Nouveau chapitre qui justifie le rating T de la fic car contient une scène assez violente... mais rien de trash.


Il se tenait à l'entrée de la caverne, la main droite levée, ses longs doigts enroulés, pressant et agrippant la pierre de l'entrée.

Il se sentait malade.

L'odeur était accablante, humide et désagréable, lourde de la puanteur métallique du sang.

Son sang.

Pendant un moment, il eut l'impression de ne plus pouvoir respirer, la tête baissée, haletant péniblement, tentant de forcer l'air à descendre dans ses poumons.

Les yeux clos pour essayer d'endiguer la vague de vertige qui le prit soudainement.

Cet endroit.

Cet endroit était encore la source de ses cauchemars.

Il fallut de nombreuses minutes avant qu'il ne se sente suffisamment calme pour se redresser, et encore quelques autres pour qu'il ait le courage de s'avancer, droit dans les ténèbres.

Et tandis qu'il avançait, il leva sa paume dans laquelle une petite flamme verte tressauta, créant un petit cercle de lumière autour de lui.

Il sentait son cœur cogner douloureusement dans sa cage thoracique, sa respiration était courte et pressée.

Il réalisa avec mépris qu'il était effrayé, et il se haït pour cette faiblesse.

Il ne devait pas.

Il n'y avait pas de raison.

Il y avait longtemps qu'il avait été libéré de la torture qu'il avait enduré ici.

Mais tandis qu'il plongeait plus profondément dans la caverne, la lueur de l'entrée ne cessa de diminuer jusqu'à ce qu'il n'ait plus pour compagnie que sa flamme ténue, et il se rappela pourquoi il rêvait encore des terribles souvenirs du temps passé ici.

Là, au cœur de la caverne, l'obscurité aussi épaisse que de la poix, il tomba sur la dalle de pierre hissée perpendiculairement au sol de quelques pieds, la vague de puanteur du sang envahit ses narines et ses poumons.

Il le voyait ; séché, d'un rouge profond, presque noir après les siècles écoulés, poissant presque entièrement le lit de pierre, des rigoles ruisselant sur les côtés, gouttant et éclaboussant le sol.

Loli se figea, la ruée des souvenirs le paralysant.

Il ne se rendit pas compte que ses jambes s'étaient dérobées sous lui avant d'être tombé à genoux, essayant frénétiquement de reprendre son souffle.

Et il se souvint...

Il se souvint avec une clarté cruelle de ce qui l'avait conduit à cet endroit, de son temps ici, plus de deux siècles passés dans une indescriptible agonie avant que Thor ne le trouve enfin et ne le libère.

Ça avait été Frey, le dieu Vane qui l'avait attiré et tendu un piège ici et qui l'avait assommé. Et lorsqu'il était revenu à lui, il s'était retrouvé enchaîné, nu sur la pierre, et au-dessus...

Loki ferma les yeux, tentant de renflouer le souvenir.

Odin lui avait demandé de l'accompagner dans ce voyage désastreux à Vanaheim, pour l'aider dans les négociations commerciales entre les deux Royaumes avec le conseil royal Vane, en signe de bonne grâce après que la guerre entre Ases et Vanes ne se soit achevée une quinzaine de jours plus tôt.

Odin l'avait toujours emmené avec lui lors de telles sorties ; en tant que conseiller politique et bras droit. Loki se souvenait des regards et des rictus méprisants de ceux qui se demandaient pourquoi le Père de Toutes Choses choisissait le Prince cadet pour l'accompagner et lui offrir ses conseils plutôt que l'héritier de la couronne.

Il se souvenait du sentiment de fierté l'unique fois où Odin avait daigné s'expliquer à un groupe de nains irrités, leurs disant que son plus jeune fils était plus doué en matière de politique et de traités, et qu'il avait une attitude plus réfléchie que Thor pour ces affaires.

Les nains - Loki s'en rappelait – n'avaient pas été convaincus, mais il ne s'en était pas soucié. Tout ce qui avait compté c'était qu'Odin l'ait admis et décrété supérieur à Thor dans une chose.

Et ce jour-là, à Vanaheim, au milieu des discussions et des négociations houleuses entre son Père et le dirigeant de ce Royaume et tout le tribunal royal, Loki avait trouvé la solution.

