Archives de la famille Malefoy (5 septembre 2002) – Le défi de Malefoy I : « Cette fouine va se marier avant nous ? »
Résumé : Harry et Ron apprennent que Malefoy est sur le point de se marier… et ils sont invités !
Pairings principaux : Ron Weasley/Hermione Granger (1ère partie) & Harry Potter/Ginny Weasley (2ème partie)
Disclaimers : J.K. Rowling, qui d'autre ?
Note : Suite de l'OS « La belle de mai », lui-même suite de « La guerre est finie, Potter ».
Techniquement d'ailleurs, cet OS n'a absolument rien à faire dans ce recueil des « Archives de la famille Malefoy », mais l'idée m'en est venue avec la rédaction de la chute de « La belle de mai » et je trouvais ça amusant de voir à quel point Malefoy peut continuer à mettre le foutoir dans la vie de Ron et Harry…
En fait, c'est presque une mini-fic, donc je vais en faire deux parties : voici la première, celle consacrée à Ron et Hermione !
Mention spéciale : tout ceci est de la faute de mes personnages. Je n'ai aucun pouvoir sur eux, ils agissent indépendamment. Moi, je suis l'imbécile qui écrit.
Je signale à toute fin utile que les sites moldus visités par Ron sont véridiques, j'ai fait mes recherches. Certains éléments proviennent de sites anglophones (traduits pour le confort des lecteurs) et d'autres de versions francophones.
Rating : None (K)
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1er mars 2002
« Cher Mr. Harry Potter,
Drago Malefoy et Astoria Greengrass sont heureux de vous faire part de leur union, qui sera célébrée au Manoir Malefoy le samedi 5 septembre 2002 à 16h. A l'issue de la cérémonie, les familles auront le plaisir de vous accueillir pour un vin d'honneur. »
« Potter, je sais que c'est difficile pour toi, mais tâche d'être ponctuel. Amène la future Mrs. Potter avec toi (j'espère que tu comptes un jour l'officialiser à ce titre – il n'en serait que temps).
D.M. »
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Un peu hébété, Harry posa l'enveloppe sur la table, tandis que Ginny, un sac de sport à la main, s'apprêtait à quitter la maison.
- Qu'est-ce que c'était ?
- Euh… rien, marmonna précipitamment celui-ci en cachant d'un geste de la main le faire-part.
Ginny haussa les sourcils, peu convaincue, mais n'insista pas. Elle l'embrassa au coin des lèvres avant de se diriger vers l'entrée.
- Euh… Ginny ? appela Harry.
- Oui ? demanda celle-ci en mettant son manteau.
- Je t'aime.
Ginny eut un sourire en se recoiffant, contemplant son reflet dans le miroir accroché au-dessus du meuble du téléphone. Elle vit Harry, par-dessus son épaule, sortir de la cuisine pour l'embrasser à nouveau.
- Moi aussi.
Elle lui fit un clin d'œil, tournoya sur elle-même et disparut. Au même instant, le téléphone sonna, et Harry, machinalement, décrocha :
- Allo ?
Il entendit un chapelet de jurons, des bruits sourds de l'autre côté de la ligne. Reconnaissant celui qui l'appelait, il soupira intérieurement et reprit d'une voix plus forte :
- Allo ?
Les sons étouffés s'interrompirent aussitôt.
- Ha… Harry ? demanda la voix de Ron.
- Oui, mon vieux, répondit Harry, souriant en lui-même.
- Désolé, je ne comprendrai jamais comment fonctionne ce machin… Je pensais m'être encore trompé de numéro…
- Comme d'habitude, se moqua son ami. Qu'est-ce qui se passe ?
- Hum… Ginny est partie ?
- Oui, elle avait entraînement.
- Je peux venir ? Il faut qu'on… parle.
- D'accord. Maintenant ?
- Ca te dérange ?
Il perçut la gêne de Ron.
- Non, pas du tout.
- Merci. J'arrive.
Harry entendit le déclic du téléphone, puis la tonalité. Alors qu'il reposait le téléphone sur son socle, il y eut un CRAC ! sonore et Ron apparut, un peu en bataille, manifestement pas très bien réveillé lui non plus, habillé de pied en cape. Il fixa Harry avec un sourire, et celui-ci s'aperçut qu'il était resté en pyjama.
- Euh… Un café ? demanda Harry, passant une main dans ses cheveux ébouriffés pour tenter de se donner un air moins « saut de lit ».
- Avec plaisir, dit Ron.
Ils entrèrent dans le salon et Harry, après s'être assis sur son fauteuil favori, fit un geste de sa baguette magique. Deux tasses pleines d'un café bouillant (jamais il ne parviendrait, comme Mrs. Weasley, à les matérialiser prêtes à la dégustation) apparurent dans les airs et Ron s'accorda une gorgée qui faillit lui brûler l'œsophage.
- Tu l'as eue ? demanda-t-il d'une voix sombre.
Harry le regarda un instant sans comprendre et Ron eut un soupir exaspéré.
- Tu l'as eue ? répéta-t-il d'un ton insistant.
Il sortit une enveloppe de sa poche et Harry la reconnut aussitôt : c'était la même que celle qu'il lui-même avait reçue il y a un quart d'heure, le faire-part de mariage de Drago Malefoy. Il hocha la tête.
- Hum, hum, acquiesça-t-il dans un grognement.
Il y eut un silence pendant que Ron l'observait d'un air incrédule.
- Harry, tu te rends compte ? Malefoy, cette fouine va se marier avant nous !
- Euh… oui, manifestement.
Il ne comprenait pas vraiment le tour que prenait cette conversation, pas plus que l'expression scandalisée de Ron. Dans l'espoir de s'éclaircir les idées, il commit l'erreur de boire un peu de son café magmatique et manqua s'étouffer. Ron eut un air approbateur, croyant sans doute que Harry avait enfin compris. Le regard vide que son meilleur ami posa sur lui se hâta de le détromper et il leva les yeux au ciel.
- Voilà ce qui est écrit sur la mienne : « Drago Malefoy… gnagna… bonheur… blabla… union… hum… invitation… »
Harry approuva d'un signe de tête. C'était ce que lui aussi avait lu sur le faire-part, il n'y a avait même pas une heure.
- Et là, dit Ron d'un ton dramatique : « Weasley, je sais que c'est difficile pour toi, mais tâche d'être ponctuel. Amène la future Mrs. Weasley avec toi (j'espère que tu comptes un jour l'officialiser à ce titre – il n'en serait que temps). D.M. »
- Il ne s'est pas foulé, j'ai reçu la même invitation vaseuse. Et alors ?
- Et alors ? répéta Ron, qui semblait faire de cette union une affaire personnelle. Malefoy va se marier ! Avant nous ! Tu ne saisis pas l'erreur dans l'énoncé ?
