Hello tout le monde ! :D Et voici le chapitre 4 de mon histoire, j'espère que cela vous plaira de tout coeur ! Et si vous aimez, une petite review ? :D

Sur ce je vous laisse et à très vite ! ;)

Roza-Maria.


« Juste un peu d'eau sur les lèvres,

Juste pour me souvenir,

De ce dernier baiser amer,

Juste avant de t'enfuir ».

(« Juste Pour Me Souvenir » de Nolwenn Leroy).

La Havane, Cuba, juillet 1715.

Les murs s'approchaient doucement, comme si ils avaient une conscience et qu'ils prenaient plaisir à la voir souffrir et pleurer… Elle les observait, tapie dans son coin, sentant celui contre son dos poussé lentement, voulant la contraindre à tomber dans le piège qu'elle savait qu'ils lui tendaient… Ils allaient l'étouffer, l'écraser comme une feuille, et personne ne viendrait l'aider.

Les murs s'avancèrent encore et n'était plus qu'à quelques centimètres d'elle, alors elle ne parvint plus à penser correctement et se mit à hurler à pleins poumons…

Charity se réveilla en plein sursaut, le visage en sueurs, son cri coincé dans sa gorge. Au début, elle ne se souvint pas où elle était et sauta de son lit, rejetant brutalement les couvertures qui l'étouffait de chaleur, trop serrés, beaucoup trop serrés aussi. Elle alla se mettre au milieu de la pièce et tacha d'inspirer et d'expirer calmement, et surtout de bouger, de s'assurer que rien n'autour d'elle ne l'emprisonnait où n'allait l'étouffer. Elle continua ainsi plusieurs minutes, à tourner en rond dans sa chambre, le visage entre ses bras, les yeux rivés vers le sol, tremblant de tout son corps et les pensées totalement incohérentes.

Cela finit néanmoins par la calmer et lorsqu'elle sentit ses tremblements s'apaiser, elle ne put s'empêcher d'éclater en sanglots. Est-ce qu'une nouvelle sorte d'enfer commençait, maintenant ? Des cauchemars glaçant la réveillant chaque nuit, la replongeant dans l'abîme de peur et de désespoir qui l'avait presque conduite à la folie dans cette maudite prison de fortune dans ce navire pirate ? Elle ne comprenait pas pourquoi cela lui était arrivé cette nuit et pas une autre. C'était pourtant la deuxième nuit, consciente de l'endroit où elle se trouvait, qu'elle passait à La Havane.

Tout va bien, se dit-elle en ralentissant le pas, tachant de calmer sa respiration qui restait haletante. Tu es dans la demeure du gouverneur Torres, pas dans ce maudit navire. Tout le manoir est cerné de gardes armés jusqu'au dent, le gouverneur n'est pas loin et Julien Du Casse non plus. Tu n'es pas seule, ni enfermée. Tu es en sécurité. Tu es en sécurité…

Charity se répéta inlassablement ses mots pendant plusieurs minutes tel un mantra, les paupières clauses, figée au milieu de la pièce et les derniers reste de sa crise se dissipa enfin totalement. Elle soupira longuement et rouvrit les yeux pour regarder son lit. Elle n'avait aucune envie d'y retourner, maintenant. D'autres cauchemars pourraient déclencher d'autres crises. Elle avait envie de marcher. D'air frais. Elle en avait besoin, plutôt. Sans même vraiment y réfléchir, elle saisit la robe de chambre qui était accroché au mur et l'enfila par-dessus ses vêtements de nuit et quitta sa chambre, ouvrant doucement la porte et regarda dans le couloir, qui était plongée dans l'obscurité et vide.

Rapidement, elle sortit de la demeure et se trouva dans le couloir ouvert entre l'entrée de la cour intérieure et l'espace d'entraînement légèrement plus bas. Des gardes qui rôdait la regarda, méfiants mais ne s'approcha pas, pas plus qu'ils ne l'interpellèrent et elle en fut contente, elle n'avait vraiment pas la force d'expliquer la raison de sa présence dehors, en robe de chambre, au beau milieu de la nuit. Charity aurait été incapable de dire l'heure qu'il était mais elle devinait au silence qui régnait dans la demeure, là où des hommes travaillaient même tard, que la nuit devait être assez avancée. Elle alla s'appuyer doucement contre l'une des colonnes du couloir ouvert et regarda alors la lune et les étoiles, clairement visible dans le ciel. Cela eut le don de l'apaiser quelque peu, même si elle continua à se sentir mal.

La nuit après le dîner avec le gouverneur, Woodes et Julien, s'était bien passée, pourtant. Elle s'était déshabillé avec l'aide d'Alma et s'était endormie comme une enfant, sans le moindre rêve, dormant d'une traite jusqu'au petit matin. Etait-ce parce qu'elle avait été occupée toute la journée, en compagnie de personnes qui l'avait distraite ? Car le lendemain du dîner fut une journée très solitaire pour elle. Le gouverneur, Woodes et Julien était déjà levés et parti depuis un moment quand elle descendit prendre son petit déjeuner et elle ne les vit pas de la journée. Ils était apparemment très occupés et elle apprit, à leur retour, que Woodes avait bel et bien put partir pour l'Angleterre, les vents étant forts aujourd'hui.

Dans un premier temps, cette solitude ne l'avait pas dérangée. Autrefois, elle adorait cela même, la solitude, où elle pouvait se plonger dans ses romans et dans ses rêves d'aventure. Mais elle voyait l'aventure d'un autre œil désormais. Elle avait taché de s'occuper comme elle pouvait. Elle avait passer plusieurs heures à s'entraîner pour le défi de Julien au tir, et elle hurla littéralement de joie lorsqu'elle parvint, après une vingtaine de coups ratés, à tirer sur les trois cibles, de manière plus lente et plus maladroite que Julien, mais néanmoins du premier coup ! Elle avait affolée les gardes avec ses cris de joie qui s'était précipitée pour voir si elle allait bien et ils ont du la trouver folle, à sautiller sur place pour avoir réussit à viser trois pantins en paille. Mais elle s'en moquait éperdument sur le coup. Cela dit, sa joie fut de courte durée car elle ne parvint pas à répéter l'exploit, ce qui l'agaça au plus haut point. Néanmoins, elle insista et finit par se dire qu'elle pouvait déjà être fière et qu'ils lui restaient encore deux journées entières pour s'entraîner.

