Chapitre III • Le Duel.


Le discours de Torquil Travers, chef de la Sécurité Magique, fut bref et morne. Il avait commencé par remercier les cinquante sorciers présents à cet examen, et leur avait rappelé qu'il n'y avait que 28 postes d'Aurors à pourvoir.

- Comme vous le savez tous, ce recrutement exceptionnel est organisé pour faire face à des actes de magie noire, qui ont ébranlé plusieurs villes d'Europe, ainsi que New York, l'année dernière.

Des murmures s'élevèrent dans la foule de sorciers présents dans la Salle du Conseil. Derrière l'orateur, 5 chefs Aurors se tenaient droits, impassibles. Freya nota que même son frère, Marcus, avait mis de côté son sourire dédaigneux, au profit d'un air sérieux.

Travers se racla la gorge et continua avec un ton solennel.

- Gellert Grindelwald souhaite perturber la paix qui existe entre les mondes sorciers et moldus.

Freya ne manqua pas la mâchoire resserrée de Dragonneau à la mention du nom de celui qui terrorisait l'Europe.

- Grindelwald est un mage noir puissant, très persuasif et très bon orateur. Il ne fera aucun doute qu'il essaiera de vous manipuler et de vous duper, comme il a déjà manipulé plusieurs Aurors avant vous. De vos trois épreuves, nous mettrons donc l'accent sur votre test psychologique.

Les chuchotements prirent fin et un silence pesant s'installa dans l'assemblée. Il fut néanmoins perturbé par le bruissement de petits papiers qui virevoltaient dans la salle. Bientôt, un papier flottait devant le visage de chaque sorcier présent.

- Je vous invite à signer le présent document avant de procéder à votre première épreuve.

Travers descendit de sa petite estrade dans le silence.

Freya attrapa la feuille entre ses mains et ses yeux la parcoururent rapidement :

« Par la présente, je jure solennellement avoir pris connaissance des risques énoncés ci-dessous et m'engage à ne pas entamer de poursuite judiciaire à l'encontre du Ministère de la Magie, car je participe à ce recrutement de mon plein gré et en pleine connaissance de cause.

Blessures superficielles (coupures ou brûlures)

Blessures psychologiques peu graves à graves

Blessures graves (fractures, cassures, paralysies ou amputations)

Mort violente

Signature : _ »

Freya déglutit avec difficulté et se demanda si elle ne devait pas prendre une gorgée de Philtre de Paix dans l'instant. Elle releva les yeux et croisa tour à tour ceux de son frère et Dragonneau.

Ceux de Marcus étaient étrangement sérieux tandis que ceux de son idole étaient distants, d'ailleurs, il les détourna aussitôt qu'il eut croisé les siens.

Malgré sa soudaine anxiété, elle parvint tout de même à décocher un autre faux et radiant sourire à son frère, dont le regard s'assombrit encore d'un cran. D'un coup de sa baguette elle signa le document, qui s'envola, en même temps que quelques autres vers une Auror qui se tenait debout près de la sortie.

Alors qu'elle sortait avec d'autres sorciers de la salle, elle fit un signe de la main à Phineas qui était quelques mètres plus loin. Il s'approcha avec sa démarche nonchalante habituelle, et Freya fut momentanément jalouse de l'aise avec laquelle il se comportait. Il lui décocha un sourire et ébouriffa ses cheveux noirs.

- Oh, Phineas ! Gronda-t-elle.

Il rit de plus belle, et lui tapota l'épaule gentiment.

- Bonne chance, Miss Nott.

- Toi aussi, Phineas.

Elle lui adressa un tendre sourire, mais fut interrompue par un claquement de doigts, juste à côté de son oreille. Elle sursauta malgré elle et vit le vieil Abbott, il semblait l'attendre avec son air bougon.

- Le Duel c'est par ici, ma jolie.

