Alec se réveilla en sueur, et avec une migraine lui donnant une forte envie de s'ouvrir le crane. Pendant quelques instants, il imagina que tout ce qu'il avait vécu ne faisait partie que de ses nombreux cauchemars. Mais quand il aperçut la forme encapuchonnée du Frère Silencieux dans l'encadrement de la porte, il sut que ce n'était pas le cas. Il n'y avait que peu d'autre raison pour laquelle Frère Jérémiah le regardait actuellement dormir.
Sursautant, il se redressa en attrapant la première chose pour se couvrir. Comment avait t'il pu se retrouver ici alors que ce qui lui semblait quelques minutes auparavant, il était dans une autre chambre, entrain d'essayer de sauver Magnus Bane ?
La voix froide du Frère Silencieux le fit encore une fois sursauter. Dans la pénombre, il semblait encore plus impressionnant : tel une statue d'ange impitoyable, il le fixait au travers de son âme.
« J'ai appliqué une Iratze sur vous, mais elle prendra du temps à agir. Vous devriez vous ménager, Alec Lightwood. »
Etrangement, il se fichait bien de son propre état. Il était simplement épuisé par l'expérience qu'il venait de vivre. Le plus important pour le moment, c'était de savoir si le sorcier s'en était tiré.
« Magnus Bane. Comment va t'il, Jeremiah ? »
Il sentit un infime changement dans la posture du Frère Silencieux.
« Il vivra. Vous avez tous les deux été extrêmement puissants. »
« Merci. »
La statue secoua légèrement la tête. « Non, vous ne comprenez pas. Je n'ai rien fait. Si vous n'aviez pas été capable de supporter sa puissance, nous ne serions tous plus que des cendres. »
Les globes occulaires de la créature étaient sombres et semblaient vouloir engloutir l'esprit d'Alec a chacun de ses mots. Le Chasseur d'Ombres était presque sur qu'il en aurait été capable. Capable de briser son esprit jusqu'à ce qu'il ne reste de lui qu'une coquille vide.
Cette simple pensée suffit de le tirer de sa transe, et il se redressa, croisant les bras sur sa poitrine.
« Qu'est ce que vous croyez que ca signifie, tout ça ? »
« Je pense que vous le savez aussi bien que moi, Alec Lightwood. Le Cercle renaît. Et en tuant Magnus Bane, il aurait déclenché la plus grande guerre que nous aurions vu depuis des siècles. Je pense que le sorcier a cherché à vous prévenir. »
Un long silence s'étendit dans sa tête. Avant que le Frère ne reprenne la parole, ses mots se gravant dans son âme telle des rues.
« Depuis que l'Institut de Pékin a disparu, Alec, vous êtes devenu le seul espoir pour les Chasseurs d'Ombres, ainsi que toutes les Créatures Obscures. »
C'était la première fois que Frère Jérémiah lui parlait sans s'embarrasser des formalités, et derrière cette voix d'outre-tombe, Alec crut apercevoir l'ame du Chasseur d'Ombres qu'avait autrefois été Frère Jérémiah.
Avant qu'il n'aie pu le remercier, cependant, il avait disparu, sans un bruit. Alexander soupira. Il n'était pas certain de vouloir porter le poids des espoirs des Frères Silencieux... Et pourtant, il n'avait pas le choix. C'était lui, que Magnus Bane était venu voir, risquant sa vie dans le processus... il fallait qu'il lui parle.
L'institut était de nouveau calme et silencieux. Mais en traversant les couloirs, Alec put voir les restes de l'énergie considérable du sorcier. Tous les appareils étaient littéralement hors services, les livres éparpillés sur le sol, une fenêtre pulvérisée faisait entrer l'air glacial du petit matin. Alec boutonna sa chemise, avant de se diriger vers la cuisine, espérant qu'au moins, la cafetière aurait survécu au massacre. Heureusement, celle ci marchait correctement...
Alors, tout en préparant une grande tasse de café, il se plongea dans ses souvenirs de la veille.
Il n'en avait que très peu en vérité. Quelques flashs, quelques sentiments. Il avait presque sur que le moment avait été trop intense pour son corps et son esprit, qui, étant à moitié humains, en avaient effacé les cicatrices. Il se souvenait clairement d'avoir été trop épuisé pour réfléchir à ce qu'il faisait. Il avait eut réellement envie de sauver ce sorcier, sinon ils n'auraient pas réussis. Sans aucun doute à cause des milliers de vies de Créatures Obscures qu'il n'avait pas pu sauver auparavant. Il soupira, passant une main dans sa crinière brune.
Axel et Riku n'étaient pas revenus. Mais il n'était pas rare que ceux ci ne rentrent qu'au lever du soleil. Il se refusa de s'en inquiéter pour le moment et décida d'aller parler à Magnus Bane.
