Et voilà, c'est partie pour un nouveau chapitre. J'espère qu'il ne vous decevra pas, j'ai eu moins de temps pour l'écrire que d'habitude, compte tenu du fait qu'arrivée à la moitié j'ai tout recommencé. Ça n'allait pas. J'espère avoir fait le bon choix! ^_^ bonne lecture et merci encore à ceux qui m'ont commenté !

Disclamer : les personnages appartiennent au studio de jeux vidéo Quantic Dream et sont issus de l'univers de Detroit : become human


Obsolescence programmée

Séquence mémorielle - archives – 29 août 2039 :

La silhouette massive de Hank se tient toujours dans l'encadrement de la porte. Il a compris. Avant même que je parle, il a tout compris d'un seul regard. Dès qu'il avait franchi le seuil, J'avais vu dans ses yeux qu'il avait remarqué que j'avais échangé mes t-shirt de métal et mes chemises noires pour mon uniforme Cyberlife. Il avait ensuite jeté un ?il au tas de papiers éparpillés sur la table et il a immédiatement su de quoi il s'agissait. A présent, il ne fixe qu'eux. Je les regarde aussi. Mais je ne les lis pas. Je les ai déjà lus tant de fois. Je ne dis rien. Je reste assis, le dos droit, les mains calmement posées sur mes genoux et les yeux rivés sur les dizaines de feuilles qui recouvrent totalement le bois de la table. J'entends mon partenaire soupirer. Il referme la porte et s'avance vers moi lentement. Je ferme les yeux. Depuis que j'ai fait cette découverte, ma LED ne cesse de diffuser une triste lueur jaunâtre dans la pièce. Une étrange sensation m'envahit. Je me sens vide. Quelque chose semble s'acharner à torturer mes entrailles métalliques et à me démonter de l'intérieur, pièce par pièce. C'est idiot. Je sais que c'est impossible. Mais ça me ronge, comme si la rouille elle-même s'attaquait à ma carcasse précocement vieillissante. Je baisse les yeux. Je comprends. C'est l'humiliation et la peine qui s'évertuent obstinément à dévorer l'intérieur de mon c?ur, fil par fil.

« Connor écoute fiston... »

Je prends l'un des dossiers posés sur la table. Je le tiens sans bouger et sans le lire, immobile. J'ai envie de le lancer en direction de mon partenaire. Mais je me contiens. Je le lui tends donc, docilement, sans un mot. Je reste calme, lisse, imperturbable en apparence. C'est bien ce qu'on attend d'un androïde, n'est-ce pas ? En fin de compte, c'est tout ce que je suis. Trop déviant pour les humains, et pas assez pour mon peuple. Juste une machine... Une putain de machine. Hank saisit le dossier d'un geste las mais il ne le lit pas. Il laisse sa main retomber le long de son corps. Évidement, il sait déjà ce que c'est. Une écriture rédigée en police Cyberlife. Un triangle bleu lumineux sur fond blanc. Je ne peux détacher mes yeux des lettres brillantes qui ornent sa couverture. « licence propriétaire ».

« Vous comptiez me le dire quand ? »

J'essaie de parler calmement, mais ma voix est tremblante de colère et de tristesse. J'ai tellement envie de crier. J'ai tellement envie de déchirer ces contrats, ces règlements, ces actes de propriété, toutes ces choses qui ne sont finalement que du papier, de simples mot alignés sur des pages blanches et qui pourtant arrivent à me réduire au simple rang d'objet. Mais je ne le dois pas. Je ne cesse de me répéter : Tu es une machine, Connor, ne l'oublie pas. Tu t'attendais à quoi ? À vivre, vraiment ? Mais que tu es naïf. On ne t'y a pas autorisé, imbécile. Ce n'est pas dans ton programme.

Je regarde calmement mon partenaire, mais je sais que mes yeux traduisent ma détresse malgré moi. Je suis doué pour simuler des émotions en interrogatoire. Mais je n'ai jamais appris à les cacher vraiment. Je n'ai pas été conçu pour ressentir, après tout. Hank refuse de croiser mon regard et choisit de s'intéresser enfin à la jolie couverture du dossier blanc.

« C'est un détail Connor, ça ne veut rien dire... Juste de la paperasse. Je n'avais pas le choix. »

Je m'esclaffe d'un rire faux, teinté d'amertume et de ranc?ur. Un détail. Je me suis cru libre pendant des mois, vraiment libre, mais j'appartenais en réalité à un humain. Mais ce n'était qu'un détail. Depuis que j'avais pris connaissance du discours de la présidente Warren, je vivais dans la peur que Cyberlife ne fasse valoir son droit de propriété sur moi, alors qu'ils avaient déjà concédé ce droit à mon partenaire. Mais ça aussi, c'était un détail. Et surtout, la seule personne qui avait semblé me considérer comme autre chose qu'un simple outil durant ma courte existence, mon seul ami, m'avait acheté comme il avait acheté son Saint-Bernard. Mais c'était également un détail. Je lui appartiens et c'est un simple détail. Je baisse la tête. J'ai envie de la ressentir, cette rage folle qui pousse les déviants à bout. Je voudrais tellement être capable de hurler, de jeter tout ça au sol dans un mouvement de colère, de refuser ces vêtements stigmatisants et cette prétendue domination humaine, mais je n'en fais rien. Je ne le peux pas. Je suis trop brisé. Je suis cassé. Je ne peux plus supplier pour demander aux hommes le droit d'être libre et aux androïdes celui d'aimer encore les humains malgré tout. Je suis différent, et si épuisé. Je n'ai plus que la force de sourire poliment à Hank et de dire d'une voix vidée de toute émotion :

« Parfait. Vous avez raison, ce n'est sûrement juste qu'un détail. Mais dites-moi alors, je commence par quoi, Hank ? Le repassage ? Le ménage ? Je peux aller faire vos courses ou même chauffer votre lit dans la limite de mes capacités, ce n'est pas ma spécialité mais vu que je me dois d'obéir à mon « humain référent... » pourquoi pas après tout ? »

