Chapitre 3
Affalé sur un siège aux ressorts déglingués et dont le coussin n'était plus qu'un vague souvenir, Sasuke se massait rageusement les tempes. Lorsqu'il était à ce point fatigué, même le grondement incessant du métro lui était insupportable. Comme souvent, le nettoyage de la pizzeria avait duré plus longtemps que prévu et les rames étaient maintenant quasiment désertes, mis à part quelques silhouettes aussi voûtées et courbaturées que lui. Il ne remarqua la pourtant très visible masse difforme, sur sa droite, qui se réveilla être un aggloméra de quatre jeunes femmes, qui tentaient sans grand succès de se cacher dernier un journal qu'elles tenaient déplié devant elles. Et pour parfaire le manque total de discrétion, elles étaient allé jusqu'à découper quatre paires de ronds dans le papier grisâtre, et au travers desquels ont voyer distinctement leurs petits yeux scrutateurs clignoter.
- Il n'a même pas encore réalisé ? s'offusqua une d'elles, à voix basse.
- C'est pire que ce que je pensais, répondit l'aînée, les sourcils froncés.
- Ca fait des mois que je vous répètes que ça déraille, répliqua une petite brune, au caractère bien trempé. Ils ne s'embrassent même plus, et… et… j'ai mis des caméras inflarouge dans leur chambre et j'ai rien pu filmer, même pas un petit câlin !
Cette constatation semblait l'affecter si profondément qu'elle éclata en sanglot, murmurants quelques phrases incompréhensibles sur de pauvres caméras, perdues toutes seuls dans le froid d'une piaule dans sexe.
- On n'aurait jamais dû les laisser seuls aussi longtemps. Tu as prévu de faire quelque chose à ça, n'est ce pas Azerty ?
Le ton était acide, et six yeux de tueurs se braquèrent sur la responsable.
- Ne vous inquiétez pas, répondit cette dernière avec un sourire détaché.
Et, plongeant sa main dans son sac à main, elle en ressortit une épaisse clef à mollette avant de rajouter :
- De un, je me suis personnellement chargé de la révision des véhicules d'une certaine pizzeria. J'espère juste ne pas y être allé trop fort sur les freins ! Et puis… On est de retour dans la place !
Pour le meilleur…. Et surtout, surtout, pour le pire et les emmerdes.
Inconscient de cette inquiétante discussion, Sasuke grimaça en pensant que, comme à chaque fois qu'il arrivait le premier, Naruto se serait contenté de préparer deux boîtes de ce ramen insipide qu'il aimait tant. Ce mec n'avait décidemment aucune idée de ce qu'était la gastronomie !
Le bruit des lourdes portes métalliques qui s'ouvrent le tira de ses réflexions, lui rappelant qu'il était arrivé à destination. Saisissant rapidement ses affaires, il descendit du métro et se dirigea d'un pas d'automate, quatre catastrophes ambulantes sur les talons.
L'appartement était un petit deux pièces dans un bâtiment flambant neuf qu'ils avaient commencé à louer deux ans auparavant, abandonnant leurs chambres d'étudiant pour s'installer ensemble. A l'époque, l'argent sale de l'ancien travail de Sasuke servait à payer la « dette » que Naruto considérait avoir pour l'orphelinat : c'était ça où le brûler, tant l'Uzumaki ne voulait pas entendre parler de « ce fric qui pu le sang ». L'utiliser comme ça, c'était un peu comme le laver de toute la souillure par laquelle il avait été acquit. Seulement pour l'orphelinat donc : leurs deux salaires à la pizzeria, leur permettaient de joindre les deux bouts pour leur dépenses de la vie courante.
Oui mais voila : une des banques frauduleuses où l'ex tueur à gage avait placé ses « recettes » avait fait faillite, et il avait perdu une bonne partit de l'argent gagné illégalement. Malgré ça, Naruto avait refusé de toucher à l'héritage de son amant, bien à l'abri sur un compte déclaré et on ne peut plus en règle. Et d'un autre côté, il ne s'était pas non plus résolu à envoyer moins de dons à son ancien tuteur. Ils s'étaient retrouvés dans l'impasse. Finalement, l'Uzumaki s'était pris un second job dans une épicerie du coin, le soir, juste avant d'aller à la pizzeria. Il y aidait la vieille gérante à décharger les nouveaux articles tout juste arrivés, à les ranger et les inventorier. Cela ne lui prenait que deux petites heures, et même si la somme gagnée n'était pas vraiment faramineuse, c'était au moins ça. Deux mois plus tard, Sasuke avait lui aussi trouvé au deuxième travail : le matin à partir de cinq heures, il triait le courrier fraîchement arrivé à la mairie de Konoha et le portait personnellement à chacun des destinataires à travers la multitude de bureau de l'immense administration. Cela achevé, il avait tout juste le temps de sauter dans le métro et de rejoindre la fac avant son premier court du matin.