Jetant un dernier oeil complice à Phineas, elle tourna les talons et se mit à suivre le vieil Abbott dans le sombre couloir. Ils s'arrêtaient tous les deux devant une large cheminée boisée, où des flammes vertes crépitaient. L'Auror lui fit un vague signe de la main, l'invitant à entrer dans le foyer ardent. Elle s'exécuta, non sans appréhension. Même pas une seconde plus tard cependant, elle était propulsée dans une autre salle, très vaste.

Au centre de celle-ci, une longue estrade parée d'un modeste tapis bleu nuit siégeait. Plusieurs sorciers étaient déjà là et bientôt, derrière elle, apparut le vieil Abbott.

Il balaya négligemment sa cravate à motifs violets et grogna à son encontre :

- Avancez donc.

La grande salle était silencieuse, sombre.

Tous les sorciers se toisaient avec appréhension.

Un autre crépitement de flammes vertes détourna son attention, dans la cheminée à côté de la sienne, Thésée Dragonneau apparut. Freya ne put s'empêcher de le suivre du regard alors qu'il avançait vers l'estrade, le pas déterminé. Il y avait quelque chose chez lui qu'elle trouvait extrêmement noble, bien qu'elle n'arrivait pas à dire si cela provenait de son attitude ou de l'idée qu'elle se faisait de son caractère.

Un écran de fumée étrange apparut au-dessus de l'estrade, et deux visages surgirent, ainsi que deux noms.

C'était son visage qui était là. Rond, étrangement pâle, bordé par les larges vagues de ses cheveux noirs qui serpentaient jusque ses épaules, la bouche rouge légèrement courbée en un discret sourire, mais ses yeux, eux, étaient dépourvus de vie, sans éclat…

- Miss Freya Theodora Nott, annonça une voix dont elle ne sut déterminer l'origine, avancez je vous prie.

Elle croisa sans le vouloir les regards intenses d'Arcturus et Dragonneau et gravit les quelques marches de l'estrade, le menton relevé, malgré elle, à la manière des Nott. Une fois arrêtée, au milieu de cette assemblée de sorciers, le coeur de Freya palpitait dans sa poitrine, bien qu'elle ne voulut d'admettre.

- Miss Peony Catherine Bode, avancez je vous prie.

Elle fut néanmoins rassurée lorsqu'elle vit son adversaire grimper à son tour sur l'estrade. Elle avait un teint livide, sa main, déjà pourvue d'une baguette, tremblait fortement. Freya adopta un visage froid et la fixait intensément ; cela faisait partie des rares conseils que son frère lui ait donné qu'elle avait accepté. Il lui avait expliqué que cela pouvait déstabiliser l'adversaire, et il n'avait, pour une fois, pas tort.

La sorcière, déjà blême, avait trébuché sur une marche de l'estrade, tombant presque, alors qu'elle avait croisé le regard bleu de Freya. Cette dernière se retint de soulever un sourcil, et elle se gifla mentalement à l'idée que son comportement se rapprochait trop de celui des Nott à son goût.

Les Duels.

Elle était douée à l'école, mais le Professeur Dumbledore l'avait déjà prévenue à maintes reprises. La compétition semblait réveiller en elle un certain dédain, propre aux Nott et à d'autres familles de Sang-pur. Elle avait mal accueilli ce commentaire à l'époque, mais maintenant elle comprenait où il avait voulu en venir.

La voix résonna une nouvelle fois, la sortant de ses rêveries.

- Le vainqueur de ce duel rencontrera un autre sorcier, puis un dernier si le second duel est remporté. Les notes sont attribuées selon le nombre de duels remportés.

Freya fit glisser sa baguette, jusqu'à présent logée dans sa manche, dans sa main et la serra.

Un crépitement vert, et elle aperçut du coin de l'oeil son frère, qui venait d'arriver. Il la scrutait d'une manière intense, et il y avait quelque chose de tendu dans son attitude. Pas de sourire mesquin, pas de démarche nonchalante.

Elle le vit s'arrêter au niveau de Dragonneau, et lui murmurer quelque chose à l'oreille. Le Héros de guerre hocha la tête, puis lançant un dernier, vague, regard dans sa direction, il fit volte-face et progressa avec hâte vers la cheminée avant de se volatiliser derrière les flammes vertes grésillantes.