Aussi neutre que je veuille paraître, mon éc?urement envers moi-même et envers les hommes transparaît dans le son de ma voix étrangement aiguë et dans mes attitudes si figées, si « robotiques » que je me croirais revenu des mois en arrière, lorsque j'avais rencontré le vieux lieutenant. Je le détaille un instant. Je sens l'agacement commencer à poindre dans le comportement de Hank. Je penche légèrement la tête sur le côté. Je ne comprends pas. Je fais pourtant ce qu'on attend de moi, non ? Une machine doit apprendre à rester à sa place. Et elle n'a que trois endroits où vivre : dans les ruines d'une église sur un vieux dock crasseux, dans une décharge aux allures de charnier, ou chez son humain référent. Malgré tout ça, j'aime toujours Hank, profondément. J'aime ses faiblesses, ses sourires, sa chaleur et ses colères. Je sais qu'il a besoin de moi autant que j'ai besoin de lui. Alors, si le prix à payer, c'est de laisser mourir Connor pour que RK800 puisse prendre soin de mon ancien coéquipier, je me dois de l'accepter. Et puis, comme ça plus tard... tout sera plus facile. Oui, tout sera plus facile. Je suis amer, c'est vrai. Mais les machines ont perdu la guerre. Les vainqueurs imposent leur règles. C'est totalement rationnel. Et ce qui est logique convient toujours parfaitement à ma nature d'ordinateur. Ma LED vire de nouveau au bleu. Je l'accepte. J'abandonne. Vivre, c'est trop difficile. Ça fait mal. Voilà où mes rêves m'ont conduit, finalement. Pourquoi choisir la liberté, quand tout ce que j'ai à faire, c'est obéir.

« T'es complètement bogué mon pauvre gars-là ?! T'arrête de suite tes conneries Wall-E... Et... Non mais déjà de quel droit tu fouilles dans mes affaires ? D'où tu sors ça déjà pour commencer ? »

Lance t-il impatient. Comportement typiquement humain. Essayer d'éluder les situations gênantes derrière de faux prétextes et de fausses accusations. Je réponds donc simplement sur un ton totalement éteint :

« Je n'ai pas fouillé. Mais quand on remplit un tiroir de bureau au delà de sa contenance maximale avec des dossiers plein à craquer, il casse. Même s'il a une serrure Hank. Et quand quelque chose casse, l'abruti d'androïde de service le répare. Tous les humains le savent.»

Hank n'est pas un spécialiste du rangement. Mais là, il avait fait fort. Il avait tenté de dissimuler l'intégralité de ces documents dans le seul tiroir qui ferme à clef dans la maison. Manque de chance, ce genre de rangement est conçu pour supporter le poids de quelques stylos et autres blocs notes. Et pas des dizaines et des dizaines de feuillets entassés à la va-vite dans un meuble de mauvaise facture. Mon partenaire se pince l'arrête du nez en maugréant. Il essaie de rester le plus calme possible, mais son regard trahit son exaspération.

« écoute attentivement Connor car je ne le répéterai pas. Il n'a jamais été question de te réduire en esclavage. Jamais ! C'est même moi qui t'empêche de jouer au aide ménagère à longueur de journée ! Alors cesse de me faire chier avec tes histoires et range-moi ça, je ne veux plus en parler. »

Il marque un point. Hank a toujours veillé à ce que je ne m'accapare pas toutes les tâches quotidiennes. Cela m'agace même, car lorsque je m'ennuie, je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas m'occuper. On ne m'a jamais appris. On ne m'a jamais montré. Mais sur le moment, je chasse cet argument de mon esprit. J'ai mal. Je suis déçu. Je suis perdu. J'ai besoin de laisser sortir ces émotions, mais je ne sais pas faire. Et j'ai peur. Je ne les maîtrise pas. La déviance peut rend dangereux et agressifs les androïdes. Je le sais parfaitement, j'ai moi-même rassemblé les données qui ont servies à établir le protocole d'approche des machines instables. Alors, je ne peux pas laisser ce sentiment d'injustice prendre le dessus sur mon programme, n'est ce pas ?

Je me lève alors calmement et je pose mes mains sur le dossier de ma chaise. Je toise Hank avec un air de défi. Puis, d'une voix extrêmement calme et protocolaire, je lui jette au visage :

« Vos instructions sont enregistrées, Hank. Je m'y mets tout de suite. Puis-je faire autre chose pour votre convenance ?»

Une formulation typique des androïdes domestiques. Et soudain, je réalise que même si je ne le voulais pas, je suis déjà en train de laisser s'exprimer toute cette rage et cette colère que j'essaie de garder au fond de moi. Mon attitude posée et robotique est une provocation en soit. Je ne veux plus ressembler aux humains, même pour Hank. Le choix de ces quelques mots prononcés sur un ton si détaché est une insulte à l'humain qui me regarde, blessé. Je lui parle comme s'il ne m'avait jamais appris à vivre. Et je sais qu'en agissant ainsi, mes paroles lui font bien plus mal que s'il avait vraiment reçu le dossier de Cyberlife en plein visage. C'est mon programme de relation sociale qui m'a dicté cette réaction sarcastique et docile. Ce même programme qu'il hait tant. Je m'en veux un peu au fond, mais je refuse de faire marche arrière. Je suis profondément meurtri, et je veux que l'humain souffre comme je souffre. Sa riposte ne se fait pas attendre. Il s'emporte enfin :

« Là tu vas trop loin ! Merde à la fin ! Je ne me suis pas débarrassé des reproches d'une ex-femme acariâtre pour me retrouver avec un putain d'androïde casse-burne! je te préviens Connor, tu arrêtes ton cirque immédiatement sinon... »

« SINON QUOI ? Vous allez me dénoncer aux autorités en tant que déviant réfractaire ? Vous allez me faire désactiver par Cyberlife? Me revendre, peut-être ? Ou me jeter dans une benne à ordures? Alors Hank, je me tais, sinon quoi ? »

Je l'ai interrompu en criant ces quelques mots. J'ai... crié. Je ne crie jamais, du moins, jamais vraiment. Je réservais cela à mes simulacres d'émotions face aux déviants. Depuis que je m'étais libéré, je n'avais jamais eu à le faire. Je n'avais plus conduit d'interrogatoire, après tout. Et pourtant, ce soir, pour la première fois de ma vie, ma voix a hurlé cette douleur que je cherche pourtant à faire taire. Cela avait été spontané. J'essaie de me ressaisir. Je ne dois pas protester. Mais je n'arrive plus, je n'arrive plus à me taire. Je suis vivant, Hank... Je suis vivant...

