Disclaimer : Les personnages de Final Fantasy 7 appartiennent à leurs concepteurs, je ne fais que les emprunter le temps d'une fiction.

Avertissement : cette histoire est une histoire annexe de « Trois papillons autour d'une flamme » inspirée par celle de Lunagarden.


Tels des plantes sur un sol désertique

Chapitre 4

- Kadaj, non ! Tenta de le retenir la voix.

L'adolescent fit la sourde oreille, il avait trop envie de voir ses frères, de savoir comment ils allaient. Son esprit s'élança vers eux.

Brusquement il découvrit Yazoo, effondré sur le sol non loin d'une maison en ruines. Tout n'était que ruines en vérité, aussi loin que porte le regard et cela inquiéta Kadaj. Pour lui ruines était synonymes de danger, Yazoo n'était pas en sécurité à cet endroit, et où était donc Loz ?

Les pleurs qui secouaient le corps mince de son aîné augmentèrent son inquiétude. Pourquoi Yazoo pleurait il ainsi ? Était il blessé ? Était ce à cause de l'absence de Loz ?

Brusquement l'attention de Kadaj fut attirée par un mouvement dans la limite de son champs de vision, tournant la tête il découvrit un homme qui approchait de l'endroit où se trouvait Yazoo.

Kadaj se tendit instinctivement en identifiant le turk rouquin. Un ennemi approchait de son frère et il ne pouvait rien faire.

Il essaya désespérément de renouer le lien mental, pour prévenir Yazoo du danger, mais en vain. Il ne pouvait qu'assister, impuissant, à la progression de l'homme aux cheveux rouges.

Yazoo ne semblait rien entendre ou s'en moquer totalement.

Il ne releva même pas la tête lorsque Reno s'arrêta près de lui, faisant peser son ombre sur le corps prostré.

- Reviens Kadaj, appela encore la voix, tu ne peux pas intervenir, ce qu'il va se passer doit se produire.

Un autre sursaut de révolte agita Kadaj. Il ne voulait pas accepter une chose pareille ! Il ne voulait pas voir Yazoo mourir ! Pas de la main de ce minable assassin !

- Vous ne pouvez pas laisser faire une chose pareille ! Vous ne pouvez pas le laisser tuer Yazoo ! Hurla t'il avec rage.

Un homme aux cheveux noirs et aux ailes blanches surgit brusquement à ses côtés et l'empoigna par la nuque sans pour autant lui faire mal.

- Maintenant cela suffit, tu rentres avec moi. Quand on te dit de faire quelque chose tu dois obéir. Déclara t'il d'un ton qui n'admettait aucune protestation.

Un autre homme aux cheveux noirs se matérialisa à leurs côtés peu après, plus jeune que le premier il n'avait pas d'ailes quant à lui.

- Voyons Angeal, inutile de t'énerver... nous sommes censés le ramener, pas en faire de la bouillie. Dit il d'un ton inquiet.

- Peut être que si je t'avais secoué un peu plus lorsqu'il était encore temps tu serais encore en vie. Répliqua le dénommé Angeal.

De sa position Kadaj vit une lueur de tristesse passer dans le regard bleu du plus jeune.

- Non... j'aurai fait exactement la même chose, c'était aussi cela l'héritage que tu m'as laissé. Murmura t'il.

Angeal se raidit et sa prise sur la nuque de Kadaj se relâcha quelque peu, l'adolescent en profita pour lui échapper et leur faire face.

- Vous êtes qui ?!

- Je suis Zack Fair, et lui c'est Angeal Hewley, nous sommes là pour te former un peu Kadaj.

- Me former ou me surveiller ? Cracha Kadaj avec méfiance.

Il constata avec dépit qu'ils étaient revenus à l'endroit étrange où il se trouvait un peu plus tôt et qu'il était toujours aussi vide, et aussi déplaisamment bizarrement blanc.

- Un peu des deux. Admit Zack avec un sourire amusé. Mais ne t'en fais pas, nous n'allons pas te faire de coups tordus, nous ne sommes pas comme tes précédents instructeurs.

- Je n'ai pas besoin d'instructeurs ! J'en ai déjà eu assez comme ça !

- Crois moi, on n'en apprend jamais assez, même après être mort. Je pensais comme toi avant de mourir, mais Angeal est venu me chercher et il m'a vite démontré que je me trompais. Il a été mon instructeur de son vivant et après que nous soyons morts tous les deux il a estimé qu'il avait encore beaucoup à m'apprendre. Je ne voyais pas trop l'intérêt de la chose au départ, mais comme tu le découvriras, il a du mal avec le mot non quand on essaie de le lui dire.

Angeal haussa un sourcil et esquissa une moue ironique.

- Il le faut bien lorsqu'on a un chiot hyper actif pour élève. Riposta t'il.

Zack grimaça.