Il s'était penché et avait calmement parlé à l'oreille d'Odin, suggérant d'échanger l'un des plus estimé et respecté conseiller d'Asgard, considéré comme un homme sage et perspicace : Mimir, en échange de la déesse Vane Freyja, renommée dans les Royaumes pour sa beauté incomparable et son don pour la sorcellerie, sœur de Frey, une noble de la haute cour à l'égale d'une sorcière de renom.

Il y avait eu quelques plaisanteries, d'avantage de débats de pour et de contre, mais finalement, les deux parties avaient reconnu que le marché était équitable, aussi les contrats avaient-ils été rédigés et signés, et en une semaine, Mimir était parti de la terre des Ases, et Freyja vivait maintenant parmi eux.

A l'époque, Loki n'avait pas su la colère qu'il avait provoqué chez le frère de la déesse avec cet échange .

Ce jour-là, il avait entraperçu la désapprobation du dieu Vane pendant qu'ils étaient tous assis dans le hall, regroupés autour de la longue table. Il avait vu un éclair de colère dans ses yeux.

Mais il n'en avait rien pensé.

Freyja était sa sœur. C'était normal qu'il soit contrarié de la perdre pour un autre Royaume.

Mais il avait assuré qu'elle ne serait pas une prisonnière mais traitée comme l'une des leurs, qu'il lui serait accordé tout le respect, la tolérance et la liberté de tout citoyen Asgadien. Et qu'elle pourrait lui rendre visite à Vanaheim chaque fois qu'elle le voudrait.

Frey avait acquiesçé et accepté, et tout était réglé.

Du moins, c'est ce que Loki avait cru.

Ça faisait presque un an après l'échange et la paix florissant entre les Royaumes des dieux quand Loki eut une vision, une requête de Frey priant l'aide du dieu farceur pour une affaire des plus urgentes. Il lui avait dit qu'il était question de l'accord de paix entre Vanaheim et Asgard, que des événements se produisaient et menaçaient de balayer tous les progrès qui avaient été faits entre les deux Royaumes et de les replonger dans l'horreur et les ténèbres de la guerre.

Il avait imploré Loki ne venir sans tarder à Vanaheim pour en discuter avec lui.

Quand Loki avait insisté pour en informer son Père, Frey l'avait supplié de ne rien en faire, expliquant que que si le Père de Toutes Choses était mis au courant, il pourrait renoncer à la chance de désamorcer la situation avant qu'elle n'ait pu empirer.

Loki s'était méfié, se demandant pourquoi Frey refusait d'expliquer plus en détails ce qui se passait, pourquoi il était aussi vague. Frey avait répondu qu'il craignant que Heimdall puisse l'entendre, et il ne voulait pas courir le risque qu'il aille en informer Odin avant le bon moment. Il avait insisté pour que Loki vienne seul, afin que ce soit le Prince d'Asgard qui puisse expliquer la situation au Père de Toutes Choses. Frey avait fait l'éloge de l'habilité de Loki pour les affaires politiques et avait fait remarquer la confiance si évidente qu'Odin lui accordait en tant que conseiller. Il exprima son espoir que, pour ces raisons, une fois que Loki serait en possession de tous les détails, Odin patienterait et écouterait ce que Loki lui-même avait à dire, et tiendrait compte de ses conseils sur la meilleure manières d'agir.

Loki n'était pas un imbécile.

Il savait que Frey lui cachait quelque chose. Qu'il ne disait pas la vérité. Du moins, pas totalement.

Mais c'était aussi son devoir, en tant que Prince d'Asgard d'assurer la sécurité et la protection du Royaume, alors il fut d'accord pour rencontrer le dieu Vane dans les conditions voulues.

Il avait prévu de voir ce que manigançait vraiment Frey avant d'entraîner son père et le charger d'un autre fardeau quand il en avait déjà tellement à porter.

Une fois arrivé à Vanaheim et entré dans le domaine de Frey, Loki le trouva vide. Pas une seule âme en vue. Pas même des serviteurs.

Loki avait su qu'il marchait droit dans un piège. Mais à cet instant, il était trop tard, et la dernière choses dont il se souvenait avant de se réveiller dans cette caverne, fut le bruit de pas précipités derrière lui, de se retourner pour faire face à son assaillant, et de rencontrer le pommeau d'une épée frappant violemment sa tempe.

