Le Loup qui n'en était pas un

Auteur : Hisope

Disclaimer : le monde de Harry Potter appartient à J. K. Rowling


S'accepter

Le loup ne comprenait pas. Il parcourait son territoire depuis des jours à la recherche du grand loup qui l'avait dominé. Il n'avait trouvé aucun indice. Aucun marquage frais, aucune trace. Rien. C'était comme si l'animal avait disparu, comme s'il n'avait jamais existé. La créature avait pourtant battu le loup et gagné son respect. Le jeune canidé aurait voulu la retrouver, apprendre à mieux la connaître. Le jeune loup avait toujours été un solitaire et avait tant espéré son indépendance, se mettant à l'écart de la meute qui l'avait accueilli. Pourtant, il se sentait irrémédiablement attiré par l'énigmatique créature.

Alors, comme au court des nuits précédentes, le loup tenta de contacter son dominant.

Il balança sa tête en arrière et appela.

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Remus était plongé dans Les créatures magiques méconnues de Gemley Zanimo lorsque les premiers hurlements modulés s'élevèrent dans les airs. Il en était ainsi depuis une semaine déjà. Et Remus était un peu plus confus chaque soir. Le loup en lui était fier de l'intérêt que lui témoignait le plus jeune et souhaitait le lui faire savoir.

Depuis une semaine, Remus luttait sans relâche contre Moony et ses instincts. Il ne comprenait pas pourquoi sa part loup réagissait ainsi avec l'animal.

Tout à ses pensées, Remus s'approcha de l'une des fenêtres de la bibliothèque et l'ouvrit. Il s'appuya sur le rebord et scruta les environs. Il ne se rendit compte de rien jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Quand Remus sortit de son état second, un hurlement inhumain s'écoulait de sa bouche. Remus se figea, horrifié.

Moony avait réussi à prendre le contrôle.

Le sorcier s'éloigna de la fenêtre en tremblant, le regard hagard. Il se laissa tomber dans un fauteuil, reprenant difficilement le contrôle de ses émotions.

Durant quelques secondes, alors qu'il répondait aux appels du loup, Remus s'était senti en paix totale avec lui-même et avec le cosmos. Il n'avait encore jamais connu une telle quiétude, un tel apaisement intérieur. Et cela troublait énormément le sorcier : il avait trouvé le calme absolu en laissant libre court à ses instincts, lui qui avait toujours tout fait pour étouffer sa part animale.

Un hurlement tout proche retentit dans les airs. Remus se leva sur ses jambes flageolantes et se traîna jusqu'à la fenêtre.

Il était là. Le loup. Juste à la lisière de la forêt. Remus pouvait sentir son regard vert et insistant peser sur lui. Il referma de justesse sa bouche alors qu'un traître son s'apprêtait à s'échapper de sa gorge. Il fit un bond en arrière, referma précipitamment la fenêtre et s'enfuit dans sa chambre sans un regard en arrière.

Le lendemain, Remus plaça des sortilèges de blocage sur les poignées des fenêtres. Après plusieurs dizaines de minutes de résistance, Remus leva les sorts avec sa baguette et attendit la visite du loup.

Le jour suivant, le sorcier confia sa baguette à Vili et lui demanda de verrouiller toutes les ouvertures. Les hurlements retentirent à l'extérieur et Remus menaça la petite créature de tous les maux de la terre en réclamant sa baguette. N'obtenant pas satisfaction, il assaillit les vitres, réussissant finalement à briser de ses poings un carreau de la tour nord. Sa colère résonna dans l'air nocturne.

Le sorcier demanda ensuite à Vili de rendre la forteresse la plus hermétique possible. Le lendemain, Remus se réveilla les oreilles sifflantes et la voix rauque d'avoir trop hurlé la veille entre les murs épais de la demeure.

Lorsque les effets de la pleine lune commencèrent à se faire ressentir, une semaine avant la nuit fatidique, Remus capitula. Il fit lever toutes les protections placées ces derniers jours sur le château et se résigna à son sort. Après des dizaines d'années de lutte, Remus dut se résoudre à une idée qu'il avait toujours considéré comme irrecevable : il accepta ses instincts.