D'un pas décidé, Alec traversa de nouveau l'Institut. Quelque chose... Quelque chose le rendait plus nerveux qu'il devait l'être. Il avait la sensation d'avoir effectué quelque chose de très intime avec cet homme la nuit dernière. Ou alors, peut être qu'il avait peur de se faire détruire par le Grand Sorcier de Brooklyn quand il franchirait le pas de la porte. Après tout, il aurait toutes les raisons de le faire. Il avait été gravement blessé par un Chasseur d'Ombres. De plus Magnus n'était pas connu pour son amour de la communauté des Nephilim. Ce qui était compréhensible.
Ca le poussa alors à se poser la question. Pourquoi avoir prit tant de risque en venant jusqu'ici ? Alec se devait de le savoir.
Plongé dans ses pensées, le jeune homme n'entendit pas s'ouvrir la porte.
« Et bien, je ne m'attendais pas à une visite plus agréable que celle de ce Frère Silencieux. »
La voix du Sorcier était douce, tintée d'un léger accent oriental. Ses paroles étaient comme du miel, plaisantes. Presque aussi plaisante que sa personne en général, à vrai dire : malgré les bandages épais couvrant son torse, Magnus se déplaçait avec la grâce d'un chat en chasse, ses yeux dorés ornés d'une pupille fendue ne le quittant pas des yeux. Alec ne se rappelait pas l'avoir remarqué la veille, mais le sorcier avait un sourire envoûtant, et un goût prononcé pour les paillettes, de toute évidence.
Les mots de sa mère lui revinrent, comme un lointain souvenir, alors qu'il cherchait désespérément ses mots.
« Ne te fies jamais à une créature obscure. Elles sont magnifiques, elles sauront te charmer. Mais n'oublies jamais qu'elles peuvent aussi te poignarder dans le dos quand celui ci sera tourné. »
Il secoua la tête. Ce n'était pas le moment de penser à sa mère, en particulier quand Magnus Bane le détaillait de cette façon.
« Alexander Lightwood. Je vois que la beauté est héréditaire dans votre famille. »
« C-Comment... ? »
Magnus sourit. Alec ne savait pas si il devait détester ou apprécier ce regard lui disant que quoi qu'il fasse, Magnus Bane aurait toujours une minute d'avance sur lui. Pour la première fois de sa vie, Alexander Lightwood n'était plus le chasseur. Il n'était plus qu'une petite souris entre les pattes d'un lion.
« Je ne suis pas venu pour ca, cependant. Alec, auriez vous l'amabilité de m'apporter quelque chose à boire ? Je meurs de soif, littéralement. Il serait malheureux de réitérer l'expérience d'hier soir, n'est ce pas ? »
« Euh... oui, d'accord. Pas de problème. »
Alec se mit en route, sans demander son reste. Comment quelqu'un ayant manqué de mourir la veille pouvait être aussi détendu ? En tout cas, la bonne nouvelle était qu'il n'avait de toute évidence pas décidé de le tuer. Alors Alexander n'allait pas se poser trop de questions.
Quand il revint avec un verre d'eau, quelque chose avait changé dans la pièce : le plus important était que toutes les choses détruites la veille étaient de nouveau en état de marche et rutilantes. Les livres étaient tous remis à leur place, intacts.
Magnus était assis sur un canapé ouvragé qui n'était définitivement pas là auparavant. Il était encore à moitié nu, ce qui semblait beaucoup plus déranger Alec que cela ne gênait le Grand Sorcier.
« Cette pièce était bien trop inhospitalière à mon goût. Vous me pardonnerez d'avoir fait quelques arrangements, n'est ce pas ? »
Magnus savait parfaitement qu'Alec n'aurait pas protesté, même si Magnus avait fait apparaître un éléphant au milieu de la pièce. Ce qui, de toute évidence, était dans ses cordes.
Alec ne connaissait de Magnus Bane que ce qu'il avait lu dans ses livres de cours et de ce qu'en avait dit ses parents. Quand ceux ci dirigeaient l'Institut de New York, il était strictement interdit pour Isabelle et Alec se mêler aux Créatures Obscures. Mais il savait une chose, ses parents ne le portaient pas dans son cœur. Un peu comme toutes les créatures différentes des Néphilims, quand on y pense... mais c'était pire pour Magnus. Et maintenant, il pouvait comprendre pourquoi, en quelques sortes.
Tout demi-anges étaient t'ils, ils n'étaient pas immortels. Ils ne possédaient aucuns pouvoirs sinon ceux donnés par les anges. Et ses parents, comme Valentin, avaient décidé que si les Chasseurs d'Ombres n'étaient pas ceux à posséder de tels pouvoirs, alors, ceux qui étaient en leur possession se devaient de mourir. Les uns après les autres.
Magnus avait vécu 800 ans sans craindre une seule fois pour sa vie, sinon la veille, bien sur... Et Alec ne pouvait s'empêcher de penser que ses parents n'étaient pas étrangers dans cette histoire. Ce qui rendait la présence du Grand Sorcier plus incroyable, encore.
« Excusez moi, Monsieur Bane. »
« Magnus. »
Le Sorcier observa le contenu de son verre avec une grimace. Et d'un claquement de doigts, le simple verre d'eau fut remplacé par une coupe de champagne.
