Chapitre 3 (un peu plus long), et ça se précise un peu !
Bonne lecture ^^
- III -
"La curiosité, malgré tous ses attraits, coûte souvent bien des regrets." Charles Perrault, extrait de Barbe bleue
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Domaine du Loch Valley - 8 août 1996
Harry déambulait dans le large couloir du quatrième étage du manoir. Cela faisait maintenant trois jours qu'il était installé, et il lui arrivait encore de se perdre tellement la demeure était gigantesque. C'est donc en cherchant à atteindre la cuisine où il savait qu'il y trouverait Ron, qu'il se retrouva à admirer les nombreux tableaux des anciens propriétaires du manoir ainsi que leur famille.
Harry ne reconnaissait aucun nom qu'il pouvait distinguer sur les petites plaques dorées en bas des gravures, plus ou moins effacés selon leur vétusté. Certaines dates remontaient à plusieurs siècles. Les plus vieux occupants lui demandaient quelles étaient donc ces "hardes" qu'il portait, tandis que d'autres le regardaient d'un air supérieur, le questionnant sur la pureté de son sang. L'adolescent ne répondait pas, se contentant de passer son chemin en souriant à certaines remarques.
Le manoir, dont il ne connaissait toujours pas le propriétaire, était une sorte de repère de la Résistance. Le Loch Valley hébergeait grand nombre de personnes, à commencer par la plupart des membres de l'Ordre. Ensuite venait quelques individus importants directement menacés par Voldemort et ses sbires. Harry avait revu beaucoup de ses camarades de Poudlard, notamment Luna, qui s'était installée récemment avec son père depuis la prise de position du Chicaneur. Il y avait aussi la famille Weasley au complet, la famille Patil, Seamus, Neville et sa grand-mère, tous luttant contre le Mage Noir.
Des personnes arrivaient tous les jours. Alors qu'au début, les adolescents pouvaient bénéficier d'une chambre pour eux tout seuls, les pièces furent vite transformées en dortoir. C'est ainsi que Harry partageait une chambre avec Ron, Neville, Seamus, Dean, ce qu'il ne les dérangeait pas le moins du monde, vu qu'ils passaient déjà leurs nuits ensemble dans le dortoir des Gryffondor depuis cinq ans.
Harry sortit de ses pensées quand il fut arrivé au bout du couloir, se tenant face à une très ancienne porte en bois sombre et ouvragé. La poignée en argent représentait un serpent, la gueule ouverte, et de toutes petites inscriptions devenues illisibles avec le temps couraient sur l'encadrement de la porte.
"Eh Harry !" Ce dernier se retourna, pour voir Ron avancer vers lui, la bouche pleine, un scone à la confiture dans chaque main. " Te voilà enfin, ça va faire une demi-heure que je te cherche ! Maman m'a virer de la cuisine, soit disant pour éviter la pénurie de desserts pour le dîner... Qu'est-ce que tu fais ici ?" Dit-il en mordant la moitié de son gâteau.
"J'allais te rejoindre dans la cuisine, mais j'ai dû me tromper d'escalier." Répondit-il en souriant face à l'appétit insatiable de son ami.
" C'est quoi cette porte ? " Questionna Ron en voyant où se trouvait Harry, mais celui-ci ne répondit que par un haussement d'épaules. "Et bien allons voir !"
Avant qu'Harry est pu répondre quoique ce soit, Ron ouvrit la lourde porte dans un grincement et se trouvait déjà à l'intérieur de la pièce. Les évènements de juin dernier avaient énormément changé le comportement de son meilleur ami. Tout le monde connaissait le Ron blagueur et insouciant, mais le fait d'avoir directement participé à la bataille du Ministère, prenant réellement part pour la première fois à la lutte contre Voldemort, l'avait rendu, d'une certaine façon, plus sage et mature.
Sauf aujourd'hui...