- Sans doute, dit Harry au hasard. Mais…
- Il va se marier ! souffla Ron, au bord de l'apoplexie. Et il se fiche de nous parce que nous… nous vivons encore dans le péché !
Un instant, Harry se demanda s'il n'était en train de faire un mauvais rêve particulièrement tordu.
- Vivre dans le péché ? interrogea-t-il, incrédule.
Les oreilles de Ron rougirent.
- C'est ce que s'amuse à dire ma mère de temps en temps, se justifia-t-il, mortifié. Mais enfin, Harry, tu ne saisis pas ? Il nous provoque !
- Ah bon ?
- Bien sûr !
- Et que comptes-tu faire ?
Harry avait du mal à cacher son ennui. Malefoy, leurs défis, leurs disputes, c'était du passé. La guerre était finie, le temps de Poudlard était depuis longtemps révolu… sauf pour Ron, visiblement.
- Tu as l'intention de t'y rendre ? demanda Ron.
Harry haussa les épaules.
- Oui, peut-être. Si je n'ai rien de mieux à faire… Je me suis toujours demandé qui pourrait bien accepter de partager sa vie avec quelqu'un comme Malefoy.
- Oh, une belle plante dans le genre d'Astoria Greengrass, bien sûr. Vénéneuse, cela va sans dire. Et ambitieuse, à n'en pas douter. C'est la petite sœur de Daphné. Tu sais, l'une des filles de la bande de Parkinson.
- Oui, je vois, prétendit Harry, qui, à sept heures du matin, ne voyait pas grand-chose. Et donc ?
- Réfléchis ! Tu vas emmener Ginny au mariage de ce pourri avec je ne sais quelle Sang-Pure alors que elle – Ginny – sera condamnée à apparaître à ton bras comme une sorte de… concubine ?
- Euh… Je pensais d'abord lui soumettre l'idée d'y aller ou non. Je ne tiens pas à la traîner là-bas de force. Et toi ?
- Tu veux dire que Ginny ne sait pas ?
- J'ai… omis de le lui signaler, rectifia Harry. Disons que… euh… elle avait entraînement, et je ne voulais pas qu'elle se prenne un Cognard dans l'occiput tout ça parce qu'elle sera hors d'elle d'apprendre que…
- … vous avez été invités au mariage du type le plus infréquentable du monde.
- Tu exagères, dit Harry – il commençait à avoir mal à la tête. Il y a eu pire… Personnellement, j'ai toujours eu du mal avec Bellatrix, par exem…
- Pas de faux humour. Tu vois ce que je veux dire, l'interrompit Ron.
- Et Hermione ? Qu'est-ce qu'elle en pense ?
Ron se ratatina soudain.
- Euh… Je ne lui ai pas laissé lire mon invitation, mais… elle est… très enthousiaste.
- Tu plaisantes ?
- Hum… il paraît que la future épousée est une surdouée des enchantements, ou je ne sais pas quoi. Elle a dû avoir un quelconque prix en sortilèges ou une publication dans Les Défis de l'enchantement.
- Je doute que Mrs. Future Malefoy soit particulièrement disposée à parler sortilèges pendant qu'elle coupera son gâteau de mariage.
- Moi non plus, mais Hermione est ravie, alors…
Il eut un geste de la main en signe d'impuissance.
- Pour en revenir à la « provocation » de Malefoy, tu comptais me faire part de ton plan brillant ?
Harry ne pouvait nier que les mots de Ron avaient éveillé en lui une certaine panique, irrationnelle certes, mais panique tout de même. Et puis, c'est vrai qu'en repensant… Malefoy semblait vraiment se ficher de lui. En relisant plusieurs fois sa propre invitation, il pouvait presque entendre son ton railleur : « Alors, Potter ? Où est passé le légendaire courage des Gryffondor ? Trop timide pour oser faire une demande ? »
Oui, Ron avait raison. La provocation était évidente ! Comment avait-il pu ne pas s'en apercevoir plus tôt ? Ce ne fut qu'en reportant sur Ron son regard subitement lucide qu'il se rendit compte que le regard de son ami s'était soudain devenu fuyant.
- Vemandermionage.
- Pardon ? demanda Harry en tentant de démêler ces sons inarticulés pour leur donner un sens intelligible, sans succès.
A nouveau, la nuque et les oreilles de Ron s'enflammèrent.
- Je… je vais demander Hermione en mariage.
Harry se demanda s'il n'allait pas tomber de sa chaise.
- Tu rigoles ?
- N'ai jamais été aussi sérieux.
Sans prévenir, Harry s'empara de la tasse vide de Ron pour y coller son œil. Il devait y avoir quelque substance illicite restée au fond, c'était impossible autrement. Ou bien, George avait décidé de leur faire une petite farce… Oui, bien sûr, c'était ça !
- Ron, tu te rends compte de ce que tu viens de dire ?
- Parfaitement. Je vais me fiancer à la femme que j'aime.
- Non, non : tu vas te fiancer à la femme que tu aimes, simplement parce qu'un faux-jeton a réussi à trouver quelqu'un qui veuille l'épouser et que tu ne veux pas prendre trop de longueurs de retard sur lui.
- Tu devrais arrêter de parler avec Hermione. Ces conversations sur la psychologie te montent au cerv…
- Sers-toi en un peu, justement, de ton cerveau ! coupa Harry. Bien sûr que si !
- Mais… où est le mal ?
Harry ne sut quoi répondre. Oui, où était le mal ?
- Je ne sais pas… c'est juste… bizarre.
Ron eut un rire étouffé.
- A la base, je venais quêter ton soutien.
Harry haussa les sourcils.
- Je te l'offre sans réserve, promit-il en remplissant à nouveau leurs tasses d'un geste négligent de sa baguette.
Malheureusement, Harry n'était pas un virtuose de ce genre de sortilèges, et une goutte de café frémissant atterrit sur la jambe de Ron.
- Nom de…, jura celui-ci, avant de lancer son propre sortilège pour venir calmer la sensation cuisante sur sa peau.
- Désolé, s'excusa Harry, embarrassé.
Ron lui fit signe de ne pas s'inquiéter et commença à nouveau à siroter le café, les yeux dans le vague.
- Quand ? voulut savoir Harry.
Ron sursauta et lui adressa un regard déconcerté.
- Quand est-ce que tu as prévu de faire ta… demande ?
A la simple prononciation du mot, il se sentit rougir. Malefoy avait-il raison ? Pouvait-il vraiment être si timoré ? Il était un Gryffondor, mille gargouilles ! Ron haussa les épaules, n'ayant manifestement pas de réponse à proposer.
