Chapitre 4 :
Le détective s'était figé. Il avait vaguement entendu un bref sifflement derrière lui mais ne s'était pas attendu à ce que quelque chose lui tombe sur la main, rampe sur son bras et ses épaules pour se jeter sur son adversaire venimeux. Quand il était passé sur son bras gauche, il avait eu le temps de voir ce qui glissait le long de son corps : un autre serpent, beaucoup plus long et plus fin, une tête ovale au regard familier, la couleur étant du gris argenté sur tout le dessus et blanc sur le ventre. La taille de ce nouveau devait être d'environ 2mètres 30, et son corps très souple avait plaqué la vipère au sol avec force.
Les deux reptiles sifflaient dangereusement et ils se dégagèrent pour se juger du regard, le corps redressé et gonflé dont s'échappaient de longs sifflements menaçants.
« Petite couleuvre, se moqua la vipère. Tu crois pouvoir m'affronter, moi, Thomas Mc Edgen, aussi appelé serpent de la Mort ? »
Elle avait frappé le gris au corps, le mordant sans pitié et ricana de plus belle.
« Comme si une simple couleuvre pouvait m'affronter. »
Une autre morsure se fit, mais l'autre restait stoïque, se contentant de garder sa posture menaçante et faisant office de bouclier pour protéger l'humain.
« Ben alors, c'est tout ce que tu peux faire ? »
Cette fois-ci, la vipère mordit plus haut vers la gorge mais l'autre se tourna légèrement sur le côté et évita ainsi de se faire percer les artères et la trachée, mais les morsures étaient profondes et saignaient, et ce genre de serpent aimait mordre. Il allait devoir endurer d'autres coups de dents avant de pourvoir frapper.
« C'est tout ? »
Un coup, puis un autre. C'était parti pour un véritable carnage pour un œil non observateur. Sherlock remarqua que le corps filiforme du gris s'enroulait au fur et à mesure autour de celui de la vipère mais n'en vit pas trop l'intérêt. Ce serpent n'avait aucune chance face à cette bête !
Un coup finit par blesser John à la gorge, le faisant cracher un peu de sang. Thomas se redressa alors avec fierté :
« Un adversaire incapable de se défendre et de protéger un vulgaire humain Pathétique couleuvre.
-Je ne suis pas une couleuvre. » Répondit alors John en sifflant.
Le corps gris se contracta violemment, enserrant l'autre qui se débattit pour s'extraire mais il était coincé ! Il s'arqua, obligeant le plus large à faire de même dans l'autre sens et plongea ses crochets sombres sous le menton de l'adversaire.
La vipère se débattit avec force mais il était trop tard. La morsure infligée était venimeuse et située près du cerveau. De plus, les crochets avaient déchiré la peau fine de la base du cou et tranché les vaisseaux sanguins ainsi que la tranchée et l'œsophage.
« Au fait, je ne me suis pas présenté. Siffla John en maintenant son adversaire à l'agonie entre ses anneaux. Je suis John Watson, et mes camarades m'appellent Mamba. Et je ne suis pas une couleuvre, -il ouvrit sa gueule montrant sa langue, ses crochets et les muqueuses colorés en noir. Mais un mamba noir. »
La vipère finit par ne plus bouger, permettant au mamba de se dégager et de vérifier d'un regard si Sherlock allait bien. A vue d'œil, le détective était indemne. Parfait : il avait atteint son objectif de la soirée : s'assurer que son colocataire rentrerait vivant à Baker Sreet. Par contre lui...
Il s'écroula sur le sol en béton, totalement épuisé par les événements précédents et surtout terrassé par ses blessures. Il allait avoir besoin d'aide. Et vite.
Il fut surpris de voir le brun s'approcher de lui avec prudence : était-il si ignorant du danger qu'il représentait ? Il suffisait d'une seule morsure à John pour tuer un homme ! Ou alors avait-il décidé d'en faire un nouveau cobaye ? Ou bien une dissection ? Il avait besoins de soins, pas d'être achevé.