Après ça, le monde était devenu noir, et Loki s'était réveillé pour se retrouver là...

Ses paupières se soulevèrent lentement.

Elles étaient comme alourdies, l'effort pour les lever incroyablement dur.

Ce fut la première chose dont Loki prit conscience en revenant à lui.

A quel point ses paupières étaient lourdes.

La chose suivante qui infiltra son esprit qui s'éclaircissait lentement fut la douleur.

Ses tempes palpitaient d'une migraine plus violente que toutes celles qu'il avait enduré depuis sa plus tendre enfance, et petit à petit, il prit conscience de la dureté tranchante qui creusait son dos, pressait ses omoplates.

Et tandis que la sensation s'accrut avec ses pensées, il devint nettement conscient de l'humidité étouffante de l'air sur sa peau.

Sa peau ?

Les yeux de Loki s'ouvrirent brusquement et il ne rencontra que plus de ténèbres.

Pendant un instant il paniqua, pensant qu'il était devenu aveugle, mais, lentement sa vision s'adapta, et il fut capable de distinguer des formes au-dessus de lui, ce qui semblait être un affleurement rocheux, peut-être dix pieds au-dessus de sa tête.

Il déglutit, tentant d'apaiser les battements de son cœur, tentant frénétiquement de se souvenir de ce qui s'était passé.

Et comme une vague, ça lui revint, et avec une rage et une frustration grandissantes, il essaya de se redresser...

Pour être aussitôt ramené en arrière par les bras et les jambes.

Confus, il essaya encore, forçant, pour le même résultat.

Puis il comprit, avec une horreur grandissante quand il tenta l'atteindre désespérément que sa magie...

Était enchaînée, enfermée quelque part au plus profond de lui, et toute sa puissance et son énergie piégées, le laissant incapable de l'atteindre, de la toucher.

A nouveau, il tira sur ses liens - de lourdes menottes métalliques mordirent impitoyablement dans ses poignets fins et ses chevilles - avec chaque once de force qu'il possédait. Et pourtant ces chaînes ne lâchèrent pas, ne se desserrèrent pas d'un iota, et un cri de frustration s'échappa des lèvres de Loki.

Oh par tous les dieux, dans quelle maudite situation s'était-il fourré ?

Puis il l'entendit. Un doux ricanement, quelque part en face de lui, et avant qu'il n'ait pu reconnaître à qui appartenait la voix, une flamme bleue s'alluma, éclairant les alentours.

Et devant lui se tenait Frey, lui souriant d'un air moqueur, son visage suffisant et satisfait.

Une rage soudaine consuma Loki, et à nouveau, il se débattit sauvagement contre ses liens, le visage crispé par la fureur.

Il était nu, il pouvait maintenant le voir, tous ses vêtements avaient été retirés et les yeux de Frey se baissèrent vers son corps exposé avec curiosité, l'étudiant comme s'il était une étrange créature.

Jaugeant.

- Tu es piètre et pathétique pour un dieu Ase, lâcha-t-il soudainement en saisissant son menton. Si fragile. Si petit et si faible.

Ses yeux plongèrent dans ceux de Loki, son rictus s'élargit.

- Ce n'est pas vraiment étonnant que tu sois raillé pour tes lacunes sur le champ de bataille. On se demande même comment tu peux être capable de soulever une simple épée avec un corps aussi fragile que le tien.

- Qu'est-ce que tu m'as fait ? cracha Loki, ignorant les insultes, ma magie...

- Elle est bridée, le coupa Frey en se rapprochant jusqu'à ce qu'il se tienne juste à côté du dieu farceur, baissant le regard vers lui : ces chaînes autour de tes poignets et de tes chevilles ? Enchantées pour empêcher même le plus puissant sorcier d'avoir accès à son énergie.

Sans avertissement, il tendit la main et prit en coupe la joue de Loki dans une caresse moqueuse.

Loki se recula, luttant de toutes ses forces contres les chaînes.

Frey rit.

- Débats-toi autant que tu veux, lâcha-t-il amusé, tu n'arriveras pas à te libérer. Ces chaînes ont été spécialement conçues pour contrer la force des dieux, seul un dieu possédant la force de Thor pourrait les briser.

Thor...

Thor !

Loki se tourna vers Frey, les yeux brûlant de mépris :

- Quand mon frère me trouvera, je jure sur le nom d'Odin qu'il me trouvera...