C'était quelque chose qu'il avait découvert après être mort et avoir été récupéré. Son instructeur avait un certain sens de l'humour. Humour qu'il prenait visiblement plaisir à exercer à ses dépends. Il aurait bien aimé le voir en faire preuve avant qu'ils ne soient morts tous deux, et de préférence sur d'autres cibles que lui.

- Pas de chance pour toi, tu as été mon dernier élève et tu es le seul qui me reste. Sourit Angeal.

Zack hocha la tête en souriant lui aussi.

Kadaj les considérait avec un peu de perplexité. Il les trouvait particulièrement étranges ces deux là. Il y avait quelque chose entre eux qui ressemblait un peu à sa relation avec Loz. Mais pas exactement, c'était à la fois semblable et très différent, il ne parvenait pas à mettre vraiment des mots là dessus.

oOo

Dans les ruines Reno ne savait trop que faire, il avait tenu à inspecter cet endroit sans trop savoir pourquoi il éprouvait le besoin d'y retourner.

Il haïssait ce quartier, il s'était réjouit de sa destruction et pourtant, il ne cessait d'y revenir encore et encore, comme s'il ne pouvait totalement couper les ponts avec lui.

Il n'y avait pire prison que les souvenirs après tout...

Lorsque son regard avait accroché la silhouette vêtue de noir blottie devant la porte d'une des maisons partiellement détruites il avait cru que son cœur manquait plusieurs battements, ce qui avait probablement été le cas.

Il avait tiré son arme, l'avait assurée dans sa main et s'était avancé avec prudence. Il n'avait pas oublié la façon dont ce type et son frère s'étaient opposés à eux un peu plus tôt, les envoyant valser comme des gosses qu'ils n'étaient plus depuis longtemps. Même deux bombes n'avaient pas réussi à avoir raison d'eux.

Il s'efforçait cependant encore d'ignorer la petite voix qui lui soufflait que celui qui se trouvait là, recroquevillé sur le sol, n'était pas un inconnu, qu'il le connaissait très bien, trop bien même.

C'était quelque chose dont Reno ne voulait pas se souvenir, jamais. Qu'il avait serré ce corps tremblant entre ses bras des années plus tôt.

Celui qui s'était battu contre lui quelques heures plus tôt n'avait rien à voir avec le gosse dont il s'était occupé au cours d'une mission. Strictement rien, il n'était plus qu'un inconnu, un total inconnu, grand, mince et terriblement dangereux.

Et pourtant... sa mémoire le ramenait sans pitié aucune vers ces jours qu'il aurait tant voulu oublier.

(Flash back)

Reno avait vingt ans, et toute la hargne, toute la fougue de son âge, plus encore du fait de la profonde haine qui vibrait encore en lui. Cinq ans s'étaient écoulés depuis qu'il s'était sorti, seul et sans aucune aide, des griffes d'un proxénète décidé à le garder à jamais entre ses griffes, mais la haine viscérale qu'il ressentait au plus profond de son être n'avait pas faibli d'un iota.

Cinq ans que les turks l'avaient cueilli dans le trou à rats où il avait élu domicile après son évasion, capturé serait un mot plus juste en vérité. Il n'était alors qu'une bête sauvage haïssant le monde entier, il n'avait pas beaucoup changé depuis. Ils l'avaient lavé, enfermé et dressé, avec une patience admirable, tandis qu'il ne leur offrait en échange que coups et insultes, jours après jours pendant des mois.

Veld avait donné l'ordre que personne ne lève la main sur lui et avait été obéit. Pourtant Reno savait que bien souvent ceux qui étaient en charge de lui avant qu'il ne finisse par se calmer, avaient eu la tentation de le battre comme plâtre pour lui apprendre à vivre. Il avait tout fait dans ce but, multipliant les provocations, mais ils avaient tenu bon. Il avait fini par accepter, à contre cœur, de rester avec eux, il était nourri, logé, vêtu, il apprenait à se battre mieux, on lui avait même donné une arme au final, une fois qu'il avait consenti à cesser de tenter de se battre contre eux pour se battre avec eux.

Il ne leur faisait pas confiance, mais ils lui offraient ce qui se rapprochait le plus d'un endroit où il pouvait être en sécurité.

Pourtant, ce jour là, devant Tseng impassible qui venait de lui confier un ordre de mission dont il ne voulait pas, la méfiance de Reno lui revenait en force.

Veld était absent et Tseng venait de lui refiler une mission pourrie. Vraiment pourrie.

- C'est une blague ? Tu crois vraiment que je vais partir pour Costa del Sol dans le but de former un futur prostitué ? Cracha t'il.

- Un assassin qui se fera passer pour un prostitué. Corrigea Tseng avec patience.

- T'as qu'à y aller toi même ! Hurla Reno, tremblant de rage.

