Alors avant de vous lancer dans ce troisième chapitre, un grand merci à Audrey. Ton comm' m'a fait tellement plaisir! Car comme toi, je venais de voir l'anime et je cherchais une histoire qui prolonge l'histoire que j'ai adoré. Je voulais une histoire un peu longue, complexe dans laquelle évolue les persos que j'ai adoré.
Surtout Levi, j'avoue... Mais qui n'a pas aimé ce perso!
Bref, je l'ai pas trouvé alors je me suis lancée :-)
Merci pour tes remarques, sur la cohérence des perso. ma marque de fabrique, c'est de changer d'alterner les points de vue et j'oublie parfois que le lecteur n'est pas dans ma tête!
Alors ce chapitre va faire la lumière sur mes persos. Un chapitre utile qui va permettre quelques révélations et de vous faire connaître mes perso et leur Cité. J'espère que vous les apprécierez.
Et cela dévoilera un brin l'intrigue...
Oh, je n'ai pas lu les manga, j'avoue que j'ai pris cette idée dans les bleach (avec les petits bonus de fin). Il y en aura d'autres! J'ai du mal à concevoir une histoire sans un brin d'humour. Pas toujours facile à trouver dans ce manga, mais c'est quand même possible parfois.
Chapitre trois
Deux mois plus tôt
Cité des Emeraudes
Alors que les portes du premier Mur qui entoure la Cité s'ouvrent, les soldats en ordre derrière leur Commandant, la tête haute dans leurs combinaisons noires, s'avancent dans la Ville.
Les badauds se sont rassemblés pour voir la faction des éclaireurs passer en acclamant ses membres qui rentrent d'une mission périlleuse dont ils n'ont pas vraiment compris les enjeux. L'allure martiale et fière des Hommes qui marchent dans l'ombre du Commandant Storms, droite comme un I leur rend l'espace d'un instant leur fierté perdue d'une Humanité forte qui prend son destin en main.
Un des hommes portant la discrète insigne de Lieutenant rompt les rangs et s'approche de son Commandant.
- Phil, j'espère que cette expédition en vaut vraiment la peine. Elle nous a coûté cher, dit-elle en tenant les insignes de ceux qui ne sont pas rentrés dans sa main crispée.
L'homme au visage buriné par le soleil et aux yeux noirs presse un peu plus les documents qu'il porte contre son torse, acquiesce gravement et reprend sa place après un bref salut.
La colonne de soldat traverse une à une les fortifications des Murs et pénètre enfin dans l'enceinte militaire la plus protégée de la Cité, l'ultime défense avant l'évacuation de la population civile vers l'Ile au large. La Cité des Emeraudes bâtie au bord de la Grande Mer avait bénéficié d'une position stratégique de premier choix dans la lutte contre les Titans. Comme ils ne s'approchaient jamais de la Mer, il avait été plus facile de construire les murs d'enceintes de la Ville et ils avaient annexés facilement la petite ile au large qui n'avait par définition aucun besoin de protection.
L'ile étant relativement petite, les habitants y passaient leurs premières années, apprenant auprès d'une caste privilégiée de professeurs choisis parmi les plus brillants de leurs domaines tout ce qu'il y a avait à savoir sur leur monde et choisissaient leur voie avant de revenir sur le Continent, une fois adulte.
Les scènes déchirantes entre les parents qui devaient laisser partir leurs enfants pour un endroit plus sûr devenaient presque banales et les rares réunions entre parents et enfants sur l'ile ressemblaient plus à des rencontres formelles entre des étrangers qu'à des réunions de famille.
Une situation désespérée qui marque d'une empreinte lourde et sombre la Cité toute entière. D'autant que la compétition pour les rares places de professeur sur l'Ile fait rage avec une rare violence. Tout n'est que méfiance et coups bas dans la ville, les membres de chaque corporation perdant plus de temps en manigances internes et à se méfier de tous que de faire avancer leurs connaissances.
Les meilleurs à ce petit jeu sont ceux qui gagnent leurs tickets pour l'Ile. Et ils apportent avec eux cet esprit pernicieux qui contamine toute la nouvelle génération qui n'a qu'une idée, tout faire pour un jour revenir sur l'Ile.
Un système pourri qui nécrose la Ville un peu plus chaque jour sous les yeux du Commandant Storms qui se dit qu'elle serait sûrement la seule à jamais refuser un poste de professeur sur l'Ile, si jamais on le lui proposait. Ce qui parait improbable car elle n'a jamais joué le Jeu de l'Influence auquel s'escriment les autres membres de l'intelligentsia martiale de la Cité. Si elle est arrivée à se hisser au poste de Commandant, ce n'est pas en raison de ses qualités mais parce que ceux autour d'eux se préoccupait plus du Jeu de Pouvoir que de leur tâche.
