Auteur : Ipiu
Titre : Come sink with me
Disclaimer : Ô toi, Masashi Kishimoto
Note 1 : Bon. Comment dire ? Un mois et demi de retard ? ... Ô rage, ô désespoir, ô lenteur ennemie. Je vais arrêter de faire des promesses parce que de toute façon je n'ai aucune parole ! Flagellation et lapidation de moi par mon sur-moi (tout seul puisque mon ça s'empiffre de nutella).
Note 2 : En fait, pour la petite explication, remaniement total du plan de la fiction (merci Ako de me conseiller dans mes angoisses organisationnelles nocturnes), qui fait que ce que je pensais être les trois quarts du chapitre 4 ici présent sera en fait la moitié du chapitre 5 à venir. Du coup ça a été plus long que prévu.
Note 3 : suite au remaniement mentionné ci-dessus, cette fiction ne sera en fait pas longue, mais super longue (comparée à ma moyenne personnelle). Pour l'instant je compte environ huit à dix chapitres je crois. Sous réserve de modifications ultérieures !
Note 4 : le site me fait un bug étrange, il manque un "à" dans une réplique mais impossible de le rajouter sinon me supprime la phase entière... je suis maudite par la technologie je crois.
PS : je vous conseille d'écouter la chanson de la dernière scène, Kannibalen d'Apashe, pendant la lecture de cette scène.
En espérant que la suite vous plaise et vous surprenne un peu !
Chapitre 4 : On the edge
- Qu'est ce qui ne va pas Naruto ?
Oh life, it's bigger
It's bigger than you
J'arrête de contempler les oiseaux dans le ciel pour reporter mon attention sur Hinata. Elle est ravissante dans sa robe d'été violette, et plus d'un passant la dévore du regard depuis que nous sommes assis à la terrasse de ce café. Kiba, qui a toujours eu un énorme faible pour elle, en aurait probablement des envies de meurtre si il était là. Je me demande bien si il va finir par se décider à lui faire une cour en bonne et due forme un jour.
Je n'ai pas besoin de me forcer à sourire à mon amie quand je lui réponds.
- Mais rien Hina, tout va bien.
Elle croise les bras et me jauge du regard, pas dupe du tout.
- Je te connais Naruto. Peut être pas aussi bien que Sakura, mais je te connais.
The lengths that I will go to
The distance in your eyes
Hinata et moi sommes amis depuis le début du lycée. J'étais le petit nouveau qui ne débarque pas du même collège que les autres, et Sakura que je connais depuis toujours (c'est-à-dire que je ne sais même plus comment on s'est rencontré, un peu comme si elle avait été là toute ma vie) nous a présenté. Après trois ans d'amitié et une fois notre bac en poche, on a tout naturellement choisi la même faculté de cinéma, pendant que cette lâcheuse de Sakura partait en école de mode.
C'est Hinata qui m'a présenté son cousin, alors que nous étions en seconde. Il ne m'a pas fallu longtemps pour craquer sur lui. Je n'osais pas encore vraiment me confier à elle à l'époque, mais j'imagine que si Neji se confie à quelqu'un dans sa vie, c'est bien à sa cousine. Je crois qu'elle sait tout, ou presque, des débuts hésitants de notre relation. Ensuite les choses sont devenues bien plus simples, et Neji et moi ne gardions pas vraiment notre couple secret. Sakura et Hinata ont joué un certain temps les fangirls, jusqu'à... jusqu'à la découverte de la maladie de Neji. On venait d'entrer à la fac, et ça a été un véritable coup dur, pour nous quatre. Hinata est devenue plus renfermée, plus secrète. L'éloignement de Sakura n'a pas aidé, malgré tous les efforts qu'elles faisaient pour se voir, et moi j'aurais été bien incapable de réconforter qui que ce soit, perdu que j'étais.
That's me in the corner
Par la suite, on pourrait dire que les choses se sont améliorées. Kiba et Temari ont rejoint notre binôme en milieu de première année, et Hinata a peu à peu retrouvé le sourire. Puis Neji est arrivé. Ses parents, trop inquiets pour sa santé, ont préféré qu'il quitte l'école dans laquelle il était inscrit à l'autre bout de la ville pour venir étudier avec sa cousine. Quand j'ai su qu'il rejoignait notre classe au début de notre deuxième année, j'ai cru que j'allais faire une attaque.