Assis sur un promontoire mousseux, le loup profitait des pâles rayons du soleil. L'après-midi était déjà bien avancée. L'animal digérait tranquillement les deux lièvres attrapés plus tôt, en se laissant bercer par le cliquetis irrégulier des gouttes de neige fondue s'écrasant sur la roche et les feuilles en décomposition.

Soudain, la tête du loup pivota vers la gauche. Des cris de lutte retentissaient à quelques dizaines de mètres de là. Le loup huma l'air. Des fouines sans doutes.

Curieux, le loup se décida tout de même à aller voir de quoi il retournait. Les bagarreuses étaient quand même sur son territoire. Il fallait se tenir informé de tout. Le loup trottina en direction des cris, qui redoublèrent d'intensité.

Elles étaient là, sur un passage rocailleux, arborant toujours leur blanc manteau d'hiver. Un petit rongeur mort qui gisait au sol était apparemment la cause de la discorde. Les deux fouines, de taille équivalente, se battaient avec férocité. Le loup s'aplatit au sol et profita du spectacle. Les deux opposantes semblaient à égalité et aucune ne parvenait à prendre durablement le dessus sur l'autre. Ce fut une erreur d'attention qui clôtura l'épisode. Toute au combat, l'une des fouines négligea son environnement. Elle glissa, perdit l'équilibre et alla se fracasser le crâne quelques mètres plus bas sur un rocher pointu. Un « crac » sec et sonore retentit dans la forêt.

L'animal victorieux ne se soucia pas du sort de son opposant. Il se dirigea vers la carcasse de rongeur délaissée durant la bataille, se l'appropria et disparut en furetant à travers les rochers.

Le loup abandonna sa cachette et s'approcha sans bruit du corps encore chaud de la fouine vaincue. Il ne pouvait laisser s'abîmer un aussi beau repas. Ce n'était pas tous les jours qu'une proie tombait morte devant lui. Le loup serra l'abdomen de l'animal entre ses crocs et la déplaça vers un terrain plus à son goût, où il entreprit de dépecer allègrement le cadavre.

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Remus quitta le château plus tôt que d'habitude. Moony sentait la pleine lune se rapprocher et attendait avec impatience de pouvoir gambader. Remus avait simplement besoin de changer d'air.

C'est étrange comme tout lui semblait plus vif aujourd'hui. Les couleurs ternes de l'hiver mourant n'avaient jamais été aussi profondes à ses yeux. Son nez était empli d'odeurs aussi fortes qu'intrigantes. Les bruits de la forêt crépitaient à ses oreilles.

Remus évolua avec émerveillement entre les arbres. L'homme avait l'impression de redécouvrir la nature. Le loup avait la sensation de réintégrer son monde. A cet instant, Remus comprit que ses deux êtres étaient enfin rentés en osmose. Il ne s'était jamais sentit aussi bien. Aussi vivant.

Remus observa le balai aérien de quelques mésanges, s'amusa à suivre sur la neige fondante les traces d'un cerf.

L'homme-loup avait depuis longtemps quitté le chemin. Il avançait simplement, confiant, sans but, apaisé.

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Le loup reprit tranquillement sa route, le ventre plein. Il atteignit son repère dans la lumière déclinante du soir.

La cachette, située sur le flanc de la montagne, était constituée d'un renfoncement dissimulé entre deux gros rochers. L'entrée donnait sur une petite clairière qui illuminait les sombres sous-bois environnants. Le loup avait jeté son dévolu sur cet endroit en raison de sa position presque centrale par rapport à l'ensemble de son territoire. Et aussi à cause des roches planes occupant le devant du repère. Idéales pour la sieste. Un petit ruisseau coulait à une soixantaine de mètres à peine de la tanière.

Le loup se faufila dans la fine ouverture entre les deux blocs de roche et pénétra dans un renforcement large d'un mètre cinquante à peine et s'enfonçant sur trois ou quatre mètres. Sans plus de cérémonie, le loup se laissa tomber sur le sol de terre battue et ferma ses paupières.

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La nuit tomba. Remus s'assit et attendit. La lune sortit. Pour la première fois, Remus accueillit sa transformation presque sereinement. La douleur lui sembla même moins vive que d'ordinaire.