- L'ordre vient du président en personne, et il y est bien précisé que la mission est pour toi. Tu es le mieux placé pour l'accomplir.

Reno ne pouvait pas dire le contraire, cinq ans passé dans l'enfer de la prostitution lui avait permis d'apprendre tout ce qu'il y avait à savoir sur ce milieu, mais... devoir se replonger dans ce qu'il avait cherché à fuir et à oublier au cours des cinq dernières années et même avant...

C'était comme si ses supérieurs lui jetaient au visage qu'il n'était à leurs yeux encore qu'une putain et non un véritable turk.

Quelque part, c'était probablement le cas, pour certaines personnes il ne serait jamais rien d'autre qu'un prostitué, peu importait le nombre d'années qui s'écouleraient, ou le nombre de gens qu'il pourrait bien tuer.

- Reno, tu n'auras pas à laisser qui que ce soit te toucher, seulement à montrer à ton élève comment se faire passer pour tel. Pense que vous aurez une villa à Costa del Sol à votre disposition le temps de cette formation. Tenta de l'apaiser Tseng.

- Positivement merveilleux. Grinça Reno d'un ton qui était tout sauf convaincu.

- Reno, nous ne pouvons pas désobéir à un ordre du président. Soupira Tseng.

- Je sais, on est ses larbins. Grogna encore Reno. Mais depuis quand il a de l'intérêt pour les putes masculines ? Vu toutes les nanas qu'il se fait...

Tseng tiqua en entendant ces mots, parler en ces termes du président n'était pas une bonne idée et Reno n'était pas sans l'ignorer, mais une fois de plus le roux s'en moquait éperdument, il ne respectait rien ni personne.

- C'est un de ses amis qui désire qu'un spécimen qu'il a en charge soit formé en ce sens. Expliqua t'il.

Reno laissa échapper un ricanement.

- Compris, je vais me taper la formation d'un rat de laboratoire, tu aurais pu commencer par là. Ce n'est pas la même chose que si je devais former un être humain après tout. Bon, j'imagine que plus vite je serai parti plus vite je pourrai commencer à faire entrer quelques notions dans le crâne vide de leur spécimen.

(Fin flash back)

Reno frissonna au souvenir des mots qu'il avait prononcé ce jour là, se maudissant une fois de plus de les avoir employés. Celui qu'il avait traité de rat de laboratoire, de spécimen au crâne vide, n'en avait jamais rien su bien sur, mais il n'en avait pas moins honte. Parce qu'il avait tort, et que l'avenir le lui avait prouvé.

Tort de parler de la sorte, et tort d'accepter de faire la mission malgré le fait qu'il détestait devoir accomplir quoi que ce soit qui le ramène à ce qu'il avait fuit. Tort de croire que former un être né dans un laboratoire pour être un prostitué rendait la chose moins grave.

Mais il n'avait encore que vingt ans, il voyait le monde sous un angle déformé, et quelque part, il n'avait pas beaucoup changé depuis, mais la rencontre qu'il avait faite à Costa del Sol avait pourtant changé sa vie et son cœur.

(Flash back)

La maison de Costa del Sol se trouvait un peu à l'écart de la ville, surplombant une plage privée, un luxe qui arracha un sifflement ironique à Reno lorsqu'il le découvrit.

C'était une grande villa blanche, sur deux niveaux, simple en apparence, mais Reno repéra immédiatement tous les détails qui trahissaient la richesse des lieux. Le propriétaire avait les moyens.

Il eut un sourire amer en songeant qu'il n'y avait rien d'étonnant à ce que cette maison soit un temple de la richesse, elle appartenait sans doute au président de la Shinra.

Comme cela était prévisible quelqu'un vint lui ouvrit lorsqu'il se présenta à la porte. Un homme impeccablement mis qui jaugea son apparence d'un œil réprobateur.

Reno n'avait pas jugé bon de soigner son apparence, il venait pour former quelqu'un, pas pour une soirée mondaine et se moquait éperdument de l'opinion de l'employé de service.

- Où est mon élève yo ?

- Il vous attend sur la terrasse. On m'a chargé de vous dire qu'il avait quatorze ans et qu'on comptait sur vous pour faire de lui un véritable professionnel. Répondit le larbin d'un ton pincé. Si vous voulez bien me suivre, je vais vous montrer votre chambre avant de vous conduire auprès de lui, que vous puissiez poser vos bagages.

- Mes bagages sont très bien où ils sont et moi je peux trouver une chambre et une foutue terrasse tout seul. Répliqua Reno en laissant tomber ses affaires sur le sol de marbre et en se dirigeant vers la porte fenêtre qui se trouvait à quelques mètres de là.

Il ignora les protestations de l'employé et passa la porte en verre. Comme il le pensait elle donnait sur la terrasse.