Ensuite, elle était parvenue à trouver la bibliothèque, avec l'aide d'un garde qui parlait anglais et qui lui apprit qu'elle était accessible à tous les visiteurs et ce qu'elle découvrit fut au-delà de ses espérances. La bibliothèque du gouverneur Torres était dix fois plus grande que toute celles qu'elles avait vu chez ces hautains de Londres chez lesquels elle faisait le déplacement et supportait leur arrogance juste pour admirer leurs livres. Elle s'était perdue avec un bonheur sans limite dans ces immenses étagères d'ouvrages et en avait emprunté plusieurs, dont ceux qu'elle adorait et qu'elle avait perdu dans l'abordage du Legendary, tels que les pièces de Shakespeare dont elle ne pouvait se passer trop longtemps. Elle avait même trouvé du papier et de l'encre dans des tiroirs.

Une fois de retour dans sa chambre, elle y passa plusieurs heures en solitaire plongée dans des romans, dévorant ceux qu'elle connaissait déjà et découvrant quelques nouveaux qu'elle apprécia immensément. Elle tacha ensuite d'écrire une lettre pour sa mère. N'ayant pas vraiment le cœur à raconter en détails ce qui lui arrivait, elle fut chaleureuse, polie et rassurante dans ses propos et la finit rapidement. Elle attendrait de voir le gouverneur Torres en personne pour lui confier cette lettre. Ensuite, elle sortit se balader dans la demeure et pensa à la quitter pour aller davantage découvrir La Havane mais elle se douta que tout les gardes postés partout dans le domaine ne laissait pas sortir et entrer tout le monde comme ils le désirait. Encore une chose sur lequel Charity devrait interroger le gouverneur.

Charity passa plus tard quelques temps allongée sur son lit à jouer avec les tissus qu'elle avait achetée dans le marchée et se prit à regretter de ne pas avoir le chapeau de Julien. Elle lui aurait cousu un joli petit chat dessus, ce qui l'aurait certainement fait hurler de rage, à ce maudit gros félin. Ses pensées la ramenant à cet homme, elle songea à l'étrange état de fébrilité dans lequel elle s'était trouvée la veille quand il lui avait baiser la main et fait ce compliment sur sa beauté. Elle aurait aimée pouvoir dire que c'est le simple contact d'un homme qui la faisait chavirer, elle qui n'y était pas habituée mais ce n'était pas la première fois qu'on lui embrassait la main et qu'on lui disait qu'elle était belle, Woodes l'avait lui-même fait plutôt dans la soirée et elle n'avait rien ressenti de tel. Jamais. Elle ne put s'empêcher de penser aux paroles des pimbêches qui s'évanouissaient lorsqu'elles restaient trop longtemps auprès des hommes qui leur faisaient de l'effet, visiblement. Elle les avait toujours trouvée ridicule. Mais était-ce cela qu'elles ressentait ? Cette impression que leur cerveau ne leur obéissait plus et que sa peau chauffait tout doucement ? Si oui, elle compatissait un peu plus. Bien qu'elle ne comprenait toujours pas les évanouissements, tout de même. De la comédie, oui !

Mais était-ce donc cela, de l'attirance physique, comme elle en avait tant entendu parler, tant lu ? Si oui, elle comprenait mieux pourquoi on y devenait rapidement accro. Cette sensation, elle mourrait d'envie de la retrouver. Autant qu'elle avait envie de revoir Julien, elle devait bien se l'avouer. Elle aimait passer du temps avec lui. Il pouvait l'exaspérer et pas qu'un peu, mais il l'intéressait aussi énormément et elle aurait menti si elle disait qu'elle n'avait pas été quelque peu déçue de ne pas l'avoir à ses côtés quand elle avait réussi le tir. Bien qu'il se serait sans doute moqué du nombre de fois où elle avait ratée son coup d'abord.

Ce soir, elle avait rapidement dîner dans sa chambre, et préféra allez se coucher tôt car elle commençait à ruminer et à trop réfléchir à ce qui s'était passé dans le bateau pirate. Peut-être était pour cela que ce cauchemar l'avait envahi. Ses pensées étaient plongées dedans avant de s'endormir. Elle n'avait vu ni le gouverneur ni Julien de toute la soirée, et elle regretta quelque peu de ne pas avoir pu dire au revoir à Woodes encore une fois mais il devrait normalement revenir bientôt.

Charity soupira. Elle devrait retourner dans sa chambre, elle le savait mais n'en avait aucune envie. Et le vent froid de la mer lui faisait encore plus de bien que l'espace de sa chambre. Néanmoins, elle ne pourrait pas rester dehors toute la nuit. Elle s'apprêta alors à remonter, à regrets, dans sa chambre lorsqu'un cri de rage derrière elle se fit entendre, rapidement suivi d'injures bruyantes :

- Bandes de misérables chiens ! Je vous ais donnés tous vos trésors ! Lâchez-moi, sous-merde…

Charity se tourna, la voix étant quelque peu familière et le spectacle qu'elle découvrit la cloua de surprise. Julien et un homme de taille immense – elle recula d'instinct à la vue de ce géant – traînait un corps qui se débattait et rageait et qu'elle reconnut au premier coup d'œil. Duncan Walpole. Il vociférait contre Julien et l'homme qui le forçait à avancer et elle vit que son visage était couvert de sang. Le gouverneur Torres marchait derrière eux, le regard dur et plusieurs deux gardes les entouraient. Figée, elle les observa emmener de toute évidence Walpole jusqu'à la sortie. Tandis qu'ils marchait, Walpole parvient à dégager son bras de la poigne de Julien mais celui-ci réagit immédiatement et asséna un coup de poing en plein visage de Walpole, qui s'effondra en grognant de douleur.