That's me in the spot light
Losing my religion
Lorsqu'il a appris qu'il était malade, Neji a rejeté à peu près tous ses proches, moi compris. Au début j'ai insisté, j'ai essayé de continuer à le voir, de ne pas le laisser seul. Pendant un temps ça a presque fonctionné, mais les choses se sont envenimées et nous nous sommes quittés sur une énorme dispute dont je ne garde finalement que des souvenirs flous. Le revoir en face de moi à la rentrée, ça m'a laissé sur le cul.
Trying to keep up with you
Le plus étonnant, c'est que nous sommes rapidement redevenus très proches. Nous nous connaissions si parfaitement que ça semblait inévitable. D'abord, j'ai cru que nous pourrions rester amis et conserver notre relation si particulière... mais l'envie se faisait plus forte chaque jour et nous avons fini par craquer. Coup sur coup. A chaque fois que l'occasion s'est présentée, quitte à la créer quand elle ne venait pas toute seule, nous nous sommes laissé aller.
Et voila où nous en sommes aujourd'hui : lassés, déchirés, séparés. Irrémédiablement fatigués. Avec un haussement d'épaules blasé, je réponds à Hinata d'un ton ironique.
And I don't know if I can do it
- Neji n'veut plus qu'on se voit, c'est pas comme si j'avais pas l'habitude.
- Tu veux dire que vous vous êtes disputé ?
Je la dévisage, interdit. Je ne sais pas si elle est au courant des galipettes que son cousin et moi avons continué de faire depuis plus d'un an. Elle attend ma réponse avec un air inquiet.
- Non Hina. Neji et moi... bah tu sais bien, c'est compliqué ! Et pour que ça le soit moins, il préfère qu'on se voit plus.
Oh, no, I've said too much
I haven't said enough
Je sors une clope de mon paquet et la glisse entre mes lèvres en murmurant pour moi même, même si je sais qu'Hina m'entend, avec une petite grimace "Il paraît que ça le fatigue".
Elle fronce les sourcils, perplexe, puis son visage s'éclaire d'un coup.
- Tu veux dire que... !
Les joues toutes rouges, elle fait des petits mouvements circulaires dans les airs avec ses mains et s'agite toute seule sur sa chaise, comme si le ciel venait de lui tomber sur la tête.
- Woh ! Ça va, ça va ! On va pas en faire un dessin et des pancartes non plus, hein ! Puis calme toi, je suis en train de te dire que c'est fini tout ça.
Elle arrête sa danse de la fangirl épileptique et reste sagement sur sa chaise, la mine plus sombre. J'allume ma clope pendant qu'elle cherche ses mots.
- Mais... Je ne comprends pas pourquoi Neji ne m'en a pas parlé. Ni toi d'ailleurs ! Vous êtes si bizarres, vous les garçons.
I thought that I heard you laughing
Je lui jette un regard appuyé.
- On n'a rien dit parce qu'il n'y a rien à dire. On n'est pas ensemble. On s'envoie... s'envoyait en l'air de temps en temps. Basta !
I thought that I heard you sing
Elle me fixe mais j'évite son regard, les yeux perdus dans le vague, tirant de longues bouffées sur ma clope, histoire d'avoir encore plus un goût de cendres dans la bouche si c'est possible.
- Tu l'aimes encore, pas vrai ?
Les oiseaux partent tranquillement à la dérive dans le ciel bleu. J'aimerais les suivre, partir loin comme eux.
- Je n'ai jamais cessé de l'aimer.
I think I thought I saw you try
- Arrête de reluquer mes fesses, princesse.
Je plisse des yeux soupçonneux dans la direction de Sasuke. Le look de l'été lui va à ravir. Chemise blanche un peu ouverte et jean noir bien ajusté... franchement, rien que pour son physique j'aurais presque envie de passer sur son mauvais caractère.
Presque. Depuis la scène du baiser l'autre jour, j'ai l'impression qu'il joue avec moi. Il me torture avec son regard. Ou alors je me fais des idées, comment savoir avec lui ?
- Pour ce qu'il y a voir, tu n'as pas à t'inquiéter.
Il baisse les yeux sur son script, ignorant totalement mon regard assassin. Ah très bien, tu critiques mon postérieur maintenant ? Je lâche ma réplique d'un ton badin, comme si je ne parlais que du temps qu'il fait dehors.