Méfiant, il se mit à siffler dangereusement, ce qui n'eut pas trop d'effets du fait qu'il peinait à se redresser. Les mains reculèrent vivement, puis repérèrent un sac plastique épais abandonné un peu plus loin.
Cette fois, John dut se forcer pour se dresser un minimum et le menacer pour ne pas être touché. Il entendit un reniflement agacé mais ne fut pas dérangé. Du moins, pas tout de suite : il n'avait pas prévu que sa tête se retrouverait piégée dans l'écharpe bleue de Sherlock et qu'il serait mis sans ménagement dans le sac, atterrissant sur la vipère morte.
Aveugle et incapable de se défendre (le détective avait réussi à nouer l'écharpe autour de sa tête et à le coincer dedans par la même occasion), il était replié contre un cadavre et n'avait d'autre choix que d'attendre et d'écouter ce qu'il se passait autour de lui. Il entendit distinctement un « Taxi ! » mais fut placé sans ménagement sur la banquette arrière. Il voulut siffler une protestation mais il était vraiment coincé et ne pouvait même pas s'exprimer. Quand il allait être libéré, Sherlock allait devoir courir ! Très vite. Et puis il faisait froid ici ! Il était un serpent africain ! Pas un autochtone. Son élément à lui c'était la chaleur, pas la pluie londonienne. Bon, il se consolait en disant qu'au moins à Baker Sreet, le chauffage serait mis voire la cheminée qui serait peut être allumée. A part s'il était destiné à être disséqué sur la table de la cuisine, bien entendu.
Il trouva le trajet long, malgré les directives du brun qui précisait que c'était urgent, mais se raisonna en se disant que c'était dû à la douleur causée par les morsures et à la température extérieure un peu trop basse. Puis aussi à cause des secousses du sac qui étaient délibérément provoquées, ce qui le mettait encore plus de mauvaise humeur. Il en connaissait un qui allait devoir rapidement faire le stock d'anti-venin spécifique pour mamba noir car il allait lui faire comprendre ce qu'il pensait du traitement subi. En bref, Sherlock allait se faire mordre dès qu'une occasion serait possible. Et pas qu'une fois.
Il sursauta quand le sac fut soulevé sans douceur et siffla de mécontentement quand il manqua d'être cogné contre une porte. Il eut encore du bruit et des secousses puis on renversa le sac sur une table solide où il fut à moitié écrasé par la vipère.
Pitié, si c'est pour finir en morceaux, faites que ce soit rapide ! Pria John intérieurement tout en essayant de s'extraire de sous le corps de l'autre reptile.
Une main l'attrapa par la queue et il se retourna vivement pour mordre, sifflant méchamment. Il était peut être aveugle et ne pouvait peut être pas mordre à cause de cette foutue écharpe, mais il ne se laisserait pas faire ! Une autre main toucha l'une des morsures, le faisant se plier et chercher à atteindre la personne qui lui faisait mal ainsi. Si seulement il pouvait se débarrasser de cette étoffe...
On le laissa tranquille quelques minutes, même s'il sentait de l'agitation dans la pièce, puis enfin on lui retira le vêtement qui le gênait.
Immédiatement, il ouvrit la gueule et poussa un sifflement strident qui ne fit pas sursauter Sherlock debout devant lui.
« Désolé John. Mais c'est pour ton bien. »
Il tenait une seringue dans sa main, le mamba s'enroula légèrement sur lui-même et se mit dans une posture défensive. Il ne se laisserait pas faire, tant qu'il ne saurait pas le contenu exact de cette seringue. Le détective fit un geste vers lui et il s'élança pour jeter ses crochets venimeux en avant.
« Non. »
Il avait mordu quelque chose. C'était un peu dur, mais ses crocs étaient rentrés dedans sans trop de problèmes. Par contre, il n'arrivait pas à les retirer. Et puis c'était froid et non vivant, et le goût...
