Résumé : l'histoire se passe à peu près vers le 3ème tome après le retour d'Edou mais ça tient pas du tout compte de la chronologie des bouquins. Pour plus de convenance, on va dire que la rousse a déjà été liquidée, que le mariage va pas encore avoir lieu tout de suite (pour des problèmes administratifs) et que Bella et les Cullen ont retapé leur terminale parce qu'ils étaient en train de faire du camping pendant les épreuves du bac en juin.
Réponse aux reviews anonymes (par Lilulle) :
law :En fait y a bien une histoire de livres, mais non ça n'est une montagne de livres ! Pour l'épreuve on a décidé de faire plus classique en fait… En tous cas merci de ton soutien ! Ça fait très plaisir de savoir qu'au moins quelqu'un adore ce qu'on fait (même si c'est débile nos histoires huhu…)
manganiark : Bon alors, pour la cuisson au four, les canines pointues, faut les laisser longtemps parce que n'oublie pas qu'ils sont surgelés…Ceci dit, ils le méritent largement, et c'est pas fini par la suite…
Kay : Bon alors pour le Kâma-Sûtra (en 60 secondes ou plus…) malheureusement va falloir attendre… Bah oui ce serait trop beau que ça arrive au bout de deux chapitres ! Et puis dans le contexte de l'histoire, ça n'aurait pas encore beaucoup de sens vu qu'ils peuvent pas se blairer ! Donc patience !
vilarie :Merci pour tes reviews, alors juste pour expliquer : en fait le concours est ouvert aux deux villes. Donc Forks et La Push s'affrontent pour avoir le titre de Reine (Bella, donc) et de Roi. Pour le reste, bien d'accord, l'épreuve de cuisine, ce serait bien, mais ça risquerait de tourner au combat de jambon/pâtes – œufs à la coque… Mais bon pour savoir, faut lire la suite ! PS : pour citer le Kâma-Sûtra, on a pas mis que c'était de l'impro, mais pourquoi ça ferait un roi macho ? O.ô
Blabla bête des auteurs :
Lilulle : Comment on explique une absence de presque six mois ?
Ritsuko : On dit la vérité.
Lilulle : Bon eh bien je me suis éclaté le dos et suis restée au lit un mois et demi, sans trop d'accès à l'ordi… Et j'ai perdu mon chat au mois de mai donc pas motivée pour écrire… Oui, je suis du genre fifille à son chachat alors ça m'a vraiment déprimée !
Ritsu : Moi j'ai pas de chat, mais je suis surbookée au taff !
Lilulle : Bon on espère vraiment faire moins attendre pour le chapitre 4 mais comme je dois bientôt déménager (et ça entraine pas mal de perturbations…) c'est pas gagné !
Lulle et Ritsu : Bon, bin c'est (re)parti ! Enjoy pour le moment ! Et profitez, il est légèrement plus long celui-là ! (Quoi que la fin de chapitre est très mal amenée mais c'était ça ou il fallait attendre un mois de plus ! :)
Le Roi des Fourchettes
CHAPITRE 3 : ÉRUDITION
Une fois sur scène, Edward se retrouva au milieu des autres lycéens de Forks, face aux lycéens de La Push. Jacob se tenait en retrait, un peu au fond, et scrutait la bibliothécaire avec circonspection. Il est vrai que pour l'élection des filles, c'est elle qui avait eu l'idée du Pictionary historique. Tout le monde savait, en ville, que Pétronille Têtenvrac passait son temps dans les bouquins, qu'elle savait à peu près tout sur tout, et qu'elle n'hésitait pas à le faire savoir. Le vampire n'avait guère peur d'être pris en défaut : ses 106 ans lui avaient permis de cumuler un savoir immense, surtout qu'il en avait passé 89 sans dormir. Au pire, dans l'hypothèse peu probable où Pétronille trouverait une question à laquelle il ne saurait pas répondre…il lui suffirait de lire ses pensées.
Il eut un petit sourire en coin en songeant que pour le chiot, ce serait sûrement plus difficile. Qu'est ce qu'un gamin de 17 ans qui n'est jamais sorti de son trou pourrait bien faire face à lui ? ''Non, le cabot, tu ne gagneras pas le dîner avec Bella. Si tu crois que j'ai pas vu clair dans ton jeu !'', songea-t-il avec amusement.
Il reporta son attention sur le maire, qui avait entamé l'explication concernant le déroulement de l'élection du Roi de Forks.