- Arrête ton char, je sais très bien que tu m'as engagé parce que tu craques sur moi.
Il ne m'accorde pas une miette d'attention mais me répond, sur le même ton détaché.
- Bien sûr. Cette décision était purement sexuelle.
Déjà, je suis un peu sonné par cette réponse. C'est du harcèlement sexuel ? Ce qui se passe ensuite, je ne peux pas l'avoir rêvé parce que même moi je n'aurais pas pu imaginer un truc pareil (et parce que je garde une marque rouge pour en attester) : il passe lentement derrière moi et me gratifie d'une énorme claque très sonore sur les fesses, avant de s'éloigner comme si rien, absolument rien de surréaliste ne venait de se produire.
Notre jeu d'insultes et de provocations continue sans relâche à chaque nouveau jour de tournage, mais ce genre de déviance me met dans tous mes états. Je ne sais pas si Sasuke et moi avons la même définition du flirt, mais merde ça y ressemble quand même beaucoup !
Mon téléphone vibre dans ma poche et m'empêche de me poser plus de question sur les agissements de mon... partenaire.
De Sakura❤ à 9.34
Comment ça Neji ne veut plus te voir ? D'où ça sort ça encore ?
Je soupire. Laissez moi tranquille avec cette histoire. Moi aussi je suis fatigué Neji, tu sais ? Ça va bientôt faire une semaine qu'on ne se parle plus, et je fais de mon mieux pour oublier la sensation de manque que ce silence crée en moi. Le rappeler tout le temps à mon bon souvenir, ce n'est pas la meilleure des solutions pour m'aider. J'ai la sensation que notre relation est dans une impasse telle que la fuite est maintenant ma seule option.
Et dans mon cas, il semblerait que fuite ça rime avec Uchiha.
A Sakura❤ à 9.35
Laisse tomber. Pas envie d'en parler.
Pris de remord en relisant ce sms glacial, je lui envoie une photo de moi posant comme un beau gosse avec ma caméra, histoire qu'elle puisse mettre à exécution son plan pour rendre jaloux... Bernard ? Henry ? Arf je ne sais plus, disons son futur mec. Sa réponse ne se fait pas attendre.
De Sakura❤ à 9.40
Fais l'idiot oui ! De toute façon tu sers à rien là, je suis déjà avec Eric. Tu le saurais si tu prenais des nouvelles, s'pèce de crétin. Viens me chercher ce soir en sortant du travail, tu m'invites au resto (et c'est très sympa de ta part, merci !)
Je ne m'offusque même pas. Sa petite bouille me manque pas mal, surtout en ce moment, et son ton de mère poule me remontera probablement le moral.
- Bon allez, vide moi ton sac Naruto.
Every whisper
Of every waking hour
I'm choosing my confessions
Je lève les yeux au ciel. Sakura me fait face, de l'autre côté de la table surchargée de sushis, et croise les bras prête à en découdre.
- Vous vous êtes passé le mot avec Hinata pour me faire chier ou quoi ?
- Il faut que tu nous parles. Tu ne vas pas te refermer comme une huître et nous faire une nouvelle déprime ! Ça sert à ça les amies : à t'empêcher de devenir chiant et morose.
J'arrose mes sashimis de saumon d'une énorme dose de sauce yakitori, parce que le sucre c'est la vie, avant de me décider à lui répondre.
- D'où tu tiens ton diplôme de psycho toi ? Parce que franchement tu me fais plus mal qu'autre chose là. Mon cœur saigne !
- Fais pas l'enfant avec tes vannes moisies ! Réplique-t-elle en pointant un doigt menaçant vers moi. Qu'est-ce qui se passe avec Neji, encore ?
La bouche pleine, je lui crachote ma réponse au visage.
- Bah plus rien. Voilà c'qui's'passe ! On baise plus, on s'parle plus, on s'voit plus. Cut, fin de la scène, on remballe.
Consider this
Consider this the hint of the century
Après un regard de dégoût destiné à ma façon de manger, qui révèle chez moi un instinct animal sur-développé, Sakura se prépare à entamer son laïus de mère poule angoissée. J'essaie de lui couper l'herbe sous le pied.
- Je sais ce que tu vas dire. Cette fois c'est bon, j'ai compris. J'arrête tout.
- Comment ça ?
