Les jours passaient et Hermione commençait à se faire à sa pauvre condition. Chaque matin elle se levait aux aurores, se lavait brièvement à l'eau glacée, enfilait sa robe et ses chaussures de la mort, puis descendait rejoindre Saku pour préparer le petit déjeuner de madame et monsieur. Madame se réveillait généralement assez tôt le matin, s'éclipsant à l'extérieur toute la journée pour revenir tard le soir, au diner. Pour être sincère, Hermione s'était attendue à bien pire de la part de la mégère. Certes elle aimait la houspiller, lui crier dessus, lui dire qu'elle était idiote incapable de se servir de ses dix doigts, il n'empêche qu'elle n'avait jamais la main sur elle, ce qui était très rare dans ce genre de maison pour une esclave.
Quant à monsieur, c'était une autre paire de manches, certes lui non plus ne l'avait jamais frappé, néanmoins il planait autour de lui une aura menaçante qui ne s'en allait jamais, même lorsqu'il ne pipait pas un seul mot de la journée. Encore aujourd'hui, elle avait bien du mal à reconnaitre en lui son ancien camarade d'école. Oui, la lionne ne l'avait jamais porté dans son cœur, cependant elle avait toujours pensé que ses mauvais choix dans la vie découlaient de l'influence qu'exerçait son père sur lui. Maintenant, elle devait réviser son jugement, car il était indéniable que Malefoy n'était plus le gamin froussard à la langue acérée qu'elle avait connu et à qui elle avait donné un formidable coup de poing. A présent, son expression était toujours fermée et il parlait peu, se contentant de donner quelques ordres de-ci de-là.
Néanmoins, une chose la perturbait réellement, le fait qu'il la demande toujours auprès de lui. La première fois qu'elle avait dû l'habiller, elle avait cru mourir de honte, s'agenouiller ainsi devant ce foutu Serpentard blond, devoir l'habiller, toucher son corps et surtout apercevoir sa saleté de marque des ténèbres, noire comme l'enfer. Cela avait été une horreur, cependant elle pensait que ce n'avait été qu'une lubie passagère, mais pas du tout. Chaque matin, elle devait le réveiller, l'aider à se préparer puis lui apporter son petit-déjeuner dans le salon. Ensuite elle attendait, patiemment, qu'il daigne lui adresser la parole pour lui demander de sortir. Certains jours, elle ne quittait presque pas la pièce, un meuble, voilà ce qu'elle était. Lui était tranquillement posé dans son foutu fauteuil, à bouquiner, écouter de la musique, jouer aux échecs alors qu'elle devait rester plantée non loin de lui, tel un lampadaire, attentive à la moindre de ses demandes. Au fond d'elle, Hermione était certaine que ça l'amusait de la garder à sa disposition, cela la renvoyait encore davantage à son pitoyable rang d'esclave. Et par Merlin, qu'est-ce que ça faisait enrager la Gryffondor.
Quand enfin elle avait le droit de le quitter, elle en profitait toujours pour se rendre devant la porte de l'entrée principale, la main sur la poignée, espérant idiotement qu'un jour la porte s'ouvre et lui permette de regagner sa liberté au lieu de la propulser plus loin, les fesses direction le sol. C'était son petit rituel, sa petite routine coutumière. Quelques fois, le soir, elle discutait avec Saku dans la cuisine, un verre de thé bouillant à la main, cherchant désespérément un peu de chaleur avant de regagner sa chambre froide. C'était le cas ce soir-là. Malefoy et sa gueuse s'étaient couchés plus tôt qu'à l'accoutumée, Hermione et Saku en profitaient pour prendre leur repas et papoter un petit peu, bien que Saku soit toujours mal à l'aise à l'idée de « se prélasser » alors qu'il y avait tant de choses à faire dans le manoir.
- Tenez Mademoiselle, mangez ! Le Maitre a demandé à Saku de bien vous nourrir, expliqua l'elfe en déposant une assiette bien remplie devant une Hermione éberluée.
- Le « maitre » t'a demandé de me nourrir ?
- Tout à fait ! Vous savez, je connais le Maitre depuis qu'il est né et il a toujours été un bon Maitre pour la petite Saku, chuchota-t-elle fièrement.