Freya fronça les sourcils en direction de son frère alors qu'il faisait un étrange signe de tête à Arcturus, à sa droite.

- Je vous rappelle que le duel est remporté que lorsque le sorcier perd sa baguette, ou lorsqu'il est inconscient.

Freya se reconcentra sur la sorcière en face d'elle avec détermination.

- Vous pouvez commencer.

Silence.

Seul le souffle tremblant de Bode semblait atteindre ses oreilles. Elle voyait que la sorcière en face d'elle hésitait, levant furtivement sa baguette, puis, la rabaissant. Freya, elle, demeura immobile, attentive.

Un premier Sortilège jaillit de la baguette de Bode, mais Freya la contra. Elles échangèrent ainsi plusieurs vifs flashs de lumières et d'énergie en silence, pendant peut-être une longue minute, puis, Freya remarqua que son adversaire ne faisait que reculer sur l'estrade de duel.

Elle suivit son regard hésitant se porter sur ses jambes, sa baguette être brandie dans cette direction, mais Freya fut plus rapide, elle tourna sur elle-même, évitant le sort qui lui avait été jeté, et avec un geste agile et prompt elle cria :

- Expulso !

La jeune Bode fut propulsée contre le mur opposé à Freya, son corps avait émis un bruit sourd en se cognant contre la brique noire, puis en tombant sur le sol gris. La baguette tomba elle aussi au sol.

Il y eut un court instant de flottement durant lequel Freya exhala franchement.

- Victoire pour Miss Nott, déclara la voix.

Il y eut des timides applaudissements dans l'assemblée alors que Bode était ramassée par le vieil Abbott. Freya ne manqua d'ailleurs pas le regard blâmant que l'Auror lui lançait. Elle paraissait un peu sonnée, mais pas blessée outre-mesure.

La jeune Nott ne put retenir un petit sourire satisfait, et se tourna vers son frère, qui ne semblait pas savourer sa victoire autant qu'elle. Arcturus et lui s'étaient échangé un long et silencieux regard que la sorcière ne comprit pas.

Une petite vibration sur l'estrade la fit tourner la tête.

Un grand sorcier d'apparence assez bourrue faisait son entrée, les manches de sa chemise marron relevées, révélant des avants bras puissants et imposants.

- Monsieur Horace Twigs, annonça la voix.

Ses pas faisaient trembler le podium, et Freya remarqua qu'il devait au moins mesurer deux mètres. Avec ses 1 mètres 57, la sorcière devait relever encore plus la tête pour l'observer, s'abîmant presque la nuque.

- Commencez.

Il n'y eut pas d'attente comme avec la jeune Bode, Twigs frappa instantanément, ce qui surpris un peu Freya. Prise au dépourvu, elle avait presque basculé en arrière. Même en ayant contré le maléfice, la puissance du sort l'avait comme repoussée.

C'était un sorcier agressif.

Elle ne put esquiver un deuxième sort, qui s'échoua sur son bras. Elle ne put retenir une exclamation ; un mélange de surprise et de douleur alors qu'une vague d'électricité traversait son avant bras, le paralysant presque.

Twigs enchaînait les sorts, les violents coups de baguette et se rapprochait dangereusement de Freya. Bientôt le bras gauche de Freya retrouva toute sa dextérité, et elle ne sentait presque plus ces désagréables décharges électriques.

Puis, il y eut une fenêtre d'attaque, et Freya ne loupa pas cette opportunité ; elle entama sa contre-attaque, aussi vive et virulente qu'elle le pouvait. Bientôt, c'était à lui de reculer.

Entre deux tentatives d'Experlliarmus, elle avait réussi à asséner un petit sort rusé en direction des souliers du sorcier. Ses lacets s'étaient défaits instantanément, mais il ne sembla pas le remarquer, et il continua de reculer, claquant lourdement ses pieds contre l'estrade tremblante. Bientôt, la ruse de Freya fonctionna et il se prit les pieds dans ses lacets, et vacilla en arrière.