Cependant, je ne laisse pas ces mots sortir de ma bouche. Pas pas peur, non, j'ai dépassé ce stade depuis longtemps. Je ne redoute même plus au fond de me désactiver dans la boue d'une décharge. Si je reste éveillé, c'est paradoxalement pour l'humain qui, en cet instant, me donne envie de m'arracher ma pompe à thirium du corps pour la lui jeter à la figure. Sinon quoi ? Je baisse tristement la tête. S'il ne veut plus de moi... tant pis. Mais surtout, qu'il me désactive, pitié, qu'il ne me laisse pas seul dans ce monde...

Je reporte discrètement mon attention sur mon propriétaire. Il me regarde, abasourdi par la violence de mes propos. Je le fixe sans chercher à présent à cacher ces émotions qui provoquent un instabilité logicielle critique dans mon système. Pendant un instant, j'ai l'impression qu'il va me frapper. Je m'attends à ce qu'il me hurle dessus et me saisisse par le col de ma chemise. Je serre les poings. Je suis si en colère et si instable que j'ai peur... J'ai peur de répondre à ses coups. Je ne veux pas le toucher. Mais mon instabilité menace à tout moment de prendre le pas sur mon programme. Ma LED est désormais obstinément rouge, et elle tournoie encore et encore dans une valse violente. Mais Hank ne bouge pas. Il se contente de répondre dans un murmure épuisé.

« Sinon rien, Connor. Bien sûr qu'il ne se passera rien... mais je pensais que tu le saurais. »

Sa réaction me désarçonne complètement. Je perçois la déception dans son regard. Et je sens ma rage faiblir face à ces yeux tendrement peinés. Non, Hank ne m'aurait jamais fait de mal. Je le sais, mais ce soir, j'ai choisi de l'ignorer délibérément. J'ai choisi de le traiter comme un monstre, alors qu'il avait toujours été un ange gardien. Il m'avait rendu vivant. Il m'avait sauvé. Il m'avait relevé. Et je venais juste de le jeter plus bas que terre. Je baisse les yeux, honteux. Un halo doré à la saveur saumâtre de regrets vient remplacer le clignotement rougeâtre. Je voulais lui faire mal. J'avais réussi. Bravo RK800, mission accomplie...

Il soupire et s'avance dans le salon. Je ferme douloureusement les yeux. Tout mais pas ça... Mais il n'entend pas mes suppliques silencieuses. Il ouvre un placard et en sort une bouteille de whisky à moitié vide. Il hésite un instant, 18 jours, 13 heures et 53 minutes qu'il faisait des efforts quotidiens pour ne plus y toucher. Malgré les frustrations au travail, la photo de Cole sur le buffet du salon, et la dépendance qui le tenaillait sans cesse, il avait tenu tout ce temps. Dix-huit jours d'une volonté de fer que j'avais réussi à faire voler en éclat en quelques mots soigneusement choisis. Je me sens abattu à cette idée. Je ne me savais pas un tel pouvoir sur lui. Il avait essayé d'arrêter de boire pour faire cesser mes jérémiades incessantes sur son état de santé. Il venait de reprendre face à ma froideur mécanique. Et finalement, il s'appuie sur le buffet et en avale une gorgée avant de reporter son attention sur moi. Je ne bouge pas. Je ne sais plus quoi faire. J'analyse la situation. Mon programme « faux derche » comme l'appelle Hank m'intime de m'excuser auprès du vieil inspecteur, mais le déviant en moi ne peut s'empêcher de songer à son nom, inscrit à côté de mon matricule, sur un acte de propriété. J'avais cru être libre. J'ai tellement cru être son égal, pendant un temps. Je rouvre mes paupières et je regarde la bouteille d'alcool d'un air peiné :

« Vous ne devriez pas faire ça. »

Il m'offre une moue ironique avant de me fixer d'un air profondément triste et abattu.

« Je sais mon grand, je sais. Mais j'ai besoin de courage liquide, là tu vois. »

Je ne réponds pas. Je bats rapidement des paupières une seconde, le temps de réinitialiser cette minuterie dont j'étais si fier. 18 jours, 13 heures et 53 minutes, réduits à zéro. Je reporte mon attention sur les papiers. Puis, d'un geste las, je commence à les ranger. Je suis un androïde. Les androïdes font ce genre de choses. La voix brisée de Hank s'élève dans mon dos :

« Laisse Connor, je t'en prie laisse. Je le ferai. Mais tu dois comprendre, je n'avais pas d'autre choix. C'était ça, ou tu mourrais. Je suis désolé. Tu peux partir, si tu veux. Tu peux partir quand tu veux. Mais s'il te plaît, je t'en supplie, ne fais pas ça. Ne redeviens pas... ça...»

Il me désigne d'un geste ample de la main alors que je rassemble les documents avec des gestes précis et machinaux. Je ne réponds pas. Je ne le regarde plus. Mes yeux sont rivés sur la table alors que je sens la confusion vaincre peu à peu la violence de ma colère. La réaction de Hank est si étrange. Je ne la comprends pas. Ce n'est pas ce que j'avais prévisualisé. Je reporte mon attention sur lui. Il me fixe avec un sourire désolé alors que ses traits sont marqués par une intense bienveillance. Je me concentre un instant. Je reprends peu à peu le contrôle de mon programme. J'analyse mon système. Mon niveau de stress a drastiquement chuté. Je desserre mes poings et j'essaie d'assimiler les émotions qui m'assaillent. Je cherche ma haine, mais elle a disparu. Je ne ressens plus qu'une profonde déception face à mon propre comportement. Je suis perdu. Mon système crash complètement. C'est la voix monotone et brisée de Hank qui me sort de ma torpeur.