Ça par contre, ça avait tout de suite été dur à gérer : sachant qu'il ne quittait souvent pas la pizzeria avant onze heures et qu'il lui fallait vingt minutes pour rejoindre l'appartement, ajoutons à cela que son nouveau travail se trouvait à une heure du « domicile conjugale » … bref, ne dormir que trois heures par nuit s'était vite trouvé insuffisant. C'est là qu'un énorme coup de bol lui était tombé dessus : une de ses collèges, à la vue des cernes qui se creusaient inexorablement sous ses yeux, lui avait proposé de squatter gratuitement un petit studio resté inoccupé à l'arrière du bâtiment principal. Un vrai miracle : toutes les heures de voyage économisées lui servaient désormais à rattraper le sommeil qui lui manquait.
Et c'est ainsi qu'ils en étaient venu à cette situation, sans même s'en rendre compte. Désormais, Sasuke et Naruto n'avaient plus en commun d'une seule heure de cour, passaient tout leur temps libre à travailler à des endroits différents et, les rares nuits Sasuke se sentait le courage de faire le détour jusqu'à leur appartement commun, tous deux étaient bien trop fatigués pour ne serait ce que parler.
Alors évidemment, la passion n'était plus qu'un vague souvenir. Hinata avait raison : leur couple battait de l'aile.
Mais cela, Sasuke l'avait à peine remarqué, enfermé comme il était dans un quotidien où gagner sa croûte était un besoin vital. Cette nuit là faisait donc parti de celles où il rentrait « chez eux », trop vidé pour seulement rêver à autre chose qu'à un oreiller.
Pourtant ce soir, en ouvrant la porte, il su tout de suite que quelque chose n'allait pas. Toutes les lumières étaient éteintes. Cette odeur de ramen qu'il était si sûr de détester ne flottait pas dans l'air immobile. Dans l'entrée, une paire de chaussons orange attendait patiemment leur propriétaire.
Naruto n'était pas rentré.
Cette nuit là, Sasuke ne dormit pas. Allongé sur leur lit, il s'était dit qu'il n'avait pas à l'attendre, que cet idiot avait tout simplement raté le métro. Ou plus exactement six ou sept métros, s'il en croyait l'horloge digitale qui déchirait l'obscurité de quatre chiffres fluorescents. Les yeux grands ouverts, il guetta les pas qui traversaient le couloir, mais aucune clef ne vient tourner dans leur porte. Vers deux heures, n'y tenant plus, il appela Iruka. Mais tout ce qu'il parvint à faire fut de réveiller le brave homme et de le faire s'affoler quand il lui apprit que leur abrutit de service n'était pas rentré.
Evidement, il ne commençait pas à paniquer : un Uchiwa ne panique jamais. Non, les battements désordonnés de son cœur étaient tout à fait naturels. Et c'est juste par acquis de conscience qu'il appela un hôpital, puis un autre… au troisième, il fit mouche. Après une brève recherche sur son ordinateur, une standardiste ensommeillée lui apprit qu'un Naruto Uzumaki avait bien été admis en début de soirée. Il n'entendit pas la suite : le combiné de téléphone pendait lamentablement au bout de son fil. Il n'avait même pas pris la peine de raccrocher, se jetant littéralement sur sa veste avant de foncer sur la porte. Non, il ne paniquait pas…
Ou alors juste un peu…
C'est étrange qu'alors qu'on était sûr d'avoir déjà expérimenté un sentiment sous son plus haut degré, on puisse découvrir qu'on était loin de la vérité. Sasuke avait haït son frère, avec une force telle qu'il s'en serait fait des ulcères, au fil des insomnies et des ressentiments. Alors bien évidemment, si vous lui avez dit deux heures plus tôt qu'il ne savait pas encore ce que voulait dire le mot « haine », il vous aurez regardé avec les mêmes yeux que si vous lui annonciez qu'Orochimaru était le parrain des bisounours.