Frey éclata de rire, le coupant vivement :

- Stupide garçon, dit-il, Thor ne te trouvera pas. Pas ici. Personne ne te trouvera.

Pendant un instant, Loki sentit une froide appréhension lui nouer le ventre, le doute broyant ses tripes en entendant l'assurance dans le voix du Vane.

- … Heimdall... s'étrangla Loki, et à nouveau, Frey rit.

- Il ne peut pas te voir, promit-il, ce lieu est voilé, même de la vue du Gardien. Tu es piégé ici, Prince Loki, aussi longtemps que je l'estimerai juste.

Il se rapprocha soudainement, jusqu'à ce que son visage ne soit plus qu'à quelque centimètres de celui du dieu de la Malice, son haleine chaude le balayant.

- Et j'estime que l'éternité est une sentence juste, jusqu'à ce que le Ragnarök soit sur nous, murmura-t-il et Loki ne put retenir l'anxiété qui gonflait dans sa poitrine d'exploser en une terreur pure et simple.

- NON ! hurla-t-il, Frey, relâche-moi ! Quoique j'ai pu faire pour t'offenser, je ne le voulais pas, tu ne peux pas me laisser ici... Ne réalises-tu pas les conséquences sur les relations entre nos deux Royaumes ? Quelles ténèbres ça apportera ?

- Oh, je le réalise, Loki, répondit Frey impassible. Et je n'en ai que faire. Tu t'es infligé ça toi-même en t'immisçant dans les affaires de ma famille et en éloignant ma sœur bien-aimée de moi !

- Ta sœur est heureuse, Frey ! tenta de raisonner, d'expliquer urgemment Loki, je t'en prie, elle a été accueillie parmi les Ases à bras ouverts, elle n'est pas une prisonnière ! Tu dois comprendre... elle est heureu...

Sa voix mourut dans sa gorge lorsque Frey le frappa violemment en travers de la bouche.

- Silence, misérable ! siffla le dieu Vane, tu n'as aucun droit de parler de ma sœur ! Aucun droit de la mentionner !

Le sang s'écoula lentement de la lèvre fendue de Loki, la douleur se diffusant dans sa mâchoire.

Mais il n'eut pas de répit, aucune chance de se reprendre car Frey agrippa cruellement sa mâchoire, lui releva brusquement la tête et le regarda avec mépris, les yeux haineux.

- Tu pourriras ici pour le restant de ta misérable et immortelle existence, Tisseur de Mensonges, et personne ne viendra te chercher. Jamais personne ne te verra et ne t'entendra à nouveau ! Et ce sera la meilleure chose qui puisse arriver aux Neuf Royaume !

Il repoussa alors la tête de Loki, cognant son crâne contre la pierre, un sourire malsain fleurit sur les lèvres du dieu Vane.

- Mais n'aies crainte, petit fils d'Odin, tu ne souffriras pas seul ici.

Loki le regarda avec des yeux étourdis et confus, sonné par le coup derrière la tête.

Il déglutit difficilement, le désespoir creusant un puits dans son estomac quand il vit à quel point Frey était au-delà de toute raison.

- … que veux-tu dire ? parvint-il à articuler.

Et le sourire de Frey s'élargit.

- Pourquoi ? Regarde au-dessus de toi, vois celui qui te servira de compagnon éternel.

Il désigna d'un geste de la main l'affleurement rocheux au-dessus de Loki et qu'il avait à peine remarqué dans le noir, et instinctivement, les yeux du dieu de la Malice s'y dirigèrent, s'écarquillant immédiatement quand il vit ce qu'il y avait.

Un grand serpent aux écailles noires, aux yeux jaunes luisants, une moitié de son corps renfoncé dans la roche, l'autre planant au-dessus de sa tête comme un spectre, la gueule large, les crochets dénudés. Et sur les extrémités des crocs, un liquide laiteux brillant gouttait.

Loki n'eut pas le temps de prendre conscience de ce que c'était avant que la première goutte ne tombe, ses yeux suivirent sa chute, réalisant avec effroi qu'elle allait tomber sur son visage.

Et elle tomba.

Et la douleur fut différente de tout ce qu'il avait connu.

La plus pure des agonies. Brûlante, une chaleur blanche consummante qui se propageait sous sa peau et brûlait ses muscles et ses os à travers.