Se résignant, Harry le suivit, et une fois passé le seuil de la porte, arriva dans un couloir sombre, fait de murs en pierre d'où suintait l'humidité. Des torches étaient allumées de chaque côté, illuminant son chemin à intervalle régulier.
" Ron ! On ne devrait pas être là ! On ne sait même pas à qui appartient cette maison !" chuchota Harry, sans même savoir pourquoi. Ce lieu lugubre ne lui inspirait rien de bon.
"Oh Harry ! Où est donc parti ton goût pour l'aventure et l'interdit ? " Dit Ron en se retournant vers lui, ses cheveux roux flamboyant à la lueur des flammes. "Tiens, regarde, on arrive au bout."
En effet, à quelques dizaines de mètres, il pouvait distinguer la lumière du jour se refléter sur les parois humides du couloir. Sentant sa curiosité s'éveiller, Harry continua sa traversée à grandes enjambées et finit par se percuter au dos de Ron qui s'était subitement arrêter à l'entrée de la pièce. Donnant un coup de coude à son ami pour bénéficier d'une meilleure vision, ce qu'il vit le laissa sans mot.
La pièce était immense et, contrastant avec l'aspect inhabité et sombre du couloir, lumineuse et pleine de vie. Prenant tout le côté gauche, une large baie vitrée montait jusqu'au plafond, illuminant l'endroit. A travers, on pouvait apercevoir la mer ainsi que les nuages bas, se confondant avec l'horizon. Le côté droit n'était fait que multiples étagères, sur lesquelles étaient exposés un grand nombre de bocaux de différentes tailles et renfermant des plantes, des herbes, parfois des animaux -pas forcément entiers-, et d'autres choses, gluantes et visqueuses à première vue, que les deux adolescents ne préféraient pas imaginer. Au fond se trouvait une bibliothèque assez conséquente, des centaines de livres qui s'étendaient du sol jusqu'en haut et prenant toute la largeur de la pièce. Mais le plus impressionnant était la gigantesque table en bois qui trônait au milieu, ne laissant aucun doute sur la fonction du lieu. Elle semblait faite du même bois noir que la porte, et les mêmes symboles étaient gravés sur les pieds et l'entourage de la table. Plusieurs chaudrons, en argent, en verre, petits et grands, vide ou rempli d'une mixture qui bouillait tranquillement, étaient étalés sur la majestueuse table, à côté d'ustensiles et de bocaux en tout genre.
"Un laboratoire de potions..." dit doucement Ron, en faisant quelques pas dans la pièce, en direction des étagères. "Mince, t'as vu tous ces trucs ? Eurk, c'est dégoûtant !" dit-il en pointant son doigt vers un bocal visiblement rempli de tentacules.
"Ron... J'ai pas l'impression qu'on ait l'autorisation d'être ici. Je ne connais qu'une personne faisant partie l'Ordre qui ait besoin d'un laboratoire de potions et..."
"Eh regarde !" l'arrêta subitement Ron en se dirigeant vers le mur derrière eux.
Harry se retourna. Prenant presque tout l'espace du mur, un voile noir recouvrait ce qu'il semblait être un immense cadre. Son ami - qui avait apparemment laissé sa maturité fraichement acquise de côté pour la journée - souleva le tissu dans un grand geste du bras, sans se préoccuper de ce qu'il y découvrirait derrière. La peinture était vide de tout occupant, et le décor était en tout point identique au laboratoire de potions dans lequel ils se trouvaient. Les mêmes fenêtres, même bibliothèque, la même table en bois, seuls les vieux chaudrons et alambics en cuivre sur celle-ci différenciaient les deux endroits. Sous l'imposant cadre était placée une large plaque dorée, pourvu du nom de son habitant écrit en lettres gothiques noires.
Elio Prince
"Prince ?" dit Ron en fronçant les sourcils. "Ce nom me dit vaguement quelque chose, je crois l'avoir déjà vu dans..."