Hermione ne pouvait qu'en douter, elle se souvenait très bien comment avait été traité le pauvre Dobby, cependant elle préféra ne rien dire à ce sujet, Saku pourrait le répéter à Malefoy et alors il commencerait à se douter de son identité. Cela lui manquait tellement de ne pouvoir se confier à personne. L'elfe de maison était certes gentille, mais pas fiable, étant donné qu'elle révérait Malefoy depuis toujours. Hermione était tellement fatiguée de toujours être sur ses gardes, de devoir tout le temps se méfier des personnes qu'elle devait servir. Le pire était le matin, quand elle devait habiller Malefoy alors qu'il était presque nu. Ses expériences passées lui avaient appris qu'il ne fallait jamais se retrouver seule et sans baguette en présence d'un ennemi masculin, surtout quand ce dernier était quasiment nu. Bien que jusqu'à présent, le Serpentard n'affichait constamment qu'une moue glaciale et inexpressive au possible, elle préférait éviter tout contact corporel avec lui, il ne fallait pas tenter le diable.
- Pourquoi se souci-t-il de ce que je mange ? insista Hermione, toujours dubitative de la sollicitude du « maitre » de la maison.
- Mon Maitre traite bien ses esclaves, il est le meilleur Maitre au monde !
- Alors, dis-moi ce qui est arrivé à l'esclave qui me précédait…, demanda la lionne, toujours aussi curieuse à ce sujet.
Le visage déjà peu gracieux de l'elfe se ferma aussitôt, mais Hermione ne comptait pas lâcher aussi rapidement cette-fois.
- Allez Saku… Je ne dirai rien à personne, je te le promets !
Saku sembla réfléchir et murmura tout doucement, au point qu'Hermione se pencha vers elle et tendit l'oreille.
- L'ancienne esclave était tombée amoureuse du Maitre, mais ce n'était rien qu'une esclave, elle espérait beaucoup trop… Quand la maitresse l'a su, elle l'a puni…
- Comment l'a-t-elle punie ?
- Saku ne dira rien de plus à ce sujet ! On a dit à Saku que c'était de l'histoire ancienne et qu'il fallait l'oublier, alors Saku l'a oublié ! tonna l'elfe d'une voix forte en se redressant.
Hermione n'insista pas, de toute façon à quoi bon savoir comment on avait puni l'esclave, ça ne ferait que l'effrayer davantage.
Manquerais-tu d'empathie Hermione ? Toi qui militais pour la liberté des elfes de maison, tu ne veux même pas compatir au sort réservé à celle que tu remplaces ? raille la Peur.
Non, elle ne compatissait plus, sa générosité et son souci de l'autre avaient disparu, englouti par la Cage. Désormais, Hermione ne vivait que dans la peur, constante, nauséeuse, pernicieuse. Quand elle était à Poudlard et même pendant la guerre et ses années de captivité en prison, elle avait toujours su garder son courage et sa hardiesse, et de ça elle en avait été fière. Puis un jour, alors qu'elle avait enfin réussi à s'échapper de la prison dans laquelle elle croupissait, dans une cellule sale et puante, collée aux autres détenus, torturée et tabassée, elle s'était faite prendre par cet élevage, bien qu'elle ne savait pas encore que s'en était un à l'époque de sa capture.
Et là, le véritable cauchemar avait commencé. Point de Doloris, de coups de fouet, de brûlures, de cellules surpeuplées… Non, c'était bien pire, au point qu'elle avait regretté ses anciens sévices. Là elle était seule, dans une petite Cage de trois ou quatre mètres, sans lumière, sans pouvoir se lever, sans aucun bruit et sans savoir si un jour elle allait en sortir. Oui, c'était bien ça le pire, être incapable de dire si un jour ou l'autre elle sortirait vivante de la Cage, même la mort lui semblait plus douce que cette putain de Cage.
Alors oui, maintenant Hermione connaissait la peur, la vraie, celle qui est viscérale et encrée dans l'âme. Non pas la peur de mourir, mais celle de retourner un jour dans la Cage, sans même avoir le temps de se suicider avant. La Gryffondor n'avait pas honte de le dire, oui, aujourd'hui, elle ne pensait qu'à sa propre survie. S'inquiéter pour autrui était un luxe qu'elle ne pouvait plus se permettre à présent. Il fallait absolument qu'elle sorte de ce manoir, qu'elle vole une baguette et peut-être qu'après, elle pourrait redevenir un peu la Hermione qu'elle avait toujours été, téméraire et charitable.
Epuisée psychologiquement d'avoir encore tenu le rôle du meuble toute la journée et éreintée physiquement d'avoir dû travailler dans ces immondes chaussures qui meurtrissaient ses pieds, Hermione se laissa tomber sur son matelas poussiéreux et s'endormit aussitôt d'un sommeil sans rêves.
