California Hôtel
Lundi : 11h.34 P.M.
Elle se réveilla en sursaut, une douleur étrange et lumineuse dans la tête et l'abdomen. Pendant une fraction de seconde, Dana eut la pénible sensation de ne plus avoir le contrôle de son corps. Elle se sentait paralysée, comme retenue par une force étrangère. Avec un immense effort de volonté, elle lutta pour effacer l'image de ce visage insolite qui la regardait et ouvrit les yeux. Sa respiration était encore suffocante. Elle inspira profondément à plusieurs reprises comme son père le lui avait enseigné dans son enfance et se sentit revenir à la réalité.
Dehors, l'orage grondait. Il était encore loin mais les éclairs ne cessaient de zébrer le ciel. L'atmosphère s'alourdissait de minutes en minutes et une odeur d'azote flottait dans l'air chaud et humide. Mue par le réflexe de l'expérience, Scully se leva et attrapa d'un geste rapide son Smith et Wesson 1076.
- « Dana… », entendit-elle chuchoté derrière la fenêtre du onzième étage.
Elle se tourna très lentement mais ne parvint pas à fermer les yeux quand elle le reconnut. Sa respiration se bloqua et s'accéléra. Son père était là qui la regardait avec bonté et amour.
« Je t'en prie, "Starbuk". Laisse-moi entrer ».
Il souriait de toutes ses dents.
Dana avança timidement d'un pas.
-Papa? ...
- « Oui, Starbuk. C'est ton père. Je t'en prie… Regarde-moi et laisse-moi entrer », lui ordonna-t-il d'un ton suppliant.
Son sourire s'élargit, découvrant deux longues incisives. Ses yeux brillaient bizarrement dans la pénombre. Son regard froid l'envoûtait et l'attirait dans un gouffre noir et glacial. Elle avait l'impression de flotter dans l'infini.
« C'est ça, mon petit », l'encouragea-t-il de sa belle voix de baryton. « Ouvre cette fenêtre pour que je puisse enfin te serrer contre moi. »
Elle tendit les bras lentement et chercha fébrilement le verrou à tâtons. Tremblante, elle déposa son arme sur le rebord de la fenêtre. Elle s'apprêtait à soulever le lourd vitrage lorsqu'elle sentit un picotement sur sa poitrine. Effrayée, Scully eut un brusque mouvement de recul. Elle tourna son regard vers le revolver et l'attrapa d'un geste rapide.
« Dana! » ajouta son père d'une voix autoritaire. « Je t'ordonne d'ouvrir cette fenêtre maintenant. Je... J'ai faim… », susurra-t-il plusdoucement.
"Les monstres existent".
Cette pensée lui fit l'effet d'une douche froide et Scully sentit une montée d'adrénaline. Son cœur battait la chamade. La jeune femme se passa nerveusement la langue sur les lèvres et pointa son revolver droit devant elle.
- Allez-vous en! ordonna-t-elle d'un ton sec. Vous n'êtes pas mon père! Mon père est mort l'année dernière.
- « Mais si, Starbuk. Je suis ton papa. Tu n'as qu'à me regarder dans les yeux et tu comprendras enfin le « message » que je suis venu te révéler ».
Son ton était hypnotique et il lui devenait difficile de résister.
Soudain, un souvenir d'enfance se manifesta dans son esprit.
« Les amis avec qui elle jouait régulièrement aimait se lancer des défis pour affronter leurs peurs.
Garçon manqué, Dana était souvent la seule fille du groupe. Jadis, son meilleur ami l'avait défiée de passer une nuit seule, dans une vieille maison abandonnée. Personne ne savait pourquoi, mais un jour le père avait craqué et assassiné sa femme et ses trois enfants avec une hache. Par la suite, il se suicidait d'un coup de revolver dans le crâne. Plusieurs policiers déclarèrent que la violence de ces meurtres leur avait donné des cauchemars pendant des années. Dana accepta de relever le défi. Cela n'avait pas été facile car la plupart des enfants croyait la maison hantée.