« Bien, le concours va donc consister en une série de tests, comme pour l'élection de la Reine. Le principe reste le même : chaque juré élabore son épreuve, et chacune vaut dix points, sauf la cinquième, qui aura un bonus exceptionnel et qui vaudra vingt points. À l'issue de celle-ci, on procèdera aux comptes, et le garçon qui aura accumulé le plus de points remportera la timbale. Simple, non ? »
Durant le discours de Robert Coconut, Edward décida d'écouter Pétronille, qui détaillait avec dédain les différents participants, en commentant silencieusement dans son crâne : Jamais vu à la bibliothèque celui-là, va pas aller très loin…Ah, le fils Cullen. Toujours aussi beau et mystérieux. J'aime quand il vient à la bibliothèque…Edward tenta de ne pas se remémorer les pensées qu'elle avait eues sur lui.
Malgré son air de rat de bibliothèque et son physique disgracieux, tout le monde savait à Forks que Pétronille aimait coucher à droite à gauche, mais pas avec le livreur de pizza, le mécano ou le facteur, ah çà non ! Uniquement avec des notables, genre dentiste, avocat, député, notaire…, parce qu'elle avait toujours eu une haute d'idée d'elle-même, et que donc, cela ne l'autorisait à fricoter qu'avec du gratin. Elle avait même essayé de draguer papa Cullen, sans succès. Ce qu'Edward savait, à l'inverse de tout le monde, c'était qu'elle fantasmait sur d'autres, y compris sur les beaux quaterbacks qu'elle faisait mine de mépriser.
D'ailleurs, elle avait recommencé sa logorrhée intérieure : Et celui-là quel accoutrement ridicule, il se croit encore sur un terrain de foot avec son t-shirts Seattle Seahawks ? Lui manque plus que les épaulettes…Et lui avec son sweat Michigan, il s'est trompé d'Etat ? Puis soudainement il y eut un blanc dans son esprit, et elle reprit sa litanie : Ah, mais oui, c'est les gamins de La Push, pas étonnant que je les connaisse pas ! À part leur petite bibliothèque tribale…ils n'ont aucune chance de gagner mon épreuve, franchement, ces pauvres gamins à moitié analphabètes…Tiens, par contre, celui-là, au fond, je l'ai déjà vu à la bibliothèque plusieurs fois. Au moins il sait lire. Oui, je me souviens, il emprunte souvent des livres. Le petit Black. Il a fait une poussée de croissance impressionnante ces derniers temps, dire qu'il y a quelques mois je pensais qu'il avait quatorze ans, il était si petit et si mince avec ses cheveux de fille, maintenant on dirait un homme…Mais quelle idée de venir en tongs ! Il se croit à la plage ?
À nouveau il y eut un blanc, et à la place de pensée, Edward eut droit à une image. Celle de Jacob vêtu uniquement d'un short de bain noir, à demi allongé sur le sable, sa peau bronzée encore plus hâlée et mouillée, la tête renversée en arrière et la bouche entrouverte dans une sorte d'extase quasi-mystique, expression que le vrai Jacob n'aurait probablement jamais, lui qui était plutôt adepte des moues renfrognées. La voix de Pétronille résonna en arrière-plan : Tout de même quel beau gamin…C'est pour ça qu'il est venu il y a quelques jours emprunter des livres de culture générale…Il participait au concours ! Mais il en faudra plus pour gagner mon petit…Enfin, si tu es trèèèès gentil avec moi on pourra peut-être négocier…
Edward s'éjecta en quatrième vitesse du crâne de la bibliothécaire, avant que ses pensées ne dérivent en mode enlevage de short de bain. ''Mais c'était quoi ça ? La transverbération du Saint Clébard, ou quoi ?'', songea le jeune vampire en frissonnant presque de dégoût, ''Brrrrr cette femme est décidément dérangée !''
Ses yeux rencontrèrent brièvement ceux dudit saint, qui était bien loin de l'extase sur une plage. Sa mimique dégoûtée s'accentua quand il vit que le vampire le fixait, et il coinça plus étroitement son bras meurtri contre sa poitrine tout en détournant sa tête bien ostensiblement. Aucune pensée ne filtra de son esprit, mais le Cullen comprit que le jeune indien avait été blessé dans son ego bien plus qu'au bras.