C'est le sort que lança ensuite Freya qui lui fit perdre complètement sa baguette. Utilisant un Levicorpus, un sortilège de lévitation, Twigs fut vivement soulevé dans les airs, comme pendu par les pieds. Sa baguette lui glissa des doigts, et ce, malgré ses efforts pour la rattraper, elle atterrit maladroitement sur l'estrade dans un petit bruit boisé.

- Victoire pour Miss Nott, articula la voix.

D'un coup de baguette, elle reposa le sorcier, laissant échapper des souffles tremblants. Elle se sentait exténuée et reconnut que le duel avait été plus difficile que ce qu'elle avait imaginé. A maintes reprises, elle aurait pu elle aussi être vaincue. Elle massa son bras, légèrement endolori par le sortilège qu'elle avait subit, tandis que Twigs descendait de l'estrade en lui lançant un air assassin.

Elle peinait à récupérer son rythme de respiration normal, et le regard que lui lançait son frère ne lui facilita pas la tâche. Il paraissait extrêmement surpris et nerveux, comme s'il venait de réaliser pour la première fois le potentiel indéniable de sa soeur.

Il donna une petite tape sur l'épaule d'Arcturus, qui jeta sa veste au sol.

Freya ne put retenir un hoquet de surprise, alors que le sorcier grimpa au milieu de l'estrade. Il brandit sa baguette et annonça haut et fort :

- Je me propose en tant qu'adversaire pour le dernier duel de Miss Nott.

Il y eut des chuchotements parmi les sorciers, et étrangement la voix se tut. Freya, encore essoufflée, le questionna du regard, était-ce vraiment ce qui avait été prévu ? Il paraissait extrêmement remonté, et sa baguette était déjà pointée dans la direction de la sorcière.

- Qu'est-ce que vous faîtes, Black ?

La voix de Dragonneau avait résonné dans la pièce, comme un grondement de tonnerre, grave et menaçant.

Freya fut surprise, elle ne l'avait pas vu revenir dans la salle. Il secoua son doigt en direction d'Arcturus et demanda à Marcus :

- Nott, que fait votre subordonné ? Dites-lui de descendre sur le champ, ce n'est pas ce qui est prévu au programme de recrutement.

- Je n'ai pas à recevoir d'ordres de celui qui laisse Grindelwald lui échapper constamment entre les mains.

Les mots de son frère avaient été prononcés assez fort pour que Freya l'entende. Elle ne reconnut pas Marcus, il était blême, le front suintant. Dragonneau, sembla piqué au vif ; il abaissa son bras, et serrant la mâchoire, il s'approcha au plus de près du fils Nott, qui, lui, rabaissa un peu la tête, soudainement impressionné. La démarche du Héros de guerre avait été lente et dangereuse, et sa poigne ne mit pas longtemps à trouver le col de la chemise de Marcus. Ce dernier déglutit difficilement alors qu'il le tirait vers lui.

- Je pensais que vous n'aviez que faire de ce recrutement, Nott, articula sombrement Dragonneau, avez-vous donc tant de temps libre ?

- Arrêtez donc de vous mêler de la vie de mon idiote de soeur, Dragonneau…

La phrase avait été murmurée, mais Freya l'avait tout de même perçue. Tout comme elle perçut la surprise sur le visage de Dragonneau.

- …elle ne deviendra pas Auror.

Cette affirmation rendit Freya folle de rage, elle allait rétorquer quelque chose mais Dragonneau lâcha subitement son frère et émit un rire grave et sarcastique. Ce rire surprit autant Freya que Marcus, puisqu'il écarquilla légèrement les yeux.

Dragonneau se tourna vers Arcturus et elle ; le sourire s'effaça aussitôt qu'elle croisa son regard.

Il fit un vague signe de la main, un signe d'invitation.

- Allez-y, dit-il.