"Pourriez-vous m'expliquer votre présence dans ce lieu où vous n'avez strictement rien à faire ?"
Les deux garçons s'étaient immédiatement figés à l'entente de cette voix. Cette voix qu'ils reconnaitraient entre mille, glaciale, crachant des insultes entre quatre murs d'un cachot dans les sous-sols de Poudlard. Harry se retourna vers Ron et vit celui-ci pâlir, toute sa joyeuse curiosité envolée. Ils entendirent un froissement de tissus et en quelques secondes, le professeur Rogue se retrouva devant eux.
"J'attends !" cria le maître des potions.
Il était hors de lui. A cet instant, Harry se remémora sa première et unique leçon d'Occlumencie avec le professeur des mois plus tôt, et sa colère était presque celle qu'il avait dû endurer ce jour-là. De sa place, il pouvait voir une veine palpiter sur sa tempe droite, signe qu'il fallait mieux baisser le regard et se taire plutôt que d'essayer de lui répondre.
"Je... nous ne savions pas que..." tenta Ron.
"Non, bien sûr, vous ne saviez pas. Vous ne savez jamais rien Weasley ! Votre stupidité toute Gryffondor ne vous autorise pas à dépasser certaines limites !" exulta-t-il. Il se pinça l'arête du nez en fermant les yeux et essaya de reprendre contenance. "Je vous serez gré de ne plus mettre un pied dans cette pièce si vous ne voulez pas finir en ingrédients pour mes potions. Et vous feriez mieux de vous rendre dans le hall d'entrée, le dernier membre de votre trio d'abrutis ne va pas tarder à arriver. De plus, grâce à Dumbledore, vous avez l'extrême chance de pouvoir assister à la réunion de l'Ordre de ce soir, si ça ne tenait qu'à moi, je vous enfermerai dans les cachots pour ne pas prendre le risque de voir vos oreilles traîner derrière les portes... Et maintenant... Dehors !"
Les adolescents, conscients de s'en sortir finalement assez bien vue la situation, se précipitèrent presque en courant vers la sortie. Une fois partis, Severus lui, balaya la pièce de son regard noir à la recherche d'un bocal déplacé, d'un feu éteint ou encore d'un livre retiré de son étagère. Mais rien, son laboratoire était dans le même état qu'il l'avait laissé en partant, ce qui atténua un peu sa colère. Après tout, il devait s'y attendre. Faire du manoir de sa famille maternelle le nouveau quartier général de l'Ordre n'était pas sans risque pour sa tranquillité d'esprit. Voir des dizaines de personnes fouler les précieux tapis sans âge, des gamins courir dans les couloirs manquant de renverser un vase centenaire, et pire, voir Molly Weasley s'approprier la cuisine comme la maîtresse des lieux l'agaçait prodigieusement. Mais voilà, le Loch Valley était un domaine incartable et bénéficiait de barrières de protection infranchissables, des arguments qui avaient fait l'unanimité des membres du l'Ordre.
"Tu devrais protéger un peu mieux tes quartiers Severus... Bien que je ne tolère que moyennement ces gens qui se baladent impunément dans ma demeure, je serais particulièrement intransigeant quant à mon laboratoire. Je ne tiens pas à ce que de vulgaires enfants puissent toucher de leurs mains maladroites ce que j'ai mis des années à construire." résonna une voix froide derrière lui.
Severus se retourna et observa l'homme qui se tenait dans le tableau qui était vide quelques instants auparavant. Grand, une carrure imposante, tout en lui inspirait le respect. De longs cheveux bruns retenus dans un ruban noir, de légères ridules encadrant d'étranges yeux violets et un teint délicatement halé. Un largeot en velours noir lui serrait les hanches avec une simple chemise blanche à manches larges sous un veston noir également. Un luxueux camée où étaient gravées les armoiries des Prince était épinglé sur son veston à l'emplacement de son cœur. Sans accorder un regard à son interlocuteur, il se pencha afin de ramasser le voile et le replaça sur le gigantesque cadre sans hésitation.