Une nouvelle journée qui commence, l'elfe qui tape à la porte pour la réveiller, elle qui se lave transie de froid, qui se coiffe, qui s'habille, qui retire les journaux roulés en boule dans ses chaussures dans le but de les agrandir, qui les enfile et qui descend, la mine basse. Un salut bref pour Saku, quelques directives rapidement échangées et Hemione qui gravit les escaliers en direction de la chambre de ce salopard de « maitre ». Sans même réfléchir et par habitude, la jeune femme pénétra dans la chambre sans frapper, prête à extraire du lit ce pénible Serpantard, quand ce qu'elle vit la figea. La richissime conne, à quatre pattes, complètement nue, le visage enfoncé dans l'oreiller en train de gémir, et lui, derrière elle, son caleçon sur les chevilles, lui maintenant le dos d'une main tandis que de l'autre il agrippe ses fesses. Le souffle de l'homme est régulier, malgré ses va et vient rapides et ses cheveux décoiffés qui lui tombent devant les yeux.
Hermione ne resta figée qu'une seconde, une courte et petite seconde qui lui parut durer une éternité, d'autant plus que contrairement à la « maitresse », son époux, lui, avait remarqué sa présence et semblait la fixer sans pour autant arrêter ses va et vient frénétiques. Muette de stupeur, Hermione décampa à toutes jambes hors de la chambre. Les jambes chancelantes, incapable de faire un seul pas, la lionne préféra s'assoir sur les marches des escaliers, le visage dans ses mains. La vision de Malefoy sur sa femme ne voulait pas s'effacer de son esprit, à son grand dam. Bien sûr, il était un homme et bien entendu, il avait une épouse, c'était donc tout à fait normal qu'ils fassent l'amour, d'ailleurs elle avait déjà retrouvé quelques rares fois des vêtements éparpillés un peu partout sur le sol, preuve de ce qu'ils avaient fait la veille. Mais de là à le voir en pleine action, c'était différent, surtout que quelque chose la rendrait mal à l'aise. Déjà son manque de réaction alors qu'il l'a vu entrer dans la chambre, il ne s'était même pas arrêté ! Puis la façon dont il l'avait regardé, comme si… Comme s'il se contrefichait de ce qu'il était en train de faire, comme si elle ne le dérangeait pas, comme si elle pouvait rester. Quoique ce raisonnement n'était peut-être pas si farfelu que ça, après tout, elle était un meuble pour lui, donc qu'elle assiste à cette scène devait très peu lui importer, d'où son manque de réaction.
Rassurée par son hypothèse mais l'estomac toujours anormalement noué, Hermione décida de regagner la cuisine, préférant effacer de sa mémoire cet épisode traumatisant.
Ravie de n'avoir pas dû s'occuper de Malefoy de toute la journée, Hermione mangeait tranquillement son diner en sifflotant, quand elle aperçut Saku entrer dans la pièce, la mine sombre.
- Que se passe-t-il ? s'inquiéta Hermione.
- Mon Maitre n'a pratiquement rien mangé de la journée et n'est pas sorti une seule fois de son bureau, gémit la pauvre créature tourmentée.
- Peut-être qu'il est encore avec sa femme, suggéra la lionne, forçant son esprit à ne pas lui envoyer les images dérangeantes de la matinée.
- La Maitresse n'est pas dans la maison, comme d'habitude ! siffla l'elfe de toute évidence agacée.
Choquée par les mots qu'elle avait osé proférer à l'égard de la « maitresse », Saku se précipita vers le four dans le but d'y plonger sa tête à l'intérieur, lorsqu'Hermione l'agrippa par la taille pour l'en éloigner. Ce n'était pas la première que l'elfe agissait de la sorte, la lionne était à présent habituée.
- Voyons Saku, tu n'as rien dit de mal, calme toi, dit doucement Hermione en la posant sur la chaise.
- C'est que je suis tellement triste de voir mon Maitre toujours seul, il a besoin que quelqu'un soit avec lui, se plaignit l'elfe en se mouchant bruyant dans son tablier.
- Peut-être qu'il aime juste être seul, non ?
- Je suis sure que non, sinon il ne demanderait pas à Mademoiselle de rester avec lui dans son salon, pleura Saku de plus en plus fort.
En entendant les dires de Saku, Hermione se redressa et s'adossa contre le mur, perplexe. Malefoy avait besoin de compagnie, ce qui expliquerait son rôle de meuble depuis quelques jours ? Non, ce n'était pas possible. S'il voulait être entouré, il avait ses amis les Mangemorts, il était évident que le Serpentard aimait être seul, sans doute pour entretenir son image de personnage austère et lugubre. Toujours perdue dans ses pensées, le bruit de quelque chose qui se casse résonna dans la cuisine.
- Qu'est-ce que c'était ? demanda Hermione, aux aguets.