Elle est entourée d'incapables qui rechignent à la moindre tâche, encore moins à risquer leur vie dans ce combat qu'elle avait souvent mené seule. On l'avait mis sur toutes les tâches ingrates, toutes les missions désespérées, et toujours, elle était revenue, grimpant les échelons un à un sur les cadavres fumants de ses supérieurs successifs.
Heureusement, au cours de cette ascension rapide dans les forces armées, elle a réussi à repérer des membres de ses différents bataillons qui partagent comme elle le dégoût de cette société tournée vers elle-même. Elle a su s'entourer, former un groupe solide et soudé dont la seule préoccupation n'est pas de prouver leur valeur pour prendre une place de professeur sur l'Ile mais d'accomplir leur devoir.
Elle a même accepté de jouer dans le grand Jeu du pouvoir en acceptant le poste de Commandant qui lui permet d'assurer une relative indépendance à ses subordonnées. Elle est prête à tout pour eux et ils la suivent dans chacune de ses missions, aussi terribles soient-elles.
Une fois arrivée dans ses quartiers, elle fait signe à Philippe et ils parcourent un long couloir blanc pour arriver à la porte du laboratoire de recherche de son unité. Sans prendre la peine de frapper à la porte, elle pénètre dans l'antre de son meilleur ingénieur qui relève la tête d'un amoncellement de fils et de circuits compliqués et tente un salut maladroit.
- Nous l'avons trouvé, Hugo, dit Phil.
Délaissant immédiatement ses travaux en cours, il s'avance, des éclairs étincelants dans ses yeux verts et s'approprie les papiers avec une avidité qui ferait presque sourire Ariane s'il n'y avait pas encore des traces de sang à peine séché sur les documents. Il parcourt des yeux les mots qu'il est le seul à savoir déchiffrer et se met à sortir en urgence différentes cartes, prenant des mesures, marmonnant des paroles incompréhensibles en s'agitant dans tous les sens.
- Capitaine, dit Ariane en s'adressant à Hugo, j'attends votre rapport dès que j'en ai fini avec la paperasse de la mission.
- Bien Commandant !
Lorsque soudain un cor aussi rauque que déchirant retentit dans toute la Cité.
Tous les soldats se figent dans un effroi sans nom lorsqu'il retentit une seconde fois…
Les mains d'Ariane se crispent et son esprit refuse un quart de seconde l'horreur de la situation. Ce cor, une deuxième fois. Impossible !
Ariane se reprend immédiatement et fonce vers les quartiers de ces Hommes.
- Lieutenant, dit-elle à Philippe d'une voix froide pour lui faire reprendre ses esprits, rassemblez les hommes encore valides et préparez-les au combat immédiatement !
Philippe écarquille les yeux pour se reprendre et court à son tour dans les couloirs interminables de la caserne. Les hommes sont désorientés et affolés.
- Commandant !
Hugo était sorti de son labo, sa combinaison de combat sur l'épaule, prêt à combattre.
- Vous comptez faire quoi là, Capitaine !
Hugo est un scientifique, un érudit versé dans l'histoire et des langues qui n'existent que dans de vieux livres poussiéreux. C'est un fin stratège et un rêveur qui a choisi de lui-même de quitter l'Ile avant l'heure pour apporter ses connaissances à l'armée. Ariane se souvient encore du jour où il avait plaidé sa cause pour rejoindre sa division alors qu'il n'avait pas encore l'âge de rejoindre le Continent.
Ses grands yeux verts étincelaient lorsqu'il lui avait fait l'étalage de toutes ses connaissances et de tout ce qu'il pourrait lui apporter en créant une division scientifique au sein de sa division. Elle avait fini par accepter et depuis ce jour, elle n'avait jamais eu à le regretter. Il avait déjà inventé nombre de dispositifs qui facilitent grandement la lutte contre les Titans et elle l'avait vu grandir au sein de son armée où ses manières un peu maladroites et ses excentricités de grand savant avaient peu à peu conquis tous les membres de son unité la plus proche même les plus récalcitrants. Même elle.
Mais il n'est en rien un combattant même s'il maîtrise les combinaisons de combat comme personne car il les avait perfectionné lui-même.
Savoir utiliser toutes les fonctionnalités de leur combinaison pendant un exercice et se battre en condition réelle, c'est une autre histoire.
