Disclaimer : Tous les personnages appartiennent aux studios Square Enix et Disney. Quant à l'idée originale dont est lui-même inspiré le film d'animation, elle appartient à Mark Twain pour son roman "le Prince et le Pauvre" sur lequel je n'ai (bien évidement) aucun droit.
Note : Hey. Après une longue absence, voici le chapitre 4 ! A la base il devait être beaucoup moins long mais comme il s'agit du pilier central de l'histoire, je n'ai pas pu me résoudre à le couper. Merci encore chaleureusement à Guest, Ima Nonyme et Leptiloir pour leurs mots gentils, qui ont été mon carburant pour me remotiver à écrire sur cette histoire. En plus, j'ai réussi à placer le mot kumquat, et Pluto fait une apparition en spécial guest.
Merci à Wa pour sa bêta lecture ! Ya.
Quelques munnies pour mon Royaume
Radiant, recouverte de verglas, figée dans le temps sous son vaste manteau de givre, avait quelque chose de magique que Ventus ne pouvait pas décrire. Les pavés, glissants, craquaient paisiblement sous ses pas, l'aurore violine jetait dans le ciel les derniers restes de ses lambeaux d'étoiles. Il se sentait comme un enfant redécouvrant son propre univers, l'autre face de la lune, un nouveau monde foisonnant de surprises. Les habitants s'éveillaient lentement de leur torpeur, passaient de vifs coups de balais devant leurs portes, attelaient leurs chevaux. On ne se souciait pas de lui, on ne le regardait pas. Le fond de l'air était brutal comme une beigne en pleine face et il grelotta de satisfaction en frictionnant ses mains, ignorant la buée dense qui s'échappait de ses lèvres à chaque inspiration.
Le jeune prince avait suivi le chemin au hasard depuis qu'il avait quitté ses deux compères au départ de l'auberge, flânant çà et là devant les maisons, luttant contre le froid mordant qui s'infiltrait jusque dans la moindre fibre de ses vêtements. Son corps lui semblait malgré tout plus léger, son esprit libéré des contraintes. Il se surprit à se perdre plus d'une fois au détour d'un coin de rue, marchant le nez en l'air pour observer les bâtiments, se retournant sur les traces d'un convoi paysan à l'odeur de purin, s'arrêtant devant l'étalage d'une boutique de casseroles, émerveillé de tout.
Au bout de plusieurs heures, il finit tout de même par se rendre compte qu'il avait faim. Son estomac criait sa pitance dans une complainte nouvelle et il grimaça en palpant les poches trouées de son pantalon. Évidemment, il n'avait rien. Il marmonna quelques secondes pour lui-même, se disant qu'il aurait dû insister auprès de Roxas pour récupérer ses munnies avant de se diriger vers le lieu que le blondin lui avait indiqué en cas de petits problèmes. D'après le voleur, il s'agissait d'un minuscule marché noir où l'on pouvait échanger n'importe quel service contre de la nourriture, à défaut d'avoir de quoi payer.
Un vague malaise le prit lorsqu'il pénétra dans une allée grise aux caniveaux sordides, sombres et bouchés, d'où s'échappait un parfum plus que nauséabond. Il s'agissait sans nul doute d'un des quartiers les plus pauvres de la cité tant les façades étaient penchées, les murs râpeux et les pierres mousseuses dévorées par la pluie.
Alors qu'il essayait de se faufiler le plus rapidement possible dans le dédale glacé des rues, Ventus retint un glapissement angoissé. Une voix d'homme, menaçante, venait de surgir dans son dos.
"— Eh, toi, là-bas !
Les boyaux noués, Ventus hésita longuement. Se retourner, fuir ? On ne pouvait pas l'avoir reconnu comme ça, si ? A moins que… non. Son cœur s'affola dans sa poitrine tandis qu'il amorçait un demi-tour calculé, les poings serrés autour de son manteau. Son souffle se bloqua dans sa gorge. Sa salive se pétrifia sous sa langue. Il n'avait pas réalisé, jusqu'à présent, à quel point sa fuite l'avait rendu vulnérable hors des murs du château.
— Sors de là ! hurla l'homme. Vous n'avez plus aucun droit d'habiter ces lieux, vauriens ! Dehors, dehors !
D'abord incrédule, Ventus se retrouva tout à coup le témoin d'une scène qu'il n'aurait jamais osé imaginer un jour et, alors qu'il soupirait un coupable soulagement en s'apercevant qu'on ne s'adressait pas à lui, son cœur se stoppa net.
Un soldat, juché sur son cheval, traînait en face de lui une femme par les cheveux, son corps famélique se tordant dans la poussière, ses pieds raclant le sol pour rétrécir la distance qui la séparait de sa maison. Elle pleurait à grands cris, les bras tendus vers un vieillard qui serrait contre lui deux enfants en bas âge, pâles, les yeux cernés comme s'ils n'avaient jamais vraiment dormi, le regard las sans avoir rien vécu. Ils ne disaient rien, regardaient juste, vides, résignés, leur mère se faire rouer de coups. Ecrasée par les sabots du cheval, giflée par l'homme descendu de sa monture lorsqu'elle osait opposer la moindre résistance, elle finit par se taire dans un râle douloureux.
— Pas d'argent, pas de foyer, éructa le bonhomme. Revenez, toi et ta marmaille, quand tu auras de quoi payer !"