Julien allait reprendre le bras de Walpole tandis que le géant maintenait le maintenait de force sur le sol et alors qu'elle observait la scène depuis la colonne où elle était restée appuyée, Julien leva tout à coup les yeux dans sa direction et son regard tomba sur elle. Son regard était plus dégoûté que furieux, mais quelque chose se durcit quand il l'aperçue, sans qu'elle parvienne à l'expliquer mais ce regard ne la rassura pas. Pas du tout. Julien s'écarta alors de Walpole et ordonna sèchement aux gardes :

- Prenez le relais. Vous avez entendu le gouverneur, emmenez-moi cette racaille au port !

Le gouverneur secouait la tête doucement et Charity lui trouva un air sincèrement déçu. Pourquoi ? Que diable avait fait Walpole pour susciter une telle violence ? Quoi qu'il en soit, Julien s'était méfié de lui et avait apparemment eu raison. Pourtant, il ne semblait en retirer aucune fierté et il s'approcha d'elle d'un pas rapide et susurra d'une voix bien trop douce à son goût :

- Charity… vous êtes debout. Il est un peu tard pour une ballade nocturne, non ?

- Je… j'ai eu une crise d'angoisse, j'ai eu besoin de prendre l'air, se justifia-t-elle, le regard d'acier que visait sur elle Julien la faisant bafouiller. Que se passe-t-il ?

Il ne lui répondit pas et continua de la fixer, le regard glacial. Quelque chose ne va pas. Julien ricana légèrement et déclara froidement :

- Une crise d'angoisse, voyez-vous cela. Eh bien, nous allons pouvoir en parlez un peu, tous les deux. Ramenez là dans sa chambre, ajouta-t-il durement aux gardes, et maintenait là sous bonnes gardes, je serais là dans quelques minutes.

- Julien, pourquoi faites-vous cela ? S'exclama-t-elle, sentant la peur lui nouée tout à coup le ventre mais il lui tournait déjà le dos pour rejoindre le gouverneur, qui s'était arrêté en haut des escaliers et fixait l'endroit où Walpole et le géant avait disparu.

Deux gardes la prirent par le bras et la traînèrent jusqu'à sa chambre où elle y fut poussée quelque peu brutalement. Elle se retourna et sentit son cœur s'emballer plus vite. Elle ne comprenait absolument rien à ce qui se passait ! Julien avait eu l'air de la soupçonner de quelque chose, sinon pourquoi trouver étrange qu'elle soit dehors et la faire enfermer dans sa chambre ? Qu'avait donc fait ce Walpole pour que Julien pense qu'elle ait pu en être complice, quel que soit cet acte ? Elle regretta amèrement d'avoir mis les pieds dehors ce soir là mais la situation la mettait de plus en plus en colère à mesure que les minutes passaient. On l'accusait à tort. Il était hors de question qu'on ne l'a laisse pas se justifier et ses mêmes gardes qui la maintenaient prisonnière étaient des témoins qu'elle n'avait pas bougés de sa colonne ! Elle se mit à faire les cents pas et tacha de calmer le mélange d'angoisse et de colère qui montait doucement en elle. Peut-être avait-elle tort de se mettre en rage. Après tout, n'était-ce pas logique que Julien se montre soupçonneux de la trouver dehors alors qu'il venait de toute évidence de se passer quelque chose de grave ? Une intrusion, apparemment. C'était logique. Il allait falloir qu'elle se défende et se justifie.

Au bout de quelques minutes, la porte s'ouvrit brusquement et Charity tourna la tête vers Julien, qui entra d'un pas vif et claqua la porte derrière lui avant de l'observer sans mot dire. Serait-il capable de lui faire du mal ? Son cœur battait la chamade dans sa poitrine, la peur ne pouvant s'empêcher de prendre le pas sur la colère et la raison, mais néanmoins, quelque chose au fond d'elle lui dit qu'il n'irait pas jusqu'à la frapper. Mais le connaissait-elle vraiment, après tout ? Elle ignorait ce qu'il faisait exactement dans la vie, ni de quoi il était capable.

Julien s'avança lentement, tel un prédateur prêt à bondir sur sa proie et elle recula instinctivement, jusqu'à se retrouver piégée par le mur mais Julien ne ralentit pas, il ne ralentit pas jusqu'à se trouver à quelque centimètres d'elle, son visage si proche du sien qu'on aurait cru, dans une autre situation, qu'il avait l'intention de se pencher et de l'embrasser. Elle sentait la chaleur de son corps et sa gorge se noua alors que les yeux de Julien étaient plus froids et plus durs qu'aucun autre regard qu'elle ait pu voir dans sa vie.

- Alors, dis-moi, ma jolie, est-ce que tu te moques de nous depuis le début ? Susurra-t-il, en se penchant suffisamment pour poser ses deux mains de chaque côté de son visage.

- J'ignore de quoi vous m'accusez, mais je suis innocente, s'empressa-t-elle de dire, figée contre le mur, tachant de contrôler sa peur. J'ai fait un cauchemar, un cauchemar qui m'a refait penser à ce que j'ai vécu, et j'ai eu une crise d'angoisse. J'avais besoin de prendre l'air, c'est la seule raison pour lequel j'étais dehors.

- Tu es peut-être aussi une très bonne actrice, j'en ai connus de bons acteurs. J'arrive toujours à leur faire tomber le masque, Charity. Toujours. Alors autant parlez immédiatement.

Sa voix n'était qu'un murmure sourd, bas et dangereux et elle avala difficilement sa salive mais tacha de soutenir son regard. Elle était innocente. Et elle avait la ferme intention de le dire jusqu'au bout, qu'importe les conséquences.

- Je n'ai rien à dire, insista-t-elle plus fermement, en le regardant droit dans les yeux. Je n'ai rien fait, rien du tout. Je suis descendu quelques minutes prendre l'air, c'est tout. Les gardes peuvent témoigner que je n'étais là que depuis quelques instants et que je n'ai pas bougé. Vous vous en prenez à la mauvaise personne.