Ariane allait prendre la parole mais Hugo la prend de court.
- Les hommes qui sont suffisamment en forme pour se battre sont épuisés et vous avez besoin de tous les hommes disponibles. Je peux me battre, dit-il avec toute la fougue idéaliste de la jeunesse qui n'a encore jamais goûté à l'amertume des affres de la guerre.
- Capitaine, des soldats qui savent se battre, j'en trouve autant que je veux pour remplacer mes effectifs, dit-elle durement. Un cerveau comme le tien, il y a un sur un million. L'armée ne peut pas les permettre de te perdre. L'humanité ne peut pas permettre de te perdre.
Je ne peux pas te perdre, toi aussi.
- Si les Titans débarquent sur l'Ile, qui y aura-t-il encore à protéger de cette Humanité ? demande Hugo.
De nouveau le Cor retentit dans la Ville, deux fois. Le signal d'alarme en cas d'attaque de l'Ile. Les Titans avaient trouvé un moyen de traverser la mer. Comment ? Pourquoi ? L'heure n'est pas aux questions, il faut agir.
- Louis, Joël !
Deux soldats aussi massifs que déterminés encadrent le jeune Capitaine, comprenant sans peine quel serait leur rôle.
Tous les hommes qui peuvent se battre de son unité sont déjà prêts et leur affolement s'envole aussi vite qu'elle apparaît. Elle avait plus d'une fois observé ce phénomène. Etre Chef d'un groupe, ce n'est pas être le meilleur, le plus fort ou même le plus intelligent de tous. C'est être capable de porter les doutes et les peurs de tout un groupe et de leur montrer un but sans jamais faillir. Les Hommes ont toujours une foi inébranlable envers ceux qui sont capables de leur montrer une direction lorsque la tempête gronde et que la terreur envahit les cœurs.
Un comportement qu'elle n'a jamais compris.
Ils courent vers les bateaux qui les attendent, prêts à partir. Et comme un reflet de la situation, le ciel devient noir et le vent se lève. Ariane laisse Philippe se charger des soldats dans son dos et prend la première barge avec Hugo, ses gardes du corps et quelques soldats triés sur le volet. Ils devaient arriver le plus vite possible avant que les titans ne débarquent sur l'Ile !
Et lorsqu'ils aperçoivent enfin les premiers monstres au large qui avancent lentement mais sûrement, dépassant de la taille et les épaules au-dessus des flots déchaînés sous le ciel noir, Ariane se dit que…
- Il y a quelque chose qui cloche, énonce tout haut Hugo les yeux écarquillés.
Oh que oui, pense Ariane. Elle ne pensait pas voir ça un jour ! La peur dans les yeux de ces géants qui avancent dans la mer. Ils progressent malgré leur terreur instinctive de l'eau, quelque chose les poussent à marcher pas après pas et elle commence à comprendre…
- Par les Enfers, s'écrie Hugo. Il faut faire demi-tour immédiatement !
Il a compris la situation encore plus vite qu'elle ! Son esprit est encore en train de tenter d'accepter l'impossible !
Ariane visse ses lunettes sur ces yeux et active le mécanisme de communication.
- Phil, tu me reçois ?
Une petite fenêtre sur un coin de son œil droit apparait. La vision des lunettes de son Lieutenant apparait, elle voit les hommes attendant fébrilement les ordres.
- Oui Commandant.
Toujours d'un calme olympien, qu'elles que soient les circonstances, Ariane reprend ses esprits et s'apprête à annoncer l'impossible lorsqu'à nouveau le Cor retentit.
Une seule fois.
- Merde, laisse échapper Phil qui vient de comprendre.
C'est une diversion, pure et simple. Toutes les troupes d'élite se sont engagées en mer, les Titans attaquent en force la Ville alors que seules les troupes de la Cité étaient là pour les défendre. Des troupes soient disant d'élite mais qui n'avaient encore jamais été confrontée à l'horreur d'une attaque de Titans.
- Lieutenant, faîtes demi-tour immédiatement, dit-elle avec tout le calme qu'elle est capable de puiser en elle. Nous nous chargeons des titans qui avancent sur l'Ile. Ce ne sont pas eux la vraie menace, mais ceux qui sont à nos portes. Je vous laisse en charge des opérations jusqu'à ce qu'on arrive. Tenez-moi au courant de la situation le plus régulièrement possible.
- Bien Commandant.
Ariane désactive la communication, récupérant sa vision globale pour passer en mode analyse. La scène s'éclaircit dans ses verres, une invention assez incroyable de son petit génie qui a déjà étudié toute la scène.