Moony apparut de très bonne humeur. Il n'avait pas eu à se battre contre son humain pour pouvoir exister. Ce soir, Moony ne voulait pas de sang. Il souhaitait profiter de sa liberté.

Il déambula dans la forêt au grès des pistes que lui révélait son odorat. Au bout de plusieurs dizaines de minutes, une flagrance inimitable vint titiller ses narines. Moony se souvint alors de sa précédente pleine lune. Et du jeune loup qu'il avait rencontré. Le loup-garou se lança avec enthousiasme sur cette nouvelle piste. Il avait envie de passer cette soirée en compagnie de ce jeune mais valeureux congénère qui avait su l'impressionner.

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Des hurlements. Du sang. Un serpent à deux pattes. Tiens, lui aussi n'a que deux pattes.

Des sons incompressibles s'échappent de sa gueule et de celle du serpent.

Des éclairs colorés jaillissent du bâton qu'il tient dans sa patte. L'autre aussi en tient un.

Violet et vert se rencontrent. Le bout de bois tremble. Tout son corps tremble.

La lumière violette s'approche-

Le loup s'éveilla en sursaut, effrayé par les images. Qu'était-ce donc ? Il sait que cela s'appelle un rêve. Non, pas seulement. Un souvenir. De sa vie. Avant qu'il ne soit un loup. Etait-il un bipède ? Comment cela serait-il possible ? Un loup ne peut être un bipède !

Le loup secoua la tête. Il se leva et sortit de sa tanière.

Il n'avait fait que deux pas dehors lorsqu'il le vit. Le grand loup, son nouveau dominant. Il était revenu !

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Moony atteignit une petite clairière illuminée par les pâles rayons lunaires. Les silhouettes découpées des sapins créaient sur l'herbe des ombres fantasmagoriques. Moony sentait la présence du jeune loup à l'intérieur du renfoncement rocheux mais n'osa pas s'aventurer plus avant, de peur de surprendre son congénère.

Le loup-garou gémit de dépit, il ne voulait pas passer sa soirée à attendre. Il commença à trottiner nerveusement dans la clairière. Soudain, un discret mouvement attira son attention vers la tanière du loup. Une poignée de secondes plus tard, ce dernier sortit de son repère, les pattes encore alourdies de sommeil. En voyant le dominant, le jeune loup se figea.

Moony émit quelques jappements d'encouragement à l'égard de son congénère et fit deux pas mal assurés dans sa direction. Le loup suivit son exemple et s'approcha timidement de Moony. Les deux bêtes s'observèrent et se sentirent en prenant soin de laisser entre eux deux bons mètres de distance.

Ce fut le plus jeune qui fit évoluer la situation. Il se roula sur le sol et s'allongea sur le dos, les pattes en l'air, le regard joueur. Moony comprit le message et commença à taquiner le plus petit animal.

Durant les heures qui suivirent, Moony et le loup jouèrent dans le faible manteau neigeux restant, et délogèrent un couple de lièvres qui se révélèrent aussi divertissants que croustillants. Les deux canidés finirent leur nuit dans la tanière du plus jeune et s'endormirent côte à côte.

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Le loup aux yeux vert s'éveilla doucement, les sens en alerte. Dehors, tout était encore sombre.

Un gémissement de douleur attira son attention sur le grand loup étendu auprès de lui. Le dominant semblait aller très mal. Le jeune loup plongea un museau inquisiteur dans la fourrure de l'autre avant de le retirer précipitamment : quelque chose bougeait sous la peau du second animal.

Le loup fit un bond en arrière. Un hurlement effroyable s'échappa de la gueule du grand loup alors que son corps se tordait et se déformait à l'extrême. Le loup observa impuissant les évènements qui se déroulaient devant lui.

L'effroi laissa place à la stupeur lorsqu'au bout d'une poignée d'immortelles secondes, le corps du grand loup s'effaça pour laisser place à celui d'un bipède. Le souvenir d'une scène similaire remonta à l'esprit du loup, qui s'approcha prudemment du nouveau venu. L'odeur du deux pattes, très proche de celle du loup disparu, fut immédiatement identifiée par le jeune canidé comme étant celle du bipède qui l'avait soigné et avait répondu la nuit à ses appels.