Quand la pauvresse jetée à terre se redressa finalement pour cracher le sang qui lui souillait la bouche, le soldat appuya sournoisement le talon de sa botte dans son dos pour lui enfoncer le visage dans le sol, fier de sa démonstration de force. Encore insatisfaits du dénouement de la discussion, ses traits avaient quelque chose de symptomatique d'une cruauté maussade, un jeu d'habitude forcé par la solitude de l'ennui. Ventus, témoin impuissant de la scène, se sentit profondément troublé. Un mélange de consternation et de peur qui remonta violemment de sa gorge à son nez, brouillant sa vue de minuscule éclats rouges.
A quoi venait-il d'assister, exactement ? Ça n'était pas un rêve, si ? C'était ça, son armée ?
"— Maintenant madame, si vous permettez.
Un ricanement dans les dents, l'homme termina son méfait en palpant allégrement le corps de la femme, extirpant finalement quelques pièces rouillées des méandres de son décolleté.
C'en était était trop pour Ventus. Il voulut vomir, mais la brûlure du choc l'en empêcha. Il était abasourdi. Ça n'était qu'un début mais c'était déjà trop, ça lui écarquillait les yeux cruellement, ça faisait remonter un jet de bile acide entre ses lèvres sèches. Il y avait des enfants, des enfants qui regardaient leur mère se faire dépouiller. Il ne pouvait déjà plus voir les mains rêches s'essuyer sur le tissu de la robe, remonter le jupon, exhiber la cuisse fatiguée entre deux sanglots muets, dénués de résistance.
Il ne pouvait plus, il n'avait jamais pû alors naturellement, il avança. Oublié cet air vulnérable, au Diable cette prudence qui le paralysait sur place. Il ne s'était pas senti bouger que ses jambes se plantaient devant le cheval, ses mains agrippant le poignet de la femme pour la tirer en arrière.
C'était peut-être un héroïsme de conte, mais il fit de son mieux pour ne pas trembler, faire barrière de son corps, chasser la peur qui brillait dans ses yeux. S'il n'était pas juste au moins devait-il avoir le courage, s'il n'avait pas les réponses aux questions au moins devait-il prendre les bonnes décisions. Il pensa à Roxas qui avait sans doute vécu ce genre de situations mille fois sans ciller. Cette violence-là ne devait plus être dans sa ville.
Tant qu'il serait vivant, il se jura de chasser ce cauchemar.
— Je vous ordonne de lâcher ma mère, s'entendit-il hurler à l'intention du soldat.
Une fois la surprise passée, celui-ci recula d'un pas pour le juger de haut en bas.
— Et qui t'es qui toi, pour me donner des ordres ? L'aîné tête brûlé ?
Il eut un rire glaçant, caricatural, qui fit serrer les poings au jeune prince, avant de tâter l'épée émoussée qui pendait à son flanc.
— Écarte toi ou j't'arrache les entrailles. La catin ne déclare rien, elle a pas payé depuis des lustres. Trois enfants, ça en fait des bouches à nourrir, une sacrée charge pour l'État ! Tu vois dans quel bourbi tu la mets, hum ? J't'avais pas vu, elle aurait payé moins et puis j'vous aurait gracié, toi et les gosses. Vite fait bien fait, et on en reparlait plus."
Le prince se mordit la langue. Quel imbécile. C'était sorti tout seul, il n'avait pas réellement voulu mentir. Ils échangèrent un regard dur, méfiant.
A l'évidence, tous deux avaient pleinement conscience du mensonge de l'autre.
"— Vous n'êtes pas digne d'un soldat de la Garde Royale, asséna t-il froidement. Croyez-moi, le prince aura vent de cette mésaventure.
Et, négligeant volontairement diplomatie, candeur et manières, il cracha sur les bottes du garde. Un ange passa durant laquelle la femme, sentant qu'il en allait de sa vie et de celle de sa famille, en profita pour fuir. Le blond ne vit venir que trop tard le coup violent qui, dans la minute qui suivit la débâcle, le cloua au sol. Son adversaire, franchissant la faible distance qui les séparait, venait de lui coller une mandale dont il se souviendrait sans doute jusqu'à son dernier jour.
— Le prince ne pourra plus rien faire pour toi quand il sera assassiné, crapule."
La douleur irradiait affreusement de l'os de sa pommette jusqu'en bas de sa mâchoire et le jeune prince ferma les yeux en apercevant l'ombre grise du soldat juste au-dessus de lui. L'autre semblait savourer d'avance ce qui allait suivre.
"— Hé Pete, vieux camarade, lança soudain une voix sortie de nulle part, juste au moment où Ventus se recroquevillait pour encaisser une seconde frappe. Encore en train de rosser des mioches aux aurores pour éviter de croiser l'amant d'ta femme ?
Un aboiement menaçant fit sursauter le soldat qui, non content de fusiller du regard l'immense apparition nonchalamment appuyée dans l'ombre de la ruelle, se décomposa en réalisant à qui il avait affaire.
— Axel.
Le nouveau venu sourit sauvagement, l'air de mesurer soigneusement son petit effet puis, estimant que la mise en scène avait assez durée, vient se placer à côté de Ventus. De là où il était le blond ne put voir qu'une étrange chevelure vermeille aussi mouvante que la flamme d'une torche, bientôt suivie par le museau d'un chien dont la langue baveuse obstrua presque l'intégralité de son champ de vision.
— Ça baigne ? ricana le grand roux.
— Tu me gênes, grogna le garde, visiblement mal à l'aise. Retourne faire marcher ta petite affaire et oublies ça, tu veux ?