« La première épreuve est très simple. », retentit alors la voix nasillarde de Pétronille dans le gymnase. La vraie voix, l'extérieure, pas l'intérieure, celle que seul Edward entendait. « C'est inspiré d'un jeu français qui s'appelle Question pour un champion. » Un des lycéens de Forks murmura que c'est bon, on commençait à le savoir, qu'elle était Française. « On va vous diviser en équipe de quatre qui vont s'affronter entre elles, puis ensuite les vainqueurs de chaque équipe s'affronteront entre eux, ainsi de suite jusqu'au grand vainqueur qui remportera les dix points. Plus vous aurez été éliminé tôt, et moins vous aurez de points, bien entendu. »
Comme il y avait 31 prétendants, on fit huit équipes, la dernière comptant seulement trois adversaires (en l'occurrence, Jacob, Paul et Embry). Edward, lui, se retrouva dans le premier groupe à passer, face à trois garçons qu'il ne connaissait pas : un était en terminale comme lui, et les deux autres en 1ère. Ça allait être du gâteau, sourit-il en s'installant derrière l'un des quatre pupitres qui avaient été dressés pour l'occasion, à gauche de l'endroit réservé au jury. Les autres concurrents –dont Jacob– s'assirent par terre au bas du podium en attendant leur tour.
Pétronille prit place face aux quatre candidats.
« La règle est simple : il faut atteindre 9 points. Le dernier qui y parvient est éliminé. Les trois qualifiés auront un questionnaire au choix. Le premier pourra choisir celui qui lui plaît entre quatre propositions, le second entre les trois restantes, et le dernier aura seulement deux alternatives. Celui qui aura le moins de points sera éliminé, et la finale se fera d'une façon plus classique : le premier qui trouve la réponse gagne un nombre de points déterminés en fonction de la rapidité de la réponse, et le premier qui a 9 points remporte la partie. »
Bien évidemment, Edward n'eut aucune difficulté à arriver premier à l'issu du premier questionnaire, ne laissant aucune chance à ses adversaires de répondre avant lui. Il atteignit ainsi les neuf premiers points alors que les trois autres étaient encore tous à zéro, répondant à des questions diverses et variées sur la mécanique des fluides, l'histoire de la mode, les règles du curling…Il prit ensuite un questionnaire sur l'histoire du Pérou précolombien, et arriva sans encombre à la finale, qu'il remporta tranquillement contre l'autre gars de terminale.
Lorsqu'il descendit du podium pour laisser place au prochain groupe, Edward remarqua que son jeune rival amérindien était assis sur les marches menant à l'estrade, un peu à l'écart de ses camarades qui plaisantaient entre eux. Il avait ouvert son sac à dos noir, qui était en fait rempli de livres, et il compulsait frénétiquement l'un d'eux. Le vampire parvint à en lire le titre : 'La culture générale pour les nuls'. Il eut malgré lui un petit sourire attendri. Les pensées paniquées de Jacob étaient juste trop mignonnes dans leur genre.
Mince, mince, mince…Merde ! J'y arriverai jamais ! Je savais que c'était un truc de culture gé avec cette vieille bique, je me suis préparé, mais le niveau a l'air trop wahou…Contre Embry et l'autre con j'ai peut-être mes chances –peut-être– mais les autres ? Bon, ne pas paniquer. Euh, Descartes, alors, hum, penseur français du XVIème siècle…XVIIème ! Ah, XVIIème ! Je le savaiiiiis…Il étouffa un grondement frustré. Et ce crétin qui m'a explosé le bras ! Ça me fait tellement mal, j'ai l'impression qu'on me recolle l'os à vif avec de la colle à bois, comment je peux bien me concentrer avec ça ? Il l'a fait exprès j'en suis sûr ! Saloperie de sangsue, parce que je suis un loup-garou qui guérit vite, il croit qu'il peut s'amuser avec moi et me démantibuler comme un puzzle ? Que ça me fait rien ? Uuuuugh je le HAIS !
Au même moment, Jacob leva les yeux, pour se rendre compte que la sangsue le fixait, à l'autre bout de la salle, et qu'il avait probablement entendu tout son monologue intérieur. Oui, c'est à toi que je parle. JE TE DÉTESTE, t'entends, sale suceur de sang ? Je te jure que si je me ressoude de travers, je vais voir ton père, et il a intérêt à me soigner gratos !
Après son explosion mentale, le garçon revint à ses notes, et ses pensées ne reflétèrent plus que ce qu'il tentait d'ingurgiter au dernier moment. Edward se sentit inhabituellement coupable à son égard. Il n'avait pas voulu lui casser le bras, évidemment pas. C'était juste que cette chaleur inhabituelle sous ses doigts l'avait troublé, au point même qu'il en oublie son odeur de chien mouillé. Sans le vouloir, il avait resserré son emprise sur le biceps, comme pour mieux la ressentir, jusqu'à entendre le léger gémissement de l'os qui se brise. Le clébard avait le don de l'exaspérer au plus au haut point, surtout quand il pensait à Bella. Mais dans le fond, c'était pas un mauvais gamin. Il était même plutôt courageux. Et fantasmer, ça faisait partie des inconvénients courants des hormones qui se réveillent, et Edward était plutôt bien placé pour savoir que le garçon n'avait pas fait beaucoup plus que fantasmer. C'était normal que ça le taraude, même si dernièrement, ses pensées ne dérapaient plus du tout vers ce terrain-là.