Loki se raidit, ravala le hurlement sur le point de s'échapper immédiatement de ses lèvres et tira sur ses liens.

Et d'autres gouttes tombèrent sur son visage.

Non, pas des gouttes.

Un flot d'abominable venin se déversa sur lui, dans ses yeux, dans sa bouche, ruisselant le long de sa gorge, sur son ventre.

Et Loki hurla.

Il hurla et se débattit violemment contre ses chaînes, hurla des sanglots torturés tandis que le venin commençait déjà à ronger ses yeux, sa vision s'évanouie rapidement. Il sentit même ses entrailles se liquéfier.

Il cria et hurla, jusqu'à ce que le venin se fraye un chemin jusqu'à ses cordes vocales, les brûlant jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que le sifflement de l'air qui puisse franchir ses dents rongées.

Il sentit la chaleur de son sang ruisseler sur son torse, s'écouler sur son estomac, l'odeur de son corps ébouillanté et brûlé emplit ses narines, les larmes coulaient impuissantes sur ses tempes, dans ses cheveux.

Et quand le monde autour de lui devint noir, il pensa un instant que c'était Frey qui avait soufflé la flamme et était parti, le laissant mourir seul ici.

Il ne comprit pas tout de suite que c'était parce qu'il était devenu aveugle.

Frey était parti, Loki se rappela l'avoir réalisé après un certain temps. Le silence absolu autour de lui lui avait appris qu'il était seul.

Il avait prié quiconque voulant entendre la prière d'un dieu agonisant, espérant au-delà de toute raison qu'on lui répondrait.

Il avait pensé que la mort viendrait naturellement en premier. Et même promptement. Le venin brûlait sa chair et ses entrailles si rapidement, si efficacement. Même avec la rapidité avec laquelle les dieux pouvaient régénérer leurs corps, aucun n'aurait pu résister à un assaut constant de la mort empoisonnée.

Mais Frey avait pris des mesures pour que le tourment de Loki soit éternel. Le dieu Vane avait enchanté le serpent pour qu'à chaque fois que le corps mutilé de Loki soit sur le point de céder, il retourne dans son trou, tarissant le flot de venin afin de laisser son corps se soigner, afin de laisser Loki vivre.

Pendant deux cents ans, il avait subi cette torture constante, cette agonie insondable, avant que Thor ne le trouve et ne le délivre.

Et quand il l'avait trouvé, Loki était aveugle, sourd, et toutes sensations avait été bannies de son esprit

Il était devenu fou.

Il se souvint qu'il ne savait même plus qui était Thor. Son propre frère. Et comme il avait silencieusement hurlé de terreur quand il avait senti les mains du dieu du tonnerre sur lui, brisant les chaînes et le prenant dans ses bras.

Il se souvint comme cet étranger l'avait pressé contre sa large poitrine et comme il avait senti les tremblements à travers son corps tandis que celui-ci pleurait, caressant ses cheveux, embrassant sa tempe encore et encore. Il se souvint comme il avait cédé, ne sachant même pas qui était cet homme qui l'avait tiré de ses souffrances éternelles. Il s'était affaissé contre lui, pleurant lui aussi, recroquevillé et impuissant sur les genoux de l'étranger.

Il avait fallu presque deux années après ce jour avant que Loki ne retrouve l'esprit.

Avant qu'il ne soit capable de dire à sa famille celui qui lui avait fait ça.

Et il savait que Frey résidait désormais parmis les âmes perdues du Royaume de sa fille.

Parfois il y songeait.

Et une rage bouillonnante affleurait à la surface, ses mains se crispaient en poings serrés, car ce n'était pas suffisant.

Ce n'était pas suffisant pour ce qu'il avait enduré, Frey avait simplement perdu la vie.

Il avait été exécuté, promptement et miséricordieusement, tandis que Loki avait voulu qu'il souffre. Ne serait-ce qu'une fraction de ce qu'il avait enduré pendant deux siècles.

Mais le destin était rarement tendre avec le dieu farceur, et la justice était une compagne insaisissable, hors de portée.

Il fronça les sourcils, repoussa ces pensées au fond de son esprit et se concentra.

Il devait achever sa tâche ici, rapidement, sans s'attarder plus longtemps que nécessaire.

Levant la tête, il observa le sang qui teintait la roche, supporta l'air lourd et métallique, forçant ses yeux à se lever, vers l'affleurement au-dessus.