C'était l'été de ses dix ans et elle était prête à tout pour leur prouver qu'une fille était capable de se montrer aussi courageuse qu'un garçon. Elle avait réussi à passer la nuit dans la maison maudite jusqu'à l'aube en se récitant sans cesse ses tables de multiplication. Cela l'avait aidé à ne pas trop prêter attention aux multiples bruits et craquements menaçants de la maison et de ses « habitants mécontents ». Bien entendu, quand ses parents apprirent sa petite excursion nocturne, elle avait eu droit à une fessée monumentale de son père. Mais Dana s'était dit avec toute la logique de son jeune âge qu'une fessée n'était rien après toute une nuit à cohabiter avec de dangereux fantômes assoiffés de sang et de vengeance. »
Scully écouta donc son intuition et formula en pensée différents théorèmes pour ne plus entendre la voix hypnotique de la créature qui se faisait passer pour son père. D'un geste prompte, elle ouvrit la fenêtre, arracha la chaînette qu'elle portait toujours autour du cou et plaqua sa petite croix en or qui brillait de mille feux sur le front du monstre.
- Va t'en!
Sa voix était claire et ferme. Elle sentit une odeur écoeurante de charogne brûlée. Sous ses yeux, la créature se tordit de douleur et poussa un hurlement déchirant d'outre-tombe qu'elle souhaita ne plus jamais entendre de sa vie. Brusquement, l'image de son père se dissipa et s'envola en volutes de fumée. Scully resta une bonne minute à fouiller l'obscurité afin de s'assurer que la créature était bel et bien disparue. Elle commençait déjà à se demander si elle ne venait pas de rêver toute cette scène lorsqu'elle sentit une main se déposer sur son épaule. Sans réfléchir, elle frappa l'intrus d'un violent coup de coudre dans le ventre et d'un coup de genou dans une partie anatomique masculine très sensible de l'inconnu.
Incapable de crier, Mulder s'écrasa par terre avec un pitoyable gémissement de douleur. Pourtant, même dans sa détresse, il aperçut la petite croix de sa collègue qui brillait encore avec éclat et comprit qu'il avait réellement vu la chose lui aussi.
« Mulder! »
Elle se pencha vers lui et l'aida à se relever.
« Ça va, Mulder? »
Il suffoqua en protégeant toujours la partie sensible de son anatomie meurtrie.
- Scully! souffla-t-il. Pourquoi me mettre hors d'usage comme ça?
Pendantune fraction de seconde, Dana regarda Fox d'un air surpris. Puis, encore sous l'effet de la tension nerveuse, les deux agents éclatèrent de rire.
« Je… J'ai entendu du bruit dans ta chambre, Scully, reprit Mulderaprès qu'ils se furent calmés. Je t'ai entendu parler avec quelqu'un. Quand le ton a monté, j'ai supposé que tu avais des problèmes. Alors, j'ai forcé ta porte et je t'ai vu avec cette horrible créature qui ressemblait à un vampire.
Le cœur soudain rempli d'une angoisse sourde et tenace,
Scully sursauta violemment.
- Nom de Dieu! Ne me dit pas que tu l'as vu toi aussi! Mais c'est impossible, Mulder! Tu sais bien que le vampirisme provient de légendes mythiques issues du folklore roumain.
- Peut-être, dit Mulderavec douceur. Mais cela n'empêche pas que toi, l'agent Dana Scully, pendant une seconde, tu as cru à cette légende.
Tout à coup, le regard de Mulder s'attarda à la hauteur de la poitrine de sa collègue.
- Qu'est-ce qu'il y a? demanda Dana d'une toute petite voix.
Mais, au fond d'elle-même, elle savait.
D'un geste calculé, elle se regarda dans le miroir.
A la hauteur de l'échancrure en « V » de son pyjama, la petite croix qu'elle portait toujours autour du cou avait laissé son empreinte brûlante sur sa peau.
Haletante, Scully se laissa tomber sur une chaise.
« Une stigmate peut-être? » songea-t-elle.
Mais dans son for intérieur, elle n'y croyait pas vraiment.
« Mulder… Je crois que je deviens folle » .
- Oh non, Scully! fit-il en la regardant droit dans les yeux. Tu es même la personne la plus sensée que je connaisse.
Il lui tendit sa chaînette en or.
« Tiens! Tu ferais mieux de la remettre. Ce que représente ce bijou pour toi a contribué à te sauver la vie. »
Mulder se leva.