« Heureusement que j'avais prévu ta réaction. »
L'homme tenait une pomme dans sa main gauche, John avait mordu dans le fruit et n'arrivait pas s'en dégager, pendant lamentablement au bout. Ce qui arrangea l'autre qui se sentait d'humeur vétérinaire ce soir, et qui le piqua sans hésiter. La douleur permit au serpent de se libérer mais il tomba lourdement sur la table. Il ne pensait pas que ce serait aussi rapide mais il comptait bien faire comprendre que ce ne serait pas une chose facile de le découper en morceaux. Rassemblant ses forces, il bondit à nouveau vers lui mais ce fut une main qui l'attrapa derrière la tête. Instinctivement, il s'enroula autour du bras mais ne bougea pas : il était coincé !
Sherlock attendit que le reptile cesse de serrer son bras avant le poser doucement sur la table et de le dérouler. Il avait trouvé John particulièrement irritable ce soir, et dangereux. Grâce à ce produit qui était un anesthésiant de sa dernière invention, il comptait profiter du repos forcé du soldat pour pouvoir s'en occuper. Bon d'accord : il n'y connaissait rien en reptiles ! Mais il pouvait toujours se débrouiller. Après tout, il avait déjà vu le médecin soigner des plaies, ce n'était donc pas si difficile. Et puis son cobaye était calme à présent, il n'aurait donc aucun problème pour le manipuler.
Lorsque John reprit ses esprits, il avait toujours sa forme de mamba. Ses blessures lui faisaient encore mal mais c'était supportable. Mais il surtout, il était au chaud et il était vivant ! Mais que faisait-il caché sous un plaid polaire ? Prudemment, il sortit sa tête mais une main l'en empêcha :
« Reste au chaud. »
C'était la voix de Sherlock. Il laissa échapper un sifflement pour protester mais la main était inflexible. Il se roula en boule, remarquant des pansements faits par des bandes et des compresses. Il avait été soigné ? Première nouvelle. Et maintenant, avait-il le droit de sortir la tête pour voir où il était ?
« Non. »
Mais il allait se le faire celui-là ! A nouveau, la main se remit sur sa tête pour qu'il se tienne tranquille. Il soupira mais prit son mal en patience. Après tout, il avait bien chaud là où il se trouvait, c'était une bonne compensation.
« Tu es immunisé contre le venin des vipères heurtantes. »
Çà, ce n'était pas une nouvelle. Il le savait depuis longtemps puisqu'il s'injectait lui-même les doses de venin produites par les plus dangereux serpents du monde. Un reste de l'entraînement militaire spécifique qu'il avait reçu de part son don.
« Mais j'ai quand même réussi à créer un sérum avec ce qu'il restait de la vipère. Et un avec le tien également. »
Quoi ? Mais comment il avait fait ? Finalement, il ne voulut pas le savoir. Il s'était certainement renseigné sur son espèce et également sur son venin. Et sans doute sur comment on pouvait faire les anti-venins par la même occasion. Il espérait juste ne pas avoir servi de cobaye à nouveau pour de nouvelles expériences, parce que sinon ça allait barder. Il eut à peine le temps de penser que quelque chose le piqua et il réagit au quart de tour pour trouver l'origine de l'attaque surprise mais une torpeur l'envahit rapidement. Il pesta un moment contre Sherlock en le traitant d'irresponsable puis se laissa glisser vers le sommeil.
Non pas que son colocataire craignait pour sa vie, non loin de là. Disons juste qu'il n'était pas rassuré en sachant que John était en rogne contre lui et qu'il se vengerait certainement de manière plutôt mordante. Et puis, il jugeait ses connaissances sur les mambas encore trop minces pour s'y frotter à nouveau. Il devait encore faire des recherches là-dessus et réfléchir sur le problème de : comment se faire pardonner sachant qu'un serpent ne pouvait boire ni de thé ni de café et que son John ne prendrait certainement pas son apparence humaine avant que ses plaies ne soient guéries, soit quelques jours ?