Julien ne dit rien et continua de l'observer de son regard de félin, scrutant son visage et alors une de ses mains se déplaça sur le mur et s'approcha d'elle, doucement. Elle inspira légèrement, tâchant d'étouffer la peur qui lui nouait le ventre et un violent tremblement la parcouru lorsqu'il saisit sa gorge de la main. Il n'appuya pas, n'exerça aucune pression dessus, se contentant de la tenir dans sa paume. Sa main était assez grande pour recouvrir tout son cou, et sa chaleur la fit violemment frissonner. Elle aurait du être encore plus terrifiée qu'avant. Pourtant, alors qu'il l'obligea à lever la tête afin de mieux la regarder, elle se dit que si il voulait vraiment lui faire du mal, pourquoi se donnait-il du mal afin de l'intimider ? Quelques bons coups aurait suffit à la faire « parler », sans doute. Sans vraiment expliquer pourquoi, elle eut la certitude qu'il ne lui ferait pas de mal. Cette certitude, elle ne l'expliquait pas vraiment elle en avait tout à coup la conviction. Peut-être était-ce une preuve de sa stupidité, après. Cet homme était un fauve, et on ne pouvait jamais vraiment prédire les attaques d'un fauve.

Et pourtant, son instinct lui disait avec force qu'il ne lui ferait rien de plus. Etrangement, cela la calma quelque peu alors qu'il se mit à chuchoter, d'une voix si douce et si basse qu'elle l'entendit à peine :

- Je pourrais te briser ton petit cou. Il me suffirait de serrer un peu. Tu es aussi fragile qu'un oisillon, rien ne serait plus facile.

- Vous n'en ferez rien, assura-t-elle en le regardant droit dans les yeux, voulant lui montrer que si elle avait eu peur, quelques instants plus tôt, sa peur commençait doucement à disparaître.

Il rit et secoua la tête, ses yeux se plissant :

- Tu crois cela ?

- Je le sais, affirma-t-elle avec peut-être plus de conviction qu'elle n'en ressentait vraiment, cela dit. Vous ne me ferez aucun mal.

- Tu me connais mal, de toute évidence.

- Alors, faites le ! S'exclama-t-elle en saisissant le bras qui lui tenait le cou, bien qu'elle ne pouvait faire grand-chose pour le bouger. Allez y ! Vous m'avez défiez de réussir ce défi avec le pistolet, je vous défie de tuer une innocente. Allez-y, Julien. Montrez-moi que j'ai tort. Parce que quelque soit le crime qui s'est produit ce soir, je n'y suis pour rien !

Elle n'était pas certaine que la provocation soit la meilleure idée qu'elle ait eu dans sa vie, surtout avec cet homme, mais elle n'avait pu s'en empêcher. Pendant quelques minutes, elle le défia du regard, tout en priant pour que son instinct ne la trompe pas mais malgré ses doutes, la peur ne revenait pas et la certitude qu'il n'allait rien lui faire demeurait. Il observait son visage en silence, comme si il cherchait à décrypter ses pensées mais au bout d'un temps qui lui parut particulièrement long, il la libéra et s'éloigna d'elle.

Charity soupira et son ventre se dénoua lentement tandis que Julien se passait la main sur le visage en marchant dans la pièce. Elle le regarda et ne pût s'empêcher de passer sa main sur son cou, comme par réflexe. Elle était bien évidemment soulagée qu'il se soit éloigné mais elle ne put s'empêcher de constater qu'elle avait eu raison à son sujet. Il avait été incapable de lui faire du mal. Peut-être n'était-il pas aussi horrible que son aptitude le laissait croire. Comme si il devinait ses pensées, Julien la regarda froidement et déclara :

- Ne crois pas que je t'épargne parce que tu es innocente. Des innocents, j'en ai fait souffrir des centaines. J'en ai tué encore plus. Si je ne t'ai rien fait, c'est parce que je sais quand on me ment. Et quand on me dit la vérité.

- Vous savez donc que je n'ai rien à voir avec ce qui s'est passé ce soir, conclut-elle, la voix légèrement tremblante sans le quitter des yeux.

- En effet.

La porte s'ouvrit alors brusquement, la faisant sursauter de surprise mais ce n'était que le gouverneur qui apparût, la mine grave. Julien se retourna vers lui et déclara :

- Elle ne sait rien.

- Bien évidemment, je m'en doutais bien, soupira le vieil homme en secouant la tête avant de regarder Charity. Je regrette sincèrement ce qui vient de se passer, mais il fallait qu'on sache si vous étiez impliquez.

- Je comprends, murmura-t-elle, la voix encore légèrement tremblante. Mais, monsieur, puis-je savoir qu'est-ce qui s'est passé exactement ?

- Une effraction, répondit sombrement Torres. Quelque chose de… très précieux nous à été pris. Ils ont tués un garde pour cela. J'aimerais que vous ne sortiez plus cette nuit seule, mademoiselle Greyson. La garde a été doublée, mais je préfère éviter les accidents. Si vous voulez bien nous excusez, je dois parler à Julien seul à seul.

- Bien sur, acquiesça Charity en jetant un coup d'œil à Julien qui suivit alors les pas du gouverneur en train de quitter la pièce mais ce dernier se retourna une dernière fois et indiqua à la jeune fille :

- Les gardes resteront devant votre porte cette nuit, pour votre sécurité. Encore navré de ce désagrément.

Elle n'eut pas le temps de répondre qu'il rouvrit la porte et sortit, Julien sur ses pas, bien qu'il tourna la tête pour lui jeter un coup d'œil mais finit par franchir la porte également, la refermant derrière lui. Elle put apercevoir les deux hommes qui allaient donc se tenir là toute la nuit. Pour ma sécurité… ou pour me surveiller ? Malgré les dires de Julien, peut-être que le gouverneur se méfiait tout de même. Charity soupira et alla se glisser dans ses draps, s'emmitouflant dans son lit, résistant à l'envie de pleurer. Elle se sentait si bien ces dernières heures à La Havane… a part ce maudit cauchemar qui l'avait ramené à des souvenirs durs, elle ne s'était jamais sentie aussi bien de sa vie, avec ces inconnus… Mais elle sentait que tout était en train de voler en éclats.