Mais maintenant, il savait. Les nerfs en pelotes, il dévisageait sans bouger l'être blond ô combien irritant qui se frottant l'arrière de la tête avec un sourire béat avant de prononcer la phrase qui transforma la moindre cellule de l'Uchiwa en une rage profonde :
- J'ai oublié.
- Oublié ? répéta Sasuke, dont la voix glaciale avait pris des accents menaçants. Tu réduis ton scooter à l'état de sculpture contemporaine fumante sur le bord du trottoir, tu es amené d'urgence à l'hôpital où l'on te garde en observation pour la nuit et toi tu « oublies » tout simplement de m'appeler, c'est bien ça ?
Naruto fit une adorable grimace, une de celles qui redonnaient à son visage un côté enfantin tout bonnement craquant. Il n'eut pas conscience que la fureur de son petit ami était déjà retombée, bannie par cette mimique qui, comme toujours, faisait s'envoler la rage de son glaçon d'amant. Désormais, le regard de l'Uchiwa sur lui n'était plus que rancœur et lassitude, mais avec un petit quelque chose de soulagement qu'il aurait préféré crever plutôt que d'avouer.
Une heure auparavant, il avait cru le perdre, et cette simple idée l'avait frappé plus violemment que quoi que ce soit d'autre depuis une année complète, c'est-à-dire depuis le début de ce quotidien monotone qui grignotait leur relation par les bases. Alors oui, il était infiniment soulagé que son imbécile d'aimant à problème préféré s'en soit sorti avec un bleu au front et une large égratignure sur le bras gauche. Mais Sasuke restait Sasuke : personne ne lui ferrait cracher un seul mot sur la peur irraisonnée qui avait tordu ses boyaux lorsqu'il avait appelé l'hôpital. Il pensa pendant un dixième de seconde qu'il y avait peut-être une caméra de surveillance dans le métro, auquel cas il devrait se débrouiller pour retrouver et détruire la cassette où on le voyait en train de donner des coups de pied à la porte du wagon vide en criant au métro de rouler plus vite. Quant à la standardiste qui lui avait indiqué la chambre de son amant... il se mit à calculer mentalement les risques qu'il prendrait en la faisant disparaître. Dissimulées derrière la porte, oreilles plaquées sur la battant de bois, quatre intruses avalèrent difficilement leur salive, se demandant si, finalement, elles n'allaient pas effacer la centaine de photo qu'elles avaient prises du beau brun en pleine panique… Mais non, de tels chef-d'œuvres valaient bien quelques jours de torture et une balle de neuf millimètre entre les deux yeux !
Inconscient des anciens réflexes de tueur qui titillaient son petit ami, Naruto, lui, mettait son silence sur le compte de sa mauvaise humeur et cherchait désespérément un moyen de se justifier. C'est vrai qu'il avait été en dessous de tout ! Il aurait au moins pu faire deux pas vers la cabine téléphonique qui ornait le mur, à trois couloirs de là ! La vérité, c'est qu'il n'avait pas pensé une seule seconde à Sasuke. Il n'avait même pas réalisé que ce soir-là faisait partit de ceux où son amant était censé le rejoindre « chez eux ». Tout était devenu tellement mécanique entre eux que le fait que l'Uchiwa soit avec lui ou non n'avait qu'une seul conséquence : le micro-onde réchauffait deux bols de ramen au lieu d'un. Alors non, Sasuke ne lui avait même pas traversé l'esprit lorsqu'il s'était réveillé dans un lit trop étroit et trop raide, qui empestait le désinfectant à dix mètres.
Comme si l'Uchiwa était déjà en train de disparaître des moments importants sa vie.
« -Est-ce que votre couple bat de l'aile ? »
Il secoua vivement la tête pour en chasser cette citation idiote. Non, tout allait bien ! Il n'avait pas oublié son petit-ami, c'est juste qu'il avait dû penser à trop de choses en même temps depuis son réveil. Presque instinctivement, ses yeux se portèrent sur la droite. Près de lui, sur l'autre lit, son compagnon de chambre était assoupi, immobile. Le bip constant de l'encéphalogramme remplit l'air pendant un instant alors que ni l'un, ni l'autre des deux amants ne trouvait rien à dire.