Son ton se fait inquiet. J'inspire un bon coup, prenant mon élan pour concrétiser ces pensées qui tournent en boucle dans ma tête en les disant à voix haute.
- Je laisse tomber. Neji m'a bien fait comprendre que ce qu'on faisait ne servait à rien.
- Oui d'ailleurs, je peux avoir des explications ?
Je me lance alors dans un récit de la conversation téléphonique que nous avons eue, quand Neji a décidé que nous deux ça ne valait plus le coup. Puis de cette discussion par messages, un soir de beuverie solitaire dans mon studio où la colère que je ressentais m'a poussé à lui écrire un sms de reproches qui n'avait pas vraiment de sens. Sa réponse, encore plus froide que sa voix au téléphone quelques jours avant, a réussi à briser quelque chose que je croyais incassable : la certitude que je l'aimais.
Consider this
The slip that brought me
To my knees failed
- On a continué à se voir par habitude. Tu crois que tu m'aimes par habitude. Tout ça c'est du vent Naruto. On n'a plus rien à partager et tu te voiles encore la face c'est tout.
Je me tais un instant, laissant à Sakura le temps de digérer les informations que je lui ai déballé d'un coup. J'hésite à continuer, mais maintenant que j'ai commencé je ne peux pas m'arrêter.
- Et tu sais, je crois qu'il a raison. Cette relation me fait souffrir depuis des années, plus qu'elle ne me fait du bien. Et je ne vais pas voir ailleurs parce que je ne regarde presque pas ailleurs. Neji est devenu un… un automatisme. C'est horrible à dire…
What if all these fantasies
Come flailing around
Now I've said too much
Sakura prend ma main et la serre très fort, comme si elle craignait que je me mette à pleurer ou quelque chose du même style. Ce qui n'est pas le cas. Mais quand même, ça fait du bien.
- Ce n'est pas horrible Naruto. Je comprends ce que tu veux dire. Entre vous ça a été si fort, et pendant si longtemps, que tu as forcément du mal à te détacher de lui. Les sentiments se fanent souvent avec le temps. Ne pas vouloir le voir, refuser de le ressentir c'est une réaction que je comprends. Je t'assure.
Je lui fais un pauvre sourire, mais au fond ses paroles me soulagent. Je sais que la blessure mettra du temps à guérir. Même si j'essaie d'avoir l'air sûr de moi et détaché à propos de tout ça, je ne parviens pour l'instant qu'à tenir la douleur à distance et pas à l'apaiser. Sakura comprend tout ça, mieux que personne.
But that was just a dream
Try, cry, why, try
That was just a dream
- Tu sais... Peut être que tu devrais le faire justement, aller voir ailleurs. Ce serait bien pour toi.
Je baisse les yeux, n'osant pas la regarder. L'image de Sasuke danse dans ma tête avec une précision un peu trop grande. Je crois que mon visage traduit mon trouble, parce que le ton de Sakura se fait inquisiteur.
- Mais dis moi, c'est quoi cette tête, là ? A qui tu penses comme ça ?
Je préfère ne pas en parler. Pas encore, alors que les choses sont trop floues. Oui, je ressens un truc pour Sasuke, une attirance toute particulière que j'ai du mal à analyser. Mais de là à... mais enfin à quoi au juste ? Rien que le fait de me poser cette question me met l'estomac à l'envers. Je m'en sors d'une pirouette, dans un français approximatif.
Just a dream, just a dream, dream
- Personne ! C'est juste ton idée qu'elle est bizarre. Allez on change de sujet ! T'as qu'à me parler de… euh… c'est quoi son nom déjà ?
Elle lâche ma main et fait une moue boudeuse, faussement vexée que je ne retienne pas dans la seconde chaque détail de sa vie sentimentale quand elle s'intéresse passionnément à la mienne. En même temps c'est une fille dans tous les sens « potins et racontars » du terme, ce que je lui pardonne bien volontiers la plupart du temps (surtout quand elle me laisse finir son assiette en faisant semblant de l'écouter).
