Chapitre IV : Amitiés Nostalgiques
Personnages :
(caméra) Ludvina
Tcheren
Bianca
Matis
Mère d'Écho
Le ciel d'Unys est certainement l'un des endroits que je préfère de la région : j'ai l'impression de pouvoir faire ce que je veux, et d'être en dehors des événements terrestres. Cependant, si je peux m'envoler, c'est grâce à mes Pokémon, et si je vole dans le ciel, c'est grâce à mon Gueriaigle, Ferdinand. Tous mes Pokémon ont des capacités adaptées, chez Ferdinand, c'est une endurance suffisante pour faire plusieurs fois le tour d'Unys en vol, ceci en transportant jusqu'à deux personnes.
Nous volions depuis un moment, derrière nous s'éloignaient les montagnes près de Port Yoneuve… Nous sommes donc en train de survoler Amaillide… J'y pense, c'est à Amaillide que s'est installé le Champion qui me précédait ; Goyah, dresseur philosophe à la retraite. Et un peu plus loin, par contre… Pavonnay. C'est la ville dans laquelle Écho a grandi, c'est également là où Tcheren exerce la fonction de professeur, et de champion d'arène. D'ailleurs, j'y pense, ce n'est plus seulement Tcheren, mais aussi Bianca, depuis que ces deux-là sont en couple. J'indiquais à Ferdinand que nous allons nous poser ; on va dire bonjour.
Nous nous sommes posés sur le belvédère, la vue sur les prairies, forêts et montagnes étaient splendide… Je remerciais Ferdinand avant de le renvoyer dans sa Pokéball et de descendre vers la ville. C'est sûrement l'une des villes de campagne les plus vivantes d'Unys ; des enfants un peu partout, parfois avec leurs parents, parfois sans. Les maisons sont nombreuses, et surtout… il y a pour école, une arène Pokémon ! Je n'ai pas reçu d'éducation venue d'un champion d'arène, quand j'étais à l'école Pokémon, les enfants de Pavonnay doivent se sentir chanceux. C'est le week-end, je me demande si le champion est là…
Tcheren n'était pas là. Guido, le guide des arènes Pokémon, m'a indiqué qu'un problème sur le Ranch d'Amaillide le demandait. Je connais Tcheren, il s'en chargera à merveille. De plus, je pense que Bianca est avec lui. Je décidais donc d'explorer la ville où est née Écho, après tout… Ma mère m'a déjà parlé d'une gentille fille à double chignons bruns étant rentrée chez nous au hasard !
Des appartements, des maisons un peu partout… On est vraiment dans une ville de campagne ? De plus, tout est calme. Je crois comprendre pourquoi Tcheren et Bianca se sont installés ici… Je cherchais la maison d'Écho depuis tout à l'heure, mais je ne la trouvais pas. Un jeune homme aux cheveux bleu foncé ébouriffés et en tenue sportive m'interpella
« Vous cherchez quelque chose ?
— Ah ! Tu pourrais peut-être m'aider. Sais-tu où est la maison du maître d'il y a cinq ans ?
— Cinq ans ? Ah ! Tu veux parler d'Écho, je suppose. C'est au Sud de la ville, y'a un étang à côté. »
J'allais le remercier, quand sa tête m'est soudain revenue. Il s'agit d'un autre Maître ! Celui d'il y a quatre ans, justement ! Il vient aussi de Pavonnay. Je demandais
« Je te demande la maison de la championne venant de la même ville que toi, et ayant remporté la ligue avant toi, quand même. Tu la connais peut-être, non ?
— Écho ? Si je la connais ! C'est contre elle que j'ai perdu, le jour avant l'duel contre Iris, la championne qui la précédait !
— Vous êtes rivaux, dans ce cas, non ?
— On l'a été pendant longtemps. Et c'était toujours elle qui allait vers l'avant, qui m'y traînait parfois, du coup. J'me suis rendu compte de plein de trucs avec elle. Par contre, tu la cherches ?
— Non, j'étais juste curieuse de voir où elle a grandi. Je me doute bien qu'elle n'est pas là.
— Pas là, pas là… C'est quand même pas si loin qu'elle est venue puis repartie ! Y a un mois, je crois, elle revenait et est restée dans les parages pendant quelques jours. Sa mère est là, par contre. Vous pourrez certainement discuter si tu cherches à parler d'Écho. Par contre, j'ai un truc pas long à faire, donc je fausse compagnie pour l'instant, à plus ! »
Le jeune homme partait à toute vitesse en bicyclette. Il a beau avoir été champion, je me souviens pas de son prénom. J'allais vers le Sud de la ville, avant de me cogner à une fillette qui courait en criant un prénom à chaque coin de rue.