- Il s'en sortira ? finit tout de même par demander l'Uchiwa.
Naruto hocha la tête sans pour autant parvenir à faire disparaître l'inquiétude qui pinçait ses traits,
- Il a un bras cassé et quelques contusions, mais rien de plus grave apparemment. S'il se réveille, il devrait être comme neuf en quelques semaines.
« S'il se réveille ». Sasuke se rendait bien compte que ces quatre mots là bouleversaient bien plus son imbécile de petit ami qu'il ne voulait bien le dire. Il savait aussi qu'il était censé trouver quelque chose de réconfortant à dire, quoi que ce soit qui puisse le rassurer. « Les médecins ont dit qu'il n'était pas entré dans le coma, fais leur confiance », « tu n'as pas à te sentir coupable, personne ne peut éviter un piéton qui se jette littéralement sous ses roues » ou encore « évidemment qu'il va se réveiller : tu es le seul être humain capable d'hiberner des journées entières, rassure-toi ! ». Mais décidément, un Uchiwa ce n'est pas fait pour trouver les bons mots. Alors il se contenta de rester là, immobile, à regarder l'homme qu'il aimait se tordre nerveusement les mains. Et il se sentait inutile, séparé de lui par un lourd mur translucide qui n'avait cessé de s'épaissir au fil des derniers mois.
Il était en train de le perdre oui, mais l'accident de moto n'y était pour rien. Et pire : il ne s'en rendait pas vraiment compte, ou plutôt ne voulait pas ouvrir les yeux.
Alors finalement, ce petit accrochage dans leur quotidien épuisant, ce n'était peut-être pas si mal pour eux me direz-vous ! Au moins notre glaçon Uchiwa retrouvait brutalement nez à nez avec des sentiments qu'il avait cru oublier. Mais voilà : quelque chose de beaucoup plus grave se profilait à l'horizon, et ça, ni Sasuke, ni Naruto ne le savait encore. Il y avait juste ce « bip » continu, strident... angoissant.
- Tu es sûr que ça va ?
Si Hinata n'avait pas été l'incarnation même de la patience et de la retenue, elle l'aurait immédiatement frappé : Neji pouvait faire preuve d'une sollicitude qui frôlait l'obsession, surtout lorsque concernant sa frêle cousine. Qu'elle éternue une seule fois, et on voyait débarquer le SAMU et l'effectif complet des pompiers de la ville ! Alors bien sûr, lorsque le matin elle avait manqué de s'effondrer après s'être levé trop brutalement, le jeune Hyuuga était passé à deux doigts de la crise cardiaque.
- Oui, répondit la jeune femme, pour la douzième fois de la journée. Je suis juste un peu fatiguée.
En temps normal, Kiba aurait lancé un « Et ce n'est pas en la harcelant comme ça que tu vas réussir à la reposer, mère poule ! » bien sentit, mais le fait est qu'il était aussi anxieux que son éternel rival.
- Tu es sûre que tu ne veux pas rentrer à la maison ? Tu es toute pâle ! Tiens, mange un peu !
Et joignant le geste à la parole, il lui fourra une barre de céréales entre les mains. Un coin de la conscience d'Hinata lui fit remarquer qu'elle avait déjà pris assez de kilos cette semaine, et que si elle continuait de ce laisser gâter ainsi, elle allait finir énorme. Pourtant, elle n'osa pas refuser et le remercia timidement.
A nouveau, elle ne put s'empêcher de jeter un regard sur le siège vide à sa droite. Elle se mordilla les lèvres, inquiète, avant de soupirer.
- Tu sais, lança Kiba d'un ton dégagé, la simple notion de « ménager les autres » est absolument inconnue au cerveau de cet associable sur pattes d'Uchiwa. Alors s'il dit que Naruto va bien, c'est que c'est vrai.
La jeune fille acquiesça et soupira à nouveau avant de mordre sans grande conviction dans la friandise.
Ce soir-là, Sasuke fit le détour par leur appartement après son job à la pizzéria. C'était un vendredi soir, donc, si il avait suivi le même programme que ces derniers mois, il serait directement rentré dans le studio qu'il occupait gratuitement à la mairie. Mais pas aujourd'hui.