« Habille-toi, Scully. Je crois que le temps est venu pour nous d'aller chez Sindy.
- En pleine nuit?
- Ne te fais pas de bile! Elle nous attend. J'en suis certain.
Une heure plus tard
Scully avait insisté pour prendre le volant. Après une aventure aussi folle, elle préférait s'occuper l'esprit et tenir la route elle-même.
- Qu'est-ce que tout cela veut dire, Mulder? demanda-t-elle d'une voix tranchante. Nous sommes venus ici pour résoudre une enquête sur des meurtres d'enfants et nous nous retrouvons dans une histoire digne des meilleures séries noires de Stephen King.
Mulder semblait soucieux et fatigué.
- Je ne comprends pas plus que toi ce qui se passe, Dana. Tout ce donc je me souviens, c'est que lorsque j'étais enfant, l'amitié qui nous unissait mes copains et moi nous a sauvé la vie et nous a permis de préserver notre équilibre mental. Nous avons su faire « un » et créer une force qui a fait reculer le tueur. Peut-être était-ce notre foi et notre confiance d'enfant? Je ne sais pas…
Dana sentit son cœur battre plus vite.
- Je pense que tu viens de mettre le doigt sur quelque chose d'important, Mulder, déclara-t-elle songeuse.
- C'est possible. Enfin, je l'espère.
Un quart d'heure plus tard, Mulder et Scully entrèrent dans la maison de Sindy Cahill et Paul Stéphanos.
Mulder remarqua tout de suite que sa jeune cousine et son amoureux avaient un air soucieux.
- Qu'est-ce qui se passe, Sindy? demanda Mulder d'un ton alarmé. Est-ce que Vickie est malade?
Vickie, la petite fille de Paul et belle-fille de Sindy, était une charmante fillette de huit ans aux longs cheveux couleur de blé et aux yeux d'azur profond comme l'océan. Fox, son parrain, l'adorait et l'enfant le lui rendait bien.
- Elle s'est réveillée en hurlant et en pleurant, murmura Sindy qui berçait tendrement l'enfant pour la calmer. Elle dit qu'elle a vu un méchant monstre, dehors. Paul lui prépare un lait chaud.
Sindy tenait l'enfant serrée contre elle et caressait ses longs cheveux blonds en lui murmurant des paroles apaisantes.
« Tu vas aller voir oncle Fox, mon chou. Il te bercera en attendant que ton papa revienne avec une bonne tasse de lait tout chaud ».
Docilement, la petite fille essuya ses yeux encore gonflés de larmes et se laissa soulever par Mulder.
- Oncle Fox… Je te jure qu'il me regardait par la fenêtre, le méchant monstre, sanglota la fillette.
- Tant que nous serons là, mon cœur, il ne pourra pas te faire de mal, la rassura gentiment Mulder.
- C'est vrai? fit l'enfant en le regardant avec de grands yeux.
- Bien sûr que c'est vrai et on va s'amuser à lui faire peur.
Reconnaissante, Sindy lança un beau sourire à son cousin qu'elle aimait comme un frère. Puis, entendant des bruits de pas, la jeune fille détourna la tête. Paul revenait de la cuisine avec du lait chaud et de la tisane qu'il s'empressa de servir à ses invités. Touchée, Sindy lui sourit avec tendresse. Ensuite, elle jeta un bref coup d'œil vers Scully. Les deux femmes se regardèrent un court instant mais sans détourner les yeux. Puis, d'un geste de la main, elle invita Paul à les rejoindre.
Chéri… Je te présente l'agent Dana Scully. Tu sais, Dana et Fox sont associés et ils travaillent sur différents cas inexpliqués ou paranormaux.
D'un geste spontané, Paul tendit la main à Scully.
- Je suis enchanté de faire votre connaissance, Dana, fit-ild'un ton amical. Vous êtes médecin, d'après ce que m'a dit Sindy?
- Oui. Et moi aussi je suis enchantée de vous connaître, docteur Stéphanos, même si les circonstances de notre passage sont pénibles, répondit tranquillement Scully.
- Dana? demanda tout à coup Sindy. Puis-je vous parler seule à seule?
La jeune fille semblait préoccupée.
- Bien sûr, rétorqua Scully sans hésiter.