"Je me passerai de ton opinion... grand-père."
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Les deux adolescents étaient arrivés dans le grand vestibule de l'entrée du manoir, essoufflés. Ils avaient couru dès la sortie du laboratoire, comme s'ils s'attendaient que le maître des potions les pourchasse, une louche à la main pour les frapper. Harry était assis par terre, la tête entre les genoux, adossé au mur et Ron, beaucoup moins élégant, était allongé sur le sol, une main sur sa poitrine, tous deux essayant de reprendre leur souffle.
"Désolé, vieux... Je n'aurais pas... du... insister... pour entrer..." dit Ron, hors d'haleine.
"T'en fais pas... Au moins, on est prévenus maintenant. Je ne m'approcherai plus jamais de cette foutue porte !" s'exclama Harry, souriant à son ami.
"Cette vieille chauve-souris ! Il aurait besoin d'une bonne dose de potion d'allégresse si tu veux mon avis, ça lui ferai le plus grand bien et à nous aussi..." dit le rouquin en se redressant pour s'assoir en tailleur face à son ami. "Tu... tu crois qu'on est chez lui ici ? Je sais que le propriétaire est un membre de l'Ordre mais Maman n'a jamais voulu me dire qui c'était..."
"Je ne sais pas. Mais après tout, pourquoi pas ? On ne sait absolument rien de la famille de Rogue et..."
Harry n'eut pas le temps de finir sa phrase que l'immense porte d'entrée s'illumina d'un halo jaune vif, signe que plusieurs personnes à l'extérieur venaient de franchir les protections entourant le domaine. Les deux adolescents se levèrent en époussetant leurs vêtements et recoiffant un peu leur tignasse.
Quelques instants plus tard, la porte s'ouvrit, faisant grincer les gonds, pour laisser entrer une jeune fille, sa masse de cheveux emprisonnée dans un chignon lâche, une valise à la main. Elle était suivie de quatre adultes, dont deux qu'ils reconnaissaient comme des membres de l'Ordre, Emmeline Vance et Hestia Jones. Les deux autres leur étaient inconnus mais la ressemblance entre eux et l'adolescente ne laissait place à aucun doute. La femme était grande et élancée, une certaine grâce émanait d'elle et ses yeux verts clairs respiraient la douceur, des cheveux bruns et un petit nez qu'elle avait visiblement légués à sa fille. L'homme lui, était plus petit, plus trapu, un crâne poivre et sel, des yeux couleur chocolat et un sourire éblouissant.
"Hermione !" s'écrièrent Harry et Ron d'une même voix, avant de venir la prendre dans leurs bras.
"Salut les garçons ! Je suis si contente de vous voir !" leur répondit Hermione en répondant à l'étreinte. Elle les lâcha et se recula un peu. "Je vous présente mes parents, Judith et Henry. Papa, Maman, voici Harry et Ronald."
"Enchantée, jeunes hommes ! Après des années à entendre parler de vous, nous nous rencontrons enfin !" s'exclama Mrs Granger, faisant fi de leurs mains tendues et en les prenant dans ses bras.
Mais ils eurent à peine le temps d'aller plus loin dans les présentations que Molly arriva, un torchon sur l'épaule, questionnant les nouveaux arrivants : savoir si le trajet s'était bien passé, s'ils souhaitaient un encas avant le dîner,... Sans même prendre le temps d'écouter leurs réponses, elle fit léviter les lourdes valises d'un coup de baguette et leur demanda de la suivre, afin de les conduire à leur chambre. Mr Granger se retourna vers sa fille, une lueur quelque peu ahurie dans les yeux, et celle-ci se contenta d'un hochement de tête en souriant largement.
"Que... tes parents... comment..." tenta d'expliquer Ron, en vain, une fois les adultes hors de vue.