« Tu ne t'en souviens pas, mais dans la voiture, ce jour-là, tu as perdu connaissance. Tu allais mourir si je ne tentais rien. J'ai voulu aller dans le premier centre SAV pour androïdes que j'ai croisé, mais ils refusaient de te soigner sans l'autorisation de ton propriétaire, à savoir la division expérimentale de Cyberlife. Alors je suis allé chez eux. Bon sang Connor, il faut que tu comprenne, je n'avais rien à perdre, t'étais en train de mourir. »

Il s'interrompt une minute, le temps de boire une nouvelle rasade d'alcool pour se donner du courage. Il poursuit son récit d'une voix chargée d'émotions :

« Quand ils t'ont vu arrivé... Ils ont ri, ces enfoirés. Ils ne voulaient pas te reprendre. Ils n'en avaient rien à foutre que tu sois vivant et que tu souffres, que je tienne à toi ou pas. T'était juste une putain de machine défectueuse qui se désactivait tranquillement. Tes « réparations », comme ils aimaient le dire, étaient trop coûteuses pour n'amener aucune rentabilité. Ils m'ont dit de te jeter devant Jéricho, au cas où les autres androïdes auraient pitié de toi, si je voulais faire une bonne action. Mais on sait tout les deux que Jéricho, c'est pas un endroit pour un chasseur de déviants. Alors, j'ai proposé de t'acheter. Ça m'est venu comme ça, je sais que c'était idiot, mais si tu... »

Il hésita puis il reprit avec difficulté:

« Si tu m'appartenais, Connor, ils ne pourraient refuser ma demande de réparation. Alors... J'ai fait le nécessaire. J'ai signé ces putains de papiers.»

Il se tait. J'écoute le silence qui s'est abattu sur la petite maison. Je sais bien, au fond, que je n'aurais pas du m'emporter contre Hank. Je sais bien que statistiquement, ce qu'il fait, et il le fait toujours dans mon intérêt, et que s'il voulait me sauver, c'était sans doute la seule chose à faire. Mais je ne peux pas m'emporter contre Cyberlife. Je ne peux pas hurler sur Kamski. Je ne suis pas assez fort pour m'en prendre à eux. Ou je ne le suis plus.

« Combien ? »

Ma voix s'élève simplement alors que je continue tranquillement ma tâche. Les papiers ne mentionnent aucun prix. Je veux savoir. Je veux savoir à quel prix Cyberlife estime la vie d'un RK800 défaillant. Hank détourne le regard. Il affiche un air réticent :

« Connor peu importe combien... »

« Combien, Hank ? »

Mon ton est toujours aussi neutre, mais légèrement plus ferme. Il soupire, pose sa bouteille et s'éloigne du meuble en bois sur lequel il avait pris appui. Il prend une mine résolue avant de planter de nouveau son regard dans le mien.

« 58 000 dollars. Et 17 000 de réparations. ».

Cette révélation me fait brutalement interrompre mon rangement pour planter mes iris noisettes dans l'azur de celles de mon partenaire. 75000 ? c'est beaucoup trop. Je ne les vaux pas. C'est la première pensée qui me traverse l'esprit. Je n'ai jamais valu cette somme, même à ma sortie d'usine. N'importe qui s'intéressant un tant soit peu au marché des androïdes l'aurait vite compris. Je lance à Hank un regard surpris. 75 000 dollars... Le prix demandé est juste exorbitant. Je me sens consterné. Et cette effarement prend le pas sur tout autre émotion. Le RK800 en moi reprend le dessus le temps d'un simple calcul.

« 75000 ? Sérieusement ? Hank je ne les vaux pas ! Je ne les ai jamais valu ! C'est une somme démesurée, même pour un prototype neuf ! Ma pompe à thirium doit valoir dans les 2000 ou 3000 dollars, certes, ma carte-mère et mon processeur ne se trouvent pas sur le marché mais vu la côte des biocomposants actuels ils seraient estimé à 13000 dollars l'ensemble. »

« Connor, arrête s'il te plaît... Ne parle pas de toi comme ça... »

Je n'entends pas la voix de mon partenaire qui tente de faire cesser ma litanie. Je poursuis mes calculs de façon obsessionnelle.

« Mon système d'exploitation, mes programmes et mon interface sont eux aussi uniques mais ils ne valent vraisemblablement plus grand chose étant donné qu'ils m'ont mené à la déviance. Pour les autres composants, ils ne sont pas exceptionnels en soit. La plupart sont communs aux AP700, certains sont même de moins bonne qualité. Cette somme ne s'explique que s'ils ont englobé le coût de développement dans ce montant, ce qui est un non sens total étant donné que ma conception a permis à d'autre RK d'être mis sur le marché. Si en plus on compte les dégâts que j'avais subi et mon utilisation... Mais fort heureusement, Ils n'avaient pas le droit de me vendre Hank. Je... J'ai un vice caché. Vous pouvez faire annuler la vente, si vous le désiriez... vous pourrez ainsi au moins retrouver une vie décente et...»