Un autre claquement, et un verre similaire apparut dans sa main.
« Trinquons à notre survie, Alexander. »
Alec ne put s'empêcher de sourire.
« Il est six heures du matin. »
Magnus lui rendit son sourire, charmeur.
« Il n'est jamais trop tôt. » Il se redressa alors, et fit tinter son verre contre le sien. Alec ne buvait jamais, et pourtant, il plongea ses lèvres dans le liquide pétillant, plus par instinct qu'autre chose.
« Magnus. »
« Je sais. Assieds toi donc. »
Très bien. Magnus n'avait pas tenu bien longtemps avec le vouvoiement. De toute évidence, ce n'était pas trop son truc. Soit.
Alexander prit place dans le fauteuil qui avait, encore une fois apparu de nulle part. Ne pas se poser de questions. Il avait beau avoir vécu pendant des années avec un sorcier, tout ce qu'Axel avait été capable jusqu'ici, c'est d'entretenir le feu dans la cheminée, et de faire exploser le laboratoire de temps en temps... Aussi, c'était un peu déroutant...
« Nous avons bien de choses à évoquer. D'abord, j'aimerais te remercier pour ce que tu as fait. Je n'aurais sans aucun doute pas survécu sans ton aide. Ce qui aurait été fâcheux. »
« C'est normal...mais...Magnus, est ce que... ? »
« Est ce que je me rappelle de qui m'a fait ca ? Bien sur. Mais je dois te dire, Alexander, que mes révélations ne sont pas plaisantes. »
C'était ce qu'Alec avait craint. Mais en même temps, Magnus était venu jusqu'ici pour lui parler de tout ça, alors il ne pouvait pas refuser de voir la vérité en façe.
Ne voyant pas de signe contradictoire provenant d'Alec, Magnus continua sur sa lancée.
« Maryse Lightwood est celle qui m'a attaquée, hier soir. »
Alec manqua de lâcher son verre. Il avait beau s'y être préparé, apprendre que sa mère était impliquée là dedans lui fichait la nausée. Il baissa les yeux, incapable de soutenir le regard de Magnus.
« Je suis désolé... »
« Ne te fatigues pas, Alexander. J'ai connu tes ancêtres, et j'ai pu voir la dévotion des Lightwood envers la protection du Monde Obscur ainsi que des humains. Tous n'ont pas fait les mêmes erreurs que tes parents. »
Il se leva, se dirigeant vers la bibliothèque. Il sortit un par un quelques livres qu'il feuilleta, de toute évidence plus pour occuper ses mains qu'autre chose. Magnus n'était de toute évidence pas habitué à l'inactivité.
« Ta mère cherchait à te retrouver. Bien évidemment, je ne suis pas particulièrement enclin à coopérer à des manières aussi brutales. »
Magnus Bane les avaient protégés. Si sa mère les avaient retrouvé, elle aurait très certainement tué ses élèves et cherché à l'enrôler dans le Cercle. Qui sait quelle emprise pouvait avoir Valentin sur elle, à présent.
Encore une fois, le « Pourquoi » de la chose lui échappait totalement, mais il n'en dit rien.
« Elle a donc cherché à pratiquer le rituel de destruction. Une démonstration plutôt faible, je dois dire. Elle ne connaissait pas le sortilège. J'ai donc pu m'enfuir. Si Valentin avait été là, cependant, je ne pense pas qu'il m'aurait été possible de quitter cet endroit en vie. »
Une faible grimace vint s'installer sur les traits du sorcier. Alec en profita alors pour poser la question qui le torturait depuis la veille.
« Pourquoi... Pourquoi avoir pris tant de risques pour nous contacter ? »
« La menace du Cercle est plus réelle que jamais. J'ai vu bien trop des miens mourir sans rien faire. Aujourd'hui, je suis fatigué de me cacher, Alexander. Les vampires, les loups-garous et les fées aussi. Nous ne pouvons pas simplement nous terrer dans un trou de souris en espérant que le piège du prédateur ne se referme pas sur nous. »
Le Sorcier sortit un pendentif de sa poche. Celui ci était marqué d'une rune qu'il ne connaissait pas, cependant, celle ci était surmontée d'un croissant de lune remarquable.
« La réponse à nos questions, mais aussi notre salut, reposes dans ce pendentif. Et dans notre alliance. Alexander, j'apporte une bien triste nouvelle, mais aussi un espoir. »
Alec n'était pas certain de tout comprendre à cette histoire. Cependant, il avait envie de croire qu'ils pouvaient arrêter ce massacre, et Magnus représentait la confiance du peuple des Créatures Obscures. Quelque chose, dans ces yeux d'or, lui disait, que pour une fois, il pouvait très bien se remettre à son instant.
« Ne fais jamais confiance à une Créature Obscure. » La voix dure de sa mère était bien présente, mais tout semblait un bien triste mensonge devant le regard de Magnus.
Alec saisit alors sa main tendue.
