- Je suis étonnée que tu oses encore te présenter devant moi, Severus Rogue, après ce que tu m'as fait

- Oh Madame regrette maintenant

- Espèce de salaud! Qu'est-ce qu'il t'a prit? Vas-y, dis-le clairement au moins! Assume une fois!

- Je n'ai aucun compte à te rendre Narcissa! Ni à toi ni à quiconque d'ailleurs

- Oh oui bien sûr! Le grand Rogue ne pense qu'à lui-même, merci je le savais déjà!

- Alors que veux-tu à la fin?

- Pourquoi as-tu tout foutu en l'air Severus? Je croyais que notre relation te convenait comme elle était, ni plus ni moins. N'avais-tu pas d'autres moyens de te moquer de Lucius qu'en nous mettant en danger, moi et le bébé? Severus…je t'en prie, explique-moi

- Expliquer quoi? Que ton abruti de mari m'a poussé à bout et qu'il s'en mord les doigts aujourd'hui?

- C'est moi qui paie Severus, pas lui. Oh il a perdu sa femme et un bout de sa fierté, certes, mais c'est moi qui passe pour une salope dégénérée, moi qui ai été chassée de sa maison comme une moins que rien, avec son bâtard dans les bras! C'est cela que tu voulais pour moi Severus? C'est l'enfance que tu voulais pour ton fils aussi? D'être un bâtard rejeté et moqué

- Bâtard il l'est depuis le début

- Non! Il était désiré, c'est ce que je croyais! Je ne parle pas de Lucius, mais de toi! Tu as voulu cet enfant, tu l'as exigé et j'ai obéis. Quelle idiote! Je savais bien que je n'aurais pas dû le garder, tu n'étais pas prêt pour être père!

- Arrêtes tes cris insupportables de femelle hystérique! De quoi te plains-tu en fait? D'être libérée de ton incapable de mari? D'avoir retrouvé ta liberté sans aucun homme sur le dos? Oui, c'est un peu vexant à ton âge d'être obligée de retourner vivre chez ton fils, mais n'as-tu pas toujours eu du mal à couper le cordon?

- Draco a eu pitié de sa mère et m'a accueilli chez lui, c'est vrai, mais je ne suis pas idiote au point de ne pas voir la désapprobation dans ses yeux. J'ai humilié son père, sali son nom par le pire des adultères. Je ne serais pas étonnée s'il se met à me haïr, ou à haïr son petit frère

- Quelle histoire touchante de tristesse, tu devrais écrire des romans pour gamines de 15 ans, tu ferais fortune

- Mais je sais pourquoi tu as fais ça Severus

- Ah oui? Tout à l'heure, tu hurlais vouloir des explications et soudainement tu as deviné toute seule? Je n'ai pas vu d'illuminations surgir devant toi

- Tu as essayé de te venger

- De qui? De toi? Lucius? Ce serait accorder trop d'importance à des petits sujets de contrariété

- Tu as eu l'occasion de faire souffrir quelqu'un qui t'aime, comme Elle t'a fait souffrir, je comprends, et je te pardonne. Oui, c'est ce qui te fera réfléchir, bien plus que des cris ou insultes. Je te connais tu sais, je sais ce que tu ressens. Tu crois ne pas mériter d'être aimé, tu as peur aussi d'être encore déçu, tu es resté un enfant Severus. Tu as peur des mots, peur de les prononcer, de leur donner une consistance, une réalité.

- Tu…tu es…n'importe quoi, pauvre folle

Énervé, Severus se retourne pour se diriger vers la porte.

- Pars mais je sais que tu entends mes mots. Nous dire que tu nous aimes t'est impossible. Soit. Ne le dis pas. Tu n'es pas un homme de lettres mais d'action. Ne dis pas les choses, ne parles pas de tes sentiments mais prouve-les!

- Tais-toi stupide engeance! Tu t'imagine quoi ici? Que je puisse éprouver un quelconque attachement pour toi et ce stupide braillard? Tu n'étais utile que pour mon amusement, et seulement cela! Et si je t'ai forcée, comme tu le dis, à garder ce petit bâtard, ce n'était que par jeu! Pour me moquer de votre si précieuse lignée! Moi le Sang-mêlé le plus pouilleux du pays, j'ai engrossé la plus belle et noble des Sangs-purs! Au nez et à la barbe de son époux légitime! Comme c'était distrayant de le voir se pavaner de sa réussite, qui était la mienne! Comme sa tête outrée valait le déplacement à sa stupide réception! Il n'était pas obligé de m'y inviter et me provoquer! Il a cherché ce dénouement! Et toi aussi idiote!

