Julie : Mordred est malin ! La question est plutôt... Merlin et compagnie arriveront-ils à la bonne conclusion à temps ?
Emelyne : la tension va continuer de monter en flèche... mon cerveau fait des bugs parce que j'en suis au stade d'inception, c'est plus le triple niveau de rêve, c'est le triple niveau de trahison... j'espère que ça va rester clair hein... si vous vous embrouillez dites-moi d'y aller mollo ;)
Legend : personne n'aimerait être à la place de Morgane...!
Concernant ce chapitre : vous aurez raison de penser que c'est de la folie.
Et encore, vous n'avez pas vu la suite.
Lol.
CHAPITRE 3
-Mordred, murmura Alator, la mâchoire serrée.
-Tu le connais, nota Merlin, en jetant un regard au Catha.
-Pas personnellement, soupira Alator. Mais j'ai entendu parler de lui. Il y a une ancienne prophétie... Elle prétend qu'Arthur mourra dans la grande bataille de Camlann, des mains d'un druide répondant au nom de Mordred...
-Camlann, souffla Merlin, en frémissant d'horreur.
Il se retourna vers Alator et demanda d'une voix tendue par l'inquiétude:
-Pourquoi ne pas m'avoir averti du danger ? Pourquoi ne pas m'avoir parlé de cette bataille ?
-J'ignorais qu'elle était si proche..., protesta le Catha. Rien ne le laissait présager !
-Pourtant, la voilà à nos portes, s'exclama Merlin. Et il n'est plus rien que nous puissions faire pour l'empêcher...
Il baissa les yeux sur le message de Mordred, l'esprit noyé par l'angoisse.
Pourquoi fallait-il que le passé revienne le hanter maintenant ?
Après tout ce qu'il avait réussi à construire, après qu'il soit enfin parvenu à accomplir son destin ?
Il entendait à nouveau Kilgarrah lui annoncer, du fond de sa caverne, qu'un jour, le jeune druide blessé qu'il avait sauvé de justesse des gardes d'Uther et caché dans les appartements de Morgane se retournerait contre Arthur, et le tuerait.
-Tel est le destin de Mordred. Tu as une chance de le contrecarrer aujourd'hui, en le laissant mourir, lui avait dit le Grand Dragon, d'une voix impitoyable. Saisis-la.
Merlin se souvenait encore du dilemme horrible qui l'avait tenu éveillé toute la nuit.
Comment choisir entre le mal, et le pire ?
Il n'avait que seize ans, et il était terrifié.
Terrifié à l'idée de perdre Arthur, et d'échouer dans son destin, ce destin qu'il jugeait alors tellement trop grand pour lui et qu'il ne voyait pas du tout comment accomplir... Il craignait de tout faire s'effondrer comme un idiot, parce qu'il n'était pas assez fort pour prendre la bonne décision...
Mais il terrifié, tout autant, par la décision qu'il était supposé prendre, parce qu'elle impliquait de laisser mourir un petit garçon... et qu'il savait très bien, qu'il ne pourrait plus jamais se regarder en face s'il faisait le choix de regarder ailleurs pendant que Mordred était exécuté, en dépit de tous les efforts d'Arthur, et de Morgane, pour le sauver.
Sa vie ou sa mort dépendait entièrement de lui.
C'était bien trop de pouvoir pour une seule personne.
Et son cœur trop tendre et trop honnête s'était révolté contre l'attitude que lui avait dicté Kilgarrah...
Pourtant, il avait essayé d'écouter le dragon.
Il était resté au lit au lieu de rejoindre Arthur avec le grappin nécessaire à l'évasion, à la grille où ils s'étaient donnés rendez-vous, déterminé à n'en pas bouger même s'il devait pleurer toutes les larmes de son corps pendant la nuit.
A cause d'Arthur.
Parce qu'il n'arrivait pas à s'imaginer qu'un jour, il le perdrait pour n'avoir pas fait ce qu'il fallait au bon moment...
Mais ensuite, Mordred lui avait parlé en esprit. Où es-tu, Emrys ? demandait-il sans cesse.
Et sa voix était si implorante, si désespérée... que Merlin l'avait quand même aidé.
Comment aurait-il pu ne pas le faire ? Comment aurait-il pu laisser mourir un innocent, sous prétexte qu'un jour, peut-être, il commettrait un crime terrible ?
Mordred n'était qu'un enfant, et Merlin s'était dit qu'il n'existait pas de destins tout tracés...
Peut-être avait-il été faible... mais il avait suivi son cœur...
Kilgarrah avait été furieux contre lui.
Il lui avait fait comprendre qu'il avait manqué une occasion unique, il l'avait fait culpabiliser...
Tu n'as pas eu pitié de moi..., disait la lettre.
Merlin frissonna...
En un sens, Mordred avait raison.
Il se souvenait bien de sa deuxième rencontre avec lui...