— C'est vrai que tu es discret comme une cloche au jour des noces.
Le dénommé Axel souffla un petit rire à l'écoute de sa propre blague, coulant un regard entendu en direction son interlocuteur. Une de ses longues mains vint flatter généreusement l'encolure de son sac à puces tandis que l'autre tâtonnait mollement au fond des coutures de sa veste. Il observa ensuite alternativement le soldat et la bête, comme s'il attendait que Ventus ne se remette de sa mésaventure.
— Pluto semble avoir très faim ces derniers temps, se lamenta-il enfin en haussant les épaules, extirpant triomphalement de sa poche un tissu de cuir qu'il fit renifler à l'animal. Il ne serait pas contre un peu de chair fraîche. Pas vrai mon chien ?"
Un aboiement enjoué de Pluto suffit à jeter le doute dans l'esprit du garde, qui se rapprocha subrepticement de sa monture. Axel lui décocha un sourire radieux. Il aimait à se renseigner sur les peurs inavouables de ses victimes.
"— Combien pour mon silence ?
— Des clous, ouais ! Personne n'a rien vu, et toi non plus !
Le rouquin fit mine de contempler ses ongles.
— Je suis sûr que ta femme sera enchantée de connaître le nom de ta maîtresse."
En se levant Ventus vit le visage du soldat passer successivement du blanc au rouge et, avant même d'être certain de ce qu'il observait, put affirmer sans trop d'incertitudes que son mystérieux sauveur était en train de gagner la bataille.
Face à l'air défait du garde, Axel soupira.
"— Quatre-vingts munnies. Pour toi, et parce que je suis un grand seigneur.
Après un instant où chacun défia l'autre sans bouger d'un pouce, l'homme finit par capituler piteusement et, fort à regret, lui envoya sa bourse. Le rouquin la réceptionna avec une petite pirouette, adressant un clin d'œil minuscule à Ventus.
— Cent, et tu déguerpis pour la semaine. Et emporte le mioche !
Axel, faisant disparaitre l'argent dans sa longue veste brune, approuva le marché d'un hochement de tête.
— Mon cher compère, ce fut un plaisir de faire affaire avec toi."
Sur quoi le soldat, enfourchant sa monture en maugréant, disparut dans les miasmes et la poix, laissant à Axel dignité et butin.
A peine l'homme eut-il disparu que le roux, retrouvant un visage étonnement sérieux, s'approcha du jeune prince. En bon chien de garde Pluto quitta rapidement son masque agressif pour venir se frotter tout contre ses jambes, le reconnaissant comme un ami de son maître. On entendait plus autour d'eux que les murmures de la rue en sourdine, brumeuse et paisible. Encore sous le choc des événements précédents, Ventus ne réagit même pas quand l'autre se courba à sa hauteur, une main amicale posée sur son épaule.
"— Bah alors Roxas ? s'enquit-il doucement. Qu'est-ce qui s'est passé ?
Ventus tiqua. De toutes les fois où il avait rêvé cette première journée à l'extérieur, rien n'aurait pu être pire. Il secoua la tête, perdu. Le rouquin devant lui paraissait attendre attentivement sa réponse, caressant affectueusement sa joue du revers de la main. Il se sentait comme un petit enfant pris en faute alors que l'autre ne le connaissait même pas.
— Je...
Le froid, la faim, cette femme, le regard de ces enfants, le soldat… Ventus était tellement plongé dans ses pensées, à essayer de démêler ce qui se passait dans sa tête, dans son royaume et dans sa vie, qu'il mit bien une seconde à réaliser que la bouche d'Axel venait de se poser sur la sienne. C'était chaud, humide et absolument importun.
La gifle partit sans même qu'il n'ait eut le temps d'y réfléchir. le coup sec fit subitement siffler l'air aux oreilles du rouquin. Les yeux écarquillés, celui-ci se recula avec sur le visage l'expression de quelqu'un qui n'y comprend plus rien, les lèvres humides et l'air foncièrement blessé, agrippant le col de Pluto pour éviter de basculer violement en arrière.
─ Qu'est-ce qu-"
Un long silence s'étira entre eux. Long, tellement long que si le vent d'hiver ne les avait pas rappelé à leurs carcasses humaines ils se seraient transformés en poussière. Ventus, qui avait approximativement retrouvé ses esprits, finit par se rapprocher pour s'excuser. Se confondant par la suite en remerciements, il attendait anxieusement une réponse de la part d'Axel lorsque celui-ci éclata brutalement de rire, la tête rejetée en arrière.
Le cou ainsi dévoilé il paraissait plus décharné qu'il ne l'était déjà, la bouche rouge sang, sa longue silhouette arquée comme pour défier le ciel de créer quelque chose de plus maigre. Revêche. Flamboyant.
Le prince venait de frapper un homme, de surcroit celui qui lui avait généreusement sauvé la vie en plus de lui avoir volé son premier baiser, et on lui riait au nez. Soit il avait raté un épisode, soit l'univers entier avait décidé de se payer sa tête le premier jour où il avait décidé d'être libre. Il hésitait entre s'enfuir pour sauver ce qui lui restait d'honneur ou rester et trouver une excuse pour justifier ce suspicieux écart de comportement. Il était loin de se douter que Roxas et ce type-là entretenaient ce genre de relation, mais le blond devait sûrement le connaitre, pas vrai ? C'était probablement pour ça qu'il l'avait envoyé trouver de l'aide dans cette partie de la ville.