Les rires emplissent le fond de la salle du petit bar où notre équipe s'est installée. Ce soir, c'est fête ! Après plusieurs semaines de tournage, nous avons fini la première partie de notre projet. Tout le monde s'accorde une pause bien méritée. Le travail n'est pas terminé bien sûr, mais il est temps de dire au revoir à nos acteurs et aux membres de l'équipe qu'on ne reverra peut être que lors de la sortie de notre film. A cette pensée, je ressens une pointe de nostalgie. Je me suis habitué à travailler avec eux. Le caractère bon enfant de Tenten et l'absence surprenante de tact et de sens commun chez Sai me manqueront, sans parler des incroyables fou-rires que Jiraya, notre preneur de son, et moi avons partagé.
Attablés devant nos bières, nous évoquons des souvenirs de ces récents moments passés ensemble qui paraissent déjà si lointains. Sasuke est assis à côté de moi, les bras croisés sur son torse il observe sans réellement se mêler à la conversation. Impassible, pour changer. Maintenant, tout va se jouer presque uniquement entre lui et moi. Seuls dans une pièce des studios Uchiha pendant des heures, à faire le montage du film.
Soudain, son regard dévie vers moi alors que je l'épiais. Il refait ce sourire en coin auquel j'ai droit de plus en plus souvent. Je grogne :
- Arrête de me regarder comme ça princesse. C'est grossier.
Il passe lentement sa langue sur ses lèvres, dans un geste probablement sexy mais surtout carrément carnassier. J'ai tout à coup l'impression d'être un morceau de viande, ce qui me perturbe et m'exaspère en même temps.
- C'est ce qu'ils disent tous.
Je lève les yeux au ciel.
- Bah voyons ! T'en n'as pas marre d'être aussi arrogant ?
Il se tourne vers moi, ouvrant de grands yeux dans une expression de surprise feinte, un soupçon de reproche dans la voix.
- Chercherais-tu à me blesser Naruto ?
Il pince les lèvres, l'air réellement... vexé ? Je commence à me sentir mal. J'ai dit une connerie ? Pourtant j'ai rien dit de pire que d'habitude, moi ! Faut me prévenir quand on change les règles du jeu !
- En tout cas c'est inutile, ça ne marche pas du tout, laisse-t-il tomber en changeant totalement d'expression, adoptant un ton extrêmement dédaigneux et hautain tout en se détournant.
Je déteste quand il fait ça. Ça me fout les nerfs en pelote et j'ai envie de lui balancer des objets à la figure. Je me contiens, lâchant seulement une pauvre insulte dans un murmure que je sais très bien qu'il entendra.
- ... Enculé.
Il sourit sans plus me regarder, nouvellement passionné par la conversation bruyante autour de nous. Tandis qu'il saisi son verre de whisky-coca et le porte à ses lèvres, je sens son genoux taper doucement contre le mien, comme une demande silencieuse de réconciliation après ce mauvais tour. Mon estomac fait des petits bonds dans mon ventre. Notre complicité naissante est pourtant déjà bien réelle. Je demande comment tout cela va évoluer avec la suite du projet.
- Oh la la ! Mais il est tard ! Je dois filer moi !
Tenten se lève brusquement, jetant des regards affolés à sa montre, et donnant le signal du départ pour toute l'équipe. Les au revoir prennent presque une tournure d'adieux déchirants quand Sai, un peu éméché, essaie de mettre des mots sur son affection pour nous, au risque de nous faire tous pleurer tellement ce discours irréel est touchant. Dix bonnes minutes plus tard, nous nous séparons enfin et je retourne en compagnie de Sasuke vers ma moto, garée près de sa voiture.
- Rien de prévu ce soir ?
Je hausse un sourcil. Sasuke qui s'intéresserait à ma vie personnelle ? Étrange. On a beau bien s'entendre (quand on n'essaie pas de s'écharper verbalement), on ne sait finalement quasiment rien l'un sur l'autre. Nos conversations tournent essentiellement autour du cinéma, voir de la musique, et de la nourriture (car je suis un fervent défenseur des râmens, et jamais je ne laisserai qui que ce soit critiquer cette invention divine, même pas un Uchiha). La question a donc de quoi me surprendre.
- Pas spécialement.
Il sourit tout en faisant biper la clé de sa voiture, qui répond par un flash de lumière aveuglant.
- Très bien. Suis moi.
Et il rentre dans sa voiture sans attendre de réponse, dans un mouvement plein d'élégance aristocratique.
- Ah bah c'est bien, au moins j'ai le choix avec toi.
Comme si il pouvait m'entendre, il m'adresse un clin d'œil et un signe de tête en direction de ma moto. Je soupire en enfilant mon casque.