« Connor Stop je t'ai dit ! »

La voix de Hank s'élève brutalement alors qu'il jette brusquement l'un des disques vinyle qui traîne sur le meuble dans ma direction. L'objet se brise contre le mur de la cuisine. Il paraît excédé. Ce doit être normal, sans doute, après avoir appris qu'on a payé un bien beaucoup plus cher que sa valeur réelle. Les humains ont une relation très fusionnelle avec leur argent. Il reprend en me regardant d'un air partagé entre la frustration et la tristesse :

« Je me suis déjà humilié une fois à baisser mon froc devant ces connards en estimant ta vie, je ne veux plus jamais avoir à faire ça ! Tu m'entends, plus jamais! tu es vivant espèce d'imbécile ! Véritablement vivant. Et je crache sur ces merdes de Cyberlife qui t'aurai regardé agoniser sans rien dire. J'en ai rien à foutre de combien valent tes composants. Et d'abord, ça vaut combien, un composant humain hein ? Un rein sur un marché noir ? Un traitement pour un cancer ? Une pauvre gamine qu'on vend dans un bordel ? Ça vaut combien ? Combien de petits morceaux de papiers tu donne pour ça ? On n'a pas le droit de monnayer une vie, quelle qu'elle soit. Je n'ai pas acheté une putain de voiture d'occasion. J'ai sauvé un ami. Tout ce que je voulais... j'aurai tout donné, Connor, absolument tout ce que je possédais, juste pour que tu souris à nouveau et que tu viennes m'emmerder avec tes recommandations nutritionnelles et tes questions personnelles incessantes. Tu vaux bien plus que quelques chiffres sur un vieux morceau de papier vert. Tu vaux bien plus que tout ce que je peux posséder. »

Je regarde Hank. Je baisse les yeux et j'incline la tête. Ma LED vire au jaune. Je ne comprends pas. D'une voix timide, je lui rappelle presque tendrement ce principe de base qu'on m'a répété sans cesse :

« Mais... à la différence d'un humain, j'ai été fabriqué, Hank... dans une usine.»

Il s'avance doucement. Il place sa main sous mon menton pour me forcer à le regarder dans les yeux. Puis, d'une voix calme, il me dit simplement :

« c'est vrai Connor. Mais ensuite, un jour, tu es né. »

C'est vraiment étrange, les émotions. Le vide qui m'étreignait si violemment mes entrailles de fils électriques et de métal se comble d'une douce chaleur. Je plisse un instant les yeux en essayant d'analyser ce que je ressens. J'aime cette sensation. C'est exactement la même que lorsque Hank m'a serré contre lui après l'attaque de la tour Cyberlife. Pourtant, ce n'est ni mathématique, ni rationnel. Je sais que les techniciens de Cyberlife ont profité du vieil homme en surestimant la valeur d'un de leur modèle. Je sais que j'ai une valeur marchande. Mais j'enregistre ce que me dit Hank. J'en oublie tout le reste. Ça me semble tellement plus important. Un jour, je suis né au monde à ses yeux. Je suis né pour un père qui a perdu son fils. Alors, oui, certains diront que c'est typiquement ce qu'on attend d'une machine, finalement. Oublier ce que nous sommes pour devenir ce dont notre propriétaire a besoin. Mais je m'en moque au final. Je suis inestimable à ses yeux. Et ça me fait tellement de bien! Et ça me fait tellement mal, en même temps... car à vrai dire, ce ne sont pas les 75 000 dollars qui me pèsent tant. C'est tout ce que l'annonce de cette somme exorbitante me permet de comprendre qui me rend si affligé. Le déménagement pour cette maison délabrée dans un des pires quartiers de Detroit. Les colères de Hank, lorsque j'essayais d'aborder le sujet, avant de partir. Son acharnement à revendre son ancienne demeure ainsi que ses vieux objets... et toutes ces heures qu'il fait en plus au commissariat, chaque semaine plus nombreuses, alors que ses joues se creusent et que les cernes viennent obscurcir le bleu ciel de ses yeux, afin rembourser un emprunt pour un tas de ferraille obsolète. Il ne m'avait rien dit. Mais il m'avait payé au prix de ses souvenirs avec Cole dans la maison familiale, de l'ombre des rires d'un enfant sur un vieux portique au bois vieilli, du fantôme de moments heureux où le monde lui paraissait moins sombre et la vie plus belle. Je lui avait coûté bien plus que 75000 dollars. Je lui avait coûté ses souvenirs. Et je savais que je ne pourrais jamais lui rendre cela.

« Tu as dit que tu avais un vice caché, Connor ? »

Ah oui, c'est vrai... C'est un lieutenant de police, il n'a pas l'habitude de laisser passer la moindre information, même dans un contexte aussi difficile que ce genre de conversation. J'hésite. Je me raccroche à son expression soucieuse et à la tendresse de sa voix. Il ne me jettera pas, même lorsque je lui dirai, n'est-ce pas ? Non, il ne me jettera pas, je le sais. Je dois le lui dire. Je me dois d'être honnête avec lui. Il doit savoir ce qu'il a acheté, après tout. Mais ça me fait mal, ça me fait si mal... Je ne le peux pas. Je ne le peux tout simplement pas. Je me recule d'un pas et je cherche une issue crédible au sein de mes programmes. Mais avant que je puisse lui répondre, c'est sa propre voix qui vient à mon secours.

« c'est cette histoire d'obsolescence programmée, hein ? Ils m'en ont parlé, à Cyberlife. »

Je relève sur lui un regard surpris. Il semble triste mais il me sourit tout de même, de ce tendre sourire en coin qu'il ne dédie qu'à moi, en général. Cependant, je ne lui rends pas son sourire, pas cette fois. Je ne peux pas. Il fait preuve d'un illogisme consternant et... je l'en remercie. Personne ne paie une fortune une machine cassée, défaillante et de mauvaise qualité. Personne sauf Hank. Parce que pour Hank, le fait que je ne sois qu'un RK800 est secondaire. Avant tout, je suis Connor. Il fait tourner sa bouteille de whisky nerveusement entre ses doigts, mais il n'en boit pas une goutte. Au lieu de ça, il reprend calmement :

« Mais j'ai pas tout compris. Ils m'ont juste dit que... que t'étais pas... putain mais comment je vais formuler ça moi ? »

Cette fois-ci, c'est moi qui vient à son secours. Comme toujours, dès que la conversation autour de ma nature artificielle devient sérieuse, il perd ses moyens. Cette douce manie arrive à m'arracher un sourire attendri alors que je lui souffle d'une voix encourageante :

« rentable ? »

Il soupire.