- Ca provient d'en-dessous de l'évier Mademoiselle, avertit l'elfe, les yeux gonflés d'avoir trop pleuré.
Lentement, Hermione s'approcha de l'évier, se mit sur le dos et glissa son visage sous le tuyau quand un violent jet d'eau l'éclaboussa. Suffocant de surprise, Hermione s'extirpa péniblement de sous l'évier et trébucha sur la flaque d'eau tandis qu'elle tentait de se relever. La robe trempée, son chignon presque défait et mouillé et sa chaussure droite ayant volée Merlin sait où dans la cuisine, Hermione parvint enfin à se redresser complètement quand son regard tomba sur une grande silhouette. Drago Malefoy se tenait à l'entrée de la cuisine, les mains enfoncées dans les poches de son costume, la fixant froidement.
- Qu'est-ce qui se passe ici ? gronda-t-il de sa voix grave.
- Veuillez excuser Saku, Maitre ! La canalisation a explosé et de l'eau commence à inonder le sol de la cuisine…
- Arrange tout ça Saku, la coupa-t-il sèchement avant de glisser à nouveau son regard sur elle et d'ajouter, toi, tu me suis !
Sans un mot de plus, ses talons pivotèrent et il s'en alla rapidement, obligeant Hermione à claudiquer derrière lui, un pied sans chaussure. C'était ridicule, elle ne pouvait pas continuer à marcher de manière si bancale, c'est pourquoi elle décida de retirer son autre chaussure, qu'elle garda dans sa main, et continua sa course les deux pieds totalement nus. Une fois arrivée devant le salon du « maitre », il ouvrit la porte, s'effaça étrangement pour la laisser entrer la première, puis la ferma d'un coup sec derrière lui. Un coup d'œil au miroir accroché au mur la fit soupirer intérieurement. Il allait certainement la rabrouer vue sa dégaine, lui qui aimait que tout soit propre et parfait, la voir échevelée, trempée et pieds nus devait royalement l'agacer.
Sans un regard pour elle et sans même lui adresser la parole, Malefoy prit place dans son petit fauteuil chéri, en face du feu, la mâchoire serrée. Hermione patienta. Après tout, elle commençait à avoir l'habitude de tenir le rôle du meuble, elle excellait même dans ce domaine, en bonne comédienne qu'elle était.
Plusieurs minutes passèrent sans qu'il n'ouvre la bouche, la poussant à relever son regard du sol pour observer ce qu'il était en train de fabriquer, et ce qu'elle vit l'effraya. Son expression, habituellement si fermée, semblait différente aujourd'hui. Sa mâchoire était crispée, ses yeux encore plus sombres qu'à l'ordinaire, un léger tic nerveux agitait sa main droite. Non, quelque chose n'allait pas ce soir, c'était certain. D'un geste lent et sans même décrocher son regard des brasiers dévorant le bois, il sortit sa baguette de la poche et la posa sur ses genoux.
L'estomac d'Hermione se crispa aussitôt, le sentiment de terreur, qu'elle avait commencé à oublier depuis qu'elle vivait ici, refit aussitôt surface.
Tu trembles à cause d'une petite punition ? Tu as vécu bien pire ma pauvre fille, se moque la Peur, plus présente que jamais.
Oui, elle avait survécut à bien pire, mais cela faisait tellement longtemps qu'on ne lui avait plus fait subir le Doloris que le simple souvenir de sa souffrance passée la fit frémir d'angoisse et d'anticipation. A aucun instant Hermione ne s'imagina qu'il allait faire autre chose que lui lancer le Sortilège Impardonnable. Tous les Mangemorts ne désiraient qu'une chose, faire souffrir autrui via ce sort infâme et Drago Malefoy n'échappait pas à la règle. Malgré sa peur qui lui tordait les boyaux, Hermione rassembla son courage et fit naitre sur son visage émincé son fidèle masque sans expression. A présent, elle n'allait plus rien dire, elle n'allait pas supplier, elle n'allait pas crier. Elle revêtait son ancien costume de Gryffondor et de membre de l'Ordre.
- A genoux devant moi, souffla à demi-mots son bourreau.
Interloquée face à cet ordre, la lionne ne flancha pas et s'agenouilla devant lui, le regard fixe et dur, quand enfin elle croisa celui du serpent, glacial et… Et elle ne savait pas ce qu'elle y vit, autre chose que son habituelle froideur c'était certain, mais elle ne parvenait pas à déceler cette nouvelle émotion. L'unique chose dont elle était sure, c'était que ce nouveau sentiment était aussi effrayant que son visage fermé, voire pire.