- Tu parles d'une invitation mec...
Alors que je suis la berline noire dans les rues animées depuis un moment, une question me vient, avec un peu de retard, à l'esprit : il m'emmène où, en fait ? Et surtout, si il nous conduit chez lui, je fais quoi ? J'ai légèrement l'impression que le situation m'échappe. Je suis donc plutôt soulagé quand sa voiture s'arrête dans une petite rue du quartier de la nuit, réputé pour ses bars et ses clubs dont certains sont très cotés.
Je descends de ma moto et je regarde autour de nous. Nous ne sommes pas dans les grandes artères principales, pleines d'agitation et de musique. Ici il n'y a presque pas de lumière, alors que la nuit est déjà tombée, et seulement quelques bars dépourvus de clients où Sasuke ne mettrait sûrement jamais les pieds. En fait, très peu de gens honnêtes mettraient les pieds ici. Je le dévisage, interdit. Il me lance à peine un regard, réajustant simplement un des plis de sa chemise noire avant de me faire signe de le suivre.
- Par ici.
Il m'entraîne en silence dans une ruelle plus obscure encore. Quand il s'arrête finalement, devant une porte que je n'aurais même pas remarquée, je manque de lui rentrer dedans. Il m'ignore et frappe trois coups sur le métal, d'un geste assuré. Quelques scénarios désagréables me viennent à l'esprit, comme le fait qu'il va peut être vendre mes organes au marché noir pour s'acheter une nouvelle paire de chaussures. Par exemple.
Après quelques secondes, la porte s'ouvre sur un grand type aux cheveux blancs bâti comme un lutteur, tout vêtu de noir et portant une oreillette. Son regard tombe instantanément sur mon partenaire.
- Ah Sasuke...
-Jûgo, répond celui-ci avec un petit hochement de tête.
Le grand type se détourne alors et me jauge un instant. Je lui rends son regard avec une lueur de défi dans les yeux. Il finit par s'écarter pour nous laisser le passage.
- Allez, entrez.
Sasuke plonge le premier dans l'obscurité. Je le suis d'abord dans un couloir sombre, pas rassuré. Il ne lâche pas un mot et j'avoue que je ne pense même pas à poser de questions. Soudain nous passons une porte et la musique éclate dans mes tympans. Je me détends instantanément.
Les lumières rouges des spots tournent dans tous les sens dans un décor baroque à couper le souffle. Le plafond est si haut qu'il se perd dans le noir, d'immenses rideaux de velours rouge encadrent les portes, et dans les coins des canapés bas aux formes arrondies complètent la mise en scène. L'endroit est bondé, plein de filles aux tenues sophistiquées, dansant pour le plus grand plaisir des mâles en présence.
- Bienvenue au Carmen.
This is the twenty-fifth century,
Je jette un regard mauvais à Sasuke qui vient de me chuchoter ces trois mots à l'oreille.
- Toi t'aimes soigner tes entrées, hein ?
Il affiche un sourire innocent.
- Je préfère entrer par derrière, tout simplement.
Je ne relève pas, ne voulant pas lui accorder ce plaisir, mais je ne peux pas retenir mon sourire. L'ambiance ici a quelque chose d'envoûtant et de délicieux.
We destroyed this earth.
La musique électro pulse avec force dans les enceintes et tranche étonnament dans ce lieu si atypique. Mon sang s'échauffe un peu plus à chaque seconde, mais je ne suis pas encore assez saoul pour danser, surtout avec Sasuke.
- Tu payes ta tournée, princesse ?
Il penche la tête sur le côté et découvre ses dents dans un sourire enjôleur, ce qui lui donne l'air d'un loup aux aguets.
- Seulement si tu comptes me rembourser en nature.
There's no food,
Et le voila qui repart de plus belle, n'accordant aucune attention à mon air choqué, fendant la foule avec une facilité déconcertante. Je joue des coudes pour ne pas le perdre de vue et je le rejoins au bar. La jeune serveuse accourt immédiatement vers nous, secouant ses longs cheveux roux dans tous les sens.
- Sasuke ! Je croyais que tu m'avais oubliée, vilain ! Ne me laisse pas seule comme ça avec cet idiot !