"Dumbledore a accepté qu'ils me suivent jusqu'ici. Je n'aurais pas supporté de les laisser sans défenses, sachant que des moldus sont agressés quotidiennement par des Mangemorts, et hors de question pour eux de partir se cacher je ne sais où, sans aucun moyen d'avoir de mes nouvelles. Ils ont du mal à accepter qu'une personne de mon âge puisse s'engager dans une guerre mais j'ai réussi à les convaincre en leur disant qu'ils seront avec moi et verront eux-mêmes que je suis en sécurité ici..." leur dit Hermione, les yeux brillants. "Alors, le directeur est venu à la maison ce matin, jetant un sort à mes parents afin qu'ils puissent passer les barrières anti-moldu sans problème... et nous voilà !"
Les garçons regardèrent leur amie, plus ébranlée qu'elle ne voulait bien le montrer. Le départ du foyer familial pour une durée indéterminée, sans savoir de quoi sera fait le lendemain, montrait un tournant dans la guerre contre Voldemort et ses sbires, la rendant plus réelle dans un sens. Sentant l'atmosphère s'alourdir, Hermione sécha rapidement ses larmes et s'exclama d'une voix qu'elle voulut joyeuse :
"Alors, vous me faites visiter ?"
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L'immense salle à manger du manoir était remplie. La plupart des membres de l'Ordre étaient présents, excepté ceux qui se trouvaient en mission. Quelques adolescents se tenaient parmi eux également : les plus jeunes enfants Weasley - Molly avait cédé quant à la présence de Ginny, sachant que d'une façon ou d'une autre, elle serait mise au courant du contenu de la réunion par ses amis -, Harry, Hermione - ses parents étaient en train de faire le tour du manoir-, ainsi que Luna et Neville. Selon les adultes, ces derniers avaient gagnés le droit d'assister à la réunion grâce à leur courage durant l'attaque du Ministère, quelques semaines plus tôt.
"Bien, je pense que tout le monde est arrivé maintenant. Nous allons pouvoir commencer." déclara Dumbledore en s'asseyant au bout de la grande table.
Les conversations cessèrent et chacun prenait place. Les jeunes s'installèrent ensemble, légèrement intimidés par le ton solennel de leur directeur et la mine grave de certains adultes. Ils y étaient... A partir de cet instant, ils allaient concrètement prendre part à la Résistance, écouter les différents récits sur les horreurs dont étaient témoins quelques membres de l'Ordre, entendre l'augmentation de la fréquence des attaques contre les moldus, voir la liste des morts s'agrandir...
"Si j'ai permis aux enfants d'assister à cette réunion, c'est parce qu'ils sont en grande partie concernés par la première information de la soirée..." commença Albus, hésitant. "J'ai bien peur qu'il nous est impossible pour nous, professeurs et élèves, de... retourner à Poudlard à la rentrée prochaine... John, je vous laisse expliquer la situation."
Un bruit de verre cassé résonna contre les murs de pierre de la salle à manger. Harry se tourna vers sa gauche pour voir Hermione, les yeux exorbités, fixant le vieil homme et une main encore suspendue dans les airs, celle qui tenait son verre quelques secondes auparavant. Harry, comprenait sa réaction muette car lui-même ne trouvait aucun mot qui permettrait d'exprimer ce qu'il ressentait. Poudlard... sa maison... enfin, sa vraie maison, celle qui lui a offert pour la première fois un foyer affectif, après avoir passé onze ans à croire que cela n'existait pas. Il jeta un coup d'œil à ses amis, et même Luna arborait une mine on ne peut plus sérieuse. A l'inverse, les visages des membres de l'Ordre ne reflétaient aucun étonnement. Soit ils étaient déjà au courant, soit cela les affectait beaucoup moins que les élèves présents.