Quand il l'avait trouvé étendu sur le sol de la forêt, ce n'était pas le rejet de Bella qui l'avait précipité dans le désespoir, mais bien des soucis qui n'auraient pas dû être les siens. Edward s'en voulut d'avoir rajouté à ça un bras cassé –et la possibilité qu'il n'en guérisse pas correctement. ''T'en fais pas, petit chiot, je vais faire en sorte que t'aies même pas besoin d'aller voir mon père pour faire examiner ta petite papatte.''
-x-
Quand on appela son groupe, Jacob monta sur scène et prit place derrière son pupitre, presque tremblant d'angoisse, sous le regard intéressé du vampire. Ça servait à rien de s'inquiéter, pourtant, il savait parfaitement que ni Embry ni Abruti-en-chef n'avaient révisé. Ho, pas parce qu'ils étaient exceptionnellement cultivés, non, plutôt parce qu'ils n'en avaient rien à carrer du concours et qu'ils faisaient ça pour s'amuser, voire pour pouvoir se moquer des autres. Enfin, dans le cas du Crétin numéro 1. Pour Embry, c'était plutôt dans l'optique de se serrer des p'tites nénettes de Forks. Occasion unique d'en côtoyer. Autant dire que Jacob, qui avait bien révisé, enfin, autant que faire se peut avec son emploi du temps de dingue, n'avait pas forcément grand-chose à craindre d'eux.
« Comme vous êtes que trois, on zappera l'étape du milieu. », commença Pétronille. « Mais comme ça vous avantage injustement, on vous enlèvera un point à votre total. »
« Hé, c'est dégueulasse m'dame ! », aboya Paul.
« Tais-toi, de toute façon c'est pas comme si t'allais être qualifié ! », gronda Jacob, agacé.
« Tu crois peut-être que c'est toi qui vas gagner, Black ? »
Jacob ne prit même pas la peine de lui répondre. Etonnamment, les questions étaient plutôt simples, et il se dit que c'était peut-être parce qu'ils n'étaient qu'au premier tour des qualifications. Que planter des candidats dès le début, c'était inutile et contreproductif.
S'il avait été dans la tête de Pétronille, il aurait su qu'elle avait effectivement prévu des questionnaires moins durs au début, et surtout pour les Quileutes, qu'elle considérait comme légèrement attardés (comme le reste de la population de Forks, au demeurant). Pourtant, quand elle leur demanda qui était le premier Président des Etats-Unis, alors qu'elle avait demandé aux autres candidats le lieu de naissance de Clovis ou le nom du chef de file du mouvement cubiste en peinture, Jacob aurait pu penser qu'il y avait baleine sous gravier. Mais Edward s'émerveilla de l'absolue naïveté du jeune amérindien qui n'y vit que du feu. Il répondit ainsi vaillamment aux questions qu'il pensait être difficiles, tout fier de lui quand il élimina Paul, puis ensuite Embry en finale, en trouvant en premier que Cancún était la station balnéaire mexicaine située dans la péninsule du Yucatan, où la plupart des étudiants américains allaient se biturer la tron…euh, se détendre lors du springbreak.
Naturellement, Edward se qualifia tranquillement en demi-finale, quand les quatre vainqueurs des quatre premières équipes durent s'affronter.
Jacob, qui était dans l'autre groupe de quatre, faillit se gaufrer en arrivant troisième à l'issue de la première sélection. Ce qui le sauva fut qu'il se retrouva avec deux autres gars de Forks qui ne le connaissaient absolument pas, et donc, lui laissèrent le choix entre deux questionnaires traitant de la biologie sous-marine de la fosse des Mariannes ou du développement de l'industrie automobile en Allemagne. L'adolescent, qui passait la moitié de son temps enfoui sous le capot d'une Volkswagen pour la retaper (avant l'hospitalisation de son père en tous cas), en connaissait un rayon dans le deuxième thème (1), et parvint in extremis à accrocher sa place en finale, contre un mec de terminale S de Forks.