Ainsi c'était possible ? Un loup pouvait aussi être un bipède ?

Si c'était le cas, cela signifiait que le grand loup et le deux-pattes étaient une même entité. Le loup décida donc les traiter de la même façon. Il s'approcha de l'être allongé sur le sol et se blottit contre lui pour lui tenir chaud.

En s'endormant, le loup se dit que tout compte fait, il avait peut-être été un bipède lui aussi. Avant.

Il remarqua également que le deux-pattes endormi à ses côtés ressemblait étrangement à celui de son souvenir. A moins que tous les bipèdes ne se ressemblent … Oui, ce devait être cela.

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Remus avait froid. Il se blottit un peu plus contre son tiède oreiller et se rendormit sans même s'en apercevoir. Il rêvait. Il était allongé sur le sol poussiéreux de la cabane hurlante, serré contre Padfoot qui s'amusait à lui souffler sur le visage. C'était vraiment une horreur ! Comment Sirius comptait-il séduire Alice avec une haleine pareille ? Pas que le bougre ait la moindre chance de toutes façons. La belle était totalement dévouée à Frank Longbottom. Un battement douloureux retentit dans la poitrine de Remus, qui reprenait peu à peu ses esprits. Sirius était mort, tout comme les Longbottom qui avaient péris dans l'attaque perpétrée par les mangemorts contre St Mungos.

La douleur latente qui envahissait toujours son corps les lendemains de pleine lune se rappela brusquement à Remus qui serra les mains, empoignant ainsi quelques touffes de poils épais et soyeux. Un petit gémissement de mécontentement se fit entendre au dessus de la tête du sorcier. Remus se figea, desserra lentement ses poings et ouvrit ses yeux à contrecœur. Oui, c'était bien ce qu'il craignait : Moony avait à nouveau rencontré l'autre loup durant ses pérégrinations. Pourvu que cette fois l'animal ne soit pas trop amoché. Remus se recula prudemment, s'éloigna un peu et s'assit sur ses genoux qui émirent un craquement de désapprobation.

Le loup le regardait avec curiosité. Remus remarqua à son grand soulagement que l'animal ne semblait ni blessé, ni armé de mauvaises intentions à son égard. Le regard de Remus dévia ensuite au dessus des épaules du loup et se fixèrent avec incrédulité sur les rayons lumineux provenant d'une fissure dans la roche, derrière l'animal. Remus ne cacha pas son étonnement. Le loup l'avait accepté dans sa tanière, même sous sa forme humaine ! Le canidé avait-il compris les rapports existants entre Moony et Remus ? Avait-il assisté à sa transformation ?

Voyant le trouble du bipède, le loup se roula au sol et adopta une position de soumission. Les yeux de Remus s'écarquillèrent davantage : le loup continuait à le considérer comme son dominant et lui témoignait son respect ! Moony s'enorgueillit de fierté et le cœur de Remus gonfla instantanément. Jamais encore l'homme ne s'était senti reconnu et accepté à ce point.

Le loup bailla à s'en décrocher la mâchoire et se réinstalla sur le sol. Au bout de quelques minutes d'immobilité, les articulations de Remus lui crièrent d'en faire autant. Le sorcier fléchit face à ses douleurs. Il s'allongea sur le côté, face à l'animal, les yeux entrouverts, et fit semblant de s'endormir. Sa respiration se stabilisa.

Le loup ouvrit un œil, tourna lentement la tête. Il observa l'homme durant quelques instants, puis se mit à ramper lentement dans sa direction. Arrivé à destination, le loup se contenta de blottir son museau contre le ventre du sorcier.

Remus écouta le loup s'endormir, un sourire aux lèvres.


Remus avançait tranquillement sur la lande qui retrouvait avec le début du printemps des couleurs plus vives. Les arbres se firent de plus en plus nombreux sur son passage. Remus se dirigeait avec hésitation, revenait souvent sur ses pas. Enfin, il atteignit une petite clairière entourée de sapins. Remus laissa s'échapper un soupir satisfait. Après trois semaines de recherches, il avait finalement retrouvé la tanière du loup.