"Hier, tard dans la soirée, Irwin et moi étions en pleine filature dans l'Allée des Embrumes. Nous suivions deux Mangemorts qui faisaient le tour des boutiques les plus louches du quartier." raconta John Dawlish, un homme imposant, qui semblait avoir vécu plusieurs guerres à lui tout seul. "Au bout d'un moment, on les a entendu parler de Poudlard et d'une "chose à tester"... Ils ont transplanés et j'ai à peine eu le temps d'attraper un pan de la cape du Mangemort le plus près et d'agripper le poignet d'Irwin. D'ailleurs, il a failli en perdre sa cape d'invisibilité... Donc on s'est retrouvés devant les grilles de l'école. On s'est tous les deux mis un peu plus à l'abri sans pour autant les perdre de vue. On les a vu s'approcher des barrières de protection mais elles les ont tout de suite rejetés, les envoyant valser dans le décor à plus de vingt mètres... mais ça ne les a pas empêché d'y retourner pour autant. Ensuite, l'un des deux a sorti un petit anneau en métal de sa poche et l'a glissé le long de sa baguette. Et là... on a vraiment eu du mal à le croire avec Irwin... Il a lancé un sort et... sa baguette a comme doublé en puissance ! Le sort a causé une brèche dans la barrière mais pas assez pour la détruire... Ils avaient l'air satisfait du résultat et ils sont partis quelques minutes après. Je n'ai aucune idée de ce que peut bien être cet objet, mais je suis quasiment certains qu'ils reviendront avec plusieurs de ces petits joujoux..." finit l'Auror en se rasseyant sur sa chaise.
"Merci, John. Après cet évènement, il a donc été convenu que le château n'était plus un endroit sécuritaire. Les parents d'élèves en seront informés dès demain et l'école restera fermée jusqu'à ce qu'on soit certains que tout danger soit écarté..." déclara Albus, visiblement affecté par ses propres paroles. "Bien passons à autre chose... Kingsley, qu'en est-il du Ministère ?"
"Les Aurors sont sur le qui-vive vingt-quatre heures sur vingt-quatre, gardant un œil sur les employés les plus hauts placés. Tonks, qui était assignée à la surveillance de Funestar, le chef du Département des Mystères, s'est rapidement rendue compte que celui-ci agissait étrangement. Après une enquête, on a découvert qu'il était sous l'emprise de l'Imperium... comment cela est-il arrivé, nous n'en avons pas la moindre idée. Le sortilège a été rompu mais Funestar n'en a gardé aucun souvenir. Il a été emmené en lieu sûr il y a trois jours et un Auror a pris son poste avec l'usage du Polynectar. Nous ne pouvons rien faire de plus pour l'instant, si ce n'est attendre que le Mangemort qui l'a ensorcelé se manifeste, voyant que son sortilège n'a plus aucun effet... Et pour couronner le tout, Fudge est complètement aveugle, croyant avoir la situation sous contrôle. Si nous devions attendre ses ordres pour agir, le Ministère serait déjà sous la coupe de Voldemort depuis plusieurs mois." proclama Shacklebolt d'un ton professionnel.
Harry pris un moment pour faire le point. Poudlard était en proie aux Mangemorts et ceux-ci avaient l'air bien décidés à se l'approprier. Les Aurors du Ministère devaient faire face, seuls, aux infiltrations silencieuses et aux tentatives de corruption des sbires du Seigneur des Ténèbres. Il regarda Hermione, qui se rongeait nerveusement les ongles, Ron, les coudes posés sur la table et la tête dans les mains et Neville, blanc comme un linge. Lui-même sentait un nœud lui serrer l'estomac. Evidemment, il avait lu quotidiennement la Gazette cet été, il avait parcouru les différents articles sur des morts inexpliquées ou des attentats contre les moldus. Mais tout cela avait eu beaucoup moins d'impact sur lui comparé à cet instant présent, comme si la feuille du journal s'était dressée comme un obstacle entre lui et la réalité.