Une pointe de jalousie, quelque peu irrationnelle à vue de l'incongruité de la situation, naquit soudain entre ses côtes. Visiblement Axel semblait connaitre Roxas bien plus qu'il ne le connaissait lui-même.
Face au désarroi manifeste de son vis à vis, l'homme reprit douloureusement son souffle et le chien jaune, tout contentant de la farce de son maître, aboya.
"─ Axel, enchanté, fit-il. Tu es ?
Ventus ouvrit des yeux ronds. Son esprit carburait à la vitesse maximale quand il bafouilla, déjà à demi noyé dans son mensonge :
─ Ro- Roxas. Je suis Roxas. Axel, je… ça fait des lustres. Tu vas bien ?
Le roux secoua paresseusement la tête, peu apte à gober un truc aussi énorme. Il sourit, et Ventus sentit un frisson désagréable courir sur sa peau. Son regard vert donnait l'impression de pouvoir lire jusqu'au fond des âmes.
─ N'est pas né celui qui réussira à me la faire à l'envers, encore moins pour me faire avaler ce genre de couleuvres. Roxas ne m'aurait même pas laissé le toucher. Accouche ou je t'éviscère, vu ?"
Le blond ouvrit la bouche. La referma. Après un instant de réflexion, à considérer s'il était bien sensé de faire confiance a un type qui avait menacé de lui crever les boyaux, il abdiqua. Il était démasqué et n'avait pas d'autres solutions, autant de ne pas tenter le Diable. Et puis quelque chose lui disait qu'il valait mieux prendre l'énergumène rouge au sérieux.
Précautionneusement, il lui tendit la main.
"─ Ventus. Si tu m'escorte jusqu'à l'auberge, je pourrais t'offrir ton poids et celui de ton chien en munnies. Vingt-quatre carats.
─ Et un nouveau manteau.
─ Vendu."
Paumes contres paumes, ils scellèrent leur accord.
.
Quand Roxas ouvrit les yeux, il fut surpris de se rendre compte qu'il n'avait pas rêvé. Une lumière froide, gracile, tremblait à travers les rideaux précieux jusqu'à enlacer les ombres du parquet, éclairant à demi sa figure. Ici même le soleil, blanc de neige, semblait plus beau. Il jugea qu'il devait être près de huit heures du matin en posant pied à terre, plissa les yeux devant le silence inhabituel qui flottait dans la chambre. Pas de bruits de charrettes, pas de vente à la criée, pas même le chant matinal des soldats ivres morts. Un vide presque oppressant étreignait l'endroit de ses bras invisibles.
A ses côtés, Xion avait disparu.
L'échange, le palais, Ventus. Une nuit avait passée depuis qu'ils avaient quitté le jeune prince et Roxas ne put s'empêcher de se sentir coupable, en dépit des mots rassurants de sa comparse. Il avait pris un bain aux huiles étranges, avalé un dîner somptueux et pour le moment rien n'était venu entacher son idée première. La vie princière était exagérément douce, tellement plaisante qu'il avait encore du mal à croire que les choses puissent être si faciles. Malgré tout résidait en lui cette boule de remords, un filet de sueur moite le long de sa chemise légère tandis qu'il se levait, parcourant la pièce d'un pas vif et nerveux. Il ne pourrait pas rester prince pour toujours. Xion avait raison, il devait donner cette fichue lettre à Aqua ou la culpabilité, si nouvelle qu'elle était pour lui, bousillerait son séjour. Tout ça n'était qu'une vaste blague, après tout. Un simple jeu. Ventus n'était pas Axel, il n'oserait jamais les vendre.
Il devait lui faire confiance, et il espérait que c'était réciproque.
Prenant une grande inspiration, le blond extirpa le billet de dessous l'oreiller, s'approchant pour récupérer ses affaires de la veille. Il fut surpris de constater qu'on les avait fait laver, fronça le nez devant les flanelles et le taffetas qui composaient son tout nouveau costume. Il mit bien une dizaine de minutes avant de trouver comment enfiler l'habit princier, craignant de déchirer une doublure, de perdre un bouton d'or, pestant contre les bas et la ceinture.
Il en était à chercher une alternative pour se coiffer dans le reflet de la fenêtre lorsque la porte s'ouvrit brusquement derrière lui, le faisant sursauter.
"— Bonjour Votre Altesse ! T'as dormi sur tes deux oreilles ? Aqua t'as laissé roupiller pour se faire pardonner, c'est vraiment une chic fille, j'ai parlé avec elle. Tu viens grailler ?
Roxas, qui s'était raidit d'un seul coup, poussa un gros soupir en reconnaissant son amie, dissimulant la lettre tout contre sa poitrine. Xion était radieuse dans sa robe de lune, le visage maquillé comme une courtisane en dépit de son éternelle allure de farfadet. Sa chevelure de jais était domptée sur le haut de son crâne en deux minuscules macarons. Elle respirait quelque chose de candide, ses paupières maquillées d'une drôle de crème blanche et appuyées d'une touche d'indigo. C'était Xion sans vraiment l'être, différente mais toujours fidèle à elle-même, dans sa posture gitane et les accents de son franc parler.
Son ami lui offrit un sourire soulagé, heureux de voir une face familière enfin troubler la quiétude de cette chambre trop vide.
— Ouais, souffla-t-il en jetant un rapide coup d'œil par la fenêtre. J'sais pas toi, mais la gueule me gagne. Allons-y."
.