Un seul des fauteuils de jardin était occupé, une tête aux cheveux argentés se tourna vers lui et un regard vert aux pupilles félines cligna avec angoisse en le voyant avancer.

Reno détailla le corps mince et délicat, à la peau terriblement pâle, qui se lovait craintivement sur le fauteuil d'osier. Il oublia immédiatement qu'il était en présence d'un rat de laboratoire.

Même s'il venait d'entendre que celui qu'il devait former avait quatorze ans il avait beaucoup de mal à le croire, l'adolescent qui se trouvait là semblait bien plus jeune, il lui donnait douze ou treize ans, pas d'avantage.

Il fronça les sourcils à la vue de la totale nudité du garçon, même si cela lui permettait de se faire une idée très précise de sa beauté et de la perfection de son corps souple, cela lui faisait remonter de bien mauvais souvenirs.

Tout en marchant il retira sa veste, la lança sur le fauteuil voisin de celui qu'occupait l'adolescent, puis il défit sa chemise.

Le garçon se recroquevilla un peu plus sur son fauteuil, comme s'il redoutait de voir Reno lui sauter dessus et le turk roux se demanda ce qu'il avait bien pu subir avant de lui être confié.

Se penchant vers lui il drapa sa chemise sur le corps tremblant puis retourna vers le larbin qui surveillait la scène depuis la porte fenêtre.

- Où sont ses vêtements ? Questionna t'il sèchement.

- Il n'en a pas. On m'a dit qu'il n'en aurait pas besoin pendant son séjour ici.

- Et moi je dis le contraire. Vous allez faire les magasins et me ramener de quoi l'habiller, prenez tout ce qui vous semblera nécessaire.

Il tira son portefeuille et le lança au larbin.

- Je vous conseille de ne pas oublier de me ramener toutes les factures et de ne pas essayer de m'arnaquer. Lança t'il avant de retourner vers son élève.

L'employé de la maison dédaigna de répondre. Il saisit le portefeuille au vol et se dirigea vers la sortie.

Reno reprit sa veste et la passa. Il se laissa ensuite tomber sur le fauteuil qu'il venait de libérer.

- Tu as un nom ?

- Yazoo... murmura l'adolescent en resserrant la chemise trop grande autour de son corps mince.

Reno lui tendit la main mais renonça devant le sursaut effrayé que cela avait entrainé.

- Enchanté de faire ta connaissance Yazoo, moi c'est Reno. Suis censé t'apprendre le métier, mais si tu veux pas, j'vais pas insister. Dit il. J'vais pas former un gosse de ton âge à des saloperies pareilles.

Il vit Yazoo commencer par rougir avant de devenir très pâle et le regarder d'un air angoissé.

- S'il vous plaît, vous devez m'apprendre, je dois absolument faire ce qu'ils veulent...

- Pourquoi donc ? Questionna Reno surpris par la réaction. Il s'était attendu que l'autre saute sur l'occasion pour échapper à ce qui l'attendait au contraire.

- Je n'ai pas le choix, si je ne le fais pas ils vont obliger Kadaj à le faire. Répondit Yazoo d'une voix tremblante.

- Qui est Kadaj ?

- Mon petit frère, il vient d'avoir dix ans... je ne veux pas qu'il soit obligé de devenir un assassin, Loz non plus...

- Loz ?

- Mon autre frère de douze ans.

- Tu as un jumeau ? Questionna Reno.

- Un jumeau ? Non, Loz a deux ans de moins que moi.

Reno ouvrit de grands yeux surpris, il ne parvenait toujours pas à croire que le garçon ait quatorze ans.

Yazoo esquissa un faible sourire devant sa surprise.

- Je sais, je ne fais pas mon âge... j'ai toujours été le plus faible de notre fratrie.

- Tu es vraiment curieux pour quelqu'un né en laboratoire.

- Je ne suis pas né dans un laboratoire ! Nous étions chez une nourrice mes frères et moi ! Parce que nos parents ne pouvaient pas s'occuper de nous... et puis on nous a mis dans un laboratoire. Je ne sais pas pourquoi...

Reno était de plus en plus surpris par ce qu'il entendait et apprenait. C'était une histoire des plus curieuses. Il ne savait pas encore comment il allait pouvoir faire, mais il était certain d'une chose, Yazoo n'était vraiment pas fait pour devenir un prostitué, encore moins un assassin.

Il n'y avait eu personne pour le sauver lui, mais il pouvait éviter que le jeune garçon aux cheveux argentés suive la même voie.

Cette idée était des plus séduisantes, lui qu'on avait laissé tomber, qu'on avait battu et dont on avait abusé, il allait leur prouver qu'il était bien mieux qu'eux. Il allait leur montrer qu'il valait quelque chose. Il allait relever la tête et faire en sorte que Yazoo n'ait pas à endurer les saloperies qu'on lui avait fait vivre.

A suivre