Saynette numéro 5! J'avance plus vite que prévu. Bon, pas grand chose à dire cette fois-ci, à part: enjoy!
5)
Un événement historique était en marche. Le plus important récit de l'Histoire de l'humanité s'écrivait en cet instant, comme en beaucoup d'autres d'ailleurs, mais bon, celui-ci était particulièrement important.
Cela se passait dans le désert, pas très loin de la ville de Jerusalem, mais assez éloigné pour que le protagoniste ne puisse pas aller réclamer de l'aide. Ce qu'il ne comptait de toute façon pas faire. Le jeune homme portait une grande robe blanche, la barbe et les cheveux longs, ce qui pourrait lui donner de faux airs de hippie, de l'avis d'un éventuel observateur venu de plusieurs millénaires plus tard. Mais un tel observateur n'existant pas, on va dire que ce n'était pas un hippie.
L'homme cheminait seul dans l'immensité du désert, en direction de la cité qu'on apercevait au loin, au travers de brumes de chaleur qui la faisait ressembler à un mirage. Il était faible, voûté, et avançait lentement. Il paraissait maigre dans ses vêtements flottants, et son visage était émacié. Et pourtant, en le regardant on ne s'arrêtait pas à ces détails insignifiant, car l'homme dégageait une impression de grandeur et de puissance transcendant son apparence de pauvre hère.
Sauf que les seules personnes qui auraient pu l'observer était trop occupées à se bagarrer derrière une autre dune un peu plus loin. Oh, pas sans raison, non. Même si en réalité, c'est surtout pour le plaisir de pouvoir taper sur un ange (pour l'un des deux) ou de taper sur un démon (pour l'autre). Mais il faut un prétexte pour se battre, bien sûr. En fait, Aziraphale était certain que Rampa allait essayer de tenter l'ermite qui se promenait tranquillement un peu plus loin. Rampa lui avait répondu que ce n'était pas son boulot, et que ce jour là c'était le boss qui s'en occupait. Il avait ensuite demandé ce que l'ange fichait ici. Après tout, le Papa n'était pas censé avoir envoyé de protection au jeune homme, qui devait se débrouiller tout seul. Ce à quoi Aziraphale avait répondu qu'il était là de son plein gré, et que le Tout-Puissant, loué soit son nom, n'avait rien à voire dans l'affaire.
« Oh là là... le petit ange se rebelle ? » avait soufflé Rampa, railleur. « Tu ssssais ce qui arrive aux anges qui n'obéisssent pas à leur Papa... »
Aziraphale s'était surpris à trembler, à la fois de rage et de peur. Oui, il savait effectivement ce qui arrivait aux anges rebelles... Ils perdaient tous leur pouvoirs célestes et étaient envoyés en Enfer, en compagnie des pires démons. Mais ce qu'il faisait à présent n'était pas un acte de rébellion, n'est-ce pas ? Il ne faisait que se préparer à des ordres du Père. Et si son fils avait besoins d'aide ? Ainsi Aziraphale serait déjà sur place, près à le sauver du Malin.
« Alors maintenant, tu inssssinue que le Messi n'est pas capable de résister aux tentations de Satan, hein ? » dit Rampa, un sourire narquois aux lèvres.
L'ange savait qu'il ne pourrait pas l'obliger à se taire, car le démon maîtrisait bien mieux les mots que lui. Et il était bien entendu hors de question de s'enfuir : il avait une fierté, et surtout il se refusait à laisser seul l'homme dans le désert. Malgré ses réticences, il savait que la manière forte était la seule solution ici. C'est pour quoi les deux créatures avaient roulé quelques secondes plus tard au bas de la colline, jouant des pieds et des mains pour essayer d'amocher son adversaire le plus possible. Aziraphale essayait de mettre le démon hors d'état de nuire. Rampa, quant à lui, s'efforçait de ne pas trop abîmer ce jouet auquel il avait commençai à s'attacher. Malgré ses dehors doux comme un agneau, Aziraphale démarrait au quart de tour dès qu'on l'embêtait... et se fermait comme une huître dès que le démon commençait à faire des propositions lubriques. Il était tellement prévisible...
Rampa se figea lorsqu'il sentit soudain une présence écrasante apparaître dans le désert. Il ne pouvait certes pas le voire, mais tous les démons ressentaient l'arrivée de leur maître. Le Diable en personne s'était déplacé pour essayer de tenter le fils de Dieu. Aziraphale aussi cessa un instant de bouger, ses yeux brillants de panique. Il savait comment se débrouiller face à des démons de bas-étage, mais il n'avait aucune chance contre leur maître. Rampa remarqua l'attitude de sa proie, et rigola.