Ils ne bougèrent ni l'un ni l'autre.

Dragonneau répéta, malgré la faible intervention du vieil Abbott derrière lui :

- Commencez-donc…

Il fit volte-face pour toiser de nouveau Marcus, dont les tempes dégoulinaient de sueur.

Il ajouta plus bas à son attention :

- … Vous vous méprenez ; je n'ai que faire de votre soeur, Nott.

Quelque chose se brisa en Freya, et elle dû dévier son regard, car observer cette scène et entendre ces mots était devenu insupportable, bientôt une vague de honte et de courroux l'envahit et elle regretta de ne pas avoir pris un peu de Philtre de Paix avant les duels.

Sa colère était telle, qu'elle serrait sa baguette si fort qu'elle crut qu'elle allait la briser. Le cheveu de Vélane à l'intérieur de sa baguette en séquoia se mettait comme à brûler, elle avait déjà remarqué ce phénomène auparavant ; la colère… Sa colère, semblait déclencher quelque chose à l'intérieur de la baguette en bois rougi.

- Ce qui m'importe en revanche, c'est votre manie de toujours agir selon votre bon vouloir, et ce, même quand il s'agit d'affaires qui ne vous regardent pas.

Freya se sentit noyée dans sa colère.

La voix d'Arcturus la sortit de ses sombres pensées, il y avait un rictus infâme qui déformait son pathétique visage.

- Ne t'en fais pas, délicieuse Freya, je serai doux.

Cette phrase, si subtilement connotée, lui retourna l'estomac.

Elle n'eut pas le temps de rétorquer quoique ce soit, un premier sort s'écrasant déjà sur elle. Elle fut projetée en arrière, et tomba sur le dos, un mètre plus loin. L'air satisfait d'Arcturus la rendit folle, sans plus attendre, elle se remit sur ses deux pieds et ils échangèrent ainsi une flopée de sortilèges, créant une pluie d'étincelles et de rayons de lumière au dessus de l'estrade.

Un autre sort l'atteignit, sur son bras précédemment touché, et elle eut l'impression que son fugace cri de douleur ne pouvait pas faire plus plaisir au sorcier devant elle. Elle fit mine de se courber en avant, comme si la douleur était insoutenable… Cela sembla soudain le calmer un peu, puisqu'il abordait désormais un visage hésitant.

- Freya ?

Sa voix indécise trembla légèrement dans le soudain silence de la salle.

- Arcturus…

Elle avait prononcé son prénom dans un souffle entre soupir et supplication. Le sourire du Black revint, à la fois victorieux du duel et d'avoir entendu son prénom dans la bouche de la sorcière. Il s'était approché sensiblement, baissant totalement son buste en même temps que sa garde.

- Souhaites-tu que l'on arrête, Freya ?

- Pas avant ça…

- … quoi ?

Il ne réagit pas à temps, et se prit le sort de plein fouet :

- Impedimenta ! Avait-elle hurlé en se relevant.

Trop tard pour le sorcier, son sourire disparaissait au ralenti… Ce n'était pas la seule chose au ralenti, d'ailleurs. Tout le reste du corps du sorcier bougeait extrêmement lentement, et Freya ne put retenir un sourire en coin, comblée. Avant qu'il ne puisse faire quoique ce soit, elle continua, déterminée :

- Incarcerem.

Soudain, le sorcier fut comme saucissonné, les mains liées dans son dos. Son regard confus était particulièrement satisfaisant pour Freya, et cela lui fit repenser au moment où elle l'avait giflé, en 6ème année.

La baguette n'étant toujours pas tombée, le duel continuait.

Freya lança un vaste sourire à son frère, sourire qu'elle voulait acerbe, vengeur. Le regard de Dragonneau, lui, était dénué de toute émotion, froid ; mais elle choisit de l'ignorer.

Devant elle, Arcturus, tentait désespérément de prononcer son prénom, suppliant. Elle prenait son temps, savourait l'instant. Avec un délicat geste de baguette, pointée juste devant le visage du sorcier, désormais à genoux sur l'estrade, elle murmura presque suavement, en provocation :

- Rictus Sempra.

