[CHAPITRE IV]
Votre raison et votre passion sont les gouvernails et les voiles de votre âme qui navigue de port en port. Si votre gouvernail ou vos voiles se brisent vous ne pouvez qu'être ballotté et allez à la dérive ou rester ancré au milieu de la mer car la raison reniant seule est une force qui brise tout élan. Et la passion livrée a elle même est une flamme qui se consume jusqu'à sa propre extinction .
Kalil Gibran
Il devait réagir, faire quelque chose mais il craignait de perdre le contrôle. Près d'elle, il se sentait... Vulnérable. Et elle se tenait toujours là, devant lui. Il se décala légèrement puis la contourna.
« Tu as raison, je ne vois pas ce que je fais encore ici » Dit il, lui lançant un regard glacial. Regard qui le fit souffrir de regrets plus qu'il n'en était fier. Luce vacilla un instant, blessée par le changement que Reborn avait adopté. Elle lui laissa un peu plus de place afin qu'il atteigne la porte. Elle se trouva dos au mur du chalet. Lorsqu'il posa sa main sur la poignée, usant de toutes ses forces pour ne pas s'effondrer sous la colère et la douleur, il ne put s'empêcher de la regarder. Un geste qui fit tout basculer. Sa main trembla. Il abaissa la tête comme pour cacher une faute. Comme pour se cacher de lui même, de la tourmente dans laquelle il s'était enfoncé dés lors qu'il voulu réprimer ce qui se passait en lui.
Luce n'était pas dupe. Elle put ressentir la souffrance de Reborn tant celle ci était présente. Ce qu'elle ne savait pas c'était le « pourquoi ». Pourquoi cet homme se montrant infaillible paraissait lutter contre son propre corps. Elle tenta une approche :
« Tu n'es pas obligé de faire ça, Reborn » Il s'arrêta net. Détournant à nouveau son regard d'elle, il lui répliqua :
« Que veux tu dire ? »
« Arrête ça Reborn... Tu sais très bien de quoi je parle »
Il se sentait piégé.
« La ferme! » Dit il la voix tremblante.
Il n'en revenait pas, il ne se reconnaissait même plus. Des larmes se dessinaient dans ses yeux. Sa main tremblait maintenant plus qu'il ne pouvait le contrôler. Luce s'approcha et posa sa main sur la sienne. Elle serra légèrement sa prise, essayant de calmer les tremblements de cet homme qui lui paraissait en pleine confusion. Mais il n'était pas confus... Seulement perdu... Perdu dans les méandres de son âme torturée. La main de Luce l'apaisa mais il ne voulu pas l'admettre. Il arracha vivement sa main de la poignée ce qui fit lâcher prise à Luce. Un court instant suivit durant lequel il se surprenait à manquer de la chaleur que dégageait sa main. Elle recula simplement et se remit contre le mur.
«Reborn... »
Il la regarda, se forçant à garder son calme.
« Tu n'as pas à te forcer à être comme ça avec moi Reborn. Tu n'as pas à garder ce masque, cette carapace que tu t'es forgé durant des années. Tu n'as pas à lutter contre toi même Reborn. Tu n'en a aucune raison. »
«Luce... » Le son de sa voix se faisait presque suppliant. C'était comme si elle voulait le faire craquer.
« Ta voix te trahit Reborn, et ton regard aussi, malgré que tu t'efforces à montrer le contraire. Tu souffres trop pour arriver à le cacher. Pourquoi... ? »
«Je ne vois pas en quoi cela te concerne. » Il se décala de la porte et se plaça en face d'elle. Il devait tenir. Mais il tremblait de tout son corps.
Elle l'ignora simplement et reprit :
« Pourquoi Reborn ? Pourquoi te fais tu endurer cette souffrance ? Pourquoi crois tu le mériter ? Regarde toi Reborn, tu n'es pas infaillible, un homme n'est pas infaillible, il n'y a rien de mal à ça. Je vois comment tu t'es comporté jusqu'ici. Cela ne semblait te poser aucun problème, tu semblais être si.. Naturel. Pourquoi ce comportement que tu t'efforces d'adopter n'a pas l'air naturel avec moi ? »
Elle était entrain de le rendre encore plus vulnérable qu'il ne l'était. Son regard se plongeait dans le sien. Elle avait lu en lui comme un livre ouvert. Il ne sut quoi faire, cette torture était entrain de lui faire perdre le contrôle.
« Arrête »
« Pourquoi... Reborn... Pourq... »
Il ne la laissa pas finir. Il n'en pouvait plus. Il plaqua violemment sa main contre le mur, à un cheveu du visage de la jeune femme, se trouvant à quelques centimètres d'elle. Il tremblait de douleur. Elle leva doucement une de ses mains, effleurant légèrement la veste de Reborn et vint la poser sur la joue de l'homme devant elle. Son poing se serrait maintenant contre la paroi du chalet, ses ongles s'enfonçant doucement dans la paume de sa main. Il était plus déboussolé par la douceur de la main de Luce que par le sang qui commençait à couler de la sienne. Luce sentant Reborn trembler, vit sa blessure
« Calme toi... »
Il n'en fit rien. Elle tenta de lui faire desserrer sa prise en passant doucement sa main sur la sienne, mais en vain.
Il était entrain de se faire mal encore plus que ce qu'il se faisait endurer depuis le début, elle ne le supporta pas... Elle fit un pas vers lui et déposa doucement ses lèvres sur les siennes. Ils restèrent ainsi quelques secondes. Reborn fini par desserrer sa main et se recula violemment. Luce n'osa plus dire un mot et le regarda simplement. Il se retourna, ouvrit la porte d'une main et la claqua derrière lui, laissant Luce sur place. Il marcha rapidement dans un des couloirs du chalet, sa vue déformée par les larmes de souffrance qui coulaient maintenant sur ses joues. Il ouvrit brusquement la première porte qu'il trouva puis la referma de la même manière. Il se plaqua violemment contre celle ci, jetant son chapeau au sol et passant une main dans ses cheveux. Cette dernière serrait maintenant ses mèches tandis que l'autre tapa violemment contre la porte. Le souffle court, il se dirigea droit devant. Sa tête tournait, il devait à tout prix se calmer. Il repensa malgré lui à Luce qui passait sa main contre sa joue pour le calmer. Un frisson le parcourut. Il avait chaud et jeta sa veste sur la chaise qui se trouvait près de lui. Il desserra sa cravate et remonta ses manches et s'écroula presque sur le rebord de la fenêtre qui s'ouvrait à lui. Ses mains appuyées contre le rebord, il respirait avec difficulté. Son cœur rata un battement lorsqu'il entendit une porte s'ouvrir derrière lui.