Quelqu'un était entrée et avait pris quelque chose de précieux. Ils ne lui avaient pas expliqué en quoi Duncan Walpole était responsable de tout cela. Un complice de ceux qui sont entrés et ont tué ce pauvre homme, peut-être ? Elle ne put s'empêcher de se demander ce qui allait bien pouvoir lui arriver. Elle doutait que Julien et Torres lui réserve un sort agréable, si il les avait trahis, qu'importe la manière que ce soit.

Il se passait des choses étranges ici mais elle été incapable de dire quoi exactement. Ce qu'elle savait en revanche, c'est qu'elle doutait d'être vraiment en sécurité avec ces hommes, vu ce qu'elle avait vu ce soir. Certes, elle comprenait les soupçons de Torres et Julien et dans un sens leur réaction mais elle avait vu aussi le regard impitoyable de Julien et l'absence d'émotions chez Torres. Si ils pensaient vraiment qu'elle avait pu les vendre à quelqu'un où les trahir de quelque manière que ce soit, ils n'hésiteraient pas à le lui faire payer du prix fort. Elle l'avait compris ce soir. Etait-elle passée d'un bourreau à un autre, seulement ce dernier lui proposait une belle cage dorée au lieu d'un placard humide et obscure ? Elle n'en était pas encore certaine mais elle n'était plus rassurée du tout. Elle ne les connaissait pas. Tout ce qu'elle avait vu en eux lui avait plu jusqu'à maintenant mais cela pouvait très bien être des masques qu'ils affichaient, des masques de gentleman. Elle ne les connaissait pas.

Et pourtant… l'idée de retourner chez son père à Kingston ne la réjouissait pas le moins du monde. Car ce serait une autre forme de prison, encore. Peut-être encore pire que celle dans laquelle Torres, Du Casse et Rogers l'enfermait bien qu'elle n'était sûre de rien, car ce serait la prison du mariage. Une prison à vie. Pour le moment, elle préférait nettement rester là où elle était, plutôt que de tomber encore entre les mains d'un homme inconnu. De toute manière, ils ne la laisseraient pas partir, elle en avait la conviction désormais.

Tout à coup épuisée, elle sentit ses paupières s'alourdirent. Elle n'était pas rassurée le moins du monde, surtout avec deux hommes postés devant sa porte, et le lendemain l'angoissait encore plus, mais ça avait été une trop haute montée d'adrénaline pour une soirée. Quoi qu'il se passerait demain, cela pourrait être traité demain.


Trois jours plus tard, mer des Caraïbes.

Charity, accoudée sur le bord du navire, observait la mer qui défilait alors que le soleil se couchait sur les Caraïbes. Elle entendait les hommes grogner derrière elle tandis qu'ils s'affairaient à leur travail de marins, lui jetant de temps à autre un regard noir. Les hommes de la mer était superstitieux et ne pouvait s'empêcher de se dire qu'une femme à bord d'un navire, ça portait malheur. Elle secoua la tête, à la fois agacée et amusée par ces idées idiotes. Elle ne s'en préoccupait pas vraiment cela dit, surtout à cet instant, qui était celui qu'elle préférait dans la mer et qui lui rappelait ses premiers jours de voyage dans les Caraïbes.

Elle n'en revenait toujours pas à quel point les choses s'était passé vite, ces trois derniers jours. Le lendemain de l'effraction, elle avait été emmenée dès son réveil dans le bureau du gouverneur. A mesure qu'elle s'était avancée dans les couloirs puis dans la cour, elle avait sentit son ventre se nouée et sa peur montée si vite qu'elle en tremblait. Elle était certaine, pour le coup, qu'il allait lui arriver quelque chose. Mais au final, non. Absolument pas. Il y avait juste un énorme changement de programme. L'attaque de la veille avait de toute évidence inquiétée le gouverneur, à moins que ce ne soit l'envie de récupérer ce qu'on lui avait volé qui le motivait mais une chose est sûre, il quittait La Havane sur le champ pour des affaires importantes en plus du problème en cours. Il était resté vague sur le sujet mais il avait indiqué que là où il allait, elle ne pourrait pas venir avec lui, et qu'il refusait de la laisser seule à La Havane avec ce qui s'était passée la veille, même si il pensait que maintenant qu'ils ont eu ce qu'ils voulait, les criminels n'attaquerait plus. Il fallait être prudent, cela dit.

Julien était dans la pièce lorsqu'ils avaient parlé. Il n'avait pas levé les yeux vers elle lorsqu'elle était entrée dans la pièce. Charity elle n'avait pas pu s'empêcher de le regarder attentivement. Elle aurait cru ressentir de la peur en le voyant après ce qui s'était passé dans la veille mais pas spécialement. Bien sur, il partait plus tôt aussi, chez « lui » où que ce soit dans les Antilles, et elle ne pouvait pour le moment toujours pas rentrer à Kingston, le port étant toujours fermée. La question était donc où allait-elle allée alors que Julien et Torres avait à faire ? Elle s'était sentie quelque peu mal à l'aise durant cette conversation, se sentant comme une intruse mais Torres avait une idée déjà.

Il lui proposa – enfin, elle n'avait pas vraiment le choix vu la situation – de partir avec Julien dans sa demeure, qui était bien plus isolée et protégée, et non connue de leurs agresseurs. C'était apparemment un endroit extrêmement bien cachée, une crique sur une île sauvage nommé Great Inagua. Julien en avait le contrôle total, elle lui appartenait et il avait une confortable petite villa là-bas. Il aurait a faire dans les mois à venir, mais pas dans l'immédiat et le lieu était assez sécurisé pour qu'elle y reste seule avec des gardes jusqu'à ce qu'elle puisse aller à Kingston. Ce serait bien mieux que La Havane pour elle, avait-il dit. Elle avait jeté un coup d'œil à Julien qui regardait Torres sans mot dire, immobile et silencieux. Charity se demandait vraiment ce qu'il pouvait bien penser de cette idée. Il n'en laissait absolument rien paraître et cela l'agaçait quelque peu, mais elle dit qu'elle n'avait rien contre l'idée. De toute manière, comme elle le pensait déjà, elle n'avait pas le choix.