- Je ne sais pas. Avant septembre, au moins. Je tiens à ce que ce soit ma fiancée qui m'accompagne chez les Malefoy. Je veux pouvoir lui clouer le bec, à ce petit…
Le mot suivant fut inintelligible, mais Harry était à peu près certain que ce n'était pas flatteur. Cela n'avait pas d'importance, d'ailleurs. Le degré d'insultes de Ron vis-à-vis de Malefoy n'intéressait guère Harry. Ce qui était important, cependant, c'était l'impact psychologique que ledit héritier Malefoy avait sur son meilleur ami : Ron, qui avait mis sept ans à embrasser Hermione pour la première fois, la demander en mariage ?
- Inutile de me regarder comme ça, grommela Ron, grognon. C'est juste que…
Sa voix s'éteignit.
- Tu es cinglé, souffla Harry.
- Je sais. Pas toi ?
Harry frissonna.
- Je ne sais pas.
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24 avril 2002
- Tu quoi ?
Arthur Weasley regarda son plus jeune fils d'un air effaré.
- Où est-elle ? demanda Ron sans se soucier de répéter ce qu'il ressentait déjà comme une humiliation personnelle.
- Mais euh… hésita Mr. Weasley, manifestement perdu. Je ne sais pas. C'est ta mère qui s'occupe de ces détails, tu le sais bien. Tu devrais…
- Lui demander ? s'étrangla Ron. Je tiens à éviter les hauts cris, les sanglots et les étreintes comme si j'étais un miraculé de la Dragoncelle, ou…
- J'ai saisi l'idée, l'interrompit Mr. Weasley. Mais…
- Dans ce cas, attire-la en bas. Je n'en ai pas pour longtemps…
- Elle est déjà dans la cuisine, à se réjouir du fait que Harry, Ginny, Hermione et toi veniez dîner. Que comptes-tu faire ?
- Hum… Fouiller la chambre ?
Les sourcils de Mr. Weasley remontèrent haut sur son crâne dégarni. Les oreilles de Ron rougirent.
- Merci, Papa, dit-il en prenant la fuite, sortant du poulailler où son père tentait vainement de remonter la moto de Sirius Black.
- Ron ! RON !
Celui-ci se retourna pour croiser le regard un peu gêné d'Arthur.
- Evite… eh bien, évite simplement de fouiller dans ma table de nuit.
Ce fut au tour de Ron de hausser les sourcils.
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Où était donc cette fichue bague ? OÙ sa diabolique mère avait-elle pu cacher les bagues qu'elle réservait aux fiançailles de ses enfants, celles que l'un de ses cousins, Enchanteur de métaux, lui avaient offert à chaque naissance, et dont Mrs. Weasley se plaignait souvent de ne jamais les voir au doigt d'improbables belles-filles ? Le mariage de Fleur, il y a un peu plus de quatre ans, avait été une occasion unique.
Mais à présent que lui en avait besoin, nul n'était capable de la lui fournir ?
- Accio bague, incanta Ron au hasard en agitant sa baguette, agacé de retourner sans fin les tiroirs.
Aussitôt, une sonnerie stridente retentit dans le Terrier.
- Mille Gorgones, eut le temps de souffler le cadet des fils Weasley avant que sa mère ne se matérialise, baguette brandie, dans la pièce, une expression hostile sur son visage.
- Qu'est-ce que… ? Ron ?
Etonnée, elle abaissa sa baguette.
- Qu'est-ce que tu fais ici ? demanda-t-elle, vaguement soupçonneuse.
- Je… Je… Eh bien, je…
Il vit avec une certaine inquiétude les sourcils de sa mère se froncer tellement qu'ils se rejoignirent au milieu de son front. Son regard sévère le laissa un instant se débattre avec toutes les excuses stupides qui pouvaient lui venir à cet instant, puis elle énonça, d'une voix basse et presque menaçante :
- Ronald Bilius Weasley, puis-je savoir… ?
- La bague, se hâta d'avouer Ron. Je cherche ma bague.
- Ta bague ?
- La bague de fiançailles que… tu me destinais.
Pendant un instant, Mrs. Weasley ne sembla pas y croire, puis elle laissa échapper un glapissement.
« Oh, non », eut le temps de songer Ron avant qu'une masse rousse et tremblotante ne vienne l'étreindre avec une telle force qu'elle manqua de lui rompre les côtes.
- Oh, Ronnie…
- Maman, non…
- Oh, Ronnie, si tu savais comme je suis contente… renifla Molly.
- Oui, moi aussi, Maman…
- Oh, mon poussin ! Comme tu es grand…
- Maman !
Mrs. Weasley consentit à relâcher sa poigne. Elle eut un geste étourdi de sa baguette et colora sans s'en apercevoir la tapisserie en jaune pêche.
- Oh, Ron…
- Oui, Maman, répéta Ron d'une voix résignée. Et euh… la bague ?
- Oh, bien sûr, mon chéri ! Où avais-je la tête ?
Imprimant à sa baguette un geste compliqué en même temps qu'un sortilège inintelligible, elle se tourna vers une poutre qui courait à la verticale le long d'un mur, et celle-ci s'évanouit suffisamment pour permettre à Ron de voir l'alvéole qu'elle avait dissimulée. D'un mouvement de la main, Mrs. Weasley attira à elle le coffret de bois sombre, qu'elle posa sur la coiffeuse. Elle se détourna de la cachette et Ron eut le temps de voir la poutre réapparaître de nulle part pour protéger l'anfractuosité.
Enfin, Mrs. Weasley posa un doigt sur le coffret et on entendit jouer un mystérieux mécanisme avant que la boite ne s'ouvre. Ron siffla.
- Par la barbe de Merlin, c'est mieux protégé que la Pierre Philosophale, ça…
Mrs. Weasley lui adressa un sourire distrait. Son fils vit les traits de sa mère se tendre un peu quand elle effleura du doigt l'une de six bagues qui restaient dans la cassette, chacune sertie d'une pierre différente. Sans doute celle de Fred, songea Ron, et son visage s'assombrit en se disant que nulle femme ne la porterait jamais. Puis Mrs. Weasley lui tendit un anneau d'or blanc serti d'une superbe améthyste, d'un violet à la fois pâle et profond.
- Merci, dit Ron avec un sourire timide. Ne dis rien à personne, d'accord ?
Mrs. Weasley hocha la tête, les yeux brillants.
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Harry trempait d'un air absent sa cuillère dans la délicieuse soupe de poireaux de Mrs. Weasley, se demandant vaguement pourquoi le regard de cette dernière passait de Ron à Hermione avec une expression réjouie, avant de revenir sur lui-même et Ginnny d'un air inquisiteur. Il entendait – davantage qu'il n'écoutait – le discours d'Hermione sur les problèmes qu'elle avait avec le Ministère au sujet des droits des elfes de maison, ainsi que ses récriminations contre les représentants du Département de Contrôle et de Régulation des Créatures Magiques, qui refusaient obstinément de considérer l'idée de déplacer Nessie, le monstre du Loch Ness, vers le Lac de Poudlard.