Et l'avantage des gens en section S, c'est qu'ils se croient toujours plus forts que tout le monde. Il regarda le jeune Quileute de haut (et ça il fallait le faire, car Jacob mesurait pas loin d'un mètre quatre-vingt-quinze tout de même), pensant, comme tous ses congénères, que les gens de La Push étaient des abrutis congénitaux. Et alors qu'ils étaient à égalité 5-5, Pétronille commença à débiter d'une voix monocorde la dernière question dont l'indice était ''Penseur'' :
« Je suis né en Touraine en France en 1596, ma mère, fille du maire de Nantes, décède alors que je n'ai qu'un an. Je fais mes études au collège royal de La Flèche dans la Sarthe, où se développent déjà mes dons exceptionnellement précoces notamment en mathématique et en logique… »
Et à la stupéfaction générale, Jacob appuya sur le buzzer avec une telle force qu'il le ratatina et hurla :
« Descartes ! René Descartes ! »
Cependant, en écrabouillant son buzzer (qui était en fait une sorte de coussin péteur), il n'échappa pas à la vigilance d'Edward que Jacob grimaça fugacement de douleur, et ramena son bras contre lui. Le Cullen fronça les sourcils : normalement il ne devrait plus avoir mal ! Il fallait vraiment qu'il y jette un œil avant que le garçon reparte chez lui à La Push, hors d'atteinte…
Pendant ce temps, la salle entière écarquilla les yeux de stupeur, attendant le verdict de la maîtresse de cérémonie, et un tumulte de questions virevolta dans l'air, à en coller une migraine à un vampire télépathe. Ça peut pas être ça quand même ? Depuis quand les Quileutes savent ce genre de trucs ? Comment il aurait trouvé, Pétronille vient tout juste de commencer la question ? Euh c'est qui, Descartes ? Edward, légèrement surpris, regarda à la dérobée Pétronille. Elle remettait ses lunettes carrées sur son nez crochu pour dissimuler son étonnement. Parce que ce gamin a priori totalement inculte avait la bonne réponse !
« C'est la bonne réponse. », annonça-t-elle après que le tumulte se fut calmé. « 4 points pour Mr Black. Ce qui fait 9 points… » Il y eut un bref silence, et un rugissement de joie retentit des gradins où étaient perchés les lycéens de La Push, couvrant le début de la phrase de la bibliothécaire. « …victoire est donc remportée par Mr Black. »
Ce dernier recula légèrement derrière le pupitre, comme s'il ne croyait pas lui-même à son exploit. Il était qualifié pour la finale ! Contre la sangsue honnie qui plus est ! Encore sonné, incrédule, il se laissa tomber au bas de l'estrade, comme un boxeur K.O., alors que le maire avait repris le micro :
« Nous allons faire une petite pause d'une demi-heure avant la grande finale disputée entre messieurs Cullen et Black ! Soyez de retour à 17 heures ! »
-x-
Un peu ahuri, Jacob s'était rendu aux toilettes, après avoir réussi à se débarrasser de tous les gens de sa tribu qui voulaient le porter en triomphe. Comme s'il avait déjà gagné. Il réussit à s'extirper de leurs pattes pour se réfugier non pas aux toilettes du gymnase (il y avait déjà trop de monde) mais ceux au fond du couloir, près des casiers, totalement déserts, pour échapper au tumulte et se reposer un peu. Il savait qu'il allait immanquablement décevoir les Quileutes, car au fond de lui, il sentait que s'il avait gagné jusque-là, c'était un concours de circonstances favorables, et que face au vampire centenaire et lecteur de pensées, il n'avait aucune chance. En plus, en aplatissant son buzzer dans le feu de l'action, sa douleur au bras s'était réveillée, se propageant jusqu'en haut du membre, encore plus intense qu'auparavant, manquant lui arracher un cri.
À la lumière des néons blafards, il se tâta le bras, mais l'ecchymose que le vampire lui avait faite semblait se résorber lentement au niveau de son biceps, et l'os en dessous ne semblait pas s'être ressoudé de travers. Pourtant, la douleur irradiait jusqu'à sa clavicule, et le paralysait presque de souffrance. Il s'appuya au lavabo de son bras valide, laissa son front retomber contre le miroir en face de lui, ferma les yeux et soupira.
« Et maintenant je fais quoi ? »
Il sentit un bref courant d'air dans son dos, mais avant qu'il n'ait le temps de réagir une présence glacée appuya contre son dos, le bloquant de fait contre le lavabo et prévenant toute fuite.