Non, il ne se faisait plus de soucis pour lui ! Cet idiot à mèches blondes devait être sortit de l'hôpital depuis plusieurs heures déjà, il n'y avait aucune raison de s'inquiéter ! Il se rappelait très bien de la tête de cette pauvre Hinata lorsqu'il lui avait appris que le bouffon national ne pourrait pas venir en cours parce qu'il avait eu un accident. Il avait cru que ce blanc bec de Neji allait le foudroyer sur place pour avoir osé faire une peur pareille à sa petite protégée.
Soupirant, le front plissé de rides contrariées, il se désola une fois de plus de ne plus avoir de portable. Ça lui aurait évité bien des frayeurs, et il n'aurait pas eu besoin de se déplacer pour vérifier que son danger public de petit ami était bien rentré à l'appartement. Mais non : payer un forfait téléphonique, et plus encore en payer un pour chacun d'eux, ça ne collerait décidément pas avec leur budget déjà très serré. Qu'il était loin le temps où il pouvait se payer les dernières merveilles technologiques sans même faire attention à leur prix !
Dire qu'il y avait tant d'argent qui dormait au chaud sur son compte ! A cette seule pensée, il revit le visage offusqué puis furieux de son petit ami. Lorsque Sasuke lui avait proposé d'utiliser l'héritage des Uchiwa, il y a maintenant un an, le blond n'avait pas hésité une seule seconde avant de répondre :
- Hors de question ! Avec le talent que tu as, ça te sera indispensable pour plus tard. Dès que tu auras ton diplôme en poche – et vu comme tu es parti, tu l'auras haut la main dès le premier coup - tout cet argent pourra te permettre de fonder directement ta propre boîte d'ingénieurs en informatique, tu le sais aussi bien que moi ! Non, on va se débrouiller d'ici là.
Puis, avec un sourire malicieux, il avait rajouté :
- Tu es un chef d'entreprise né, mais bon sens je plains tes futurs employés !
Et ses rires avaient redoublé devant la mine ronchonne de l'Uchiwa.
Ce souvenir arracha une moue amusée aux lèvres fines de Sasuke alors qu'il gravissait l'escalier de l'immeuble où ils avaient élu domicile. Pourtant, au fur et à mesure que les étages défilaient, son cœur se mit à accélérer. C'était bête, horriblement bête, se répétait-il : il n'y avait aucune raison que Naruto ne soit pas rentré cette fois. Mais à la simple idée de l'appartement affreusement vide et silencieux, plongé dans le noir, le poussa à allonger le pas. Sans même s'en rendre compte, il avala les dernières marches en quelques enjambées rapides et, soudain, s'immobilisa devant la porte.
Et c'est seulement là, immobile sur le palier, qu'il se remit à respirer. Sous le battant de bois, un fin rayon de lumière projetait des taches chatoyantes dans toute la cage d'escalier sombre, comme une invitation chaleureuse. Son ange était rentré.
Avec un soupir à la fois soulagé et irrité face à son propre comportement pour le moins puérile et stupide, Sasuke posa la main sur la poignée en reconstituant son masque d'indifférence. La porte s'ouvrit, déversant un flot d'éclairage électrique sur lui alors qu'une odeur entêtante de ramen envahissait ses narines. Dans l'entrée, une seule paire de chaussons attendait : les siens. Face à lui, un énergumène vêtu d'un pantalon et d'un T-shirt orange absolument immondes lui sourit à pleines dents.
Sauf qu'il y avait un problème
- Sasuke ? Qu'est-ce que tu fais là ? Tu n'étais pas sensé venir aujourd'hui !
L'Uchiwa ne répondit pas, incapable de détourner son attention de l'erreur qui venait de se coller sur ce tableau si familier.
- C'est bête, continuait de monologuer son amant, sans remarquer qu'on l'écoutait à peine. Je comptais te prévenir demain en cours et te demander si tu ne pouvais pas rester à ton studio désormais. Désolé, tu vas devoir dormir par terre.
Les deux orbes d'un noir profond détaillaient l'intrus qui avait l'audace de gâcher SON champ de vision dans SON appartement, à côté de SON mec. Suivant son regard, Naruto se décida à faire les présentations.
- Voici Ichibi. Il va vivre ici avec moi à partir de maintenant !
Et pendant la minute qui suivit, une seule et unique pensée domina le cerveau de l'Uchiwa :
« C'est quoi cette merde ? »