Son tourment durant ces longues années perdues.

Le serpent.

Toujours à la place où lui et Thor l'avait laissé ce jour où son frère l'avait emporté loin de cette caverne maudite, le tenant contre lui comme s'il était un enfant.

Loki ne voulait plus jamais ressentir ça.

Jamais plus il ne voulait se sentir aussi impuissant...

Si faible...

Il se remit debout, ravalant la nausée et le vertige qui menaçaient de le submerger, ses yeux rivés sur le serpent.

Il n'était pas impuissant se dit-il comme un mantra, encore et encore.

Il n'était pas attaché et impuissant.

Sans magie.

Il n'était pas enchaîné...

Respirant profondément, il avança d'un pas.

Ses genoux flageolaient, mais il était déterminé et ne pas les laisserait ployer.

Il pouvait le faire.

Il était Loki, d'Asgard.

Il était un dieu.

Il fit un nouveau pas en avant. Maintenant aux pieds du serpent, il sortit la fiole de sa poche, le verre enchanté et froid pressé dans sa paume, ses longs doigts fins enroulés autour avec détermination.

A son approche, le serpent siffla et recula, comme s'il le craignait, et Loki se demanda : comment une créature qu'il reconnaissait comme son plus grand fléau pouvait avoir peur de lui ?

Alors que lui-même ressentait une telle peur.

Il avait l'air tout aussi dangereux que dans son souvenir. Des écailles comme de l'obsidienne, des yeux comme des flammes jaunes.

Et là, il vit ses crochets, brillant dans l'obscurité, suintant de venin blanc qui coulait lentement de leurs extrémités.

Loki sentit son estomac se soulever, la bile menaçant de remonter, et il s'imagina lui brûler la gorge.

Comme le venin qui coulait.

Un frisson le parcouru et il ferma les yeux, déterminé à ne pas battre en retraire.

A rester ferme.

Puis il ouvrit les yeux et dévisagea la créature et sans la moindre hésitation il franchit la distance qui les séparait et tendit le bras. Sa main tremblait mais il l'ignora.

Le serpent siffla à nouveau, se détendit et frappa, manquant de peu de planter ses crocs dans sa chair.

Des jets de venin giclèrent et atteignirent la peau de sa main et de son visage. Il recula, mais immédiatement, la brûlure agonisante le mordit, calcinant et creusant, sous ses muscles et ses os, et Loki se mordit durement la lèvre pour retenir un cri de douleur.

Il se pouvait pas s'arrêter maintenant. Il ne pouvait pas.

Il avait donné sa parole.

Il ne pouvait pas se dérober.

Il redoubla de détermination, supporta la douleur et plus vite que le serpent ne put réagir, il riposta, le saisit par le cou, à la base du crâne et appuya.

Le serpent se tordit, tentant désespérément de lui échapper mais les doigts de Loki étaient puissants et il refusa de le lâcher.

Il leva la fiole, maintenant la gueule du serpent ouverte, il la tint sous ses crochets.

- Abandonne, maudite bête, siffla-t-il.

Et le venin s'égoutta, les gouttes tombées à côté gouttant sur sa main. De la fumée s'élevait là où elles tombaient et Loki serra les dents, refusant de bouger.

Il vit le liquide laiteux drainé, s'écouler dans la fiole. Il le vit monter à l'intérieur.

Il maintint sa prise, jusqu'à ce que la fiole soit à moitié remplie, et avec un grognement, il relâcha le serpent, recula d'un pas et regarda la créature battre en retraire puis disparaître dans l'obscurité de la crevasse de son rocher.

Le visage de Loki se tordit de dégoût.

- Je devrais te tuer, serpent, murmura-t-il.

Mais non...

Il ne le ferrait pas.

Le serpent faisait partie de lui maintenant.

Une partie de ce qu'il était.

Une partie de ce qui l'avait façonné.

Ils étaient liés dans la haine tous les deux.

Il le laisserait vivre, comme la bête l'avait laissé vivre.

Rebouchant la fiole, il la fit disparaître, les yeux rivés sur le trou noir où il savait la créature se terrer et l'observa pendant un long et silencieux moment.

Puis enfin, il se retourna, et sans un regard en arrière, il quitta cet endroit une fois de plus.


A suivre...