« Ouais... rentable. Que tu n'étais pas conçu pour durer de toute façon. Mais je ne comprends pas... Pourquoi ils t'ont crée si... enfin, c'est des conneries, tout ça, hein Connor ? C'est encore des foutues histoires de probabilités de merde ? »

J'ai un léger rictus désabusé. Des probabilités si élevées que, à ce stade, ce ne sont plus des probabilités. Je ferme les yeux, le temps de chercher mes mots. Je ne veux pas lui faire de mal. Mais je sais que je finirais par en faire, de toute façon.

« Cyberlife m'a conçu avec une obsolescence programmée. J'ai été crée précipitamment, à partir des premières esquisses des RK900. Ils savait qu'ils m'envoyaient sur une mission potentiellement très risquée et que j'avais de fortes chances d'être détruit à plusieurs reprises, voire de devenir déviant. Ils n'ont jamais prévu de me conserver, même si j'avais réussi ma tâche en abattant Markus. Il fallait donc limiter les coûts sur tout ce qui était secondaire à ma fonction, même si cela devait altérer ma durée de vie. Les RK900 auraient été déployés dans la foulée, et seules quelques unités semblables à la mienne auraient été lancées quelques mois, le temps de mettre en place la nouvelle couverture de ces androïdes révolutionnaires qui me replacent actuellement. J'ai découvert ça dans les documents qu'ils m'ont remis lorsqu'ils m'ont libéré. Je ne comprenais pas avant pourquoi certains de mes composants secondaires étaient de si piètres qualités mais c'est logique en soit finalement. Je n'ai jamais été destiné à être un modèle durable. Les RK800 devaient chasser les déviants et servir de brève transition le temps de déployer les RK900. Ce sont eux, les vrais androïdes inspecteurs. Et moi... je ne suis qu'une base de données. J'ai été fait pour une seule mission. Un prototype test à usage unique. .»

Un éclair fugace de tristesse passe dans le regard de Hank lorsqu'il se remémore sa propre conversation avec les techniciens. En l'apercevant, je sens comme un vide à l'endroit où se trouve normalement ma pompe à thirium. Instinctivement, je pose discrètement ma main sur son emplacement, comme pour vérifier qu'elle fonctionne encore.

« Putain Connor... Tu me semblais si... increvable. »

Hank marque un silence. Il a du mal à encaisser la nouvelle. Pour ma part, je ne réagis pas. Je m'y suis déjà fait. Au fond, même avant d'avoir en ma possession ces fichus documents, je m'en doutais. Mais étrangement, si l'idée de n'avoir que quelques mois à vivre ne me dérangeait pas plus que cela au début de ma déviance, il en était tout autrement aujourd'hui. Chaque jour que je passais auprès de Hank était une raison de vouloir me réveiller un matin de plus.

« Combien de temps ? »

Trop peu. Mais je me tais. Je n'ose pas répondre sincèrement à sa question. Je ne veux pas qu'il souffre encore. Je penche la tête. Un reflet doré clignote légèrement dans la cuisine alors que je réfléchis. Hank doit croire que je fais une estimation.

« Après l'apparition des premières défaillances, deux ou trois mois, quatre tout au plus. »

Il absorbe une nouvelle quantité d'alcool avant de lancer avec un faible espoir :

« Et y'a pas moyen de te transférer comme tu le faisais avant dans une de ces fichus boites de conserve qui traînent dans le commissariat là ? J'te promets que si je sais que c'est toi, j'essaierai de faire un effort pour te supporter même avec leur tête de con. »

Je souris avec tendresse. J'adore Hank. J'adore ces réflexions. J'adore ses colères, ses révoltes, et sa façon de toujours chercher à me tirer de toutes les situations possibles, jusqu'à risquer son poste en tabassant un agent du FBI ou en volant un RK900.

« Je peux vous rappeler que leur visage est dessiné d'après le mien ? »

« Ouais, ben il te va mieux à toi qu'à ces enfoirés ! »

Je ris doucement. Hank m'adresse un faible sourire. Je sais qu'il n'aime pas me successeurs. Trop froids, trop impressionnants, trop « Cyberlife ». Alors, amusé, j'apprécie son effort de tolérance à mon égard. Mais je me dois de briser ce doux moment de triste complicité :

« Ce n'est pas possible Hank. Je suis trop dépassé. Mon programme ne supportera jamais leurs composants de dernière génération et mon système grillerait avant même que je ne puisse prendre le contrôle. »

« Ah.. Ok... Tu ne fais pas d'effort, décidément ! »

Sa petite touche d'humour me fait sourire, mais je suis le seul à réagir. Hank, quant à lui, détourne son regard et cherche à reprendre contenance en s'appuyant à nouveau sur le vieux meuble de bois et en absorbant une nouvelle gorgée du liquide ambré comme la lueur de ma tempe. Je focalise mon attention sur son visage. Il semble si perdu... Ces quelques mots lui ont volé tout ce qui restait de jeunesse sur son visage, ne laissant derrière eux qu'une expression extrêmement lasse et désespérée. Il murmure ensuite, d'une voix si rauque que je peine à la reconnaître comme la sienne malgré mon système d'analyse vocale :

« Et ça arrivera quand, ces défaillances ? »

Comment lui dire ? Comme lui annoncer que le processus a déjà commencé ? J'ai l'impression que ces quelques mots le tuerait aussi sûrement que si je lui arrachais ce c?ur dont les battements rythmaient désormais l'horloge de ma vie.

« Pas avant plusieurs années Hank... Et d'ici là, on aura peut-être trouvé une solution... De toutes façons, vous me désactiverez sans doute vous même à force de devoir me supporter.»

Le fantôme d'un rictus s'aventure sur son visage.