Les Titans qui s'avancent ne dépassent plus que des épaules de l'eau noire mais sont suffisamment grands pour arriver jusqu'à l'Ile à pied. Mais ils sont plus que vulnérables car incapables d'avancer sans entrave ou même de se retourner sur eux avec leur vélocité habituelle.
- Sept titans sur la gauche, quatre sur la droite, dit Hugo prêt à agir.
- Bien, dit Ariane. Louis, Joël, Hugo, on se charge de la droite. Caporal, dit-elle à l'homme sur sa gauche, vous prenez l'autre côté avec vos hommes.
L'idée de laisser Hugo hors de sa surveillance est encore plus impensable que laisser le flanc le plus exposé à ses hommes.
- Bien Commandant !
Ariane lance le mode calcul. A travers ses verres, sa vision se quadrille en trajectoires et réponses possibles, se synchronisant avec celles de son équipe. En quelques secondes de calcul de probabilités, la marche à suivre la plus simple et sûre s'affiche sous leurs yeux à tous, donnant à chacun son rôle dans le ballet qui allait se jouer avec un risque à soixante-dix pourcents.
Ils ont connus pire.
Ariane lance le départ et lance son harpon sur le titan le plus haut. A l'aide de son nouveau système de propulsion, d'une impulsion elle s'élance dans le vide. Combattre en mer ne permet pas une grande marge de manœuvre et lorsqu'elle voit la main du géant surgir vers elle, elle est obligée de se détacher sur le champ et tombe, le souffle coupé, dans l'eau froide.
Plongées dans l'eau, ses lunettes se court-circuitent, rendant ses prédictions et son lien avec ses équipiers caducs. Elle allait devoir travailler en aveugle et alors qu'elle voit la main du géant s'approcher dangereusement de la surface de l'eau pour l'attraper, elle espère que ses cours de physique se révèleront exacts dans cette situation.
L'eau fausse les perspectives et la main du titan plonge juste à côté d'elle. Elle en profite pour planter un nouveau harpon dans son bras et ressort de l'eau tirée par une force effroyable, court sur son bras et fixe un nouveau câble sur l'arrière de sa tête, dégaine d'un geste son épée et frappe la nuque du Titan qui s'effondre.
Avant de retomber dans l'eau, elle fixe un nouveau harpon dans le dos du premier titan sur sa droite. Sans lien avec les autres, ni visibilité sur ses propres actions, elle ne fait que réagir plongeant vers la droite, vers la gauche. Deux des titans sont déjà tombés sous les coups de ses subordonnés et sans système de propulsion, elle ne peut utiliser que ses bras et ses harpons.
Elle n'aurait pas voulu que le système inventé par Hugo lui calcule ses chances de survie…
Et lorsqu'elle voit les affreux doigts du Titan se diriger vers elle sans voir une seule possibilité de fuir, elle sait que son heure a sonnée.
Elle avait vu tant de camarades tombés au combat et échapper à la mort tant de fois qu'elle aurait cru accepter ce simple fait avec plus de sérénité… mais non, la main crispée sur sa lame, elle combattrait jusqu'au bout !
Mais la main du Titan s'effondre sous la lame d'Hugo qui dirige d'une main ses deux gardes du corps qui achèvent la monstruosité sans un geste inutile. Le jeune Capitaine épaule Ariane et la transporte sur la barge à l'aide de son système de propulsion.
- Commandant ! Nous ne vous avions plus en visuel ! J'ai cru que…
Ariane pose un genou à terre, histoire de reprendre son souffle et repousse d'un geste ses cheveux détrempés qui lui tombe sur les yeux.
- Tout va bien, Capitaine, dit-elle en relevant la tête. Il faudra juste penser à rendre vos gadgets imperméables à l'eau la prochaine fois.
Ariane est presque étonnée du détachement avec lequel elle énonce ses paroles. Et lorsqu'elle voit le visage d'Hugo se décomposer sous la confusion, elle se sent presque coupable.
- Pardon Commandant ! Je vous promets de remédier à ce problème le plus vite possible, dit-il en tendant ses propres lunettes en guise d'excuses…
- Ne soyez pas ridicule, Capitaine, dit-elle en refusant son geste. Vous croyez qu'on se battait comment avant vos petites inventions.
Petites inventions, un mot bien insultant au vue du nombre de vies qu'elles avaient sauvé et du respect qu'elle lui avait gagné parmi ses rangs. Et sa petite bravade est aussi stupide qu'injuste au vue de la situation.