Et la voici donc sur le Déserteur en direction de Great Inagua, en compagnie de Julien Du Casse, qui était actuellement dans sa cabine.

Elle avait été plus que triste de laisser derrière elle La Havane, lieu qu'elle aurait tant aimée découvrir davantage, explorer toute la ville entière. Surtout après son départ, où elle put admirer le port de la ville, encore plus chaotique et pourtant harmonieux que toute la ville, qu'elle avait trouvée plus que charmant. Alors qu'elle regardait la ville s'éloigner, devenant de plus en plus petite, elle se jura qu'elle y retournerait pour mieux la découvrir. Voir même y vivre un jour si elle en avait l'occasion. Cela lui plairait énormément.

Charity avait dit au revoir au gouverneur sur le port, lui serrant chaleureusement la main, ayant retrouvé le vieil homme calme et apaisant qu'elle avait rencontrée le premier soir. Néanmoins, elle n'était pas stupide et ne comptait pas oublier le regard qu'elle avait vu la veille chez lui. Cela dit, elle n'oubliait pas qu'il la maintenant en vie et la protégeait, l'habillait et la nourrissait, même si c'était un homme dangereux. Son remerciement était donc sincère, de même que son envie de le revoir.

Partir seule avec Julien avait été plus désagréable qu'elle ne l'aurait cru. Mal à l'aise avec lui depuis la veille, ils n'avaient quasiment pas parlés lorsqu'ils étaient montés sur le navire. Il était froid avec elle, voir antipathique. Plus de répliques cinglantes et sarcastiques. Néanmoins, elle n'osait pas lui parler comme avant non plus. Tout en ayant fortement envie. Les joutes verbales qu'elle avait lui manquait horriblement réalisa-t-elle très vite après deux jours en mer. Elle pensa avec regret d'ailleurs à leur pari interrompu. Peut-être qu'elle aurait l'occasion de remettre le sujet sur le tapis une fois arrivée à Great Inagua.

La seule fois où il lui parla, c'est lorsqu'il lui dit qu'elle pouvait dormir dans la cabine du capitaine avec lui, dans un lit à côtés. Elle en avait été à la fois reconnaissante et encore plus mal à l'aise. Les autres cabines, toutes très étroites, était sous la coque du navire, et sans aucune fenêtre qui donnait vue à la lumière du jour. Elle y était descendu cinq minutes et avait commencé à manquer d'air, une fois encore. Julien l'avait ramené en haut, ainsi que plusieurs matelas des petites cabines, et l'avait installé tout près de l'une des fenêtres de la cabine du capitaine, afin d'en faire un lit de fortune mais très confortable néanmoins. Ainsi, elle avait vu sur le soleil dès qu'elle se levait et elle ne put qu'être profondément touchée de cette intention, bien qu'il le fit toujours en étant glacial. Elle en fut aussi mal à l'aise car elle dormait dans la même pièce que lui. Et bon sang, jamais elle n'avait dormi dans la même pièce qu'aucun homme ! Sa mère en aurait fait un arrêt cardiaque si elle avait été là. Mais Charity se rassura en se disant que ce ne serait que pour quelques jours de voyage. Et elle ne voyait même pas Julien la moitié du temps. Elle se couchait plus tôt que lui, rapidement épuisée par ses allés et venues sur le pont du navire, où elle déconcentrait les hommes, qui soit la lorgnait trop soit grognais sur son passage. Et il se levait bien plus tôt qu'elle. Le lit du capitaine était de l'autre côté de la cabine, plusieurs mètres les séparaient tout de même. Le seul moment où elle l'avait vu, c'était la deuxième nuit où elle s'était réveillée quand il était entré dans la cabine, une bouteille de rhum dans la main qu'il avait laissé tombé quelque peu brutalement sur la table. Il devait avoir bu un peu trop bien qu'il ne chancelait pas. Elle l'avait observé dans l'obscurité, immobile dans son lit et elle avait retenu son souffle lorsqu'il avait détaché sa cape avant d'enlever sa chemise. N'étant jamais dans la cabine au même moment, ils n'avaient eu aucun problème pour les vêtements, et au pire l'un pouvait attendre dehors le temps que l'autre s'habille. Mais là, elle eut une vue direct sur son dos, qu'elle découvrit lisse et musclé à la lueur de la lune, ainsi que sur ses cheveux sans son chapeau, qui était plus clair et plus désordonné qu'elle ne l'avait cru, étant davantage du châtain que du brun. Elle aurait voulu détourner le regard, ce qui aurait été la chose convenable à faire mais elle en avait été incapable.

Elle avait été totalement hypnotisée par les muscles de son dos qui se contractait alors qu'il achevait se déshabiller. Pendant un instant, alors que ses pensées s'égaraient, elle s'était imaginée poser la main sur ce dos, sentant les muscles sous sa main, caressant la colonne vertébrale du bout des doigts… La vision fut si réaliste qu'elle avait commencé a avoir chaud sous ses draps mais pour rien au monde elle ne les aurait retiré, pas question. Mais il avait fini par se glisser dans ses draps, se soustrayant à sa vue, le lit de Julien étant caché par la bureau poser au milieu de la cabine, et elle était revenu à la réalité. Le désir… Cela non plus, elle ne risquait pas de l'oublier. Julien le lui rappelait malgré lui. Elle avait soupiré lourdement et avait tâché de s'endormir, bien qu'elle ait énormément de mal.

Fort heureusement, après sa visite désastreuse dans la calle, elle n'eut pas d'autre crise. Peut-être que le fait d'avoir quelqu'un à proximité dans la pièce l'aidait à mieux dormir, elle n'en savait rien. Elle aurait cru mal vivre le voyage en mer après ce qui s'était passé, mais au final non, elle y retrouva même le plaisir qu'elle eut aux premiers jours sur le Legendary. A l'instar de celui-ci, le Déserteur était une belle frégate, plus imposante et plus lourdement armé, montrant que ce navire est tout aussi prêt à attaquer qu'à transportez, au contraire du Legendary qui n'avait quasiment pas de canons à son bord, à part quelques vieux tas de rouilles. Ils prenait trop de place aux yeux de son père, qui voulait la réserver à de la marchandise qu'il pourrait vendre. Après avoir perdu son précieux navire, elle était certaine qu'il allait relativiser sur ce point.