« Maintenant, tu te laisses faire, et tu me laisses t'examiner bien sagement. »
Un grondement sourd monta de sa gorge sans qu'il ne puisse s'en empêcher. La sangsue ! Lâche-moi, si tu crois que je…
« Je crois bien que tu n'as pas le choix. »
La main glaciale remonta sur son bras blessé, et Jacob ne put s'empêcher de gronder encore, mais ça ressemblait plus à un cri de détresse de petit animal blessé, nota le vampire. Ses doigts pressaient légèrement les muscles froissés, se délectant de la chaleur qui émanait de la peau couleur bronze. Il ne sentit rien qui sortait de l'ordinaire, l'os semblait parfaitement remis en place, et l'hématome commençait à s'atténuer. Pourtant, il entendait dans la tête de Jacob que la douleur lui vrillait les tempes, paralysant à demi sa capacité de réflexion.
« Tourne-toi. », fit Edward après quelques instants d'hésitation. Cette douleur persistante n'était pas normale, il devait y avoir autre chose.
« Non. », grogna le garçon, s'accrochant au lavabo de sa main valide.
« Ne m'oblige pas à le faire, clébard. »
« Me touche pas. »
« Si tu coopères, ça ira vite. Sinon, ça risque de durer plus longtemps, et crois-moi, tu ne vas pas aimer ça. »
Ce disant, Edward attrapa soudainement le garçon par la taille et le pivota d'autorité. Bien que légèrement plus petit, le vampire savait qu'il était physiquement plus fort et plus confiant en ses capacités que le jeune loup, c'est pourquoi il se permettait de le traiter comme un gamin, ce que Jacob n'appréciait pas à en juger par les torrents d'insultes qui se déversaient dans sa tête. Le vampire le regarda avec sévérité, puis sans répondre, souleva la manche du t-shirt. Il poussa un grommellement de frustration.
« Je ne vois rien. C'est sûrement plus haut. »
« Quoi ? », ronchonna le jeune Quileute,
« Le traumatisme. Ce qui fait que tu as mal, en ce moment. Ça ne vient pas de l'humérus, il a l'air bien ressoudé. Il faut que je voie ton épaule et ta clavicule. Enlève ton t-shirt. », fit Edward du ton le plus professionnel qu'il put prendre.
Jamais ! gronda la voix intérieure de l'adolescent, qui tentait de se soustraire à la poigne de fer en gigotant vainement, ce qui n'eut que pour conséquence d'accroître sa douleur.
« Arrête de faire l'enfant, cabot. Enlève ton t-shirt pour que je t'examine, et pas de fausse pudeur, ce n'est pas comme si tu ne te promenais jamais à poil dans les bois. »
Edward crut l'espace d'un instant que le garçon allait se mettre à chouiner comme un mioche à qui on refuse une sucette, mais Jacob fit pire. Tout en essayant toujours obstinément de se débarrasser du vampire qui lui bloquait toute possibilité de retraite, il se mit presque à hurler, se tortillant de plus belle :
« Lâche-moi ! Me touche pas ! Pourquoi tu veux m'examiner ? C'est toi qui m'as fait ça ! Lâche-moi ! Si tu me lâches pas, j'irai voir les jurés du concours, je dirai que t'as voulu me blesser juste avant la finale, et que… »
Le rouquin ne le laissa pas finir, et lui colla sa main devant la bouche, interrompant la litanie.
« Je vais t'examiner, parce que j'ai fait deux doctorats de médecine à Oxford et à Harvard, et que Bella me fait la tête depuis que je t'ai blessé tout à l'heure. Alors je vais réparer mon erreur, et n'aie pas la prétention de croire que c'est pour te mettre hors course pour la finale, parce que je compte bien la gagner contre toi dans une forme olympique, sac à puces. » Il décolla sa main des lèvres bouillantes, désormais closes. « Et maintenant, ça suffit, enlève ton t-shirt. »
Jacob ne répondit pas, pas plus en parole qu'en pensée, mais les yeux noisette fixèrent obstinément le sol. Edward gronda d'exaspération :
« Si tu ne l'enlèves pas dans la seconde, je te jure que tu iras en finale sans, et tu te débrouilleras pour trouver les 70$ pour payer l'amende. »
La menace sembla fonctionner, puisqu'enfin, les mains du Quileute trouvèrent le bord du t-shirt et commencèrent à le soulever. Mais bien vite, son bras droit sembla se coincer, et il grimaça de douleur, incapable d'aller plus loin. Edward remplaça sa main invalide, et leva le tissu précautionneusement, en faisant tout d'abord passer le bras gauche et la tête, puis tout doucement, le bras blessé.