Heureusement, les deux frères viennent d'achever leur dernier titan et les rejoignent sur la barge aussi vite qu'ils le peuvent. Tous les Titans qui menaçaient l'Ile sont tombés et leur petit groupe n'a subi aucune perte. Mais elle n'est pas la seule à être tombé dans l'eau et plus de la moitié de leurs équipement est hors circuit.
- Fonçons vers la Ville !
En espérant qu'il y ait encore quelque chose à sauver, pense-t-elle. Alors que les deux barges se dirigent à pleine vitesse vers la Cité, elle voit Hugo mettre bout à bout les informations.
- Cette attaque sur l'Ile, c'était une diversion, pense tout haut Hugo. Qui dit diversion, dit plan, réflexion et intelligence…
Tous étaient habitués aux réflexions enfiévrées à haute voix du jeune Capitaine mais jamais encore, ils n'avaient vu ces mains trembler ainsi. Même devant ses premiers Titans, il n'avait pas flanché.
- C'est la pire preuve de ma théorie qui pouvait arriver, dit-il blanc comme un linge. C'est un cauchemar !
- On parlera de vos théories quand on aura mis ces monstres hors de nos murs, reprend froidement Ariane.
Le ton de leur Commandant brise en une seconde les doutes et la peur qui se dégagent du petit Capitaine. Mais à mesure que la barge s'approche de la Cité sous un ciel électrique, les cris de terreur et les pas lourds des dizaines de Titans leur parviennent aux oreilles.
Une fois à terre, ils se dirigent à toute vitesse vers les cris qui retentissent dans la ville, prêts à affronter à chaque détour l'un de ces monstres qui envahissent leur Cité. Joël prend sous le bras son Commandant dont la combinaison ne fonctionne plus et ils traversent moitié dans les airs, moitié sur terre les ruelles jusqu'à arriver à un attroupement de civils en proie à une panique sans nom devant la porte du second mur fermé.
Ariane comprend avec effroi que les pleutres qui s'occupent de la défense du cœur de la Cité ont fermé ses murs avant l'évacuation totale de la première enceinte ! Par leur veulerie, ils condamnent des centaines de femmes et d'hommes à une mort certaine et terrifiante sous les crocs des Titans.
Tremblante de rage, elle se tourne vers ses soldats :
- Lieutenant, dit-elle vers Phil, vous me trouvez un moyen de rouvrir cette porte. Démontez-la, explosez-la, je ne veux pas savoir comment vous vous y prendrez mais ouvrez-moi cette putain de porte !
Ses hommes se figent en entendant leur Commandant perdre son sang-froid pour la première fois.
- Capitaine, dit-elle en se tournant vers Hugo, nous allons mettre en œuvre votre dernière invention ! Sur le champ !
- Mais Commandant, je ne l'ai encore jamais testée !
- Capitaine, soit votre piège fonctionne, soit ils sont tous morts ! dit-elle en désignant les gens amoncelés contre la porte close.
A ces mots, les civils se retournent en entendant sa funeste sentence. Ils retiennent leur souffle en reconnaissant le Commandant Storms et ses hommes qu'ils ont mainte et mainte fois vu passer les murs protecteurs de la Ville. Si quelqu'un peut les sauver, c'est elle ! Une clameur chargée d'un espoir fragile se répand dans les rangs…
- Si vous voulez vivre, dit-elle, taisez-vous ! crache-t-elle.
Comme un seul homme, tous se taisent alors que le Commandant donne des ordres qu'ils ne comprennent pas. Le jeune Capitaine, aidé de ses deux gardes du corps, tendent une toile gigantesque entre eux et la rue.
Lorsqu'Hugo actionne son mécanisme, un trompe-l'œil dissimule les civils, un de ses soldats s'approche et lui tend son propre dispositif de propulsion intact et ses lunettes.
- Merci Arthur, dit-elle plus que consciente du sacrifice qu'il lui consent.
Elle laisse quelques soldats en renfort et s'apprête à tenter l'impossible avec la dernière idée de son petit génie. Elle envoie tous ses soldats disponibles dans la préparation d'une attaque incertaine tandis qu'accompagnée d'Hugo et de ses deux gardes du corps, ils s'élancent vers la deuxième partie du dispositif.
A l'autre bout de la ville, après un dédale de ruelles compliquées qui facilitera le travail de ses soldats, Hugo sort un petit dispositif qui se met à émettre les hurlements d'une foule en proie à l'hystérie. Les cris de panique pure ont beau être complètement factices, ils lui font froid dans le dos.