- Enfin, quoi ! s'emporta-t-elle, tandis que Mr. Weasley semblait lui prêter une oreille d'autant plus attentive qu'il guettait le moment propice où elle s'interromprait, pour pouvoir demander du pain. Hagrid a été très enthousiasmé par l'idée, et le Lac, même avec sa colonie d'êtres de l'eau et le calmar géant, est bien assez grand pour que tous s'y déplacent sans problème…
- Surtout que les élèves de Poudlard pourront parier sur qui, du serpent des mers ou du calmar géant, aura le dessus, souffla Ron à Harry, qui dut étouffer un rire derrière sa serviette.
Hermione se tut en jetant à Ron et son meilleur ami un regard qui aurait effrayé un Basilic, puis Mr. Weasley prit le relais.
- Figurez-vous que j'ai croisé Drago Malefoy, dit-il. A Gringotts.
Harry et Ron échangèrent un bref regard, et Ron en profita pour faire étinceler dans sa manche la bague d'or blanc. Harry manqua s'étouffer dans sa coupe de vin.
- Sans doute à venir chercher des fonds pour le financement de son mariage, dit Mrs. Weasley en dardant sur Ron un regard que Harry avait peur de comprendre.
Il donna un coup de coude à son voisin de table et Ron eut une grimace fataliste que personne d'autre ne remarqua. La mention du mariage de Malefoy avait soudain jeté sur la tablée une atmosphère étrange, comme grésillante.
- Quand je pense que nous avons été invités, ajouta Mrs. Weasley en roulant des yeux.
Ron et Harry se ratatinèrent dans leurs assiettes.
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2 mai 2002, 8 heures du matin
- Harry, qu'est-ce que je vais faire ?
Dans l'un des boxes du Bureau des Aurors, où une pancarte indiquait « Mr. Harry Potter », Ron Weasley se lamentait à voix basse devant un petit écrin. Harry, assis à son bureau, rédigeait machinalement un rapport sur l'agression de Mr. Timothée Effrett, un des représentants les plus hauts placés de la Justice Magique.
- Je ne sais pas, Ron, soupira celui-ci pour la douzième fois. Prendre un Philtre de Paix ?
Ron poussa un gémissement désespéré. Aujourd'hui, ça faisait quatre ans que lui et Hermione s'étaient embrassés pour la première fois. Aujourd'hui, il allait la demander en mariage. Merlin lui vienne en aide !
Harry eut un soupir à fendre l'âme et il tendit à Ron le rapport achevé.
- Va donner ça à Williamson, qu'il s'en occupe. Je dois m'occuper du cas de Jugson. Il a été vu près de Stratford, je vais aller jeter un coup d'œil.
Ron voulut protester.
- Non, je t'en prie, envoie quelqu'un d'autre ! J'ai besoin de toi pour m'aider… Comment vais-je bien pouvoir m'y prendre ?
- Ron, tu parles à celui qui, malgré une victoire contre un mage noir et un dragon, n'a pas été capable d'inviter Cho Chang au bal de Noël de quatrième année. Crois-moi, je ne peux rien pour toi.
- Mais…
- Va donc voir quelqu'un qui pourra te renseigner.
- Mais qui ?
Harry haussa les épaules.
- N'importe qui qui s'est déjà fiancé ! Bill, tes parents…
- Il est hors de question que je parle de ça à quelqu'un de ma famille.
Harry eut un geste d'impuissance en mettant sa cape de voyage sur ses épaules. Il se dirigea vers les ascenseurs pour descendre dans l'Atrium, d'où il pourrait transplaner, Ron se trainant derrière lui, manifestement accablé.
- Harry, pitié, donne-moi une suggestion, n'importe laquelle.
L'ascenseur arriva et les grilles s'ouvrirent, laissant passer Harry. Juste avant que les portes ne se referment, il fit un clin d'œil à Ron.
- Demande à Malefoy !
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Ron regarda l'ascenseur se refermer sur ce qui avait été son seul soutien avec un sentiment qui oscillait entre panique et apathie. Puis, le rapport d'Effrett toujours en main, il s'en alla trouver Williamson.
- Ah, parfait, merci, Ron. Où est Harry Potter ?
- A Stratford, pour Jugson.
Il pâlissait dangereusement et regretta ses toasts de la matinée.
- Ron ? Ca va ?
- Dites… dites à Harry que je suis rentré chez moi. Me sens pas très bien.
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- A nous deux, sale bête !
D'un air prudent, Ron ouvrit l'ordinateur qu'Hermione avait laissé sur le bureau de leur appartement, comme s'il craignait qu'il se referme sur ses doigts, telles des mâchoires noires et brillantes. Il chercha frénétiquement le bouton d'alimentation et parvint à trouver la prise sans trop de difficultés.
Une fois de plus, il maudit Harry, qui savait parfaitement se servir d'un ordinateur. Lui n'avait pas la moindre expérience dans ce domaine pour le moins occulte qu'était l'informatique, si l'on exceptait les dix minutes de cours particuliers qu'Hermione avait daigné lui accorder lorsqu'il l'avait surprise en train d'utiliser ce truc, là… Impernet ? Ah, non, Internet. C'est ce qu'indiquait une petite icône sur laquelle il devait… cliquer ?
2 mai 2002, 10h du matin
Deux heures plus tard, il avait trouvé – avec un brio qui l'étonnait lui-même – une page fort prometteuse titrée « Les meilleures idées pour une demande créative ». Ron sortit avec frénésie une plume du bureau, prêt à prendre note de cet art inconnu et commença à lire :
« Il y a deux choses dont rêvent les femmes depuis qu'elles sont petites filles… »
Ah bon ?
« Leur mariage, et leurs fiançailles. »
Peut-être que si Hermione pensait à un scénario de fiançailles idéal, il n'aurait qu'à lui demander ?
« La plupart des femmes se sentiront toujours déçues si ces deux choses ne sont pas uniques et parfaites. »
Il était dans la bouse de dragon jusqu'au cou.
« Il existe cinq éléments qui doivent faire de votre demande un moment unique pour la femme de votre vie. »
Très bien, Ron ne demandait qu'à s'instruire dans cet art qu'était la demande en mariage.
« Elle doit être créative, pour que votre partenaire sache que vous vous êtes donné du mal.
Elle doit être émouvante.
Elle doit être personnelle (et utiliser des éléments auxquels votre partenaire peut s'identifier).
Elle doit être surprenante.
Elle doit être aussi originale que possible. »
Mon Dieu, s'il avait su, il aurait cessé de repousser sans cesse ses interrogations quant à la façon de demander la main d'Hermione. Et s'il allait tout simplement voir Mr. Granger en lui demandant sa fille ? Ce serait simple et… totalement désuet. Non, Hermione n'apprécierait sans doute pas…
« Dans un sondage, 80% des hommes et des femmes ont confié qu'ils avaient trouvé la demande de leur partenaire décevante. »
Il allait mourir. Là, tout de suite.