"Fudge est aussi intelligent qu'un gnome de jardin ! Une attaque de Mangemorts de déroulerait devant ses propres yeux qu'il penserait quand même avoir la situation en main !" s'écria Maugrey, son œil magique s'affolant dans son orbite sous l'effet de la colère, tandis que la plupart approuvait d'un signe de tête.
"Je ne peux être que d'accord avec vous, Alastor, et même si Cornélius n'est pas dangereux en lui-même, il est tout de même préférable de le surveiller également. Qui sait ce que la peur et la stupidité combinées à l'influence peut lui faire faire..." reprit Dumbledore. "Bien, il ne nous reste qu'un rapport et nous en aurons finis pour ce soir... Severus, nous vous écoutons."
Tous les murmures s'arrêtèrent d'un coup et la totalité des visages de tournèrent vers l'homme assis à l'autre bout de la grande table, à l'opposé d'Albus. Le professeur de potions se leva lentement de sa chaise, un mouvement presque théâtral, renforcé par ses longues robes noires. Une fois debout, il posa ses mains à plat sur le bois de la table et commença à parler de sa voix grave et trainante :
"Malheureusement, j'ai de moins en moins d'informations sur les agissements des plus proches partisans du Seigneur des Ténèbres. Il semblerait que seuls Bellatrix et quelques autres des fidèles soient au courant de ses plans. Les dernières attaques l'ont prouvé... Nous nous sommes rendus à Moscou, à Washington, et nous avions pour ordre de faire "diversion" pendant que les Lestrange, Yaxley et Travers se rendaient je ne sais où, faire je ne sais quoi... Voldemort étend ses assauts au-delà des frontières anglaises et tout cela n'est pas bon signe pour nous. Il cherche quelque chose de bien précis et le fait qu'il partage ses desseins avec seulement quatre de ses Mangemorts doit signifier qu'il s'agit d'une chose extrêmement importante..." Severus faisait les cents pas devant sa chaise à présent, manifestement inquiet. "Je perds de plus en plus d'influence, seulement bon à préparer des potions de soins pour les Mangemorts revenant de missions, ou des poisons pour différentes victimes... J'ai été mis au courant de justesse pour les Carrow et les boutiques de Magie Noire, ce qui a permis à Dawlish et Williamson de les suivre, mais je ne savais pas ce qu'ils devaient chercher... Les anneaux, visiblement..."
"Moscou ? Washington ? Merlin, mais qu'est-ce qu'il peut bien aller chercher aussi loin ?" s'exclama Bill Weasley, comme s'il se parlait à lui-même.
Harry se souvint d'un soir, deux semaines plus tôt, où un flash spécial à la télévision avait raconté l'effroyable accident survenu dans un des quartiers les plus habités de Moscou. Une explosion de gaz avaient-ils dit.
"Il y a un rassemblement demain matin au quartier général... Je doute d'en apprendre plus mais je tâcherai de... fureter innocemment dans les environs des appartements de Bellatrix après la réunion..." déclara Rogue, les traits crispés.
"Soyez vigilant, Severus. Votre situation d'espion est certes, inestimable, mais pas au point de risquer votre vie..." lui dit Albus, le fixant droit dans les yeux.
"Ne tombez pas dans le mélodrame Albus ! Je n'ai pas pu prévenir l'Ordre des attentats à l'étranger parce que je n'ai été au courant qu'au dernier moment... Alors si j'ai l'occasion d'apprendre la moindre information concernant les futurs plans du Seigneur des Ténèbres, je le ferai, ni plus ni moins." grogna presque Severus à l'encontre de Dumbledore, n'appréciant pas la compassion de ce dernier.
Les adolescents, qui reconnaissaient bien dans ce comportement leur professeur de potions tant redouté, baissèrent les yeux, n'osant pas le regarder directement.