« C'est étrange. », commenta le vampire. « On dirait que tu as plutôt mal à l'épaule… »
Il posa le vêtement sur le lavabo, et se tourna vers son rival. Jacob avait repris sa moue d'enfant capricieux, et ses yeux fixaient avec entêtement ses tongs, les joues légèrement empourprées. Edward se surprit à le trouver délicieux. Il l'avait pourtant déjà vu un nombre de fois impressionnant à demi nu comme ça, mais jamais de si près. Jamais il n'avait eu l'occasion de toucher la douce tiédeur qui provenait de lui. Il se força à demeurer professionnel lorsqu'il posa sa main sur l'épaule qui visiblement faisait souffrir son 'patient', et à ne pas s'appesantir sur le frisson qui parcourut la peau couleur caramel quand elle rentra en contact avec la glace de ses doigts.
« Ah je vois. », dit finalement le Cullen. « L'épaule s'est déboîtée au moment où j'ai fait la clé de bras. »
Il n'avait pas pu voir ça par-dessus le t-shirt, mais à présent, il constatait bien l'angle étrange que formaient l'épaule et la clavicule du loup. Quand il appuya doucement sur l'endroit pour essayer de déterminer à quel endroit l'os était déboîté, Jacob émit une sorte de gémissement étouffé. C'était déjà étrange qu'il ait pu passer les premières sélections et se concentrer suffisamment sur les questions de Pétronille sans s'effondrer ou hurler de douleur. Quand il eut localisé l'endroit problématique, Edward croisa le regard effrayé de l'indien. Il ne parlait pas, mais ses pensées le faisaient pour lui, et elles étaient absolument terrorisées. Il va me faire mal, et je peux rien faire avec ce foutu bras, je peux même pas me transformer ici, mais est ce que je peux m'enfuir si tout d'un coup j'essaye de…Merde, il m'entend là… ? Les yeux d'Edward le toisèrent avec sévérité, et l'adolescent sembla se tasser de vingt bons centimètres, lorsque la poigne du vampire saisit son bras valide, coupant tout espoir de fuite dans un sens comme dans l'autre.
« Je t'ai déjà dit, clébard, que je ne voulais pas te mettre hors course pour la finale. Je n'ai pas besoin de ça pour la gagner. Et puis comme on dit, ''à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire''. Alors tu vas arrêter de gigoter dans tous les sens, maintenant, et me laisser faire, parce que crois-moi, si je fais un faux mouvement, tu finiras à l'hôpital. Ou plutôt, chez moi, sur la table d'opération de mon père. »
Edward se sentit un peu mal de lui parler sur ce ton. Il savait que le garçon n'avait aucune confiance en lui, et que son incapacité à se transformer le paniquait, qu'il se sentait pris au piège, comme une souris qui croit choper un bout de fromage et qui se retrouve en face du gros chat sadique à la place.
Le vampire se remémora rapidement ce qu'il avait appris à Harvard en matière de soins aux luxations. Normalement, on ne devait remettre l'os en place qu'à chaud, immédiatement après qu'il se fut déboîté. Dans le cas contraire, il faudrait l'amener à l'hôpital. Or, la finale était à présent dans quinze minutes, et il ne pouvait amener Jacob dans un hôpital traditionnel, sinon il devrait leur expliquer pourquoi ce patient avait une température de 42°C et n'était pas mort. Et surtout, cela supposait d'annuler la finale, et ça, Edward savait que son ennemi préférerait être amputé d'un bras que la manquer.
« Jacob. », dit-il plus doucement pour ne pas le brusquer.
Le Quileute releva la tête, légèrement interloqué. Il m'a appelé par mon prénom ? Je rêve ? Le vampire ne lui laissa pas le temps de reprendre ses esprits :
« Je vais essayer de remettre ton épaule en place. J'espère que ton métabolisme pourra le supporter, normalement c'est une intervention qu'on doit faire dès la luxation sans attendre, sinon il faut aller à l'hôpital, mais comme tu es un peu…spécial, j'ai bon espoir que ton épaule le supporte. »
« Et si ça marche pas ? », demanda le jeune homme d'une voix blanche.
« J'appellerai mon père et il t'opèrera dès que possible. »
Il sentit que Jacob avait une réaction de recul, se rencognant contre le lavabo. Le brusquer serait une mauvaise idée, le braquerait davantage. Aussi Edward se décida pour la méthode douce.
