapitre 4 :
Ace était dans la salle des gardes depuis environ trois heures, et déjà il se demandait comment il résisterait à sa narcolepsie galopante au fond de ce trou à rats où dormir et rêver était le seul moyen de passer le temps qui n'incluait pas de torturer des prisonniers.
« Hey, le Phénix est arrivé. »
Ace n'en sembla pas particulièrement ému. Beaucoup de gardes s'étaient précipités pour voir la gueule du fameux commandant en second de Barbe-Blanche sur tous les écrans. Lui-même avait le pressentiment qu'il la verrait assez pour s'en lasser.
Ses yeux se portèrent néanmoins vers les moniteurs et il entraperçut une invraisemblable motte de cheveux blonds sur un crâne en forme d'œuf et un air blasé qui résista à la cuve de stérilisation.
Clairement, ce type était un dur. Ace se demanda s'il serait à la hauteur, malgré les chaines de granit marin. Après tout, il allait affronter une putain de légende.
Un garde à l'air souffreteux le conduisit jusqu'à l'ascenseur qui descendait directement au dernier niveau, le si bien nommé 'Enfer Éternel'. Ace n'avait visité que l'Enfer Ardent, et ignorait même la présence d'un sixième niveau dans la colossale prison. Le Gouvernement Mondial avait des secrets pour les propres membres à son service.
Ace, toujours escorté du garde à l'air malade, entra dans l'habitacle, déjà las. Les prochains mois promettaient d'être franchement amusants, à ce rythme.
Il y eut un long moment de silence, la sensation d'une chute. Puis les portes s'ouvrirent et Ace ne vit rien.
L'Enfer Éternel était sombre.
Sombre, mais bruyant. Un torrent de rires et d'injures saluèrent son apparition, dès qu'il sortit de l'ascenseur.
« De la chair fraîche !
— Un Marine !
— Tu viens nous rendre visite, chéri ? Deux en deux jours, on est gâtés, les gars… !
— TAISEZ-VOUS, » hurla le garde, en frappant de sa matraque les barreaux. Puis à Ace : « Ils sont bruyants, vous verrez. Ils ne se taisent que quand Magellan fait ses rondes. Alors là, il y en a plus un qui ouvre le bec, ils ont bien trop peur.
— Qui qu'a peur ?
— Et ta mère, tu veux qu'on vienne lui faire peur ? »
Le second ascenseur s'ouvrit et Ace se trouva en face de l'homme qu'il devait garder. Celui-ci avait un air calme et nonchalant sur le visage, et il entra sans se faire prier dans une cellule où une forme était écroulée sur le sol.
« Hey, et on le met avec la petite nouvelle ! Y'a du favoritisme, là !
— T'es qui, la bleusaille ? »
Mais déjà le nom du Phénix courrait de cellule en cellule et les insultes se firent plus précises, attaquant Barbe-Blanche et tout son équipage de 'fils'. Qu'est-ce qu'ils avaient tous à s'aimer tant que ça entre eux, les fils de Barbe-Blanche ? Hein, alors quoi, ils se la léchaient entre eux, soigneusement, avec un amour tout fraternel ?
Ace en avait la nausée.
« Pas de risque pour ta vertu ma mignonne, cria quelqu'un à la forme dans la cellule. Ils sont tous pédés chez Barbe-Blanche. »
Ace était atterré par ce déballage d'ordures et d'injures. Il ressentit un immense dégoût pour l'Humanité en général, pour ces prisonniers remplis de fiel, qui passaient comme ils pouvaient leur haine et leur impuissance, pour les gardiens qui les écoutaient sans même y prendre garde, pour tout et pour tous. Tout était laid.
Il s'assit dans la petite guérite près de la cellule de Marco le Phénix et tenta de repérer le feu en lui. Mais rien, le granit marin étouffait tout. Il n'avait dans le prisonnier rien qu'un être humain ordinaire et apparemment indifférent à tout ce qui l'entourait.
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La cellule n'était pas vraiment confortable, il ne fallait tout de même pas plaisanter mais disons qu'elle était moins horrible que ce à quoi Marco s'était attendu.
Il s'était laissé conduire et attacher avec indifférence, ses pensées encore tournées obstinément vers Thatch. Il ne ressentait pour lui-même que peu d'inquiétude, mais quand il s'agissait d'un de ses frères bien-aimés, c'était autre chose.
Autour de lui, les injures volaient sans qu'il s'en souciât, mais avec une originalité dont il admira intérieurement la variété. Toute la palette de ses exploits personnels y passa, de même que sa famille et bien sûr Pops. Qu'ils essaient de le démoraliser s'ils le voulaient. Rien de tout ce qu'ils pouvaient dire ne pouvait l'atteindre.
Il n'avait qu'une chose à attendre, c'était que le temps passe. Ce serait lent et pénible, et peut-être même éternel.
C'était autrement effrayant que les injures.
Il tenta de trouver une position qui n'était pas trop inconfortable, et se prépara à dormir.
Ce fut alors qu'il remarqua l'autre silhouette. Dans l'obscurité, il n'avait pas vu la forme dans la cellule.
« Salut, » tenta-t-il, peu désireux de se ménager un ennemi à l'intérieur de sa propre cellule. Comme s'il en avait pas assez au dehors. Et puis, peut-être que sa compagnie ne serait pas trop désagréable. Au moins celui-là ne l'avait-il pas agoni d'injures dès son arrivée.
Il n'y eut pas de réaction d'abord, et Marco se demanda si son compagnon d'infortune était mort, et puis il entendit une voix faible :
« Bonjour. »
S'il avait pu, il aurait sursauté : une femme ! Et bien en voilà au moins une surprise.
« Qui êtes-vous ? » demanda-t-elle.
Les yeux de Marco s'habituaient à l'obscurité. Il lui sembla qu'elle était jeune encore, avec des traits réguliers.
« Marco le Phénix.
— Le second de Barbe-Blanche ?
— Lui-même. Et vous ? »
Il se demanda pourquoi il la vouvoyait. Peut-être parce qu'elle l'avait fait. Peut-être par un vieux reste de galanterie.
« Taisez-vous ! » fit une voix jeune et masculine, qui elle venait de l'extérieur, et une rafale de feu éclaira l'intérieur de la cellule. Une flamme arriva jusqu'à lui, et il sentit son souffle brûlant au point de lui roussir les sourcils. La sensation était aussi peu familière que désagréable. Depuis quand le feu le brûlait-il ? Depuis qu'il avait ces maudites chaînes, bien sûr.
« Vous n'avez pas le droit de communiquer.
— Tout le monde communique ici, gamin, » fit Marco.
Une véritable tempête de feu l'entoura. Pourtant, elle ne fut pas aussi dévastatrice qu'elle aurait pu l'être. C'était une menace, pas une attaque. La promesse de quelque chose de pire, s'il désobéissait.
« Vous, non, » reprit l'homme, un Marine vu son uniforme.
Au moins, c'était clair. Il avait peut-être de la compagnie dans sa cellule, mais il était seul.
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Les autres prisonniers d'Impel Down sont charmants, il n'y a pas à dire. Et la relation entre Ace et Marco commencent du feu de dieu ! (Ok, je sors.)