2 mai 2002, 13h
Des tonnes de feuilles de note jonchaient à présent le bureau au fur et à mesure qu'il progressait dans l'art de l'informatique. De l'art de la demande en mariage, cependant, rien du tout.
Il n'allait tout de même pas s'abaisser à aller voir Malefoy ! Tout ça était sa faute, à l'origine ! Il redoubla d'efforts.
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« Dites-lui je t'aime…
Avec une colombe,
Au restaurant,
En limousine (il n'aimait pas les voitures, même agrandies par magie),
Dans un chalet sur une île (il n'avait pas le temps pour ça),
Avec un cœur sur pattes (les moldus avaient vraiment des idées très bizarres),
Au pied de la Tour Eiffel (hum, avec un transplanage, c'était peut-être jouable ?),
En montgolfière,
Avec des musiciens fantômes (vu ce qu'il se rappelait de l'orchestre de l'anniversaire de mort de Nick, c'était hors de question. Qu'est-ce que les moldus connaissaient aux orchestres fantomatiques, de toute façon ?),
Avec des centaines de bougies,
Sous une pluie de roses (jouable s'il parvenait à maîtriser le sortilège en un après-midi)… »
Ron passa une main dans ses cheveux, découragé. Il n'y arriverait jamais. Certes, il y avait de bonnes idées dans les différentes pages, mais rien de… Rien d'Hermione, songea-t-il, abattu.
Il n'avait pas le choix.
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- Weasley ?
Malefoy paraissait à peine surpris, mais pas forcément enchanté.
- Que puis-je pour toi ? Tu ne tombes pas au meilleur moment. Je choisis si je dois demander des lys ou des orchidées. Astoria adore les lys, mais tu comprends, les orchidées, surtout enchantées…
Il tourna un sourire goguenard vers la tête de Ron qui flottait dans le feu, comme un œuf flamboyant.
- Enfin, peu importe. Qu'est-ce qui t'amène, pour me déranger à cette heure-ci ?
Ron déglutit avec difficulté.
- J'ai une question d'intérêt scientifique.
De l'autre côté de son bureau, Drago laissa tomber une liste de mariage et haussa un sourcil.
- Pardon ?
- C'est… métaphysique.
- Je t'écoute…
- Comment as-tu demandé Greengrass en mariage ?
- Astoria, corrigea Drago dans un sifflement menaçant. Pourquoi ça ?
- Eh bien, disons que… sans vouloir être insultant… elle a accepté de t'épouser, non ? Alors, Harry et moi…
Les yeux de Malefoy étincelèrent d'une lueur – de mauvais augure ?
- On se demandait ce que tu avais fait de si exceptionnel pour qu'elle… enfin…
L'expression outrée du visage de Malefoy le fit taire. Ron n'avait pas peur de lui, mais le fait de le voir s'enflammer si facilement n'était pas pour le rassurer.
- Eh bien, tu diras à Potter – il eut un sourire narquois – que ma vie privée, et surtout amoureuse, ne le regarde pas.
Un instant, Ron resta sans voix. Le fait que Malefoy ait prononcé le mot « amoureuse », associé à un adjectif possessif était pour lui une première qui le clouait sur place. Ne serait-ce que l'idée elle-même lui donnait l'impression d'avoir atterri dans la quatrième dimension.
- Mais pour te donner une idée, ça comprenait un parc privé dans l'obscurité, un soir de pleine lune, des fées, une fontaine, un banc de pierre, une bague, quelques larmes, des pétales de fleur et un orgasme. Tu sais ce que c'est, Weasley ?
- Je ne connais que le pluriel, rétorqua Ron, et, satisfait, il coupa la communication.
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Bon, tout cela ne l'aidait guère. Il n'avait aucun parc sous la main, ce n'était absolument pas la pleine lune, Hermione n'aurait pas apprécié qu'il se serve de la complicité d'innocentes créatures magiques pour parvenir à ses fins. Quelle chance avait Malefoy !
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Dans son bureau au manoir, Drago Malefoy se caressait le menton d'un air songeur, regardant sans le voir l'endroit d'où Weasley avait disparu. Puis il eut un sourire et commença à rédiger sur une chute de parchemin un mot hâtif.
« Opération à moitié accomplie. Weasley à l'hameçon. »
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2 mai 2002, 17h
- Ron ? Ron ?
Harry, noir de poussière, une balafre sur la joue et l'air d'être passé pas très loin d'un Maléfice Explosif, se matérialisa avec un « pop » dans le salon de l'appartement de Ron et Hermione… et se demanda un instant s'il ne s'était pas trompé de maison.
- Ron ? appela-t-il, incrédule.
Il entendit une démarche précipitée, un souffle haletant, et Ron, débraillé, en sueur, sortit de la cuisine en toussant.
- Harry ?
- Non, le Premier Moldu, ironisa celui-ci en jetant un coup d'œil au salon.
- Merlin, Harry, tu as une tête épouvantable…
- Je te remercie, répondit son ami avec une grimace. Jugson s'est montré un peu plus résistant que prévu, mais j'ai fini par l'avoir.
- Attends deux secondes, je vais chercher du dictame.
- Ron, qu'est-ce que c'est que cette odeur ? s'étouffa Harry tandis que Ron fonçait vers la salle de bains pour tirer de la pharmacie un flacon de dictame, dont il laissa tomber deux gouttes sur sa joue ensanglantée. J'ai cru que tu avais été attaqué, ou quelque chose comme…
- Des… euh… noix de Saint-Jacques. Et des soucis avec le four…
Harry leva les yeux au ciel.
- J'espère que tu en as acheté beaucoup.
- J'ai été… prévoyant. Mais Hermione rentre dans deux heures et…
- Oui, je vois. Attends deux secondes, je ne veux pas avoir à jeter un sortilège de Têtenbulle pour pouvoir te parler.
Il leva sa baguette et lança un sortilège Odorant. L'odeur de brûlé s'effaça, laissant place à une brise qui sentait le pin.
- Mieux, apprécia Ron. Il faut que tu m'apprennes ce sortilège.
- Revois l'ordre de tes priorités, mon vieux. Il faut que tu apprennes à cuisiner ! Mais bravo pour le salon, c'est très romantique, comme ambiance. Tu as fini par trouver des idées ?
Ron eut un grognement et Harry avisa avec un sourire l'ordinateur, dont la lueur de l'écran filtrait à travers la porte du bureau, entrouverte. L'appartement était plongé dans le noir, et seules des bougies éclairaient le salon, où Ron avait saupoudré chaque centimètre carré de surface de pétales de rose, y compris la petite table de bois dressée pour deux.