Sindy jeta un regard subtil vers Fox qui lui répondit d'un léger hochement de tête.
Conscient de cet échange silencieux entre les deux cousins, Paul se fit discret. Avec précaution, il enveloppa Vickie dans une épaisse douillette et se prépara à endormir l'enfant. Remarquant l'expression soucieuse de la jeune fille, il la rassura avec gentillesse.
- Ne t'en fait pas, ma chérie. Toi et Dana, vous pouvez discuter tranquillement. Fox et moi, nous en profiterons pour fêter nos retrouvailles et jaser d'homme à homme. Je te promets qu'il sera entre bonnes mains, ce sacré vieux renard.
- Je n'en doute pas une seconde, mon ange, répondit Sindy en lui souriant affectueusement.
Ils se dévisagèrent avec tendresse.
- Je t'aime, ma toute douce, lui chuchota Paul à l'oreille.
- Je t'aime aussi, lui murmura Sindy le regard lumineux.
Il la serra doucement dans ses bras avant de la laisser partir.
Les deux jeunes femmes enfilèrent leur imperméable et sortirent dans la nuit humide.
- Qu'est-ce qui se passe, Sindy? demanda Scully intriguée par le comportement mystérieux de la jeune fille.
- C'est plutôt à moi de vous demander ce qui s'est passé tout à l'heure, Dana, lança Sindy du tac au tac.
Scully se modela un visage impassible. Adroitement, détourna le sujet.
- Je ne suis pas ici pour parler de moi, Sindy. Je souhaite seulement que nous puissions résoudre cette affaire de meurtres d'enfants le plus rapidement possible.
- Comme nous tous, Dana, affirma Sindy. Certains de mes amis ont des enfants. Ils sont inquiets. Cette affaire est beaucoup plus étrange et dangereuse qu'elle ne le paraît au prime abord. J'en sais quelque chose et Fox aussi. Vous connaissez suffisamment mon cousin pour ressentir qu'il a une grande estime pour vous. Sinon vous ne seriez pas ici, sur cette affaire. Et si vous ne vous sentez pas prête à vous confier à moi, je peux comprendre. C'est donc moi qui me confierai à vous parce que Fox, mes amis et moi avons besoin de vous.
- Mais pourquoi? demanda Dana le cœur battant un peu trop vite.
- Je ne peux malheureusement pas vous donner de réponses logiques parce que dans ce type d'enquête, la logique que nous connaissons n'a pas sa place. Mais je vous supplie de nous faire confiance.
- Je n'ai pas l'habitude de faire confiance facilement, Sindy, souffla tristement Scully.
- Je sais, répondit Sindy d'un ton compréhensif. Marchons un peu, voulez-vous?
Les deux jeunes femmes se dirigèrent vers la plage Californienne et Sindy se décida à raconter son histoire.
« Nous allons faire un saut dans le temps, Dana », dit-elle d'une voix calme. « Je ne vous demande pas de me croire mais de garder votre esprit aussi ouvert que possible car ce que je vais vous confier dans les prochaines minutes sort de l'ordinaire ».
Scully acquiesça et du regard, elle invita Sindy à se jeter à l'eau. Elle était décidée à écouter attentivement la jeune femme parce qu'elle ne pouvait s'empêcher de la respecter. Un lien étrange s'était tissé entre elles comme si elles se connaissaient depuis très longtemps. Scully comprenait instinctivement que Sindy la respectait autant qu'elle, même si elles venaient tout juste de se rencontrer.
Sindy prit une profonde respiration et commença à parler d'une voix légèrement tremblante.
« J'avais à peine sept ans, cet été là. Cela faisait près de deux ans que ma cousine, Samantha, la sœur cadette de Fox, était mystérieusement disparue lors d'un sombre mois de novembre.
Quelques années plus tôt, mon frère aîné s'était également volatilisé. Tout comme Samantha, l'enquête ne fut jamais résolue.
Fox et moi étions profondément perturbés devant la tristesse et le désespoir de nos parents.