Elle pouvait ressentir le regard de l'homme en face d'elle courir le long de sa nuque, puis sur son corps tout entier, déplorant surement son allure débraillée, lui qui était toujours tellement impeccable. D'un geste brusque, il lui attrapa le bras droit et releva sa manche jusqu'au coude. Un frisson glacé traversa le corps de la jeune femme quand elle sentit le pouce du Serpentard caresser délicatement son avant-bras.
- Je pense qu'il est maintenant temps de te marquer, esclave…, murmura-t-il les yeux rivés sur son poignet.
Hermione ne saisit pas le sens de sa phrase mais se contenta de hocher la tête, refusant toujours de piper un mot.
- Sur chaque esclave doit reposer la marque de la maison des Malefoy, et en l'occurrence, celle de ma maison, continua-t-il sur le même ton rauque.
C'est alors qu'elle comprit. Il allait marquer sa peau, il comptait inscrire jusque dans sa chaire son nom méprisable, pour que personne ne doute de son appartenance. A cette pensée, une rage indescriptible la traversa, et bien incapable de garder pour elle son indignation, elle darda sur lui un regard fier et outré, sans pour autant prononcer une parole. Leurs regards se croisèrent à nouveau et elle était certaine qu'il avait vu, qu'il avait remarqué une légère différence dans son comportement, mais elle s'en contrefichait à présent. De toute façon, il ne pouvait rien faire de pire que de la marquer comme une bête.
Tu es bien sure de ça ? susurre sa connasse de Peur.
D'accord, il y avait pire, mais vu l'expression sinistre qu'il affichait, il ne devait pas du tout penser à la violenter sexuellement, à son grand soulagement.
Soulagement qui disparut très vite quand elle vit la baguette du sorcier se poser contre sa peau, toujours très délicatement. Elle aperçut les lèvres de l'homme en face d'elle remuer légèrement sans qu'aucun son n'en sorte, quand une atroce douleur lui transperça le poignet. Ses muscles se contactèrent, son esprit se vida, sa tête se mit à tourner. La douleur était horrible, sans nom, elle avait l'impression qu'on la marquait au fer, qu'on lui brulait la peau, qu'on enfonçait des milliers d'aiguilles brulantes dans sa chaire. Se mordant la lèvre jusqu'au sang pour ne pas crier, elle continua de fixer la prunelle noire de son tortionnaire, qui lui-même ne la lâchait pas du regard, comme envouté par le spectacle qui se déroulait sous ses yeux. Malgré son masque d'inexpressivité qu'elle se borna à garder, une larme – quelle traitresse – glissa silencieusement le long de sa joue.
« Non Hermione ! Ne pleure pas, ne lui fait pas ce plaisir ! Ne pleure pas ! » hurlait-elle intérieurement.
Une larme, une seule et unique larme, qui coule gracieusement le long de sa joue blême… Voilà ce que Drago fixait intensément depuis quelques secondes maintenant. Elle ne cillait pas, ne suppliait pas, ne criait pas. Non, cette idiote voulait rester digne et fière alors qu'il était en train de graver ses initiales dans sa douce peau, et qu'est-ce qu'il aimait ça. Il aurait voulu se pencher et aspirer cette larme qui coulait, lécher cette lèvre ensanglantée qu'elle se bornait à mordre de toutes ses forces. Oh par Merlin il désirait lui faire mal, qu'elle souffre par sa main, qu'elle soit la victime et lui le bourreau, elle l'esclave et lui le maitre.
Il y pensait depuis quelques jours déjà, comment la torturer sans utiliser aucun Sortilège Impardonnable, et il avait trouvé ça. La marquer. C'était à la fois avilissant et douloureux, la solution parfaite à ses yeux. Pour commencer, il la voulait près de lui, tout le temps, exercer son influence sur son moral, qu'elle sente constamment ses yeux rivés sur elle, qu'elle ne soit jamais en paix. Il aimait la savoir dans la même pièce que lui, debout, les yeux fixes, le dos droit. Sa seule présence le calmait et le grisait à la fois. Puis elle était entrée dans la chambre alors qu'il baisait l'autre idiote, encore une fois elle l'avait supplié de la prendre, risible. Mais avec son esclave non loin qui éveillait chacun de ses sens, il s'était sentit plus enclin à répondre à ses désirs, alors il l'avait retourné pour ne pas voir son visage, et l'avait besogné. Puis elle était apparue, cette peste de petite Gryffondor, elle était entrée et les avaient surpris. A ce moment-là, il aurait dû lui crier de sortir immédiatement de la chambre, il aurait dû la menacer de la punir pour son manque de jugeote, mais non, il n'avait absolument rien fait hormis la fixer de son œil avide. Elle était restée là, près de lui, dans sa petite robe noire usée, l'observant la mine déconfite, avant de s'enfuir en courant. Durant cette matinée, il avait sauté l'autre dinde pendant une heure - jamais il ne l'avait fait aussi longtemps - avec en tête l'image de son esclave, à genoux devant lui, suçant avidement son doigt.