- Est-ce que tu as des idées pour le champagne, Harry ? Je n'y connais absolument rien et je ne vais quand même pas aller redemander à Malefoy lequel est…
Harry laissa tomber le flacon de dictame qui s'abattit sur le parquet avec un bruit de verre brisé. Le liquide se répandit en une flaque, touchant des pétales de roses qui germèrent jusqu'à devenir de superbes roses rouges à la croissance instantanée. Indifférent au désastre, Harry fixait Ron, incrédule.
- Tu as quoi ?
Ron le regarda sans comprendre.
- Je suis allé demander à Malefoy, comme tu m'as dit de faire. Je l'ai dérangé en plein dilemme floral, si tu veux savoir, mais il a fini par me dire…
- Ron, sombre crétin, je plaisantais !
- … ce qu'il avait fait pour Greengrass et… quoi ?
- Je plai-san-tais, dit Harry en détachant les syllabes. Comment as-tu pu penser… ?
- Je ne pensais à rien ! J'étais incapable de penser, j'étais en panique totale !
- Mais de là à… Il n'y avait rien dans Douze moyens de séduire les sorcières ?
- Non ! Si tu avais été là, tu aurais sans doute pu m'empêcher de commettre cet acte regrettable, mais non, Mr. Potter avait cédé à son instinct de chasseur de mages noirs pour aller poursuivre on ne sait quel ex-Mangemort…
- Il était dangereux, Ron.
- Pas autant que Malefoy !
Harry renonça à discuter avec Ron tant qu'il était dans cet état de nerfs. Pendant un instant, il caressa l'idée de débarquer au manoir Malefoy avec un faux mandat de perquisition, ne serait-ce que pour ruiner la journée – peut-être même la semaine, avec un peu de chance – de celui qui le condamnait à faire face à un Ron électrique et incontrôlable. Il souffla profondément pour se calmer.
- Bon, qu'est-ce que tu as prévu ?
- Alors, euh…
A sa grande surprise, il vit Ron sortir une feuille crasseuse, un peu froissée.
- D'abord, j'avais prévu … du champagne avec des apéritifs, là, près du canapé.
Harry acquiesça, tandis que Ron continuait de lire scrupuleusement ses notes.
- Ambiance tamisée avec fond musical… J'ai trouvé un CD de ballades, mais il faudra que tu me réexpliques comment faire marcher la chaine Hi-Fi…
- OK, j'ai saisi l'idée. Et à manger ?
- En entrée, les noix de Saint-Jacques, puis des brochettes de thon rouge grillé au sésame et gingembre…
Harry sentit l'habituel hérissement de cheveux dans sa nuque qui annonçait les catastrophes imminentes, et, occasionnellement, un sérieux mal de tête.
- Après, un assortiment de fromages… français, et en dessert, des poires au chocolat et aux fruits rouges… Tu en penses, quoi, Harry ? Harry ?
Ledit Harry se pinça l'arête du nez.
- C'est Malefoy qui t'a donné le menu ?
- Euh, non, c'est ce truc, là… Impernet ? Pourquoi ?
- Parce qu'en deux heures, tu n'as aucune chance. Je ne suis pas un cuisinier confirmé, Ron, mais je peux te garantir qu'à part un miracle, ou un Retourneur de Temps, ce qui est exclu, il est impossible de préparer un tel repas en – il jeta un coup d'œil à sa montre – une heure et demi. Pas si tu dois en plus allumer les chandelles sur la table et penser à ce que tu dois dire à Hermione quand… eh bien, quand tu feras ta demande.
Il vit Ron pâlir encore plus, si c'était possible, et un affreux doute lui chatouilla la colonne vertébrale.
- Ron, tu as bien pensé à une petite déclaration dans les règles, dis-moi ?
Il y eut un gémissement étranglé et Harry adressa une prière muette aux éléments.
- Ron, tu ne peux pas te contenter d'un « Je t'aime, veux-tu m'épouser ? », tu en es conscient ?
Nouveau gargouillement.
- Bon, en même temps, c'est Hermione, et elle a su attendre sept ans avant que tu ne l'embrasses enfin, mais…
Harry s'interrompit.
- Bon, il n'y a qu'une seule solution. Attends-moi là.
- Harry, qu'est-ce que tu… ?
Il y eut un nouveau « pop » et Harry disparut.
- Espèce de traitre !
Deux minutes plus tard, Harry était de retour, accompagné de…
- Harry ! Non, Harry ! Je t'avais dit…
- Il n'y avait pas le choix, Ron ! A part ta mère, mais…
- Ne t'inquiète pas, Ron, dit Fleur avec un sourire qui fit étinceler ses dents blanches et illumina son visage parfait. Je suis au courant de la situation, je vais t'aider.
D'un pas gracieux, après un coup d'œil appréciateur au salon, Fleur entra dans la cuisine, s'empara de la feuille de Ron et ils entendirent le verrou de la pièce tourner.
- Bon, allez, viens, dit Harry en attrapant Ron par la manche pour le tirer vers le bureau. On va bosser ton discours.
- Mais, Harry…
- Fleur est la seule personne à être capable de réussir l'exploit de préparer ce dîner dans le temps imparti.
- Elle est…
- Elle est française, Ron. Crois-moi, c'est le seul moyen pour que ça marche.
Ron cessa de protester.
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2 mai 2002, 18h17
- Voilà, roucoula Fleur d'un ton ravi. J'ai fini !
Elle fit léviter les flûtes de cristal et le Champagne dans son seau de classe jusqu'à la table basse près du canapé, agita à nouveau sa baguette et, aussitôt, la cuisine se mit à étinceler comme des pierres de lune.
- Merveilleux, Fleur, commenta Harry en coulant un regard discret à Ron qui regardait le superbe repas d'un air abasourdi, n'en croyant visiblement pas ses yeux.
- Merci, Arry, souffla la Vélane d'une voix de gorge. Ca te plait, Ron ?
Celui-ci hocha la tête et elle eut l'air très contente d'elle-même. Puis, elle jeta au salon un regard critique, fronça ses sourcils délicats et fit un nouvel arc de cercle de sa baguette. La fenêtre en face de la table basse, masquée par un rideau, disparut pour laisser place à une cheminée dans laquelle ronflait un feu sans chaleur.
- Plus romantique comme cela, commenta-t-elle, avant d'aviser l'air catastrophé de Ron, qui fixait l'endroit où la fenêtre avait laissé place à la cheminée. Ne t'inquiète pas, ajouta-t-elle, un simple Finite suffira à tout remettre en place.
Ses yeux bleus brillèrent.
- Et je ne dirai rien à Hermione, ne t'inquiète pas.
Ron sourit enfin, et Fleur continua sa tournée d'inspection d'un pas énergique. Quelques sortilèges plus tard, l'appartement semblait, sous ses bons soins, s'être transformé en cocon d'amour. La chambre avait subi un récurage en bonne et due forme, le moindre endroit reluisait, dans la salle de bains coulait un bain moussant, tout le sol était recouvert de pétales de roses et des bougies en éclairaient chaque recoin.