Cet été là en particulier, Fox fut pour moi non seulement un grand frère adoptif mais aussi ma bouée de sauvetage. Je crois que c'était similaire pour lui. Perdre quelqu'un de cher était une épreuve trop grande pour que nous l'assumions seuls. Je pense que c'est à cause de cela que nous avions tant besoin l'un de l'autre pour survivre à cet événement douloureux. Tentant de nous évader de cette cruelle réalité, nous avons commencé à nous amuser dans un endroit que nous avions surnommé « le Refuge. »
Au fur et à mesure que la jeune fille se plongeait dans ses souvenirs, son devint plus lointain.
« Il y avait une bande de cinglés plus âgés que nous qui adorait nous foutre des racées. Ces fous furieux ne cessaient de nous harceler. C'est pourquoi, « le Refuge » était pour ainsi dire le seul endroit pour nous protéger de ces garnements.
Mulder et moi avions des amis avec qui nous adorions partager notre passion commune de la musique. D'un commun accord, nous avons décidé de nous baptiser, les « Tigres verts ».
Avec le temps, un lien profond se créa entre nous. J'étais la petite benjamine de la bande mais j'ai toujours senti que je faisais partie du groupe.
Comme Fox vous l'a expliqué tout à l'heure, l'amitié sincère qui nous unissait a sans doute contribué à nous sauver la vie. De plus, chacun d'entre nous portions une histoire effrayante cachée au fond de notre cœur. Pendant longtemps, les uns après les autre, nous avons vécu quelque chose d'épouvantable et inconsciemment, nous avons tenu cela secret dans les tréfonds de notre âme.
Ainsi donc, à tour de rôle, nous avons tous rencontré notre monstre personnel, mais heureusement, il n'a pas réussi à nous avoir.
Cela peut vous sembler dingue, Dana, mais les adultes proches de nous ne se sont jamais aperçus de rien. Nous, comme « groupe », si!
De plus, nous avions une amie qui avait entendu les sanglots d'un jeune enfant. Si je me souviens bien, cela semblait provenir des conduits d'aération qui menaient à la cave. Notre amie nous confia que cet enfant tentait de lui demander de l'aide.
Avec ses deux demi-frères adolescents, notre copine vivait à cette époque dans une maison centenaire que son père avait louée pendant que sa mère, une chanteuse classique renommée, était en tournée dans cette région.
Terrifiée, notre amie est venue nous voir. Elle nous a raconté en bafouillant tous les phénomènes mystérieux dont elle était témoin depuis qu'elle avait aménagé dans cette vieille demeure. Puis, elle nous a supplié de venir chez elle en secret. Nous avons accepté de l'accompagner.
Plus tard, pendant qu'on explorait la vieille demeure, nous avons vérifié s'il y avait un moyen logique pour qu'une voix d'enfant surgisse de la cave. Nous n'avons rien trouvé.
Rêves ou réalités? Qui peut le dire?
Mais une chose est certaine. Peu de temps après cet incident, le squelette d'un jeune enfant datant des années vingt fut découvert, enterré dans le sous-sol. Et aujourd'hui encore, son décès demeure inexpliqué. Je sais que cela a l'air complètement fou, Dana, mais notre copine nous confia avoir rêvé d'un petit garçon prisonnier dans cette cave hostile. Il l'implorait qu'on lui vienne en aide.
Ressentant la présence de son âme en détresse, notre amie tenta d'en parler à ses parents. Mais comme elle était très jeune, ils ne la prirent pas au sérieux. Elle décida donc de nous amener à la cave. Aussitôt que nous sommes arrivés au bas de l'escalier, nous avons vu une silhouette lumineuse. D'un geste suppliant, elle nous a tendu les bras avant de disparaître comme une volute de fumée ».
Plongée dans ses pensées, Sindy se tut et demeura silencieuse un long moment.
- Cette camarade donc vous me parlez depuis tout à l'heure, dit doucement Scully. C'est de vous qu'il s'agit… n'est-ce pas?
Les yeux embués de larmes, Sindy jeta un regard impénétrable à Dana et répondit d'un hochement de tête discret.
« Mais qu'est-ce qui vous fait croire que tout ceci ne se jouait pas dans votre imagination? » interrogea Scully un peu mal à l'aise.
Sindy eut un sourire légèrement cynique.
- Vous êtes catholique, Dana?
- Oui. Mais je ne comprends pas où vous voulez en venir.