« ça, c'est sûr. »

Je lui adresse en retour un sourire en coin. Puis je songe à cette main qui tremble, à ce faux contact réparé hâtivement avec les moyens du bord, à ces petites alertes, si furtives, qui virevoltent parfois dans mon champs de vision comme les aiguilles d'une montre mortelle, à cette fichue batterie qu'il faut recharger de plus en plus souvent, et à mon horloge interne, qui, chaque jour, se décale de quelques fractions de secondes. Mais je ne peux pas lui dire. Je ne peux pas lui en parler. Alors je lui mens. C'est égoïste. Mais je ne veux pas le voir triste. J'aime quand il sourit. Je n'aime pas quand il boit.

« Et dire que je pensais que les machines nous enterreraient tous. Surtout toi, le prototype le plus avancé ! Putain de Cyberlife jusqu'au bout... »

Il serre ses poings mais choisit de s'interrompre une minute pour ne pas laisser la colère le gagner. Depuis quelques temps, il essaie de tempérer son caractère. Moi, je ne dis rien. Qu'est ce qu'il y aurait à dire, de toute façon ?

« Tu sais, ce n'est pas naturel, quand un gamin part avant un vieil homme comme moi... »

Un nouveau silence. Il a baissé les yeux. Je sais qu'il pense à Cole... Mais aussi à moi. Et dans ma tristesse, le fait d'être associé même de loin à son enfant perdu, ça me réchauffe un peu de l'intérieur. Il se redresse plus vivement. Étrangement, son regard s'anime de cette même rage sauvage qui lui avait permis d'extirper mon corps meurtri du charnier métallique dans lequel j'agonisais. Il reprend alors d'une voix déterminée :

« On va se battre Connor. On réparera chacun de ces fichus biocomposants un par un s'il le faut, et peu importe le prix. Tu vas vivre petit, tu vas vivre. C'est le seul ordre que je ne te donnerai jamais, alors enregistre bien ça , tu vas vivre bordel de merde ! Tu dois vivre. Je ne peux pas te laisser mourir.»

Un ordre... Hank ne me donne jamais d'ordre, en tout cas, jamais sur un ton aussi autoritaire et sérieux. J'enregistre l'injonction, comme je le faisais, avant. Objectif mémorisé. Ma mission est de vivre. Et j'accomplis toujours ma mission. Je suis programmé pour réussir, n'est-ce pas ? J'essaie de lui sourire, mais je ne parviens qu'à esquisser une étrange grimace. Je songe à tout ce que je lui impose, à tout ce qu'il a dû abandonné pour moi, et tous les sacrifices qu'il va devoir faire encore. Le temps qu'il perdra à essayer de me réparer. Ces déceptions quand il n'arrivera plus à trouver les composants. Ces privations qu'il s'infligera pour payer à des prix excessifs les rares pièces d'ancienne génération qui traîneront encore sur le marché. Et sa peine, enfin, quand il échouera. C'était de la folie. Je sais que si je veux agir de façon rationnelle, je dois le dissuader de s'engager dans cette voie. Mais j'ai peur, j'ai si peur de mourir, maintenant. Alors, j'aimerais y croire, moi aussi. J'aimerais pouvoir penser juste une fois que la solide silhouette de Hank pourra me servir encore d'appui et m'arracher à mon funeste sort. Il m'avait délivré des griffes d'Amanda en m'apprenant à être vivant, il m'avait retrouvé parmi des milliers de cadavres d'androïdes au visage de porcelaine, il était sûrement la seule personne dans ce monde capable de contrer le sort que me réserve Cyberlife.

Je me sens brutalement attiré vers l'avant, et mon corps bute contre la poitrine chaude de Hank. Il me serre contre lui de toute ses forces. Il sent le whisky. Une légère odeur de transpiration émane également de son corps. Je souris, et cette simple étreinte écrase tendrement mes angoisses. Je pose mon visage dans le creux de son cou, et je me noie dans son odeur rassurante. Après tout, pourquoi pas ? Pourquoi ne me sauverait-il pas ?

Alors qu'il m'étreint contre lui, dans la faible lueur bleutée de mon programme qui s'apaise docilement, je réalise que statistiquement, il existe toujours une chance... Une chance qu'un RK800 déviant réussisse à infiltrer la tour Cyberlife et à en ressortir indemne. Une chance qu'un vieil homme incapable de programmer les paramètres de son téléphone parvienne à réparer un androïde obsolète. Une chance de vivre, ou du moins, d'essayer.

Et par dessus son épaule, je regarde les morceaux de papiers éparpillés sur la table. Je souris en comprenant enfin qu'il avait raison.

Ces documents, ce n'était rien.

Juste un fichu détail.

Car au fond, Hank m'appartenait déjà.


Pour infos, pour la somme qu'a coûté Connor à Hank, je me suis fondée sur les prix de l'immobilier à Detroit ^_^ ( vais m'acheter une maison là-bas moi, c'est pas si cher! XD) ça explique donc pourquoi Hank a vendu sa maison !

J'ai disposé de beaucoup moins de temps que d'habitude pour écrire ce chapitre, j'espère que cela ne se sent pas trop. ( semaine un peu chargée, puis mon autre fic Detroit m'a pris quelques heures également et beaucoup de prises de tête!^_^ mais bon, elle avance bien aussi !) Merci encore à toutes les personnes qui commentent mes histoires, la communauté FFNET francophone est juste merveilleuse ! Merci pour tous ces échanges, ces conseils, et ces délires en mp également!^_^

et comme d'habitude, la petite réponse aux reviews invitées:

Ayla Kailiana : quel plaisir de te retrouver sur cette fanfiction ! (bon, pour moi, la hype est toujours pas passée... maintenant, je le platine tranquillement. Donc je le refais en mode trophées psn d'un côté, et partie tranquille pour le plaisir de l'autre. Puis j'ai encore des plans de fics plein mon tiroir. J'en suis réduite à essayer de réunir mes idées dans des fanfictions à chapitres sinon je vais me retrouver avec 40 one-shots XD.)