« Désolée, madame… la fillette a totalement changé son intonation entre ses cris aigus et cette voix à peine audible
— Y a pas de mal. Tu as besoin d'aide pour retrouver ce "Matis" ?
— C'est mon frère. Y bouge tout le temps. Et là, il va faire un truc qui sert à rien.
— Je suppose que je peux t'aider à le chercher. »
La fillette acceptait si "ça ne me dérangeais pas". Je suis en pause, j'ai bien moyen de l'aider un peu. On commençait à marcher, je regardais un peu partout, même dans les plus petits recoins, avant que la fille m'arrête
« Matis, c'est mon grand frère ! Il est grand, il a des cheveux bleus en pétard, et il a l'air de toujours d'avoir un goût pas bon dans la bouche !
… Je cherchais un petit garçon encore plus petit que cette fille, et en fait, il fallait chercher un "grand" garçon qui vient de partir en bicyclette.
— Je viens de le voir partir. répondais-je à la fillette
— Rho ! Purée ! C'est plein de Bargantua là-bas, il va s'attirer des ennui » son timbre aigu grognait à nouveau
La petite fille me remercia puis s'en alla par où elle était venue. Je faisais de même en allant toujours plus loin dans la ville.
Finalement, une petite maison à toit vert près d'un étang se profilait. Une dame était assise sur un banc à côté de la maison. Je me renseignais
« Bonjour, madame. Vous savez à qui appartient cette maison ?
— Aux dernières nouvelles, c'est la mienne. Après… Peut-être que la ferveur d'il y a cinq ans en a fait la maison de ma fille à nouveau. »
J'inspectais la dame, je crois avoir déjà vu son visage… Les grands yeux ovales, le chignon d'un brun clair et cette tendance à laisser des mèches tomber du visage… Si ! Je me souviens ! C'est une amie de ma mère ; la mère d'Écho ! je me rattrapais maladroitement
« Désolée, je ne me rappelais plus de votre visage, madame.
— En même temps, les seules fois où je t'ai croisée étaient quand tu revenais tard le soir et que tu allais te coucher. Ta mère et moi plaisantons souvent sur ce trait, puisqu'aucune de nous deux n'était couche-tôt. Au moins, tu as hérité du lève-tôt de ta mère !
— Et votre fille, en revanche, est une couche-tard lève tard. Je l'ai surprise à jouer sur son Vokit, alors que c'était une heure pas possible, bien trop tard pour s'endormir ou trop tôt pour se réveiller…
— Écho s'endort et se réveille plusieurs fois pendant la nuit. Son organisme est celui d'une prodige qui ne perd pas de temps ! D'ailleurs… elle était rentrée à la maison pendant une quinzaine de jours. Elle ne faisait que de parler de toi ! Certes, j'étais contente pour elle, mais je te connais à peine ! Comment veux-tu que je me sente quand j'entends parler d'une personne que je devrais connaître, mais en fait que je ne connais pas ?
— Ah… Désolée. Je ne suis pas vraiment venue dans cette partie d'Unys, je ne connais qu'Onde-sur-Mer et un peu d'Amaillide. C'est justement pour renvoyer les fois où Écho est rentrée chez moi au hasard que je venais pour la première fois.
— Pas de problème, je vais faire en sorte que ma fille se rende compte que tu es passée ; elle passe juste beaucoup moins à la maison que toi ! Je suis contente qu'Écho rencontre des personnes intéressantes dans son nouvel objectif.
— Quel est l'objectif réel d'Écho ?
— Après être devenue Maître d'Unys, elle a ressenti un dégoût profond envers l'idée que l'esprit ne puisse pas s'affirmer. Elle a presque été jusqu'à se poser la question d'arrêter d'être dresseur ou non ! C'est Lucien, son Majaspic, qui lui a ouvert les yeux ; bien qu'un Pokémon est soustrait aux ordres de son dresseur, il reste l'individuel. Écho veut découvrir cet individuel dans chacun, découvrir comment pensent les gens, comprendre ce qu'il y a au-dessus du stéréotype, pour ne plus avoir peur, et ne plus souffrir. D'ailleurs, elle m'a laissé un mot que je devais remettre à ta mère. Entre, je vais le chercher. »
Je rentrais dans la maison à l'invitation de la mère d'Écho. Une maison en plein-pied où tout était propre. La mère était partie dans sa chambre chercher la lettre dont elle me parlait… Quand on y pense, Écho m'a déjà dit qu'elle avait entendu quelque chose qui ne lui plaisait pas. Je n'aurais pas pensé que ça remontait un si grand mal. Quand je pense à comment elle était agacée quand elle a vu que je m'étais enfuie… Ce n'est pas comme si ça servait à quelque chose de s'excuser auprès d'elle, elle l'a déjà montré que ce n'est pas ce qu'elle attend. D'autre part, elle m'a dit qu'elle aimait bien mon sourire. Je ne sais pas vraiment comment je peux sourire quand je suis encore une fois mêlée aux affaires de la Team Plasma, mais une chose est sûre, c'est que si Écho et moi nous faisons encore une fois face à cette situation, il faudra que je me repose davantage sur elle.