Lorsque Remus s'était réveillé ce matin-là, le loup avait disparu et la journée était déjà bien avancée. Il avait appelé Vili qui l'avait reconduit au château. Après cet épisode, la fascination qu'avait éprouvé Remus pour le loup lors du séjour de l'animal au château s'était accrue davantage encore. Une fois remis des conséquences de la pleine lune, Remus avait demandé à Vili de le conduire chez le loup. Mais l'elfe, toujours effrayée par l'animal, s'était révélée très récalcitrante et Remus n'avait pas eu le cœur à forcer la petite créature. Il avait donc entrepris des recherches méthodiques qui venaient enfin d'aboutir.

Remus s'avança vers un rocher plat à l'autre bout de la clairière, près de la tanière. Il s'installa dessus avec délectation. Le voyage l'avait éreinté. Remus se perdit dans ses pensées et dans la contemplation de la parcelle de ciel dévoilée par la clairière. Sa notion du temps s'effaça.

Un pinçon émit une série de piaillements affolés. Remus se retourna. Le loup était là, il le fixait de ses beaux yeux verts. Soudain, l'animal se mit à gambader dans la clairière, décrivant des cercles toujours plus serrés en direction de Remus. Ce dernier demeura accroupi sur la pierre, suivant discrètement la progression du canidé. Pour plus de sûreté, le sorcier resta sur ses gardes, prêt à faire glisser de son étui la baguette fixée à son avant-bras droit.

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Avec lenteur, le loup brisa enfin les quelques mètres le séparant du bipède. Il appuya sa truffe humide contre la patte repliée de son compagnon et emprisonna une cheville dans sa gueule sans la serrer. Il envoya un regard malicieux au deux-pattes, se retira, fit quelques roulades joueuses dans l'herbe pour inciter l'autre à l'imiter. Le loup émit des jappements d'encouragement, poussa de sa tête le dos du bipède pour le faire bouger. Mais rien ne marchait.

Avec un gémissement de déception, le loup repartit dans la forêt.

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Remus suivait avec désespoir le manège du loup. Le sorcier avait bien compris que l'animal souhaitait jouer avec lui, mais Remus ne savait pas comment s'y prendre. Avant que l'homme n'ait eu le temps de décider de la marche à tenir, le loup se découragea et s'enfuit dans les bois.

Remus soupira. Il avait encore une fois tout gâché. Ne pouvait-il donc jamais rien faire comme il le fallait ? Remus attendit quelques minutes dans l'espoir de voir revenir l'animal. En vain. L'homme prit le chemin du retour.

Il marchait depuis une dizaine de minutes lorsque des craquements inimitables retentirent à ses oreilles. Le loup arrivait en galopant dans sa direction, la gueule chargée. Il s'arrêta devant Remus et lui jeta le lièvre qu'il renfermait entre ses mâchoires. La proie atterrit sur la poitrine de Remus, maculant de sang sa vieille robe beige. Le loup s'assit.

« C'est pour moi ? » demanda Remus, indécis. « Ah, j'ai compris ! Tu as cru que je ne pouvais pas jouer parce que j'étais malade ? C'est très délicat de ta part, mon joli. »

Le loup envoya à Remus un regard chargé d'incompréhension, mais garda sa posture bien droite, l'air fier de lui.

Une nouvelle fois, Remus hésita sur l'attitude à adopter. Il voulait témoigner au loup sa reconnaissance, mais il ne pouvait tout de même pas manger le lièvre cru ! Remus plongea ses doigts dans les plaies de la victime, les porta à sa bouche et suça le sang encore chaud.

« Hum mm »

Alors qu'il laissait s'échapper à destination du loup un gémissement appréciateur, Remus se surprit à penser que ce sang n'était vraiment pas si mauvais que cela.

Deux mois plus tôt, Remus aurait immédiatement transplané au château, se serait barricadé dans sa chambre et se serait lamenté sur son sort des heures durant.

Ce jour-là, il se contenta de flatter le loup une dernière fois et reprit tranquillement le chemin du manoir, le lièvre ensanglanté se balançant lentement dans sa main droite.