Charity profita de ce vague bonheur retrouvé, toujours assombri par le silence froid qui s'éternisait entre Julien et elle, mais le peu de sa joie partit quelque peu lorsqu'elle apprit l'emplacement exact de Great Inagua, cette île sauvage. Elle était située très au sud de Nassau. Assez éloigné certes, mais néanmoins bien plus proche que La Havane. Cette nouvelle, qu'elle apprit des bavardages entre les marins, la glaça d'effroi et à cet instant, elle était figée depuis plusieurs heures à l'avant du navire, observant la mer et tachant de rester calme. Ce n'est pas parce qu'elle avait été capturée une fois que ça allait forcément se reproduire, c'était ridicule. Et le Déserteur avait déjà su triompher d'un navire pirate, et de plusieurs autres elle en était sûre, il pourrait le refaire. Bon Dieu, si ils était attaqués, il le devrait absolument…

- Tu devrais faire attention. Le navire à souvent des chocs brutaux, tu pourrais facilement passer par-dessus bord. Je n'ai pas envie de devoir sauter pour te repêcher.

Charity sursauta et se retourna pour voir Julien, debout derrière elle, l'observant les bras croisés et les sourcils haussés, bien qu'il avait une lueur pétillante d'amusement dans le regard. Elle fronça les sourcils. Après ces jours de silence grognon, voilà qu'il venait lui parler comme si de rien n'était ? C'était trop facile, bien trop facile. Elle avait envie de lui faire manger son maudit chapeau, tiens ! Mais dans un sens, elle sentit immédiatement un élan de joie à entendre à nouveau ce ton moqueur. Cet homme l'agaçait comme personne. La fascinait comme personne, aussi.

- Qui te dit que j'aurais besoin de toi ? Répliqua-t-elle, passant elle aussi au tutoiement sans même s'en rendre compte. Qui te dit que je ne sais pas nager ?

- Les oisillons volent mieux qu'ils nagent, répondit-il en s'approchant pour se pencher sur la mer aussi.

Oisillon. C'était le mot qu'il lui avait dit lorsqu'il tenait sa gorge dans sa main. Qu'elle était aussi fragile qu'un oisillon. Elle n'était toujours pas certaine de la manière dont elle devait le prendre mais sur l'instant, cela lui fit quelque peu plaisir, sans qu'elle sache pourquoi. Après tout, il y avait pire comme surnom. Bien qu'elle n'était pas aussi fragile qu'il ne le croit et elle saurait le lui prouver un jour. Même si elle ne savait en effet pas nager…

- Je ne suis pas une petite créature fragile, dit-elle en le regardant tandis qu'il fixait la mer. Je vous le prouverais en gagnant mon pistolet ! Ne croyez pas que j'ai oubliée le défi que vous m'avez lancé. Ce n'est pas parce que je ne sais pas nager que je ne saurais pas tirer aussi bien que vous !

Julien s'approcha d'elle pour s'appuyer sur la coque du navire à ses côtés et éclata de rire et la regarda en secouant la tête.

- Tu auras bien assez de cibles pour me faire tes preuves à Great Inagua. Et il y a des eaux peu profondes, là bas. Je t'y apprendrai à nager. On ne peut pas vivre dans les Caraïbes et ne pas savoir nager. C'est trop dangereux.

- Tu à beaucoup de choses à m'apprendre, décidément, lança-t-elle quelque peu moqueusement.

Il tourna son regard vers elle à son tour, lui jetant un regard quelque peu sarcastique, son éternel demi sourire aux lèvres et il murmura :

- Pas assez à mon goût.

Charity ne répondit pas tout de suite, et détourna le regard pour regarder à nouveau la mer pendant quelques instants. Elle aurait aimée savoir davantage ce qu'il voulait dire par « pas assez à son goût » mais elle n'osa rien dire. Allez savoir pourquoi, elle sut qu'elle saurait de quoi il en était en temps voulu. Il y a cependant une question qu'elle brûlait de lui poser depuis qu'ils était montés sur le navire quelques jours plus tôt, une question qu'elle avait retenu à cause du froid entre eux et à cause aussi que c'était justement le sujet sensible mais apparemment Julien semblait prêt à faire la paix, alors elle estimait qu'elle pouvait demander sans crainte.

- Julien, dis-moi, qu'a donc fait Duncan Walpole exactement cette nuit là ? Je n'ai pas trop compris ce qui s'était passé, risqua-t-elle en le regardant gravement.

La mâchoire de Julien se contracta au mot « Walpole » et son regard se durcit mais elle voyait parfaitement que l'amertume qui montait en lui n'était pas dirigée contre elle. Il finit par rire sèchement et par déclarer, son ton plus moqueur que jamais :

- Un paysan misérable qui s'est fait passé pour ce qu'il n'est pas. Il ne s'appel pas Walpole. C'était un imposteur, qui à prit l'identité d'un associé très important pour nous, et qu'il à de toute évidence tuer. Il nous à privés d'un homme de valeur, et je l'aurais volontiers tuer, très lentement pour cela, mais le gouverneur me l'a interdit. J'admire vraiment cet homme, mais il à des fois le cœur trop tendre à mon goût.

Torres ? Le cœur tendre ? C'est possible après tout, il n'avait pas été dur et froid tout le temps en sa compagnie, bien au contraire. Pourtant, l'imaginer vraiment clément l'étonnait quelque peu, elle avait senti quelque chose de vraiment dangereux en lui cette nuit là. Mais on pouvait mal juger les gens des fois. Cela dit, elle était heureuse que Torres soit intervenu. Cet homme ne lui avait pas inspiré confiance dès le départ, mais quelque chose lui disait que Julien aurait été vraiment trop dure avec lui.