- Et bien, votre religion comme beaucoup d'autres d'ailleurs, vous amène certainement à croire à l'existence du bien et du mal. Le pôle positif contre le pôle négatif, n'est-ce pas?.
Pour toute réponse, Scully hocha simplement la tête.
« Au fond, ce que j'essaie de vous faire comprendre, Dana, continua Sindy, c'est que vous avez raison de dire que nous étions des enfants imaginatifs. Mais si vous me le permettez, je vais aller plus loin dans ma théorie. Selon moi, il existe d'énormes forces négatives qui ont adopté certains points de notre globe. Et d'après mes constats, cette ville en est emprunte. Naturellement, une minorité de personnes peut y être sensible, en particulier, des enfants à l'imagination fertile.
C'est pourquoi, à l'époque, je pense que les terreurs enfouies en nous ont simplement servi de facteur déclencheur ».
Sindy regarda Scully avec compassion.
« Et je pense que c'est exactement ce qui s'est passé pour vous, ce soir, lorsque vous avez vu votre père en vampire et que vous avez résisté à sa volonté, n'est-ce pas? »
Surprise, Dana sursauta violemment.
Elle aurait voulu se tordre de rire, dire à Sindy que tout ça ce n'était des salades dignes de l'asile de fou, mais elle en fut incapable.
Au lieu de cela, elle inspira profondément.
- Est-ce Mulder qui vous a raconté cette histoire? demanda-t-elle d'une voix blanche.
Sindy regarda sa compagne droit dans les yeux et Dana se sentit transpercée jusqu'au plus profond de son âme par ce regard transparent. C'est à ce moment précis qu'elle comprit que Mulder avait eu raison de l'avertir que sa cousine était une personne très spéciale. Il se dégageait de cette jeune fille, charisme, force et bonté.
Un doux sourire éclaira le visage juvénile de Sindy et pendant un instant, Scully reconnut la petite fille qu'elle avait dû être cet été là.
- Vous savez bien, Dana, que Mulder ne trahirait jamais votre confiance. Au même titre que vous, vous ne trahiriez jamais la sienne.
Scully hocha la tête et se passa nerveusement la langue sur les lèvres. C'était une sceptique de nature. Une scientifique! Mais ses nombreuses expériences et enquêtes avec Mulder l'avait obligée plus d'une fois à ouvrir son esprit face à l'inexpliqué.
« Et ces étranges images qui animaient ses cauchemars les plus profonds, pouvait-elle les nier? La rencontre avec son père au moment même de sa mort lors de cette soirée de Noël, pouvait-elle l'oublier? Même si elle n'avait rien entendu, elle avait sentit son message, nom de Dieu! »
C'est pourquoi, avant même de s'en rendre compte, elle demanda d'une voix légèrement tremblante:
- Que savez-vous de moi?
Sindy ne répondit pas tout de suite. Elle savait que cette simple question demandait beaucoup de courage à la jeune femme et elle l'admira pour cela. Elle savait aussi que Fox éprouvait la même chose pour son associée. Un lien étroit et complexe de confiance, d'admiration, de respect et d'amitié profonde.
- Je sais ce que vous me permettez de ressentir, Dana. Je sais aussi certaines choses qui vous échappent malgré vous. Vous êtes une personne solide et indépendante mais vous n'aimez guère partager votre intimité avec autrui. Pourquoi ne me parlez-vous pas de ce soir là? Le soir de l'enlèvement.
Dana secoua doucement la tête.
- Je ne peux pas, Sindy. Je ne me souviens de pratiquement rien sauf de cette étrange lumière d'une blancheur éclatante.
- Ce n'est pas grave, Dana. Cela vous reviendra tôt ou tard.
- Je ne suis pas certaine de vouloir ressasser cela pour le moment, Sindy. Tout ça, c'est du passé.
Sindy hésita une seconde et prit une décision.
Dana était loin d'être prête. Même si le temps leur était compté, elle estima préférable d'attendre encore un peu.
- Je vous comprends, Dana. Il vaut mieux entrer maintenant. Il fait froid et la pluie s'intensifie.
Les deux jeunes femmes retournèrent en hâte vers la maison. Toutes deux se sentaient épuisées et vannées.
À suivre…
Et si le cœur vous en dit, n'hésitez pas à me faire part de ce que vous pensez de ce début X Files. Merci.