L'idiot en question doit être le barman à côté d'elle, car il lui lance un regard noir et découvre une dentition trop pointue pour être totalement naturelle. Sasuke ne semble pas se formaliser des reproches de la jeune femme, et il change de sujet sans répondre.
- Il y a déjà quelqu'un dans le carré ?
Avec une moue aguicheuse la barmaid se penche vers lui, découvrant au passage un décolleté plongeant.
- Oui, comme d'habitude. Je t'apporte une autre bouteille ?
No water,
Le clin d'oeil approbateur qu'il lui lance semble lui donner des bouffées de chaleur.
- Merci Karin.
Nous repartons alors dans la foule. Les corps se pressent les uns contre les autres au rythme étourdissant des basses. Mes membres bougent d'eux mêmes, par à coups, appelés par ce martèlement entêtant qui semble provenir de mon propre coeur. Soudain la musique s'apaise quand nous passons une autre porte, dissimulée derrière une tenture du même velours rouge carmin que le reste du décor.
Je découvre une pièce carrée de taille modeste, où des arabesque noires étendent leur circonvolutions onriques sur les murs intensément rouge. L'endroit est plus luxueux encore que la salle principale. Quelques tables basses, des banquettes de velours, un large espace vide au centre offert aux danseurs, tout ici est pensé pour permettre une fête plus intime. Je me demande vaguement comment moi j'ai pu atterrir dans ce lieu. Cette pensée est vite oubliée quand je me rends compte que nous ne sommes pas seuls.
No future.
Sur la piste, un jeune homme aux longs cheveux blonds et aux allures androgynes se déhanche sensuellement, dévoré des yeux par un homme à la figure d'enfant dont les cheveux roux retombent, rebelles, sur ses yeux. A ses côtés, nonchalamment assis sur une banquette, une montagne de muscles aux courts cheveux bleus monologue sans que le roux ne lui accorde aucune attention. Je ne reconnais pas tout de suite les deux personnes qui leur font face. Embarqués dans un baiser violemment passionné, le plus jeune est assis sur les genoux de son partenaire dont les mains caressent ses fesses avec application.
- Hé, mais ce ne serait pas Sasuke ? Et tu nous amènes un nouveau !
La grande brute se lève d'un bond, révélant une agilité étonnante pour une telle masse. Il s'approche et me tend instantanément la main.
- Enchanté petit. Je suis Kisame, et le pas bavard là, c'est Sasori.
Je réponds à sa poignée de main, au risque de me briser tous les os jusqu'au poignet.
- J'espère que toi tu sais parler !
- Laisse le, Kisame.
The human race...
Les inflexions de la voix qui vient de remettre la montagne à sa place ne me sont pas inconnues. Je tourne la tête, et j'étouffe un hoquet de surprise. Itachi s'est détaché de sa jeune proie pour venir saluer son petit frère d'une tape sur l'épaule. Il accompagne son geste d'un reproche à peine voilé en glissant un regard vers moi.
- On avait dit pas les partenaires professionels, non ?
- On avait dit pas mes potes, non ? réplique Sasuke sur le même ton, en désignant d'un signe du menton le jeune homme qui se tourne vers nous. Gaara.
Is fucked.
Itachi se fend d'un sourire inqualifiable qui fait lever au ciel les yeux de son frère. Sans plus se formaliser de la situation, le plus jeune va saluer son ami et entame avec lui une discussion à voix basse dont le sujet léger les fait sourire.
Kisame, en hôte prévenant, me met immédiatement un verre dans la main avec un sourire de connivence, avant de se désintéresser subitement de moi quand Karin entre dans la pièce avec trois nouvelles bouteilles. Impossible de savoir si c'est le fessier de la barmaid ou le soudain arrivage d'alcool fort qui le met le plus en joie.
Désœuvré, je me laisse tomber à côté dudit Sasori, qui me gratifie d'un signe de tête. Alors que je porte mon verre à mes lèvres, il me retient sans toutefois détourner le regard de l'homme qui danse toujours au centre de la pièce.
- Je ne ferais pas ça si j'étais toi. Kisame met trop de choses dans ses verres. Commence plus doucement.