Au centre de la grande table de séjour, on avait dressé pour eux un petit déjeuner des plus copieux. De sa vie, Roxas n'avait jamais vu autant de nourriture. A côté de celui-ci le souper de la veille avait définitivement des airs de casse-croûte sur le pouce. Pains de viande salée, lait chaud fumant dans des récipients de porcelaine, porridge brûlant et bacons grillés côtoyaient d'innombrables coupelles de fruits frais, des pâtisseries orientales garnies de confiture soupoudrées d'épices de toutes sortes, des galettes d'orge cuites, des sculptures en sucre filé, du chocolat, de la crème et des plats entiers de flans à la gelée de rose, des œufs pochés, du riz soufflé et, déposées dans de larges soupières en fer forgé, des quantités astronomiques de miel. S'ajoutait à cela un petit buffet d'appoint rempli à ras bords de jus pressés et de thés blancs, tellement de mets, d'odeurs et de couleurs que Roxas ne savait plus si la faim qu'il avait ressentie jusque-là était réelle ou non. Il ne connaissait même pas la moitié des aliments qu'on lui présentait et encore moins le goût des sirops qui coulaient à flots dans la fontaine en verre artistiquement dressée au milieu de la table. Tout ce qu'il savait c'est qu'il avait envie de piocher dans chacun des plats pour tout emporter, et ne plus jamais avoir faim.
Xion sautillait de buffets en buffets, Roxas sur ses talons, lorsqu'un des plats attira soudain son attention. Elle le tira par la manche et le blond grimaça en serrant son assiette déjà à moitié pleine, jetant quelques coups d'œil nerveux autour de lui.
"— Gaffe, souffla-t-il son oreille. Je suis censé te connaître depuis hier, je te signale.
La brune haussa les épaules.
— Mon aura magique t'a subjugué. C'est quoi ce bidule ? Ça se mange vraiment ?
Roxas leva les yeux au ciel, autant épuisé que fasciné par le dynamisme matinal dont faisait preuve son amie. Sur le côté d'un plat d'argent, de surprenantes billes à l'aspect rugueux étaient assemblées en une élégante pyramide. Des pommes, des poires d'une autre espèce ? Intriguée, Xion avait attrapé un des fruits et le porta rapidement à ses lèvres sous le regard soupçonneux de Roxas, prête à mordre dans la couche orangée. C'était rond, pratiquement de la couleur d'un coucher de soleil à la lisière des champs. Ça sentait bon. Elle le croqua.
Sa réaction ne se fit pas attendre, et le blond ne put se retenir de de rire en observant sa mine déconfite.
— Mais… mais c'est horrible !
— La peau du kumquat est très amère. Ça se mange comme ça."
Xion et Roxas tressaillirent de concert en faisant volte-face, tombant nez à nez avec Aqua qui venait de détacher un fruit du plateau pour le couper d'un geste net. Elle l'éplucha soigneusement pour en dévoiler la chair juteuse avant de, prévenante, leur offrir à chacun une moitié.
Un vent de panique souffla entre les deux acolytes, qui se dévisagèrent en silence.
"— Merci, bredouilla finalement Roxas, déposant le fruit entre deux portions de gâteau.
— Déjà de retour ?
Aqua sourit doucement en les regardant faire, se penchant légèrement en avant pour saluer le prince. Aucun des deux ne paraissait réellement ravi de la voir, mais la lueur qu'elle vit briller dans les yeux de Xion la toucha plus qu'elle ne voulait bien l'admettre.
Apparemment, ça ne devait pas être elle le problème. Elle se redressa.
— Bonjour, Ventus. J'espère que la nuit a été bonne, nous avons du travail."
Devant la moue surprise du blond, la jeune préceptrice fronça les sourcils. Elle était heureuse que le prince se soit fait une amie à l'extérieur, de surcroît s'ils s'entendaient si bien, mais ça n'était pas une raison pour négliger ses devoirs à l'égard du peuple. Lettres cachetées au poing, elle secoua la tête.
"— Xehanort m'a entretenu d'un projet de législation dont il souhaiterait vous parler. Je vous attends dans la salle d'études après le déjeuner, si mademoiselle Xion me fait le plaisir de bien vouloir vous libérer.
Comme Roxas ne répondait toujours pas, Xion abandonna son observation minutieuse du visage d'Aqua pour lui refiler un léger coup de coude, priant pour qu'il reprenne ses esprits au plus vite. La figure assombrie, Roxas réfléchissait.
D'une part la lettre de Ventus s'était mise à chauffer comme une braise contre sa poitrine, d'autre part il n'avait jamais vraiment envisagé ce que pouvait bien être le "travail" d'un prince. En dépit du poids de la couronne, le principe de la vie à la Cour n'était-il pas justement de se la couler douce pendant que le reste du peuple se tuait à la tâche ? Et si Ventus lui avait caché quelques sombres coutumes royales lors de leur échange ? Indécis quant à ce qu'il devait penser, le jeune homme se reprit juste avant de réaliser qu'il allait devoir mettre à profit ce temps d'étude pour délivrer la lettre.
Pris de court dans sa réflexion, il marmonna :
— Ouai- Bien sûr. Je viendrais. Vous pouvez y aller, professeure Rive."
L'espace d'un instant Aqua demeura immobile, ne sachant que faire de cette réponse si froide. Son regard glissa sur le visage de Ventus, cherchant dans son expression la raison de cette soudaine austérité à son égard. Le prince ne la regardait même pas. Avait-elle fait ou dit quelque chose de déplacé ?