- Je sais que tu aimes briser les gens autour de toi, peut-être est-ce le seul jeu qui te permet de te croire vivant, mais je sais ce que j'ai pu lire en toi, en tes caresses et tes baisers

- Vas-tu finir par comprendre que je me fous de toi!

- Moi je peux attendre Severus, mais ton fils non. Chaque jour que tu passeras loin de lui seront des instants perdus à jamais, des moments bénis que tu ne pourras pas rattraper. Penses-y mon amour. Penses-y et reviens-nous

Complètement excédé par ses paroles, l'homme abandonne l'idée de lui faire comprendre et préfère partir en claquant la porte.


Cela lui a prit deux semaines, qui n'ont jamais été aussi bien remplies de questions et de doutes. Il s'est résolu à lui parler, lui expliquer qu'elle s'est méprise et que de toute façon, il n'est pas un homme pour elle, il ne sera jamais un mari pour qui que ce soit, et encore moins un bon père. Comment fait-on pour être un père? Il n'en a aucune idée, l'image qu'il a gardée du sien donnerait des cauchemars au pire des monstres, pas question d'être pareil. Oui mais être comment? Il faut qu'il lui fasse comprendre. Elle sera mieux sans lui.

Il s'approche donc de la pièce où elle couche leur fils, selon les dires de l'elfe de maison qui l'a accueilli sans grande effusion. Non qu'il tenait à plaire aux elfes de Draco, mais il se doute que celui-ci leur a ordonné de lui être poli mais sans plus. N'est-il pas l'indigent qui a osé compromettre sa chère mère? D'ailleurs Severus n'a pas l'intention de parler au maître de la créature qui le guide sans bruit dans la demeure neuve que Lucius a offerte il y a quelques mois à son fils redevenu unique. Garder des relations et des discussions, voire des disputes en ce moment, avec Narcissa lui pèse bien assez. Enfin, il ne peut nier qu'elle reste la mère de son fils, c'est lui qui l'a voulu ainsi quelque part. Et Severus a bien des défauts mais il n'est pas un lâche.

Il pousse donc la porte entrouverte alors que son guide disparaît après avoir accompli sa petite mission. Et s'arrête. Jamais oh grands dieux il n'avait imaginé une telle scène. Devant lui, Narcissa est assise dans un fauteuil, tenant son fils dans les bras. L'enfant, dont il ne voit que le profil, pétrit avec gourmandise ce sein qu'il a lui-même goûté bien des fois, mais dans une intention bien différente. Cette scène, somme toute bien innocente le choque. Non qu'il soit outré par la pratique de l'allaitement en lui-même, c'est au contraire une résurgence heureuse de notre nature animale, mais jamais il n'aurait imaginé, même dans des moments de stupides atermoiements, que la digne et fière Narcissa Malfoy, redevenue Black depuis peu, puisse s'y prêter elle-même. Cela semblait si décalé avec ses propres convictions! Il a toujours pensé que allaiter était réservé aux femmes de basse condition, trop pauvre pour acheter du lait ou pire, engager une nourrice. Ce n'était donc pas le cas? Est-ce que toutes les mères le pratiquaient? Est-ce que sa propre mère, Eileen, avait utilisé ce moyen pour le nourrir nourrisson? Il se rappelle d'une femme froide, silencieuse et si peu démonstrative, tout comme lui. Il avait beau creuser sa mémoire, il ne se rappelait pas un seul geste de tendresse envers lui. L'avait-elle aussi nourri au sein? L'avait-elle aimé quand il était très jeune? Comme le fait spontanément Narcissa. Comme a dû le faire Lily.

Ces pensées, ces instants de pure tendresse lui firent mal. Il se sentait étranger au bonheur, comme si même ses yeux ne méritaient pas de voir un spectacle de pur félicité. Alors il se détourna et reparti sans un bruit.


Est-ce que cela vous a plu? ça part dans des directions inattendues, vous ne trouvez pas? Entre le Severus du début, plutôt mauvais et salaud, et le dernier passage, qui semble contradictoire...