Tout le reste de la journée, il l'avait alors évité, sûr et certain qu'il était de l'agresser si par malheur il la croisait. Son corps était sous tension, son esprit préoccupé, son estomac noué, il voulait tant la voir, la toucher, lui faire mal alors qu'au final c'était lui-même qui souffrait. Mais il avait tenu bon, la violer était digne d'un Mangemort, lui était plus malin, plus perfide, ce qu'il souhaitait c'était la casser sans avoir à briser son corps. Jamais il ne se serait rendu dans la cuisine s'il n'avait pas entendu le bruit de quelque chose qui explose. Jamais il ne se serait tenu sur le pas de la porte pour y voir la Gryffondor baigner à quatre pattes dans l'eau, la robe la moulant plus que jamais tandis que de longues mèches de cheveux bouclés tombaient sur ses épaules. Et jamais, sur un vulgaire coup de tête, il ne l'aurait entrainé dans son salon, pour s'enfermer avec elle et la dévorer du regard pendant qu'elle se contemplait dans le miroir. Oh bordel, la voir ainsi, décoiffée, mouillée et pieds nus avait décuplé son désir refoulé depuis plusieurs jours.
Alors il s'était assis et avait réfléchi à comment la punir pour le tenter à ce point, à comment la faire hurler de douleur sans utiliser le Doloris. Il avait trouvé mais elle n'hurlait pas. Et finalement, il préférait la voir ainsi, le toisant de son regard plein de rage alors que les lettres D et M s'affichaient dans sa peau. Une fois terminé, il consentit enfin à baisser les yeux vers la marque, où ses initiales semblaient scintiller sur son mince poignet. Voir son nom dans la peau d'Hermione Granger lui donnait envie de crier, de rire, de pleurer, de baiser. Lui qui depuis des années ne ressentait plus rien était à présent ensevelit sous toutes ces émotions à la fois contradictoires et puissantes. D'un geste doux, il prit le visage de la jeune femme assise à ses pieds et releva son menton pour qu'elle le regarde à nouveau dans les yeux. Il put y lire tout le mépris et la haine qu'elle ressentait à son égard, ce qu'il le satisfit. Drago exigeait qu'elle le déteste comme lui l'avait haï, elle et ses petits potes, durant des années. Cette foutue miss-je-sais-tout à l'esprit étriqué et à l'allure hautaine, cette sale lionne qui avait osé lui décocher un coup de poing en pleine face, cette bonne femme qu'il avait cru voir mourir noyée en quatrième année quand cet imbécile de Krum l'avait extirpé de l'eau, trempée, ses vêtements collés contre sa toute jeune poitrine…
« Arrête ! Ne pense plus au passé et régale-toi du moment présent. Regarde-toi, regarde-là ! L'héroïne des Gryffondors est à genoux devant toi, tu as inscrit ton nom sur son corps. Putain, Hermione Granger t'appartient complètement, tu peux faire ce que tu veux d'elle, depuis le temps que tu en as envie ! », se sermonna rageusement l'homme blond en fermant les yeux.
- Relève-toi maintenant, murmura-t-il.
Il observa la femme se redresser péniblement, les jambes surement ankylosées, la main sur son poignet meurtri, la mine farouche.
P'tain qu'elle est belle…, gémit son Désir en la contemplant de haut en bas.
Ouais… Elle était belle, c'était indéniable. Certes, le premier jour il l'avait jugé laide, ne réagissant uniquement qu'à la vue de son corps, mais ce n'était plus le cas maintenant. Ce changement d'opinion était-il dû au fait que maintenant il savait qui elle était ? Il y avait de fortes chances. Mais ce n'était pas tout. Son visage qu'il avait d'abord jugé blafard et cerné était aujourd'hui à ses yeux charismatique et intriguant. Ses cheveux qu'il avait trouvé ternes s'étaient transformés en une longue chevelure bouclée et indomptable. Ces cicatrices qui autrefois gâchaient son corps se révélaient maintenant être les marques de tout ce qu'elle avait enduré, exacerbant son charme et son désir de la dominer complètement. En une semaine, elle était passée de « laide » à « désirable » sans qu'il ne puisse lutter. D'ailleurs, souhaitait-il vraiment batailler contre ses nouvelles émotions, lui qui avait enfin l'impression d'être enfin vivant. Certes, d'être un monstre, mais au moins de trouver un petit intérêt à sa vie.