Alors que Xion grommelait quelque chose d'incompréhensible à l'oreille du blond, Aqua repensa activement aux dernières discussions qu'elle avait eue avec Ventus, se remémorant son attitude alors qu'il se retirait respectueusement vers sa salle de classe. Cet échange… Cet échange ne ressemblait pas à Ven. Même malade, même épuisé, le futur souverain avait toujours eu un mot gentil pour elle. Il l'avait toujours respecté malgré sa basse extraction, avait tout fait pour qu'elle se sente chez elle dans le palais. Avec le temps, il était même devenu son ami. Mais hier… en rentrant de son escapade ses traits lui avaient parus plus graves, son discours moins sincère que de coutume. Elle avait été si heureuse de le retrouver qu'elle n'y avait pas prêté tant attention mais désormais, à l'abri de l'agitation des grands couloirs, les choses lui revenaient en tête avec une clarté sidérante.
La complicité de son ami avec la magicienne, la saleté truculente de ses cheveux et de ses vêtements alors qu'il n'avait passé qu'une seule nuit hors des murs du château. C'était trois fois rien, des détails, le surplus de nourriture dans son assiette alors que Ventus avait d'ordinaire un appétit d'oiseau, la couleur de ses prunelles, plus sombre et plus craintive. La dureté de ses épaules dans le costume qu'elle avait toujours pris soin de lui faire tailler sur mesure. La chaleur de son sourire, tristement absente. Le grain de beauté incongru sur le bord de sa pommette. Plus elle y pensait, plus elle devenait folle.
Après vingt minutes passées à ressasser l'intégralité de ses souvenirs, à vérifier compulsivement les actes de naissance du prince et à se poser mille questions, la jeune femme finit par acquérir une étrange certitude.
L'inconnu qui était rentré au château après cette nuit de fuite n'était pas Ventus, et encore moins un membre oublié de la famille royale.
Elle n'avait aucun moyen de le prouver distinctement, l'usurpateur arborant toujours le médaillon de la famille Luma, mais elle en était intimement convaincue. Rien ne concordait plus, hormis leur extraordinaire ressemblance.
Elle en avait l'absolue conviction. Ce garçon n'était pas Ventus.
Restait à élucider tous les mystères qui gravitaient autour de cette sombre évidence. Comment l'inconnu avait-il pu se procurer un pareil bijou ? L'avait-il volé à Ventus ? Et comment en était-il arrivé à se faire passer pour lui ? Quelles étaient ses véritables motivations, au juste ?
Tout à coup, Aqua se sentit stupide. Elle avait bavardé une matinée entière avec la magicienne et celle-ci avait été si charmante, si pleine de joie qu'elle ne s'était même pas rendue compte que tout ça n'avait sûrement été qu'un gigantesque tissu de mensonges. L'idée lui fit mal au coeur, et elle se fustigea mentalement d'avoir été aussi crédule. Tous ces sourires, cette chaleur confortable et cette proximité naissante, tromperies sur tromperies. Une manipulation ridicule et mesquine, puisqu'elle était sans aucun doute de mèche avec l'impertinent.
Réprimant son ébauche de colère, la jeune préceptrice inspira profondément. Tout d'abord, interroger l'imposteur et lui demander où se trouvait Ventus. Cette action devait se faire dans le calme et la diplomatie, auquel cas elle serait renvoyée, ou pire, et cela ne l'aiderait en aucun cas à secourir son ami. Elle préférait écarter toute suggestion funeste, priant pour que le prince soit encore en vie.
Deuxièmement, elle ne pouvait décemment pas confier à l'usurpateur la conversation qu'elle avait surprise entre le chef de la garde et un de ses adjuvants, en se rendant la nuit dernière au bureau des comptes de la trésorerie. L'affaire, qui l'avait tenue éveillée des heures durant et qu'elle avait prévue d'évoquer dans l'intimité scolaire afin de se trouver au plus proche de Ventus, ne devait pas être relayée au second plan. C'était une question de vie ou de mort. La menace était grave, le serpent pernicieux du coup d'Etat prêt à déverser son poison sur l'ensemble du royaume. Ventus était en danger et elle devait le prévenir, coûte que coûte.
Forte de ces décisions, Aqua s'était recomposé un masque plein de savoir-vivre lorsque Roxas toqua doucement à la porte, pénétrant à pas lents dans le bureau d'étude.
Suite à sa bourde éclatante le petit déjeuner avait été une véritable torture, le laissant naviguer entre l'étau glacé des regards de Xion et l'angoisse douloureuse d'avoir fait capoter l'ensemble de leur excursion. Il s'était résigné à dévoiler toute la supercherie en passant le seuil mais, avant même qu'il n'ait pu prononcer un seul mot, la jeune femme l'invita à s'asseoir.
"— Votre Altesse, la leçon d'aujourd'hui portera sur les différents coups d'Etat qui faillirent renverser votre dynastie, déclara-t-elle en se plaçant devant un grand tableau.
Sur la plaque de bois avait été accrochée une gigantesque carte et quelques reproductions de portraits griffonnés au fusain, encadrés de lignes noires toutes plus incompréhensibles les unes que les autres. Aussitôt, Roxas sentit un filet de sueur glacé lui refroidir l'échine. Il essayait de déchiffrer les signes, vite, de se souvenir des quelques leçons de lecture qu'il avait prises avec Axel, des bases, quelques mots, mais rien, absolument rien ne lui venait à l'esprit.