Je repose lentement le verre sur la table. Je suis définitivement trop sobre pour supporter l'ambiance étrange qui règne ici. Comme alerté par un sixième sens dont j'ignore le secret, Sasuke se rapproche de moi et me tend son propre verre. Le liquide bleu indéfini me brûle les entrailles et me fait agréablement tourner la tête. Je le vide presque d'un trait, ce qui fait sourire mon vis-à-vis. Je me laisse envoûter par la musique, sans pouvoir m'empêcher de contempler les danseurs, Gaara ayant rejoint l'homme dont le nom m'est toujours inconnu. Mûs par une énergie indescriptible, leurs mouvements traduisent à la perfection le son des lourdes basses. Les yeux clos, ils semblent plongés dans une transe doucereuse, oublieuse du monde autour d'eux.
C'est le moment que Sasuke choisit pour sortir d'une de ses poches un sachet plein de petits cristaux blancs. Pourquoi ne suis-je pas surpris ? Il donne le sachet à Sasori qui s'en saisit sans un mot. Il en observe le contenu avant de le répandre sur la table avec une moue satisfaite. Il tend de nouveau la main vers Sasuke qui comprend la demande implicite. Toujours sans échanger une parole, il sort sa carte de crédit, d'un noir aussi profond que ses cheveux.* Je ne m'en étonne pas non plus. Avec des gestes précis, Sasori l'utilise pour réduire les cristaux en un petit tas de fine poudre blanche. Il en remet la majorité dans le sachet qui disparaît dans la poche de Sasuke, et partage le reste en trois longues lignes. J'observe le tout sans rien dire, pas spécialement choqué mais simplement intrigué. La technique du roux est impressionnante. Se saisissant de bout de papier sans valeur, des tickets de caisse dont les montants me font halluciner, il roule trois petits tubes. Se saisissant du premier, il s'en sert pour inspirer lentement la permière ligne de cocaïne.
- Alors ?
Sasori ne répond pas tout de suite à la question de son cadet. Prenant d'abord trois grandes respirations.
- Hm. Pas mal je pense.
Sasuke sourit devant ce manque d'enthousiasme, et se penche au dessus de moi pour attraper son tube. Il est presque allongé sur mes genoux lorsqu'il aspire sa propre ligne de drogue, dans une position que personne à part lui ne pourrait rendre classe. Il me donne chaud ce type...
- Ton tour.
Je le dévisage. Son regard sombre me met presque au défi de refuser. Il sait qu'il va gagner, puisqu'il gagne toujours. C'est l'histoire de sa vie. La curiosité m'envahit, et mon esprit de compétition fait le reste. Je réponds, avec un sourire mutin.
- Puisque c'est toi qui offres.
Je me penche à mon tour sur la table basse, répétant avec précision les gestes de mes deux compagnons de perdition. La sensation de ce corps étranger qui descend soudain le long de ma gorge est grisante d'interdit. Pourquoi faut-il que j'aime enfreindre les règles ?
Now you can eat your brother.
Sasuke me sourit, l'air à la fois fier de sa victoire et... intrigué. Comme si ma réaction l'avait surpris, mine de rien. Ramassant sa carte, il passe le doigt dessus pour récupérer les restes de la précieuse poudre. Il porte son doigt à ses lèvres sans cesser de me dévisager. Je ris.
- Arrête de faire la meuf, princesse !
Je finis mon verre et je bondis sur mes pieds. Danser devient presque un besoin primaire. L'atmosphère ici est pourtant trop calme. Sur un simple signe de tête, Sasuke me suit dans la salle principale, pleine à craquer et retentissante du son de ce qui parait être des milliers de coeurs battant sur ce même rythme fou.
Nous nous coulons dans la foule des corps mouvants. Les mouvements de mon corps ne m'appartiennent plus. Une sensation d'éveil intense me submerge, comme si j'étais passé dans un autre plan de la réalité. Les sons, mais surtout les formes et les couleurs ont trouvé une nouvelle intensité.
Et au centre de cet univers éclatant, il y a Sasuke.
Fin de ce chapitre ! Au prochain, tournant décisif de l'histoire et fin de la première partie de la fic.
Le dernier passage m'a donné du fil à retordre... j'ai juste mis deux semaines à l'écrire...
Que pensez-vous de l'évolution qui se met en place ? Des avis sur le comportement de Neji/Sasuke ? Des attentes ?
Bref j'ai hâte de savoir ce que vous en pensez !
* La carte de crédit noire (ou infinity) n'est réservée qu'aux importantes fortunes.
Musiques :
Loosing my religion - REM
Kannibalen - Apashe