Soudain une fenêtre de communication s'ouvre sur le coin de son verre droit.
- Commandant, ça marche !
Les Titans dispersés dans la Ville sont attirés par l'origine des cris émis par l'appareil d'Hugo. En se dirigeant vers eux, ils s'engagent dans le piège tendu par les soldats de sa division.
- Combien ? demande-t-elle.
- Beaucoup, répond-il faisant un court instant transparaître sa frayeur. Mais rien d'insurmontable Commandant !
La bravade de son soldat la fait sourire mais elle n'est pas dupe.
- N'oubliez pas Arthur, vous devez juste gagner du temps.
Elle se tourne vers Joël et Louis :
- Vous allez leur prêter main forte.
Puis vers Hugo :
- Maintenant, c'est entre vous et moi, Capitaine ! finit-elle en s'élançant dans les ruelles avec Hugo à ses côtés.
Alors qu'ils parcourent la Cité en passant par les toits les plus haut, courant vers la brèche qu'ils viennent de localiser sur le Mur Ouest, une nouvelle fenêtre de communication s'ouvre sur ses verres.
- Phil ?
- Le Commandant Chile s'est déjà barricadé derrière les murs, je ne peux pas l'atteindre. Impossible d'ouvrir la porte, Commandant !
- Faîtes-la sauter, Lieutenant !
- Impossible, mes explosifs n'ont pas résistés à l'eau.
- Faîtes passer les civils uns à uns par-dessus le mur, dit Anne à contre cœur.
- Ils sont des centaines !
- Nous tiendrons le temps nécessaire, Lieutenant. Exécution !
Lorsqu'ils arrivent enfin à la brèche faite par les Titans, le spectacle est terrifiant. Une dizaine de ces monstres se pressent d'entrer dans la Ville sous leurs yeux. Une vision d'horreur qui fait trembler les mains de son jeune Capitane mais qui n'a pas éteint la détermination qui brûle dans ses grands yeux verts.
Elle règle à nouveau ses lunettes sur le mode analyse.
Les systèmes de calcul du système d'Hugo se mettent à s'affoler dans tous les sens avant de déclarer forfait. La première fois qu'elle voit ce programme capituler.
- Commandant ! s'écrit Hugo qui vient lui aussi de lancer la simulation.
D'un geste, elle lui ordonne de rester en arrière pour mettre en place son système dès que possible. Puis elle lui tend ses propres lunettes qui pourraient toujours servir à quelqu'un d'autre.
- Comme au bon vieux temps, dit-elle en tentant d'y mettre toute sa désinvolture.
Une tentative plus que pathétique vu le regard qu'il lui lance. Le bon vieux temps… Les inventions d'Hugo ont permis de coordonner leurs attaques, d'obtenir les meilleures trajectoires et de toujours avoir un temps d'avance sur les Titans.
Mais contrairement à ses hommes, elle avait appris à se battre avant l'apparition de tous ses stratagèmes et elle avait toujours su utiliser son instinct dans la bataille, même les plus désespérées. Ses sens s'aiguisent sous la pluie qui commence à s'abattre sur la Terre sèche et elle s'élance dans le vide, dégainant sa lame de la main droite et plantant un premier harpon dans le bras du premier Titan qui s'avance.
La suite se tord dans l'action et l'adrénaline. Elle saute sur le dos de son premier adversaire et tranche sa nuque d'un coup sec. Alors qu'il tombe de tout son haut, elle esquive la main grotesque de celui qui surgit sur sa droite et elle plante un fil sur sa chair fumante. Elle court le long du bras en plongeant sur le côté et fonce sur son dos pour tenter d'atteindre son cou. Il voit sa cible lorsqu'un troisième titan frappe. Elle saute dans le vide alors que les deux titans se déséquilibrent mutuellement et une fois à terre, elle n'a qu'à se pencher pour les achever en quelques mouvements précis.
Haletante, la pluie plaquant ses cheveux détachés sur son visage, elle n'a pas le temps de se souffler. Deux nouveaux monstres arrivent face à elle.
Elle ne tiendrait pas longtemps en ne faisant que réagir. Mais Hugo n'a pas encore pu mettre en place son système. Il faut tenir. Lui gagner suffisamment de temps pour qu'il puisse fermer cette porte, même si ce n'est que temporaire.
Sans réfléchir, elle fonce vers ses prochains adversaires sans un regard en arrière. Elle n'a pas le temps de se hisser sur l'un d'eux et tranche les tendons du premier qui s'avance et lorsqu'il s'affaisse, elle tranche.