« Il est trop occupé avec le Fissston pour s'intéresser à un angelot comme toi, petit... » et il se prit une belle baffe dans la tempe.
Aziraphale s'était relevé et le toisait avec dégoût.
« Vade retro, démon ! » cracha-t-il. Les mots heurtèrent l'homme-serpent en pleine poitrine et lui coupèrent le souffle. Tient, finalement Aziraphale disposait d'une arme efficace. Rampa recula de quelques pas, puis se força à s'arrêter. Hors de question qu'il obéisse aux ordres d'un ange.
« Je ne te laisserait pas t'approcher du fils de notre Père, engeance de Satan !
-Tu sais, mon ange, répondit Rampa, ça me donne presque envie d'essayer pour voir. »
D'ici, il entendait vaguement les paroles du Diable et du Messi, même si les mots de son maître résonnaient sous son crâne comme dans une cathédrale au fur et à mesure qu'il parlait, lui redonnant des forces. Sous le regard ahuri de l'ange, il piqua un sprint autour de la dune pour rejoindre l'endroit où se trouvaient les deux antagonistes. Aziraphale ne réfléchit pas et se mit à lui courir après.
C'est ce moment que le Fils choisit pour lancer sa célèbre réplique.
« VADE RETRO, SATANAS ! »
Cette fois-ci, l'onde de choc était énorme. Rien avoir avec l'ordre que lui avait lancé Aziraphale quelques minutes plus tôt. Rampa vola à travers les airs, changeant de forme à toute vistees – humain, serpent, humain, hybride, à nouveau serpent... Il atterrit lourdement sur le dos quelques dizaines de mètres plus loin. Aziraphale se précipita à sa suite. Le visage du démon, à moitié recouvert d'écailles noires, était tordu par une grimace de douleur. Ce qui restait de sa peau humaine était devenue blafarde, et ses lèvres saignaient.
« Ssssoit maudit... » gémit-il, à personne en particulier.
L'ange l'observait, ne sachant que faire. Son instinct lui ordonnait d'aider cet individu blessé, de lui apporter des soins, mais sa tête lui rappelait : « C'est un démon ! C'est une engeance de l'Enfer, un suppôt du Malin ! »
Rampa ouvrit ses yeux dorés et avisa le visage aux traits doux penchés au dessus de lui, la mine soucieuse.
« Aziraphale... » grogna-t-il, la voix rendue rauque par la douleur.
Un souvenir batailla pour ressurgir dans l'esprit de l'ange quand le regard du démon se planta dans le sien. Des yeux jaunes, des écailles noires, un nom...
« Rampant ? » fit-il, prit d'un doute affreux. L'autre s'esclaffa faiblement, son rire se changeant soudain en une quinte de toux.
« Presque... Maintenant c'est juste Rampa » fit-il faiblement.
Tournant le dos aux principes de base appris des siècles plus tôt, Aziraphale tendit la main vers son ancien camarade. Rampa l'attrapa avec reconnaissance et se releva, gémissant lorsqu'il sentit ses muscles à l'agonie.
« Salaud de Messie... » grogna-t-il. SBAFF ! Aziraphale venait à nouveau de lui servir une bonne grosse claque sur la joue. L'ange, mal à l'aise, se tenait éloigné du serpent. Il avait beau vouloir agir de manière charitable, il était tout de même contre-nature de se montrer trop gentil avec ce démon. Surtout s'il se mettait à blasphémer.
Rampa lui aussi était un peu gêné, et se tenait tout droit à quelques mètres de l'ange. Puis il s'avança vers lui doucement, et tendit la main.
« Trêve ? demanda-t-il.
-Ça dépend ce que tu entend par là, démon, fit Aziraphale, dubitatif.
-Qu'on arrête de s'embêter et de se gêner l'un l'autre dans notre travail, non ?
-Tant que ça ne va pas plus loin que ça, ça me va » répondit l'ange en frissonnant. Rampa le regarda fixement, puis fit un sourire carnassier et se lécha lentement les lèvres, ses pupilles verticale dilatées. Aziraphale rougit, puis se retourna ostensiblement, faisant semblant de bouder. Rampa offrit à son dos un sourire plus franc.
« Bon... je crois qu'ils sssse sont tous les deux fait la malle. On fait quoi, maintenant ? »
Aziraphale se retourna.
« Je suppose qu'on part aussi, non ? »
Rampa lui sourit à nouveau.
« Alors, à la prochaine, mon ange.
-A jamais, démon. »
Aziraphale disparut le premier. Rampa, lui, resta un instant dans le désert, à observer les collines de sable qui s'étendaient jusqu'à l'horizon. Puis il se concentra sur son apparence, redevenant totalement humain, sourit puis disparut.