Ce simple sortilège fut efficace, les démangeaisons du sorcier se faisant intenses, il se mettait à rire malgré lui au ralenti, et bientôt, la baguette glissa entre deux de ses doigts, pour rouler lentement, et tomber à côté de l'estrade. Elle roula jusqu'aux pieds de Dragonneau. Il ne daigna pas la ramasser, en fait, Freya ne fut même pas sûre qu'il l'ait vue, puisque ses yeux gris et froids étaient solidement verrouillés dans les siens.

- Victoire pour Miss Nott, déclara la voix.

Les applaudissements reprirent et elle sauta de l'estrade, faisant légèrement voler ses cheveux corbeaux. Rangeant sa baguette dans sa manche, elle marcha entre son frère et Dragonneau, sans leur accorder un mot, sans un regard ; car ils l'avaient tous les deux blessée dans son orgueil et la colère semblait encore irradier d'elle. Elle entendit vaguement Marcus prononcer « Relashio » pour délivrer son subordonné, mais elle avait déjà atteint les flammes vertes de la cheminée.

- Monsieur Horace Twigs, votre prochain adversaire…

Dans un crépitement d'étincelles vertes, elle n'entendit plus la voix.

Elle ne sut pas s'il s'agissait de la colère ou la retombée de son stress, mais elle se mit à trembler. Elle croisa les bras sur sa poitrine, tentant de cacher ses frissons. Une main tapota son épaule et elle sursauta. Le vieil Abbott lui accorda un sourire à moitié dissimulé dans sa barbe grisée.

- Bien joué, l'amie, félicita-t-il.

Elle fut surprise de ce soudain changement d'attitude, mais elle parvint tout de même à lu décocher une petite courbe de ses lèvres rouges. Il enchaîna, comme possédé par une soudaine passion :

- J'ai été ravi de voir la tête de ce crétin de…

- Abbott !

C'était l'aboiement de Travers qui résonnait dans le couloir.

Le vieil Auror lui donna une frappe qu'il voulait amicale dans le haut du dos, et Freya crut qu'il lui avait brisé l'omoplate. Ignorant la grimace de la sorcière, il pointa du doigt une porte noire, à quelques mètres de là.

- L'épreuve de vol est là-bas, c'est dans une heure pour vous.

Puis il accourut, alors que la voix de Travers résonnait de nouveau.


Chaque battement de son coeur faisait trembler l'ensemble de sa cage thoracique.

Freya était mortifiée.

Elle regarda la porte noire qui menait à la salle ensorcelée dans laquelle elle devait passer son épreuve de vol. Sa main chevrotante alla trouver dans sa poche la petite fiole remplie d'un liquide blanchâtre. Elle porta le goulot à ses lèvres rouges et but son contenu d'une traite. Une grimace déforma sensiblement ses traits.

Elle avait oublié à quel point le goût de cette potion était infâme.

- Avions-nous besoin de préciser que le Felix Felicis est interdit pour cette épreuve ?

La nervosité la fit sursauter.

Dragonneau.

Il était au bout du couloir, adossé au mur noir, dans une noble nonchalance qui lui était propre. Il se redressa en passant sa main dans ses cheveux châtains. Une mèche ondulée aux légers reflets roux tombait anormalement sur son front.

Elle le contempla alors qu'il s'approchait d'une manière indifférente, les deux mains dans les poches ; et nota qu'en réalité, il la regardait d'un air désapprobateur, les sourcils légèrement froncés.

- Ce n'est pas du Felix Felicis, Monsieur Dragonneau, mais un Philtre de Paix, pour m'apaiser.

Il lui prit la fiole des mains et inspecta les dernières gouttes de son contenu blanchâtre. Il hocha simplement la tête et lui rendit le contenant de verre en soupirant. Il remit sa main dans sa poche et regarda au loin derrière elle.