Mais déjà de nouveaux adversaires sont sur son dos.
- Commandant ! C'est en place !
Enfin !
Ariane fuit vers le mur en échappant de justesse le pied d'un des Titans et envoie un grappin sur les murailles. La barrière électrique mise en place par Hugo devrait tenir en arrière les Titans pendant une bonne heure.
Une fois hors de portée de ces monstruosités, elle se rend compte que sa combinaison en plus d'être trempée est déchirée et pleine de sang, pleine de son sang. L'adrénaline qui coule à flot dans ses veines avait annihilé toute forme de douleur ou de fatigue. Mais les yeux effrayés de son Capitaine qui la détaille lui rendent sa lucidité plus sûrement que la douche froide qui s'abat sur eux. Elle récupère ses lunettes et contacte immédiatement Louis :
- On vous a gagné une bonne heure.
- Bien Commandant ! Le piège fonctionne comme prévu.
- Les pertes ? demande-t-elle.
- Trois hommes, répond-il sombrement.
C'est peu et à la fois beaucoup trop. Mais elle n'a pas le temps d'y accorder plus d'attention.
- Où en est l'évacuation ?
- En cours, mais il leur faut encore du temps.
- Bien, dès que les derniers Titans coincés entre nos murs tomberont, vous allez aider Phil avec les civils. On vous rejoint immédiatement.
Elle fait signe à son Capitaine et ne peut empêcher sa main de trembler nerveusement. L'inquiétude qu'elle lit dans les yeux du jeune homme ne lui plait pas. Il ne faudrait pas inverser les rôles trop longtemps.
- On rejoint Louis et tu files aider à l'évacuation, dit-elle.
Le dispositif d'Hugo avait tenu ses promesses, les pertes bien qu'inacceptables avaient été minimes et tous les citoyens évacués. Mais les grands pontes et les citoyens en colère cherchaient des responsables au fiasco de la défense de la Cité avec un procès sous forme de chasse aux sorcières aussi cruelle qu'injuste. Le Commandant Chile avait été condamné au pire châtiment que l'Humanité pouvait réserver à l'un des siens en ces temps de crise.
L'exil hors des murs protecteurs de la Cité.
Puis, ce fut au tour du Commandant Storms de paraître devant ce simulacre de tribunal qui cherchait à déverser sa haine et sa frustration sur tous ceux qui cherchaient aveuglement des coupables.
Hugo avait été convoqué comme témoin et il se sent suffisamment remonté pour tirer le Commandant de cette situation injuste le plus vite possible.
Seule Chile est responsable de cette horreur et le Commandant Storms n'a fait que tenter de sauver les civils en prenant tous les risques ! Dans quelle réalité pouvait-elle se retrouver sur le banc des accusés, livrée à la vindicte populaire !
Tremblant de colère devant l'absurdité de la situation, il se présente à la barre et seul l'attitude droite et digne de son Commandant lui permet de reprendre le contrôle de lui-même.
- Capitaine, dit l'avocat à l'intonation faussement mielleuse de l'accusation, pourriez-vous nous rappelez vos théories sur l'origine des Titans ?
Décontenancé, Hugo cherche ses mots. Il s'était attendu à toutes les questions tordues possibles et imaginables. Mais pas à ça.
- Il y a environ mille ans, les Hommes étaient les Maîtres sur Terre. Ils avaient envahi et pollué …
- Nous savons déjà tout cela, expliquez-nous vos dernières théories, Capitaine.
Oppressé par le ton devenu agressif de l'avocat, il sent que la conversation lui échappe.
- Un groupe d'hommes ont créé les Titans pour rendre la Nature maître de la Terre et l'Homme à sa place de proie pourchassée, ils ont construit deux usines automatisées qui construisent les Titans à la chaîne depuis des centaines d'années…
L'avocat lui fait signe d'avancer plus vite ce pan de l'Histoire que tout le Monde connait.
- Avec le temps, les machines qui créent les Titans à la chaîne n'ont pas changées car ce sont des machines. Mais les Titans eux sont construits sur un modèle organique. Ils ont évolués. Ils se sont améliorés. Et maintenant, nous savons que certains sont capables de réflexions. Cette attaque est la preuve que…
- Est-ce que le Commandant Storms était au courant de vos théories ? le coupe l'avocat.
- Bien sûr. Elle …
- Alors imaginer que l'attaque de l'Ile n'était qu'une diversion de plus grande envergure n'était pas inenvisageable, si l'on tient en compte le fait le Commandant Storms connait bien vos théories ?