Hermione Granger était sa distraction, son jouet, sa muse… Elle était à lui, seule et piégée dans ce manoir. Elle était sans défense alors que lui possédait tout. Elle était son esclave et il s'en délectait.
- Sors d'ici et va directement dans ta chambre, compris ?
Toujours sans prononcer un mot, elle hocha sobrement la tête et s'en alla. Satisfait de cette soirée, Drago allait quitter son salon pour aller se coucher quand son regard tomba sur une chaussure au sol, celle de son esclave. D'un geste lent, il la ramassa et l'observa.
- Elle a vraiment des petits pieds, sourit-il en glissant la chaussure le long de son torse, puis sur son ventre et enfin entre ses cuisses.
Il ferma alors les paupières, imaginant le pied nu et délicat de la femme caresser sensuellement sa virilité. D'un mouvement brusque il s'arracha à cette pensée et jeta la chaussure au feu. Il n'allait tout de même pas s'abaisser à fantasmer sur la chaussure d'une esclave, quand bien même elle appartenait à Granger ! Ça n'allait pas mais alors pas du tout. Son esprit était trop plein de Granger, son corps était trop plein de Granger, même ses foutus rêves étaient trop plein de Granger. Maintenant qu'il l'avait marqué, son envie d'elle allait peut-être diminuer en intensité.
C'est ça ma couille, compte-là-dessus ! raille son foutu Désir.
Le corps encore vibrant, Drago sortit en trombe du salon et se dirigea vers sa salle de bain dans le but de se rafraichir afin de se remettre les idées en place. Le visage trempé d'eau froide, l'homme blond se redressa et contempla son reflet dans le miroir. Ses cheveux étaient à présent mouillés et emmêlés, sa chemise froissée mais ce qui l'inquiétait le plus était la lueur dans son regard. Quelque chose s'était allumée en lui et grandissait de jour en jour, exacerbant chacune de ses émotions à l'extrême. Perdu dans tout ce qu'il éprouvait, il posa une main sur le miroir et murmura.
- Je veux la contempler encore une fois…
Alors qu'il reposait sa main sur le lavabo, prêt à s'en aller vers sa chambre, il vit son reflet qui se déformait petit à petit. Interloqué, il se mit à tâter frénétiquement son visage pour être sûr que tout allait bien quand ce qu'il aperçut dans le miroir lui noua l'estomac.
Hermione Granger était dans sa chambre et semblait remplir une bassine d'eau à l'aide d'un petit bol. Comment cela se faisait-il qu'il pouvait la voir alors qu'elle était dans une autre pièce ? Ce miroir était-il ensorcelé ?
- Astoria…, comprit-il aussitôt. C'est comme ça qu'elle a compris que je me tapais l'autre esclave. Quelle petite maligne, maronna-t-il le sourire en coin.
Incapable de s'arrêter, Drago continua à jouer au voyeur, la mâchoire crispée et le front plissé. Une fois le bassin remplit d'eau, la petite femme brune observa sa marque, le regard noir tout en remuant les lèvres. Elle devait certainement être en train de parler mais impossible d'entendre quoique ce soit, Asotria savait se montrer maligne, mais sa connaissance en magie était trop faible pour espérer qu'elle ensorcelle convenablement un objet. Tant pis, il allait devoir se contenter de regarder sans rien comprendre. De toute façon, à présent, elle ne parlait plus mais effleurait du bout des doigts la surface de l'eau, avant de retirer prestement sa main. L'eau devait être froide. Et c'est alors, en un mouvement très rapide, que la jeune femme fit glisser sa robe le long de ses hanches, avant de la dégager d'un petit coup de pied.
Drago avala difficilement sa salive, son Désir fit de même. Puis elle se cambra pour retirer sa culotte, qu'elle jeta aussi nonchalamment plus loin. Le ventre en feu, Drago plaqua ses mains de part et d'autre du miroir, son nez collé contre la glace, les yeux grands ouverts. Elle essaya de pénétrer un pied dans la bassine mais grimaça et le retira aussitôt. Nouvelle tentative, nouvel échec. Cette fois-ci, elle fonça dans la bassine d'un seul coup et s'immergea jusqu'au ventre, les jambes repliées contre elle, la bassine étant trop petite pour qu'elle puisse les étendre. Elle prit son savon entre ses mains, le plongea dans l'eau et le fit glisser le long de ses bras, tout en marquant un temps d'arrêt assez long sur sa marque, cherchant certainement à l'effacer, sans succès.
Lentement, elle défit son chignon et fit tremper sa belle chevelure, lui provoquant un nouveau frisson.