- Allume les chandelles de la table au dernier moment. Elles sont enchantées.
Puis elle s'approcha de la chaine Hi-Fi et sortit le CD que Ron y avait placé avec un petit hochement de tête. Harry l'entendit murmurer pour elle-même, et elle eut un petit geste de sa baguette.
- Inanimatus apparitus, souffla-t-elle, et un coffret à CD apparut devant elle.
Harry eut le temps de voir le titre « Les 50 plus grands titres classiques romantiques », avant qu'elle ne prenne les trois CD et en mette un dans le lecteur.
- La musique sur laquelle Bill m'a demandé en mariage, dit-elle d'un ton ému.
Elle posa les deux CD restant à côté de la chaine Hi-Fi et la tapota du bout de sa baguette, la faisant vibrer pendant quelques secondes.
- Je l'ai ensorcelée pour qu'elle passe automatiquement d'un CD à l'autre, indiqua-t-elle.
Elle embrassa Harry sur chaque joue, puis Ron.
- Ah, oui, je t'ai sorti une tenue de soirée sur le lit. Bonne chance !
Ron eut un bref grognement reconnaissant, puis elle disparut.
- Un véritable cataclysme, l'entendit marmonner Harry d'un ton bougon.
Puis il regarda l'heure et eut un sursaut.
- Nom d'une bouse de dragon ! Il est déjà moins le quart !
Il se rua dans la chambre et en ressortit deux minutes plus tard, dans une tenue de soirée du même bleu que ses yeux.
- Comment tu trouves ?
- Ce n'est pas mon genre, mais je pense qu'Hermione sera satisfaite. Comment tu te sens ?
Ron lui adressa une grimace.
- Bon, tu as la bague ?
Il porta la main à sa poche, manifestement inquiet, puis son visage se détendit. Fleur avait manifestement pensé à tout.
- Tu te souviens plus ou moins du discours ?
Il hocha la tête, et Harry eut un petit sourire.
- Bon, eh bien, euh, fabuleux. Bonne chance, bon vieux.
Ron l'étreignit soudain avec force, et Harry lui tapota l'épaule.
- A demain, dit-il.
- Oui, acquiesça Ron, la gorge nouée.
Et Harry disparut en tournant sur lui-même.
ooo
Ron resta seul dans la pièce, terrifié, sursautant au moindre bruit, se demandant à quel instant Hermione allait apparaître, espérant que tout se passe bien. Soudain, dans l'entrée, il y eut un « pop », puis une exclamation étouffée.
- Qu'est-ce que… ? Mille méduses !
Ron, inquiet, se précipita dans l'entrée, pour découvrir Hermione, dont un filet d'eau jaillissait de sa baguette brandie pour éteindre le début d'incendie qui consumait la manche de son chemisier préféré.
- Hermione ! souffla-t-il, inquiet. Tout va bien ?
- Ron ! Par Merlin, j'ai eu peur en arrivant ici quasiment dans le noir complet et avec des flammes partout ! J'ai cru que l'appartement avait été attaqué !
- Euh, non. C'est ma surprise pour nos quatre ans…
Le regard de Hermione s'adoucit, elle répara les dégâts du tissu d'un simple mouvement de baguette et se serra contre lui en l'embrassant au coin des lèvres.
- Oh, Ron, ronronna-t-elle.
- Bon anniversaire, chuchota celui-ci.
Il déposa un baiser sur le front et l'entraîna au salon.
- Ron, la fenêtre… faillit s'étouffer Hermione.
- C'est… temporaire, ne t'inquiète pas. Mais la cheminée, c'était plus romantique, non ? Assieds-toi…
Hermione prit place sur leur canapé blanc, prenant bien soin de ne pas froisser sa jupe noire.
- Tu aurais dû me dire, dit-elle, embarrassée. J'aurais pu mettre une belle robe, et…
- Tu es belle, coupa Ron avec douceur en lui tendant une flûte de Champagne.
Hermione eut un sourire tandis que Ron s'asseyait à côté d'elle, et ses yeux étincelèrent lorsqu'ils trinquèrent dans un tintement de cristal. Elle but une gorgée, qui lui sembla pétiller beaucoup plus lorsque les lèvres de Ron, parfumées d'alcool, se posèrent sur les siennes.
- Tu t'es surpassé, souffla-t-elle en regardant autour d'elle.
Ses doigts effleurèrent un pétale de rose, couleur de sang, qui se détachait sur l'immaculé du cuir.
- Vivons-nous d'amour et de Champagne, ce soir ?
Son cœur battit un peu plus vite lorsqu'elle vit les yeux bleus de Ron rayonner.
- Pas seulement, dit-il doucement.
Il se leva et pour l'aider à se relever, lui tendit galamment une main qu'elle saisit sans hésitation.
- Si Madame veut bien se donner la peine, baragouina-t-il en français, et elle pouffa d'un rire cristallin qui dessina sur ses joues deux fossettes qui ressortaient à la lumière tamisée.
Il la guida vers la table, lui tira sa chaise pour qu'elle puisse y prendre place.
- Ferme les yeux.
Hermione fronça les sourcils, mais s'exécuta avec un certain amusement. Elle ne vit pas Ron se précipiter dans la cuisine, allumant au passage la chaine Hi-Fi qui diffusa à un volume presque inaudible quelque chose que Fleur avait appelé un « quatuor à cordes », et en ressortir en portant les noix de Saint-Jacques. Il déposa une assiette devant lui, l'autre devant Hermione, et saisit sa baguette pour allumer les chandelles enchantées que Fleur avait posées dans des bougeoirs.
POUF !
- Nom d'une Gorgone !
Hermione ouvrit aussitôt les yeux, et la vision de Ron, le visage maculé de suie tandis que les « fichues bougies sorties du trou des enfers » crépitaient comme un superbe feu d'artifice.
- Merlin, Ron, gloussa Hermione en tentant de réprimer son fou-rire à la vue du visage défait – et des sourcils roussis – de son petit ami.
- Je suis désolé, dit aussitôt Ron. Je ne savais pas qu'il fallait s'éloigner pour…
- Ne t'inquiète pas, le rassura Hermione en tentant de masquer les tremblements qui agitaient ses lèvres. C'est très bien comme ça…
Il lui adressa un petit sourire contrit et lui donna sa fourchette en argent.
- Tu as fait des noix de Saint-Jacques, réalisa Hermione, ses yeux se plissant pour la première fois dans une expression mi-méfiante, mi-admirative.
Ron eut un pâle sourire.
- J'ai… essayé. Si tu veux, je goûte d'abord et je te dis si c'est mangeable ?
Hermione fit une petite moue taquine.