- Qui est-il, alors ? Demanda-t-elle, intriguée. Quel est son vrai nom ?

- Je l'ignore, dit Julien en se retournant pour s'adosser contre la coque du navire. Je pense néanmoins que c'est un pirate. Il n'y à qu'eux d'assez vorace et d'assez stupide pour commettre une folie pareille.

Charity serra les dents à l'entente du mot pirate. Son point de vu sur cet homme changea immédiatement. Elle espérait qu'il allait souffrir pour tout le mal qu'il avait déjà du faire. Cela lui rappela douloureusement qu'ils était bien trop près de Nassau, peut-être même sur les lieux où le Legendary avait été attaqué. Il n'en était probablement resté rien, après tout. Des navires pirates devait être derrière chaque rocher, chaque montagne qu'elle commençait à voir apparaître, signe qu'ils approchaient d'une terre, Great Inagua en l'occurrence. Tachant d'oublier que c'était là encore bien trop près de Nassau à son goût, elle murmura durement :

- J'espère que vous lui avez donné la punition qu'il mérite.

- Il doit aller en Espagne, son châtiment sera à la hauteur de ses crimes, commenta Julien d'un ton indifférent, en observant ses hommes d'un œil scrutateur.

Charity hocha la tête en se passant les mains sur les bras, commençant à avoir légèrement froid à mesure que le soleil se couchait, bien qu'il faisait encore bien jour. Elle avait beau aimer la mer et la navigation, le souvenir de sa capture était encore trop récent et son angoisse sur le navire bien trop fort. Elle avait hâte d'arriver, hâte de se sentir protégée par la terre, bien qu'elle ignorait encore vraiment où elle allait véritablement.

- Great Inagua est-il facilement accessible ? Demanda-t-elle, essayant de paraître indifférente quand à la réponse mais Julien ne fut pas dupe, bien entendu.

- Ne t'inquiète pas, petit oisillon, sourit-il en se tournant à nouveau vers elle. Ma crique n'est pas facile d'accès et très difficilement trouvable si on ne sait pas déjà où elle est. Et elle est bien protégée, j'y aie plusieurs navires prêts à couler le premier bateau pirate qui viendrait dans la baie.

- Comment a-tu obtenu cette crique ? Toute l'île n'est pas à toi ? Tu à juste acheter la crique ?

- L'île n'appartient officiellement à personne, répondit Julien en regardant la mer d'un air distrait. C'est une île sauvage, en apparence peu habitable à cause des immenses rochers qui l'entoure, ce qui rend le commerce un peu compliqué, il n'y à pas beaucoup de places pour des navires. Mais les gens ne font pas attention au revers du décor. Derrière l'île, il y a une autre baie, plus ouverte et plus large. On peut y construire quelque chose, et c'est là bas que j'ai mes navires. Je n'ai pas encore eu le temps d'entamer les constructions mais je vais le faire. J'ai pour le moment seulement aménagé la crique, c'est pour cela qu'on y fait plus référence qu'à l'île en elle-même.

Julien eut alors un sourire cruel et il lui jeta un regard significatif :

- Quand à comment je l'ai eu… Je n'ai rien acheté. Elle n'a jamais à été vendre. Je l'ai prise à des imbéciles qui ignoraient comment s'en servir. Et bientôt, un magnifique Man'O'War s'ajoutera à ma flotte. Il y aura peu de lieu aussi protégé.

Julien avait dit ses derniers mots avec beaucoup de fierté et elle haussa les sourcils à l'entente du mot Man'O'War. C'était les équivalent des galions espagnols, les plus énormes navires de guerres qu'on pouvait construire à trois voir quatre étages et à trois mats, des véritables bêtes énormes chargé de tellement de canons et avec une coque d'une telle qualité qu'il était presque impossible d'en faire couler un, à moins de se mettre à plusieurs navires et encore. C'était des bâtiments imposants, hors normes, très peu de gens pouvaient se permettre d'en avoir, généralement c'était des navires royaux, ils n'étaient même pas à vendre, et si ils l'étaient, personne n'aurait les moyens d'en acheter. Il fallait des années et des années pour construire de telles merveilles. Elle rêvait de voir un Man'O'War.

- Un Man'O'War ? Tu est capitaine d'un Man'O'War ?

- Un galion en fait, sourit Julien, le regard excité. Notre généreux gouverneur m'a nommé capitaine du plus gros navire de sa flotte. J'en aurais le commandement pendant des années, voir toute ma vie. C'est une récompense quand au fait que je me suis méfié de ce Duncan Walpole et que j'ai tenu à surveiller… notre bien volé. On a pu le capturer ainsi.

Charity se demandait vraiment ce que pouvait bien être ce mystérieux objet volé qui avait l'air si important et elle s'apprêta à le lui demander quand il se redressa, son visage se détendant tout à coup et qu'un sourire de sincère bonheur, sans la moindre sarcastique ni moquerie, apparaisse sur son visage et qu'il murmura :

- Great Inagua. Enfin à la maison.

Charity se tourna vers la mer et ne vit tout d'abord que d'énormes rochers et montages couvertes de verdures mais à mesure qu'ils s'avançaient, elle vit que les rochers étaient de plus en plus étroits et des plus petits y était décimé et alors, elle vit une terre. Un petit port se montrait devant plusieurs maisons qu'elle distinguait mal et au loin, une véritable jungle. Elle comprit alors ce que Julien voulait dire en disant que l'endroit n'était pas facile d'accès. Avec les rochers éparpillés et l'entrée étroite, il serait facile aux navires de se heurter aux dans la pierre et ils auraient beaucoup de mal à passer à plusieurs, ce qui donnerait le temps aux navires postés dans le port de riposter facilement et de les anéantir sans bouger. Immédiatement, à ce constat, un soulagement immense l'envahit et elle se mit à sourire autant que Julien alors qu'ils s'approchaient doucement de la crique.

Charity savait déjà qu'elle aimer cet endroit. Elle n'aurait jamais cru à quel point.