Rien que des tâches noires et des gribouillis flous. Il eut la sensation d'avoir été poussé à pieds joints dans un vieux cauchemar.
— Tout d'abord Marluxia de la Roseraie, dit l'Assassin Gracieux, continua Aqua en s'avançant près de la table. Epoux de votre arrière grande tante, il a dans un premier temps affirmé qu'un de ses fils pouvait prétendre au titre d'héritier légitime dans la succession au trône, et ce au détriment du droit d'aînesse de votre arrière-grand-père.
Il y avait quelque chose de changé dans le bleu de ses yeux, et Roxas serra les dents en refermant les doigts sur la lettre. Il fallait qu'il parle, où il serait démasqué bien avant la fin de la leçon.
— Aqua, je…
─ Face au constat de son échec diplomatique, il mobilisa sa propre armée dans l'ombre et assiégea la frontière, poursuivit-elle. Son plus jeune fils, de taille et de corpulence similaire à celle de l'héritier, fut envoyé pour prendre la place de votre aïeul tandis que, de l'intérieur, une taupe projetait son assassinat.
En se penchant vers lui, les deux paumes à plat sur le bois du bureau, la jeune femme semblait bouillir de rage. Il se dégageait d'elle une tension palpable.
─ Savez-vous comment a fini cette histoire, votre Altesse ?
Roxas secoua la tête. A l'évidence, il ne faisait clairement plus illusion. Aqua inspira un grand coup, les traits tirés dans une grimace éprouvante, prête à conclure si l'autre ne se dénonçait pas.
─ L'imposteur fut démasqué et pendu, acheva t-elle. La guerre éclata."
Le voleur, qui avait jusque-là tenté de conserver son masque impassible, se décomposa. Il n'avait jamais eu affaire à ce genre de démonstration intellectuelle mais il était certain d'une chose. Pour les gens comme lui, la sentence s'appliquait à tous les coups.
"─ Entendez moi bien. C'est ce qui risque de vous arriver si vous ne me renseignez pas immédiatement sur le sort de Ventus. Où est-il ?
Jamais, en proposant cet échange, Roxas n'avait envisagé de finir ses jours au bout d'une corde. Avec un soupir résigné, il se leva. Aqua eut un infime mouvement de recul.
Fébrilement, le blond extirpa la lettre des poches de son habit.
─ Tenez.
La préceptrice, perplexe, pinça les lèvres. Si elle s'en tenait à la réaction du jeune garçon en face d'elle, elle avait vu juste. Pourtant, elle n'arrivait pas à savoir si elle devait se sentir soulagée ou inquiète. La moue ombrageuse qu'affichait son vis-à-vis, finalement confondu, ne l'aidait absolument pas à prendre une décision.
─ Je n'accepte pas les pots-de-vin, peu importe celui qui vous envoie.
Roxas agita vivement la main. Un pot-de-vin ? Et puis quoi encore ? Pour verser des pots-de-vin il fallait déjà avoir de l'argent, ou bien être employé par un riche magouilleur, ce qui était loin d'être son cas.
─ Lisez, dit-il simplement. Ven a dit que y'avait tout écrit dedans. Il vous fait confiance."
Il baissa les yeux. Ventus faisait confiance à Aqua, et lui… S'il avait fait confiance à Ventus en premier lieu, rien de tout ceci ne serait arrivé. Maintenant Aqua le voyait comme ce qu'il était, un maraud, un bandit, un truand. Il y était habitué, ça lui était bien égal. En revanche, il ne supportait pas de voir l'inscription "menteur" s'ajouter à la liste des choses que lui reprochait silencieusement la jeune femme.
Il se sentit soudain mal à l'idée que le prince apprenne ce qu'il avait fait. Ses épaules s'affaissèrent doucement. Et Xion ? La considérait-elle aussi comme une simple pendarde, désormais ? Son amie allait sûrement lui en vouloir d'avoir mis fin - si tôt - à ses espoirs de romance. Il soupira.
"─ Xion m'avait dit d'vous la remettre dès notre arrivée. J'ai été bête, j'avais peur que...
La réalité de la situation, cruelle et chargée d'amertume, le frappa comme un coup au ventre. Il se mordit l'intérieur des joues en se rasseyant sur sa chaise, les yeux dans le vague pendant que la jeune professeure parcourait des yeux le parchemin noircit, les mains tremblantes.
La mascarade avait assez durée. Bientôt ils retourneraient à leur vie de rapine, loin des merveilles étranges de l'existence royale. Roxas ne savait plus si cette perspective le séduisait ou non.
─ C'est incroyable, murmura Aqua en se laissant tomber sur un coin du bureau.
Ses yeux passèrent furtivement de la lettre à Roxas, de Roxas à la lettre. Elle était formelle, c'était bien l'écriture du prince, son phrasé, sa signature. Roxas… le blond en face d'elle était bel et bien la copie conforme de Ventus, au moins au regard de n'importe qui d'autre. Elle lut et relut les mots avec le plus grand soin, étudia la coïncidence sans juger l'idée folle, son irritation se muant rapidement en vagues d'inquiétude.
Si ce jeune homme du peuple se faisait passer pour Ventus depuis hier soir, où pouvait donc se trouver son ami à l'heure qu'il était ?