- J'ai confiance, dit-elle d'un ton enjoué en prenant une bouchée.
Ron la regarda, les yeux un peu écarquillés, espérant de tout son cœur que Fleur, Fleur, n'avait pas fait d'erreurs dans sa recette. Le visage d'Hermione s'illumina.
- Ron ! Je ne savais pas que tu pouvais cuisiner aussi bien… Toi qui ne le fais pour ainsi dire… jamais.
Elle eut un sourire espiègle que Ron lui rendit, un peu détendu. Tout se passait bien. Mais au fur et à mesure que les minutes passaient, qu'ils bavardaient de tout et de rien, se regardant dans les yeux, se complimentant d'avoir trouvé quelqu'un d'aussi parfait avec qui partager sa vie, Ron se sentait de plus en plus stressé, et même les poires généreusement baignées d'un chocolat fondu qui fit pétiller leurs papilles lorsque le Champagne vint le rehausser ne parvint pas à faire taire son anxiété. Il tentait de se rappeler des extraits du discours que Harry l'avait aidé à mémoriser, mais n'en fut pas plus capable que de disserter en épreuve d'Histoire de la Magie de Pierre Bonaccord ou d'Ulric le Follingue. Refusant de céder à la panique, il remplit à nouveau leurs verres. Mais manifestement, l'alcool était un traitre car il ne se sentait toujours pas le moindre courage. Puis, il souffla profondément tandis qu'Hermione le regardait avec un petit sourire interrogateur.
- Hermione, souffla-t-il en prenant sa main.
Maladroit, il renversa une bougie qui lui brûla cruellement la main. Le sourire d'Hermione se transforma en une expression inquiète, et, deux secondes plus tard, les « satanées bougies démoniaques » et la brûlure sur la main de Ron disparurent.
- Je… je suis désolé, bafouilla Ron.
- Ce n'est pas grave, dit très sérieusement Hermione.
Elle eut un sourire.
- Tu voulais me dire quelque chose ?
- Je… oui…
Elle le regarda fixement de ses beaux yeux noisette.
- Danse avec moi.
Elle haussa les sourcils avec un petit sourire et se leva. Il lui ouvrit ses bras et ils tournèrent lentement sur place. Hermione passa ses bras autour son cou, puis elle se mit à sautiller sur place lorsque Ron lui marcha sur le pied.
- Oh, Hermione, pardon !
- Ce n'est pas… grave, haleta celle-ci avec l'impression qu'un de ses orteils s'était brisé.
- Attends, Hermione, ne bouge pas…
Il entoura sa taille fine de ses bras et la souleva, comme si elle n'avait rien pesé, pour la porter jusqu'au canapé où il l'assit.
- Je suis désolé, Hermione…
La douleur avait reflué et Hermione à présent riait.
- Tout va bien, Ron, je n'ai rien…
Elle lui adressa un sourire éblouissant.
- Bon anniversaire, susurra-t-elle en l'embrassant.
- Hermione…
La voix de Ron trembla légèrement, et elle ne répondit pas, se contentant de le regarder, surprise par son changement de ton, lui qui, tout la soirée, s'était montré si charmeur, si séduisant, si assuré.
- Je sais bien que je ne suis pas vraiment le petit ami idéal, souffla-t-il.
- Ron, s'indigna Hermione.
- Chut, dit celui-ci en posant un doigt sur les lèvres d'un rose perle. Laisse-moi continuer.
Son doigt dévia, suivant la courbe de sa joue.
- Actuellement, j'ai le teint d'un ramoneur et les sourcils brûlés. A cause de moi et de mes bougies, tu as failli être incinérée quand tu es rentrée, et j'ai manqué de t'estropier à vie. Ajoutons à cela que je ne saurai jamais maitriser les subtilités d'Impernet, et que je suis le cuisinier le plus lamentable de toute l'Angleterre…
- Mais…
- Les noix de Saint-Jacques que j'avais faites ont été carbonisées, je n'ai dû mon salut qu'à l'intervention de Fleur et je suis tout à fait incapable de mettre en place un décor romantique comme cette cheminée, ni de me servir d'une chaine Hi-Fi…
- Ron…
- Je suis irascible et possessif, j'ai un travail qui occupe une grande majorité de mon temps et qui peut me faire tuer à tout moment.
Il s'interrompit un instant, et plongea son regard dans celui d'Hermione, dont les sourcils étaient plus froncés que jamais.
- Tout cela pour dire que je sais très bien que j'ai beaucoup de défauts et que je ne suis pas probablement pas le garçon dont toutes les filles rêvent. Mais je t'aime, Hermione.
Celle-ci eut un sourire très doux et Ron prit une grande inspiration :
- Veux-tu m'épouser ?
Il sentit la main d'Hermione tressaillir dans la sienne, tandis qu'il se giflait mentalement.
- Oh, euh, j'ai oublié ça… Pardon…
Les oreilles écarlates, les joues désormais couleur cerise, il fouilla maladroitement dans la poche de sa robe avant d'en sortir un petit écrin bleu nuit.
- Veux-tu m'… ?
Mais, avec une expression indéchiffrable, Hermione lui ôta des mains la jolie boite et la posa à côté d'elle, sur la table basse. Ron pâlit.
- Soyons clair, Ron. Tu n'es pas le petit ami idéal.
Il y eut un lourd silence.
- Mais moi, je suis une Mademoiselle Je-sais-tout, j'ai une tendance au commandement relativement hypertrophiée, je veux toujours avoir raison et j'ai des principes pour le moins… sévères. Je ne brille pas par mes compétences en cuisine, et je n'entends absolument rien au Quidditch.
Elle s'interrompit, passant une langue embarrassée sur ses lèvres.
- Mais je t'aime depuis tellement longtemps que je n'arrive pas à me rappeler, en dépit de ma mémoire, du moment où j'ai commencé à te regarder autrement. Alors… Je ne suis pas l'épouse idéale, tu n'es pas le petit ami idéal, mais tu es mon fiancé imparfait.
Pendant un instant, Ron ressembla à un poisson-diable hors de l'eau, puis il eut un petit rire incrédule avant d'embrasser sa future femme. L'améthyste étincela comme un phare à la lueur des chandelles lorsque Ron la passa à l'annulaire gauche d'Hermione.
- A quel genre d'autres surprises dois-je m'attendre, Mr. Weasley ? ronronna-t-elle.
Ils s'embrassèrent.
- Il y a un bain moussant, parfumé, maintenu au chaud par un sortilège de Fleur qui nous attend dans la salle de bains, si tu as besoin de te détendre, souffla Ron avec un demi-sourire.
- Après toutes ces émotions, voilà qui ne sera pas de trop, rétorqua Hermione à voix basse, d'un ton dramatique.
Sur la chaine Hi-Fi, les premières notes de Tristan et Iseult s'égrainèrent.
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