J'ai senti un léger déplacement d'air, avant qu'un écran blanc rigide ne se colle à mon visage. Je m'étais perdue dans mes pensées au point de ne plus ni voir ce qui se passait, ni entendre la mère d'Écho m'appeler.
« Ah ! Ça y est, tu réagis ! Tu n'as pas eu tes heures de sommeil, cette fois ? Tien, voilà la lettre. Ma fille a cassé son vieux Vokit avant de revenir à la maison. Une histoire de Pokémon feu.
— De pokémon feu ? J'espère qu'il ne s'est rien passé.
— Ma fille est une costaude. Souvent, les gens sont étonnés car elle porte tout le temps une jupe, mais faut pas s'y fier, elle a la peau dure. Elle a juste fait un faux pas au Mont Renenvers. Bon, tu la prend, la lettre ?
— Oui, oui. Merci. »
Je prenais la lettre, bien que la mère semblait contrariée par quelque chose, elle me donna le feu vert pour lire le contenu
« Hello, Ludvina ! J'ai demandé à ma mère de trouver un moyen de te transmettre ça, puisque visiblement, je suis la seule à un jour avoir été dans la maison de l'autre. Je ne sais pas si tu seras toujours en vacances quand tu recevras cette lettre, mais je me demande si tu serais intéressée pour me rejoindre dans un rassemblement de dresseurs à Vaguelone, cet automne. C'est juste les deux premières semaines, alors j'espère vraiment te voir. Que cette lettre te parvienne ! »
Je poussais un soupir. Je ne me présente plus à des rassemblements de dresseurs, des tournois ou beaucoup de festivités depuis longtemps. L'automne commence dans très peu de jours, et aller à Vaguelone… J'ai envie d'accepter, mais mes habitudes de rester de mon côté jouent avec cette envie. La mère d'Écho me dévisageait, comme si elle attendait ma réponse avec impatience. Je poussais un nouveau soupir
« Je serais là. Il faudra que j'arrête d'être une ermite, un jour.
— Ma fille sera contente. Elle t'admire vraiment, tu sais ? En un instant, tu as remplacé tous ses modèles, en trois jours, tu as étendu la perspective qu'elle avait formée toute sa vie. Tu n'as pas idée à quel point elle ne pouvait te décrire autrement que "cool", et "attentionnée", et "intelligente"...
— Vous l'embarrasseriez si elle était là, madame.
— Je sais ! C'est le but que ça t'embarrasses aussi ! Enfin… Je suppose que ta mère et moi ne sommes pas amies pour rien, tu dois avoir l'habitude. Alors pour la peine, voilà un commentaire moins agréable ; ma fille te trouve fragile et méchante. Étonnant pour quelqu'un qui défend que tu es la personne la plus attentionnée de l'univers, n'est-ce pas ? »
… Méchante ? En quoi ? Je l'ai défendue, j'ai essayé de la protéger ; c'est encore à propos de ce qu'elle appelait mon "manque d'honnêteté" ?
Nous sommes restées parler toutes les deux, elle n'a pas voulu en dire plus sur ce qu'Écho disait de moi. Après avoir pris un goûter, je décidais qu'il était temps de retourner voir Tcheren, il devrait avoir terminé d'ici maintenant. J'enregistrais également le numéro de la mère d'Écho sur mon Vokit avant de partir.
En remontant à l'arène, je croisais à nouveau Matis. Il avait changé ses vêtements. Je m'arrêtais pour discuter
« Ça a été avec ta sœur ?
— Elle voulait une Dent Océan pour son Coquiperl. Plus haut, il y a un étang rempli de Bargantua rouges, ce sont eux qui les utilisent comme bijoux. C'est compliqué de satisfaire une petite sœur qui veut éviter de vous ennuyer. C'est encore plus compliqué de prendre un bijou à des Pokémon agressifs et territoriaux !
— J'imagine la scène ! Ceci explique les vêtements. Tu leur as bien laissé un cadeau en échange, non ?
— Une manche de T-shirt et quelques tessons rouges. Je suis pas voleur par nature, on va dire que j'ai forcé du troc... sauf pour le T-shirt.
— Je n'ai pas de frère ni de sœur, donc je ne peux pas vraiment compatir, par contre… Je dois avouer que je n'aurais pas essayé de piquer une Dent Océan dans la trésorerie des Bargantua ; pas loin de Volucité, il y a des bassins remplis de ces rochers.
