Sara Tancredi crut tout d'abord qu'elle se trouvait dans un rêve. Il ne pouvait pas être là. Ca ne pouvait pas être lui. Pas ici. Pourquoi aujourd'hui ? Qu'est-ce qu'il faisait là ? Où était-il ? Pourquoi était-il partit ?

Une vague de questions déferla dans l'esprit de Sara alors que son passé resurgissait brusquement. Un passé qu'elle avait enfoui au plus profond de sa mémoire pour continuer à vivre.

Il aurait mérité une gifle. Plusieurs gifles. Mais si Sara aurait fait ça, elle aurait été obligé d'expliquer pourquoi à John.

-M-Michael ? murmura-t-elle, d'une voix quasi inaudible.

--------------------

C'était comme si subitement, tout ce qu'elle avait vécu avec lui, les sentiments qu'elle avait éprouvés, les choses qu'elle avait faites ou dites, la prison, le Panama, cette nuit, cinq ans auparavant...Tout ressurgissait en elle avec une telle force que Sara dû faire un effort quasi surhumain pour s'empêcher de pleurer. La douleur était insupportable, son estomac se tordait, son cœur battait à une vitesse folle, sa vue se brouillait. Une légère nausée s'empara d'elle.

-Sara, commença Michael en s'approchant un peu plus près. Je suis désolé, je...je te demande simplement de m'écouter, je...

Il ne put achever sa phrase. Sara recula. Elle n'entendait plus rien. Comme si elle avait littéralement perdu le contrôle de son corps. Comme si ces cinq dernières années n'avaient été qu'un énorme mensonge. Comme si une chose qu'elle croyait avoir définitivement perdue ressurgissait et lui redonnait une once d'espoir, mais un espoir horriblement douloureux.

Michael se perdit dans le floue de sa vue. Sara tourna les talons. Il fallait qu'elle sorte d'ici. Tout de suite.

Elle poussa violemment les portes de la salle et s'enfonça dans la nuit noire et froide. Puis elle alla s'écrouler derrière le bâtiment.

-------------

Immobile, les battements de son cœur résonnant dans tout son corps, Michael resta plusieurs secondes immobile, l'image du visage de Sara imprimée dans son esprit. Une douleur muette. Il ne s'attendait pas à ça.

-------------------

Elle aurait dû le prendre, ce foutu troisième verre. Et peut-être même un quatrième. Au moins, elle aurait été incapable de ressentir ce chagrin qui brûlait dans son estomac. Mais aussi cette colère qui la faisait frémir.

Une main appuyée contre le mur, Sara se plia en deux dans l'espoir d'apaiser les battements de son cœur et de faire refluer la nausée. Peine perdue, elle ne parvint pas à se calmer.

« Putain de vie. »

----------------

Alors que Clayton riait à gorge déployée, inconscient de ce qui se tramait derrière son dos, Michael sortit à son tour. La morsure du froid fut vive et cela lui permit de reprendre ses esprits avant de faire le tour du bâtiment en courant. Plutôt crever que de laisser Sara repartir avec ce qui lui servait de fiancé. Plutôt crever que de la laisser encore une fois.

------------------------

En se redressant, Sara vit Michael sortir de l'ombre du bâtiment.

Ce n'était donc pas un cauchemar.

Complètement frigorifiée, Sara tenta de faire abstraction de l'immense confusion qui s'emparait d'elle.

-Qu'est-ce que tu fous ici, Michael ?

-Sara, laisse-moi t'expliquer...

-Non ! Il n'y a rien à expliquer. Je t'ai cherché pendant un an. Une année entière de ma putain de vie à me demander où tu étais passé ! Et puis je me suis finalement dit que tu étais mort, peut-être ! Que tu t'étais tiré ce matin-là pour une raison obscure, une raison que la pauvre Sara n'aurait pas comprise !

La colère l'emportait maintenant sur le chagrin. Le tourbillon d'émotions qui dévastait Sara à ce moment-là était infiniment dur à décrire. La colère, bien sûr, contre cet homme qui l'avait abandonné alors qu'elle pensait passer le restant de ses jours avec lui. Le soulagement de s'apercevoir qu'il était toujours vivant. L'espoir qu'elle pourrait échapper à sa vie actuelle, une vie qui lui permettait-jusque là - d'oublier toute cette histoire. Et puis une rage contre elle-même pour oser croire qu'il allait revenir dans sa vie.

-Je sais que j'aurais dû te fournir une explication. J'aurais dû mais...je ne voulais pas te mettre en danger.

Sara fonça les sourcils.

-En danger ? répéta-t-elle. Mais en danger de quoi ? De t'aimer ? De vouloir passer ma vie avec toi ?

-Non, ça n'a rien à voir, Sara.

Michael se rapprocha de la jeune femme qui était parcourue de frissons. Il posa une main sur son épaule. La réponse ne se fit pas attendre. Sara le gifla.

-Ne me touche pas. Tu crois que tu peux faire ce que tu veux ? Débarquer dans ma vie ? Revenir alors que tu es partit sans me donner d'explications ? Qu'est-ce que tu crois ?

-Je ne crois rien, répondit Michael en se frottant la joue. Je sais que tu ne vas pas m'accueillir à bras ouverts. Je savais que si je t'expliquais tu n'aurais pas accepté cette explication, tu aurais continué à me chercher sans poursuivre ta vie...Et je n'aurais sans doute pas eu le courage de t'affronter. Tu m'aurais convaincu de rester.

-J'ai refait ma vie, Michael. J'ai avancé, j'avais réussi à tout oublier jusqu'à ce que tu reviennes. Pourquoi ? Pourquoi maintenant ?

-Je ne peux pas croire que tu aies tout oublié.

-Mais qu'est-ce que tu veux que je te dise ?? C'est toi qui es parti ! Tout s'arrangeait et toi tu...tu...

La colère étouffait Sara qui ne parvenait plus à avoir une pensée cohérente. Sa vie n'avait été qu'un frêle château de cartes...Un château qui venait de s'écrouler.

-Laisse-moi une chance de tout t'expliquer, Sara !

-A mon avis, il n'y a rien de plus à dire ! Tu es parti parce que tu ne voulais pas me mettre en danger. Très bien. Tu peux retourner d'où tu viens. C'est gentil à toi d'être passé, Michael.

Sara tourna une nouvelle fois les talons. Chaque parcelle de son être lui hurlait de rester et d'écouter ce que Michael avait à lui dire. Mais une irréductible petite voix lui soufflait de partir sans se retourner, de faire une croix sur lui, sur son passé, sur tout.

A l'angle du bâtiment, elle s'arrêta, tandis que des larmes brûlantes roulaient sur ses joues.

-Va-t-en, Michael. Tu...Tu n'as plus ta place dans ma vie.

On aurait dit que ces mots lui avaient été arrachés de force. Sans se retourner, Sara sortit de l'ombre du bâtiment et retourna vers la salle. Vers sa vie.