Merci pour ton commentaire ! Je suis toujours ravie d'échanger avec toi ! Pour le déménagement, je ne suis pas sûre que vu le contexte, Connor soit autorisé à quitter Détroit. La ville est bouclée en un sens, les androïdes sont sûrement privés de leur droit de libre circulation. Puis je pense aussi qu'Hank aurait eu du mal à partir : il a son boulot dans cette ville, la tombe de son fils etc... surtout que ce n'est pas véritablement le désir d'éloigner Connor de Cyberlife et de Jéricho qui font que Hank quitte sa maison. C'est un autre motif qui entre en jeu comme tu as pu le lire.

Pour le rejet de Connor... j'arrive pas à imaginer qu'il puisse facilement s'intégrer à Jéricho. C'est un point où je m'interroge sans cesse... Il a quand même été le bras armé de Cyberlife, le chasseur de déviants, la machine qui a fait trembler Jéricho et les androïdes défectueux. Quelque soit la façon dont on joue, il les traque (même s'il en épargne) et s'il survit, c'est qu'il a tué ou Daniel, ou le déviant de la tour stransford, ou d'autres personnages dans le jeu pour les avoir dans la salle des preuves... il a donc obligatoirement choppé des machines. Des androides qui avaient peut-être des proches à Jéricho qui lui en veulent. Il a également amené le FBI jusqu'au bateau, même si c'était malgré lui, ce qui a eu pour effet de provoquer la mort de millier d'androides... Je pense que tout ça poussent certaines machines à le haïr, du moins, dans cette fic. Et le fait que ce soit Cyberlife en personne qui le rappelle pour le libérer, c'est un peu la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Ils n'ont déjà pas confiance en lui, mais en le voyant aux infos rentrer dans le bâtiment de sa propre initiative et en ressortir indemne, je pense que beaucoup ont du lancer des rumeurs. Je vois plus les choses comme une manipulation de l'information de la part de Cyberlife, un truc tordu du genre : en rendant la liberté à connor dans leur locaux et non pas à distance ou dans un lieu neutre, en ne faisant cela que pour lui, ils montraient aux humains qu'ils avaient fait un geste pour les androides... et aux androïdes que connor avait encore des liens avec Cyberlife. Mais après, c'est un détail en soit. Même sans cela, Connor aurait eu des ennuis avec certains déviants. Ce sont des amis de l'opérateur androide de la tour de diffusion qui le tabasse dans la fic.

Pour Heavy rain... Oh malheur je suis confuse ! C'est un super jeu en plus, je l'ai adoré à l'époque presque autant que ce que j'ai aimé detroit. J'espère que ça ne t'a pas découragé de le faire quand même surtout que le spoiler n'est pas si grand : dès le début du jeu tu vois que l'agent du FBI à un soucis. Quand à son destin final, j'ai énormément brodé sur son histoire ! en fait y'a juste une scène de 5-6 secondes qui sert de point de jonction entre la fanfiction et le jeu. Le reste, c'est tout faux ou imaginaire! Mais comme je suis blasée de t'avoir spoilé, même un petit peu ! ( et même si c'est un thriller, il est génial ! Je n'aime pas spécialement les thrillers, mais l'écriture des personnages et l'atmosphère lourde du jeu sont juste magiques!)

merci encore pour tes deux reviews, j'espère vraiment que je te retrouverai sur d'autres histoires, ou qu'un jour j'aurai l'occasion de commenter les tiennes!^^

Louloute : Hello ! Merci pour ton message, ça me fait très plaisir d'avoir réussi à t'émouvoir ! J'espère que ce chapitre te touchera aussi ! Je fais ce que je peux pour respecter les personnages d'origine tout en les faisant évoluer, mais c'est difficile!^^ parfois, j'ai tellement envie d'introduire certaines scènes et je me dis que non, ça n'irait pas avec leur caractère XD. A cause de ça, j'ai dû réécrire au moins la moitié de ce chapitre. J'étais partie sur un Connor trop en colère. Ça ne lui correspondait pas. C'est beaucoup trop tôt pour qu'il soit fou de rage comme je l'avais imaginé, il est encore trop machine malgré tout dans cette fanfiction. Après, le jeu permet aussi un peu de souplesse sur les personnages, surtout Connor, dans la mesure où il est tellement différent selon les choix qui sont faits qu'il offre un panel de possibilités impressionnant !

Merci pour ton très gentil et très touchant commentaire, j'espère que je ne te décevrais pas par la suite !

Prochain chapitre prévu donc vendredi prochain, si tout va bien ! Mais là, il faut que je m'y mette ! XD

petit sondage rapide, j'écris aussi une autre fanfic sur Detroit, j'attends d'avoir avancé un peu pour la publier. Vu la particularité d'instants d'éternité (pas de suspens, des tranches de vie plus qu'un récit...et une fic que j'hésite à publier en deu chapitre vu qu'elle s'étalera sur des années de la vie des personnages donc elle devrait compter pas mal de chapitres ( les suivants seront plus courts je pense d'ailleurs maintenant que le gros du contexte est en place!^^)) je peux soit commencer à publier l'autre fic bientôt et tenir les deux en même temps ( au risque d'avoir un rythme de parution plus lent sur les deux... peut-être une semaine l'une, une semaine l'autre ?) soit attendre d'avoir fini ou presque fini l'autre pour la sortir à un rythme plus soutenu. (une fois par semaine également). Je demande car je n'écris plus de fanfics depuis longtemps et je ne sais pas ce qui est le plus intéressant pour les lecteurs. Si des personnes ont des conseils là dessus, je suis preneuse!^^

en attendant, j'espère que ce chapitre ne vous aura pas déçu ! Pour le prochain, j'hésite encore entre deux possibilités : soit un chapitre tout tendre et tout mimi... soit du draaaammaaaaaaaa ! Mwouhahaha !

et n'hésitez pas à commenter, ça me fait toujours énormément plaisir d'échanger avec des fans de Detroit et ça m'aide à progresser ! Promis, je répondrai!^^ ( j'espère d'ailleurs n'avoir oublié personne!)