La bouche grande ouverte, il est atterré devant l'absurdité de la question. Mais lorsqu'il fixe le Commandant, il est étonné de voir à quel point elle est sereine devant cette scène grotesque.
- Vous ne pouvez pas, commence-t-il…
- Capitaine, répondez par oui ou non. Etait-il envisageable, connaissant vos théories, que cette attaque de l'Ile ne soit qu'une diversion ?
Il cherche du regard le Commandant Storms qui affiche un air si serein qu'il en perd ses moyens :
- Hé bien…
- Oui ou non, Capitaine, la question est simple.
- Oui.
L'assemblée retient son souffle.
- Et si je ne me trompe, ce sont vos dispositifs dont vous avez équipés l'escouade des éclaireurs qui ont réussi à gagner suffisamment de temps pour mettre à l'abri les citoyens bloqués derrière les murs, ont permis de diminuer sensiblement les pertes parmi nos soldats.
- Je…
- Ce sont vos théories qui auraient pu éviter cette prise en tenaille de la Cité ?
- Sans la confiance du Commandant, je n'aurais jamais…
- Est-ce exact Capitaine ?
Perdu par le regard serein de son Commandant, il répond d'une voix blanche :
- Oui.
La suite il y avait assisté comme s'il n'avait pas vraiment été présent. Le Tribunal avait décidé de sanctionner le Commandant en la dégradant simplement au rang de simple soldat par égard à son comportement lors du siège de la cité et de lui confier à lui le Commandement !
Il avait été déclaré héros du siège.
Comment pourrait-il jamais faire de nouveau faire face à son Commandant après cette farce absurde à laquelle il s'est prêté malgré lui?
A peine sorti de la Cour de Justice, l'avocat de la partie adverse qui l'avait si bien embrouillé dans ses propres paroles l'agrippe par le bras pour l'amener dans une ruelle à l'écart. Trop bouleversé par la suite des évènements, il se laisse faire…
- Capitaine, écoutez-moi, je n'ai que quelques minutes…
Le ton de l'avocat est si différent de celui du tribunal qu'Hugo se dit qu'il est prêt à l'écouter avant de lui faire comprendre ce qu'il pense de ses petites manigances.
- Je suis désolé de ne pas avoir pu vous avertir avant, continue-t-il, mais cette petite mise en scène était la seule possible pour ne pas laisser le Commandement de la Division à n'importe qui. Vous étiez le seul choix valable d'Ariane.
- Vous connaissez le Commandant ?
- Je n'ai fait qu'agir sous ses ordres, dit-il. C'était la seule façon de sauver sa tête de la colère populaire qui réclame aveuglement des coupables. En tant que Commandant, vous allez avoir besoin d'alliés dans la Cité. Publiquement, je serai toujours un de vos plus fervents adversaires mais je vous servirai comme j'ai servi Ariane. Je serais vos yeux et vos oreilles au sein du Conseil et des plus hautes instances.
- Pourquoi ?
L'homme ne répond pas et se contente de sourire d'un air énigmatique avant de s'éclipser sans un mot.
- Commandant !
La voix du Lieutenant Philippe dans son dos le fait se retourner avant qu'il ne réalise que « Commandant » ne s'adresse qu'à lui.
- Ariane va sortir du tribunal, dit-il. Il serait peut-être plus sûr d'assurer sa sortie. Les civils sont en colère et leur réaction pourrait être violente.
Hugo acquiesce et se précipite vers le porche majestueux du tribunal, entourée de colonnes grandioses. Le peuple s'est bien rassemblé autour des marches de marbre mais il n'y a nulle clameur ou colère. Les hommes et les femmes qui faillirent lapider le Commandant Chile se contentent de s'écarter dignement sur son passage, le silence se faisant presque assourdissant sous les yeux d'Hugo.
Storms descend lentement et dignement les marches une à une et Hugo reconnait alors les hommes et les femmes qui se tiennent en silence sur ses côtés. Ceux qui s'étaient retrouvés coincés entre la pleutrerie d'un Commandant incapable et un Destin funeste terrible.
Ceux à qui elle avait ordonné le silence s'ils voulaient vivre.
Et c'est silence qu'ils lui offrent dignement, comme une offrande.
Un ultime hommage au Commandant Storms.
Ariane se plante devant lui, dégrafe d'un geste brusque son insigne de Commandant qu'elle jette à terre et la main tendue dans un salut martial qui lui semble si déplacé envers lui et s'écrit :
- Storms, à vos ordres Commandant !