— J'y penserais la prochaine fois que quelqu'un ramène un Coquiperl à la maison ! Déjà que là… Je vais bientôt partir pour Vaguelone.
— Alors on s'y retrouvera ! Je viens d'apprendre qu'il y a un rassemblement de dresseurs là-bas.
— Ouais, et sur volontariat, on peut aider pour les préparations. Bref, à plus, alors. »
Matis déployait un Déflaisan sur lequel il monta avant de s'envoler.
J'aurais rencontré du monde, aujourd'hui. Et dire que je dois encore trouver Tcheren et Bianca, puisque tous deux sont au belvédère. J'ai l'impression de repartir à la case départ. Je pouvais les voir, fixer l'horizon sans rien dire… Ils sont drôles, comme couple ; ils ne se ressemblent pas, un est un pragmatique confiné dans une seule version des solutions, l'autre est une indécise maladroite…
« Comme on se retrouve, les tourtereaux ! Ça fait longtemps ! »
Ma voix a complètement ruiné le silence qu'ils avaient créé, les deux se sont retournés, embarrassés ; c'est vrai qu'il n'ont jamais exposé leur couple quand j'étais avec eux, ça fait pourtant deux ans qu'ils sont ensemble ! C'est toujours Tcheren sur qui l'embarras est le plus amusant, d'ailleurs. Bianca était la première à parler
« Ç-ca fait longtemps, Ludvina. Tu es revenue à Unys depuis longtemps ?
— Hé, j'ai beau avoir été discrète, ça fait bien six mois que je suis revenue de Sinnoh !
— Et maintenant, poursuit Tcheren, tu es encore en vacances, c'est ça ?
— Vous m'expliquez ce qu'il y a de différent pour un dresseur en aventure et un dresseur en vacances ? J'ai déjà accompli mes objectifs, vous vous attendiez à quoi ?
— Rien, rien, Tcheren soupirait, je ne peux pas te reprocher grand chose ; je suis devenu champion d'arène et professeur pour tromper ce manque d'objectif. Goyah avait raison, quand il disait "et après" et que tous les dresseurs étaient différents.
— Ça t'aurais tué de l'accepter face à lui, Bianca ricanait. Et moi, j'ai été assistante de Keteleeria pendant un bon moment… Je l'suis toujours ! juste que j'observe les Pokémon de cette partie de la région : c'est loin par là ! » Bianca trébuchait sur son explication de ses activités si productives, ce qui nous faisait tous rire, en fait, on a tous fini dans une débauche d'objectifs.
On a beaucoup discuté sur ce Belvédère… Le soir tombait, et j'allais sûrement rentrer d'ici peu… Tcheren est frileux, je compte m'en servir d'excuse pour m'éclipser
« Ah, vous n'avez vraiment pas changé, vous. Mais c'est vraiment réconfortant, alors que je me demande encore comment je pourrais changer…
— Oh ? Quelque chose ne va pas, Ludvina ? Bianca semblait inquiétée par ce que je viens de dire
— En fait, avec mon attitude… Vous savez, comme quand j'ai été obligée de fuir Unys pour me calmer ? J'ai fait du mal à une fille. Tcheren, tu te souviens d'un combat que tu as fait il y a cinq ans ? Écho, elle a probablement utilisé son Vipélierre.
— O-oui, on l'a croisée il y a quelques semaines. Justement, c'est elle qui nous a parlé de toi, comme elle savait qu'on avait voyagé à l'époque. Cette fille a énormément mûri depuis son voyage, mais elle s'est aussi beaucoup exclue de la société en dehors d'objectifs communs. Le fait qu'elle parlait autant de toi montrait bien que tu faisais partie de son cercle privé, je me demande juste ce qu'elle entendait par "méchante" pour te définir… le pauvre a froid alors qu'on est toujours en été
— Mais ! Elle a dit que j'étais méchante partout où elle est passée ?! On va me jeter des baies Tamato à Vaguelone, ou quoi ?!
— Oh ? Tu vas à Vaguelone ? Bianca avait l'air rassuré. Il y aura plein d'excellent dresseurs. Au moins, tu auras des gens avec qui parler. »
Méchante… Elle peut vraiment en venir à crier ça sur tous les toits pour quelques coups de pieds dans les pédales d'une bicyclette ?!
Je plaisantais sur le fait que Tcheren avait l'air pâle pour leur permettre de rentrer… Vaguelone… Il faut encore que je trouve un endroit où dormir avant de penser à quand j'irais. La brochure sur le Vokit indiquait que ça commençait dans trois jours ; je pense que je vais rentrer à Renouet, d'ici-là. Maman, si tu dis toi aussi que l'on me surnomme la méchante…