"Bien..." Dumbledore se résigna, connaissant trop bien le caractère de son espion. "Je pense qu'il est temps de mettre un terme à cette réunion. John, Irwin, essayez de vous renseigner sur ces anneaux et..."
"Si vous le permettez Albus, j'aimerai vous faire part d'autre chose." Le vieux directeur stoppa son discours, et fit un mouvement de tête vers le maître des potions, l'incitant à continuer. "Il s'agit d'un sujet un peu plus... personnel." Severus s'arrêta et regarda chaque visages autour de la table, les uns après les autres, comme s'il anticipait leurs futures réactions. "Drago Malefoy."
Et les réponses ne se firent pas attendre. L'ensemble des Weasley se tendirent à l'entente du nom Malefoy, d'autres froncèrent méchamment les sourcils.
"Qu'est-ce que ce futur Mangemort vient foutre là-dedans ?" gronda Maugrey, qui s'était levé de sa chaise dans son emportement.
"Alastor !" Remus Lupin, qui jusque-là n'avait pas dit un seul mot, avait élevé la voix à l'encontre du vieil Auror. "Tu ne connais pas Drago, tu le juges uniquement sur ce qu'est son père et sur ce qu'il était à son âge..."
Severus avait du mal à le croire. De toutes les personnes présentes, c'était Lupin qui prenait la défense du garçon, alors qu'il avait dû essuyer les moqueries de ce dernier durant son unique année d'enseignement. Severus se reprit, et se tourna vers Fol'Oeil.
"Drago est mon filleul et je ne tolèrerai aucune insulte à son égard... Il n'est pas comme Lucius."
"Expliquez-nous, Severus !" s'impatienta Minerva.
"Il y a quelques heures, je me suis rendu au Manoir Malefoy pour m'entretenir avec Lucius. Ce qui devait être une simple entrevue s'est transformée en véritable carnage. Quand je suis arrivé, Drago était en train de se faire battre à mort par son père totalement ivre, parce qu'il refusait de rejoindre les rangs des Mangemorts..." révéla enfin Severus. "J'ai rapidement maitrisé Lucius, il était tellement saoul qu'il ne se rendra compte de rien..."
Un lourd silence s'empara aussitôt de l'assemblée, et le professeur de potions en comprenait la raison. Ils connaissaient tous le Drago Malefoy arrogant, hautain, à l'égo surdimensionné et beaucoup trop fier de son sang pur. Mais Severus était l'une des rares personnes à savoir qui il était réellement sous son masque : un jeune homme plein de doutes, ambitieux, studieux, généreux, voir même attentionné, avec les personnes qu'il jugeait dignes - Blaise, Pansy et lui-même donc -, avide de liberté mais ayant trop peur de l'inconnu... L'Ordre avait dû penser que le jeune fils Malefoy aurait voulu suivre la voie de son père, presque logique pour eux, alors la révélation avait de quoi les choquer.
"Que ça soit bien clair, je me fous totalement de vos avis" reprit Severus d'un ton glacial en regardant tour à tour les personnes présentes, hormis le directeur. "Je souhaite le ramener ici, loin de son salaud de père, peu importe que vous soyez d'accord ou non... Je n'attends pas votre approbation. Seulement la vôtre Albus..."
Tout le monde se retourna vers le vieil homme, l'attention reportée sur lui. Ce dernier regardait gravement le professeur en face de lui, puis, après un moment de réflexion, hocha simplement de la tête en signe d'accord. Severus eut un subtil soupir de soulagement et relâcha quelque peu la tension dans ses épaules.
"Comment comptez-vous l'amener au Quartier Général sans faire vous faire démasquer ?" demanda Albus.
Severus se redressa, un sourire sadique aux lèvres, prévoyant le petit effet qu'il allait provoquer, et annonça à l'ensemble de l'Ordre :
"Vous aller le tuer... et notre plus jeune recrue va vous y aider..."
J'espère que ça vous a plu ! A la semaine prochaine...