Avoue que tu veux agripper férocement ces cheveux, susurre son Désir.
Le savon passe sur son cou gracieux et descend le long de sa cicatrice jusqu'au milieu du dos.
Cette cicatrice, tu rêves de la lécher hein ?
Le savon passe entre ses petits seins.
Prend-les dans ta main, ils sont à toi…
Ses tétons se dressent, durcis par le froid.
Va les titiller, les sucer avidement. Mords-les, pince-les, dévore-les, ordonne la voix de son Désir.
Des gouttes ruissèlent sur ses mamelons roses.
Je veux boire l'eau qui coule de ses seins ! Rejoins-là ! exige-il de sa voix tonitruante.
- Raaah ! Ferme-là ! rugit à son tour Drago, de plus en plus proche de la folie.
Les mains du jeune homme en transe abandonnèrent le mur pour se poser sur le lavabo, qu'il serra de toutes ses forces, les yeux rivés sur la belle femme nue.
Ses lèvres pleines, ses cheveux rebelles, ses épaules menues, ses seins fermes, ses tétons érigés.
- Hermione… Hermione…, gémit-il la jointure de ses mains devenues blanches à force de s'agripper trop férocement au lavabo.
Hermione qui se redresse, sa féminité dégoulinante d'eau, ses fesses rebondies…
- Hermione… Hermione… Hermione…, haleta-t-il la voix cassée de désir inassouvi.
Son érection devint de plus en plus douloureuse, ses jambes se mirent à trembler, ses muscles se crispèrent. Il n'a alors qu'Hermione, dans sa tête, dans son ventre, dans son sexe, dans sa bouche. Hermione ruisselante, Hermione nue, Hermione tout entière et rien qu'à lui. Incapable de tenir plus longtemps, Drago s'agenouilla contre le lavabo, les mains toujours rivées dessus, le souffle court et le corps transpirant. L'homme était tout simplement en nage, comme s'il venait de courir ou de faire l'amour. La voir ainsi exposée, nue, parfaite, juste pour lui, oh par Merlin, il n'avait jamais ressenti ça. Il la voulait, il la désirait tellement que ça en frôlait l'obsession. Encore épuisé par ce qu'il venait de vivre et surtout de ressentir, Drago s'allongea sur le sol glacé, le regard perdu au loin.
« Elle est belle, je la veux encore nue devant moi. Même aussi mince et barrée de cicatrices, elle est magnifique… », pensa-t-il le corps en feu.
Drago aimait les femmes en bonne santé, avec des courbes alléchantes. Les sacs d'os le rebutaient, mais il savait qu'elle n'était pas si mince par choix. A Poudlard, sa silhouette était loin d'être maigre, mais elle assumait ses formes avec classe et grâce. Lorsqu'elle était assise et que la jupe de son uniforme se relevait un peu, laissant apparaitre ses délicieuses cuisses…
« Passé ! C'est du passé, vous n'êtes plus des étudiants à présent, tout a changé alors arrête de penser à ça ! J'ai quand même bien fait de demander à Saku de la nourrir convenablement… Bien qu'elle soit incroyablement excitante, je veux qu'elle prenne du poids et redevienne un peu comme avant. Même si je n'apercevrai sans doute plus jamais ses yeux pétillant de malice et son sourire ravageur… », soupire-t-il les paupières closes et la main sur le ventre.
Il devait se calmer et ne rien lui faire subir les prochains jours. Pour la maintenir dans un malaise constant, il était important qu'elle ne sache pas sur quel pied danser. La garder près de lui dans le silence le plus total, puis l'effrayer, la menacer, l'humilier, la faire souffrir et recommencer depuis le début, tel un cercle sans fin. Voilà comme il s'imaginait torturer Hermione Granger jusqu'à ce qu'elle finisse par craquer. Parce qu'elle craquera, ce n'était qu'une question de temps, et elle finirait par lui révéler son identité. Mais la seule chose qu'il redoutait réellement, c'était de perdre pied avant elle.
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Et voilà le nouveau chapitre et le premier "affrontement" entre Hermione et Drago. A mes yeux c'est un affrontement car chacun souffre à sa façon tout en se forçant à ne rien laisser paraitre. Un genre de duel on va dire ^^
J'espère que vous avez apprécié ce chapitre où on voit un Drago assez violent, que ce soit dans ses actes et ou ses pensées, et encore ce n'est que le début :p
J'espère vraiment lire vos reviews, car j'ai conscience qu'en traitant ce genre d'histoire, je risque d'en déboussoler pas mal ! Hâte de lire vos commentaires et je remercie les personnes qui prennent leur temps de m'en laisser ! :D