- Le Professeur Slughorn doit avoir raison, exposa-t-il d'un air détaché, vous devez être douée en potion pour trouver et préparer tous les ingrédients de celle-ci en si peu de temps.

Elle hésita un moment à lui dire que cela n'aurait pas été possible sans l'aide de son jeune frère, mais choisit plutôt de lui demander :

- Comment savez-vous cela ?

- En général, les dossiers de Poudlard sont assez révélateurs des personnalités.

Elle se demanda nerveusement si l'incident de sa première année avec le Jarvey - incident à cause du quel le jeune frère de l'Auror avait été renvoyé de Poudlard - était expliqué ou non dans ce fameux dossier.

S'il l'avait vu, il ne le mentionna pas.

- J'y ai d'ailleurs vu que, comme votre frère, vous avez été dans l'équipe de Quidditch de Serpentard.

- Je suis surprise que vous portiez autant d'attention à ma candidature…

Elle avait articulé cette phrase avec un ton désinvolte, en écho à ce qu'il avait dit à son frère, une heure plus tôt. Il la toisa avec son air stoïque habituel, et elle compléta aussitôt :

- … Monsieur Dragonneau.

Un sourire s'étira discrètement sur ses lèvres et Freya ressentit soudain des picotements désagréables au niveau de sa poitrine.

- J'étais, quant à moi, surpris de voir que cette activité n'ait duré que 13 minutes dans votre cas, un record si je ne m'abuse.

Il ne faisait aucun doute qu'il avait énoncé ce constat avec une pointe d'amusement.

A la mention de cet épisode, le coeur de Freya sembla tomber dans sa cage thoracique. Elle croisa son regard gris qui pétillait et elle détourna rapidement le sien, trouvant un soudain intérêt pour le mur carrelé noir. Inconsciemment, ses deux mains allèrent se glisser dans les poches de son large pantalon en velours côtelé noir.

- La perspective que j'échoue cette épreuve de vol vous réjouit-elle, Monsieur Dragonneau ?

Elle-même fut surprise par la maîtrise avec laquelle elle avait prononcé cette question.

Un souffle grave qui ressemblait à un rire s'échappa des lèvres de l'Auror, et Freya ne sut dire si son soudain sourire correspondait à un excès d'exaspération ou à un sincère amusement. Avec un peu de recul, la sorcière se dit qu'il avait sûrement été surpris par son culot.

Il parut néanmoins considérer sa question un long moment, puis il finit par tourner la tête vers le couloir vide à sa droite. Il pinça ses lèvres, sûrement pour contenir un autre sourire.

- J'admettrai simplement que je côtoie déjà bien assez de Nott à mon goût.

La sorcière le toisa calmement, sans rien dire. Elle en conclut d'ailleurs que le Philtre de Paix devait déjà faire effet. Le Héros de Guerre la regarda de nouveau, le sourire disparut et ses yeux assombris étaient plongés dans les siens.

- Je mentirai si je vous disais que je souhaitais vous avoir dans mon équipe, Nott.

Il soupira une nouvelle fois et baissa la tête, avant de relever les yeux vers elle.

- Seulement, voilà, Dumbledore est très insistant.

- Dumbledore...?

Une sonnerie étrange retentit, et les deux sorciers relevèrent la tête. Freya ne put retenir un souffle tremblant alors que son idole retirait la montre à gousset dorée de la poche de son veston.

- C'est votre tour.

La sorcière tendit le bras, et le balai noir adossé au mur se retrouva immédiatement entre ses doigts. Malgré le Philtre, elle sentit le picotement de l'adrénaline se propager dans son avant-bras. Elle décida de tourner le dos à l'Auror qui remettait sa montre en place, tout en la fixant. Elle allait pousser la porte de la salle ensorcelée quand elle l'entendit juste dire :

- Bon courage, Miss Nott, vous en aurez besoin.

A peine eut-elle entrouvert la porte, qu'elle fut violemment aspirée à l'intérieur de la pièce.


Bonne année à tous !

A plus,

Nepthis