« Il n'y a pas de raison pour que je n'y arrive pas. J'étais premier de la promo à Oxford. Respire fort et laisse-moi faire. »
Ce disant, au lieu d'enserrer de sa poigne l'avant-bras valide, il commença à le cajoler délicatement, sachant pertinemment que personne ne pouvait résister au charme vampirique, même pas les loups-garous mal lunés. Effectivement, les yeux noisette de Jacob se fermèrent à demi, et il ne moufta pas quand l'autre main du vampire commença à masser lentement son bras endolori pour en détendre les muscles, même si la douleur était encore vive. Il ne réagit pas plus lorsqu'il sentit le vampire prendre son bras et le tirer vers lui précautionneusement, puis quelque chose se caler contre ses côtes pour prendre appui au moment où l'os récalcitrant serait remis en place. Jacob sentait confusément tout ça, mais c'était comme si la douleur l'engourdissait. La caresse sur son autre bras remonta sur son épaule, puis sur sa joue, et le paralysait progressivement. Mais soudainement, la main réconfortante quitta la joue pour agripper l'épaule, et une douleur fulgurante foudroya le Quileute.
Edward relâcha le garçon. Le craquement qu'avait fait son épaule en se remettant en place avait été atroce, et le hurlement qu'il avait poussé l'avait été davantage. Il retint juste à temps le corps de Jacob qui manqua de s'effondrer à terre, perclus de souffrance, et le tint quelques instants contre lui, appréciant la chaleur intense dans ses bras. Le loup suffoquait, étouffait, laissa même échapper quelques gémissements douloureux, et à nouveau, Edward ressentit cet étrange besoin de le protéger, comme la fois où il l'avait trouvé sanglotant dans la forêt. Ce n'était pas normal. Il n'aurait pas dû éprouver ça, et il ne devrait pas ressentir le besoin de le tenir contre lui et de le consoler, de se faire pardonner de lui avoir fait du mal. Il faisait ça pour Bella. Pas au nom d'une pitié mal placée.
« Clébard, relève-toi, ce n'était qu'un tout petit os. », fit-il le plus froidement qu'il put.
Il ne reçut pour toute réponse qu'un grognement, et une des mains de Jacob s'accrocha au lavabo, dans une tentative de se redresser. Il avait juste oublié qu'il s'agissait de son bras qu'Edward venait juste de maltraiter, et poussa un couinement, qui tenait plus d'une Sophie la girafe écrasée qu'au hurlement du fier loup Alpha dans la forêt les nuits de pleine lune. Edward étouffa un rire, et l'aida à se redresser, conscient de l'humiliation que ressentait le jeune homme à cet instant.
« Ça fait mal bordel ! », gronda ce dernier, fou de rage.
Le vampire l'ignora, et palpa minutieusement l'épaule précédemment démise, ignorant les grondements sourds en provenance de son patient, lui fit faire quelques mouvements, qui provoquèrent encore quelques grincements, puis il se redressa.
« C'est bon, petit toutou, ça devrait un peu faire mal encore quelque temps, mais ça ira, ton métabolisme semble avoir absorbé le choc, et l'os s'est remis en place. »
Il relâcha sa prise sur le bras chaud, et recula de deux pas. Jacob ne bougea pas d'un iota, pas même quand Edward lui tendit son t-shirt.
« Allez, remets ton t-shirt, c'est fini, maintenant. » Le vampire zyeuta curieusement son interlocuteur. Les hautes pommettes de l'adolescent étaient rouges, et ses yeux sombres brillaient de colère. « Tu ne vas pas te transformer dans les toilettes, j'espère ? Ils seraient forcés d'appeler la fourrière, et moi je devrais expliquer que tu t'es dégonflé et que tu t'es enfui plutôt que de m'affronter… »
Il n'en fallut guère plus pour que Jacob lui arrache le vêtement des mains et l'enfile. Edward se surprit à regretter de ne plus voir la musculature du gamin et sa peau naturellement bronzée (même en hiver). Ce dernier passa devant lui en lui balançant un regard torve qui ne voulait sûrement pas dire : ''Merci gentil vampire de m'avoir réparé, pour te remercier je t'apporterai des muffins parfum O négatif''. Ce que les loups-garous sont ingrats !
-x-X-x-
NOTES :
(1) Par contre, il y connaissait rien en biologie sous-marine de la fosse des Mariannes. Mais Edward si, il avait fait un Master en océanographie à Yale il y a une vingtaine d'années. Quel vampire, quoi.
LE SONDAGE DE RITSUKO !
Que pensez-vous de cette première épreuve pour les garçons ?
A/ Très bien cette idée de commencer par une épreuve intello.
B/ C'est pas très fun, qu'est ce que vous foutez les meufs ?
C/ ON S'EN FOUT DE QUESTION POUR UN CHAMPION ! ON VEUT DU CUL !