La préceptrice se redressa soudain vivement, comme piquée par une guêpe, le corps submergé d'une terrible angoisse. S'il avait croisé un des soldats de la garde royale, Ventus était peut-être déjà mort. Elle ne doutait pas que Xehanort ait informé de son plan ses plus proches collaborateurs, sans compter Vanitas. Elle devait prévenir Terra au plus vite, au Diable son poste. Affolée, elle jeta un coup d'œil désemparé à Roxas qui semblait s'être perdu dans la contemplation du trésor royal.
─ Il faut absolument retrouver Ven.
Le blond pencha la tête, interdit. Le ton qu'elle avait pris aurait eu de quoi alarmer n'importe qui.
─ J'l'ai envoyé voir au marché noir s'il avait besoin d'un ou deux tuyaux, avoua-t-il. S'il a croisé Axel, il doit y être encore.
Aqua se tourna vers lui comme on se tourne vers un unique espoir, hésitante à lui confier toute la vérité. Après tout ce gamin était plus qu'impliqué dans cette histoire d'échange, même si la menace d'un futur coup d'Etat avait de quoi le dépasser. Elle le toisa longuement, examina attentivement la lettre. Ventus lui avait confié son identité sans même le connaître. Il devait bien y avoir une raison à cela, aussi obscure soit-elle.
Après quelques longues secondes, elle secoua la tête. Dans la situation où elle se trouvait, elle n'avait d'autre choix que de lui faire confiance.
─ Xehanort, le chef de la garde Royale, envisage de prendre le pouvoir dans les heures qui viennent. Je dois absolument prévenir son Altesse."
Dans le cœur de Roxas, la nouvelle fit l'effet d'une bombe. Il savait pertinemment que Xehanort et ses soldats avaient la main mise sur la ville depuis la mort du Roi, mais de là à renverser la famille Luma ? Peu importaient ses motivations, les conséquences seraient désastreuses. Il n'avait pas besoin d'être un professeur de renom pour le savoir.
Et Ventus. Ventus seul, Ventus avec Axel, sa naïveté et ses belles paroles. Il ne lui donnait pas quelques heures avec l'ensemble de l'armée à ses trousses.
─ Il faut qu'on aille le chercher, siffla-t-il aussitôt en s'extirpant du fauteuil.
Alors qu'il s'apprêtait à se diriger vers la porte, Aqua le retint par l'épaule.
─ Non, objecta-t-elle. Si Xehanort ou pire, Vanitas apprenait que le prince n'est pas au palais, il n'hésiterai pas à le faire tuer par les gros-bras de la garde. Vous devez rester ici et assumer son rôle pendant que Xehanort vous entretiendra dans la salle du conseil à propos de ce fameux projet de loi.
─ Il va sûrement tenter de m'tuer, conclut Roxas avec une grimace.
La jeune professeure plongea son regard dans le sien. C'était un risque à prendre, mais à présent qu'ils étaient dans cette galère ensemble, le blond ne pouvait plus se défiler. Elle espérait qu'il ne l'abandonnerai pas. Gravement, elle opina du chef.
─ Xion est votre amie, non ? Xehanort est un vieil homme superstitieux. Emmenez là avec vous et demandez-lui d'effectuer un de ces tours de passe-passe, le temps que je retrouve le prince. Je passerai la cité au peigne fin s'il le faut, mais je vous promets de rentrer à temps."
Il ne leur fallut que très peu de temps pour se mettre d'accord. Roxas allait parler du plan à Xion pendant qu'Aqua, à l'aide d'un dénommé Terra, fouillerai la ville de fond en comble pour retrouver Ventus et l'informer des sinistres projets du capitaine de la garde. Si tout se passait bien ils rentreraient ensemble par un passage secret dissimulé à l'extérieur du château, Ventus ferait arrêter le malfaisant et, enfin, ils seraient libres de décider de ce qu'il adviendrait. D'un commun accord, ils se séparèrent à l'entrée de la salle et le blond courut pour retrouver sa comparse, priant pour qu'ils n'arrivent pas trop tard.
Il aurait vraiment dû laisser ses munnies à Ventus.
On manqua de le renverser au moment où il tirait la lourde porte de la salle de séjour. Face à lui une tignasse échevelée et un visage rond, paniqué.
"─ Xion ! lança-t-il séchement, Il faut que-
─ Moi aussi, haleta la magicienne, les yeux écarquillés.
Elle se recula à peine pour reprendre haleine, jetant partout autour d'elle des regards apeurés.
─ Aqua est pas avec toi ? J'ai vu un vieux bonhomme barbu en allant chercher un endroit où me débarbouiller parce que j'avais les mains qui collaient à cause du sucre et-
─ Grouille ! Y'a un truc urgent dont j'dois te causer, on a pas le temps !
─ Lui et un type masqué cherchent à t'assassiner !"
Elle paraissait sur le point de tomber à la renverse, et Roxas la retint par le coude pour éviter qu'elle ne trébuche sur le lourd battant.
"─ Merveilleux, tu sais où ils sont partis ?
─ Attends, quoi ? ils te cherchaient, enfin, ils cherchent Ventus mais…
Roxas adressa un sourire déterminé à la petite brune, l'entrainant à l'écart pour éviter de croiser un des nombreux serviteurs et ainsi attirer l'attention. Xion le toisa sans comprendre, et il lui prit la main.
─ A la chambre. J't'expliquerai tout en chemin."
Une minute ! Avant de partir je voulais préciser que j'ai ajouté, tout en haut de mon profil, un petit sondage à remplir pour m'aider dans l'écriture du chapitre 5. N'hésitez pas à aller y jeter un œil si ça vous intéresse ! Et encore merci d'avoir lu, toujours.