Il était parti en hâte, pour chercher Morgane au campement des druides où il l'avait conduite afin qu'elle apprenne la vérité sur ses pouvoirs.
Il devait la prévenir avant l'arrivée d'Arthur et de ses hommes, qui croyaient qu'elle avait été enlevée...
Il n'était arrivé que quelques minutes avant les troupes de Camelot qui le talonnaient...
Et quand il avait vu Mordred, il avait repensé à l'avertissement de Kilgarrah, à sa fureur contre lui quand il avait découvert qu'il avait sauvé l'enfant au lieu de le laisser mourir...
Alors il s'était dit qu'il tenait peut-être une occasion de rectifier son erreur, et il avait essayé.
Quand l'enfant avait voulu s'enfuir, il l'avait fait tomber. Et les hommes d'Arthur s'étaient avancés vers lui, l'épée à la main, prêts à le tuer... Mordred avait crié. Et Merlin avait reculé face à la puissance de son pouvoir...Le cri du jeune druide avait tué les quatre hommes qui le menaçaient dans une explosion meurtrière.
Jamais je ne te le pardonnerai, Emrys, avait dit Mordred en lui adressant un regard bleu, perçant.
Puis, il avait disparu.
Merlin ne l'avait pas empêché de s'échapper...
Le faire trébucher avait déjà presque été trop pour lui.
Le Grand Dragon lui avait dit un jour, que ce serait la bonté qu'il persistait à toujours vouloir regarder en tout homme qui finirait par le perdre... Mais avec Mordred, des influences extérieures lui avaient dicté sa manière d'agir. Et sa loyauté divisée l'avait empêché d'être pleinement lui-même.
Aujourd'hui, il se demandait...
Se pouvait-il que l'erreur ait été, non d'écouter son cœur, mais de vouloir obéir à Kilgarrah en sacrifiant cet enfant ?
Se pouvait-il que ce soit la manière dont il avait fait trébucher et tomber Mordred, la manière dont il avait tenté de le livrer aux ennemis de la magie, qui l'avait poussé à rêver de vengeance, et à revenir aujourd'hui pour détruire aujourd'hui tout ce que Merlin et Arthur avaient créé ?
Merlin sentit la culpabilité l'envahir à nouveau.
Il se souvenait, de toutes ces années où il avait été lâche, où il avait gardé pour lui le secret de sa magie parce qu'il ne savait pas comment l'avouer, où il avait protégé un régime qui persécutait son peuple parce que la deuxième moitié de sa pièce en était le chef.
Ce n'était pas Arthur qui était en tort, comment Arthur aurait-il pu faire quoi que ce soit d'autre que persécuter les magiciens étant donné son expérience personnelle de la sorcellerie et les vues de son père sur la question ?
Merlin était seul responsable,
Il avait tellement tardé à parler, à agir, à se dévoiler...il avait si souvent « regardé ailleurs ».
Il avait été prêt à faire tous les sacrifices pour Arthur, parce qu'il l'aimait, parce qu'il croyait en lui.
Mais il avait trop souvent oublié ou trahi les autres magiciens dans son service à son Roi.
Il avait soulagé sa conscience en se répétant qu'un jour, grâce à ses efforts, les siens seraient acceptés...
Mais n'auraient-ils pas pu l'être plus tôt, plus vite, s'il avait eu moins peur d'être rejeté par Arthur, s'il avait osé lui parler avant ?
Et ses frères magiciens n'auraient-ils pas été tout aussi acceptés, s'il en avait aidé davantage en secret au lieu de les ignorer ou de les laisser mourir ?
Il ne pouvait pas s'empêcher de penser que la situation face à laquelle il se trouvait aujourd'hui était le fruit de son erreur, de sa faiblesse.
Il n'avait su, ni tuer Mordred, ni le protéger...
Il avait espéré le voir disparaître par d'autres mains que les siennes tout en culpabilisant de se comporter envers lui comme un ennemi de la magie.
Et Mordred avait gardé de lui l'image d'un traître dont il voulait se venger aujourd'hui..
Le petit garçon d'autrefois avait été doté d'une puissance extraordinaire pour son jeune âge...
Le magicien d'aujourd'hui était devenu redoutable. Il était revenu à la tête d'une armée invincible...
Merlin comprenait.
Il comprenait que Mordred le méprise s'il le jugeait sur ses actions d'hier.
Mais peut-être ne savait-il pas ce qu'Arthur et lui avaient accompli depuis cinq ans...
Peut-être ignorait-il, que Merlin avait fini par défendre la magie, qu'Arthur avait fini par l'accepter et par l'aimer, et que, quelles que soient les erreurs qu'ils aient pu commettre du temps où ils étaient jeunes, ils les avaient rattrapées en unissant Albion.
Peut-être renoncerait-il à ses projets, quand il comprendrait.
Peut-être l'entrevue de demain permettrait-elle de désamorcer la guerre...
Peut-être Mordred accepterait-il d'entendre raison.
-Qu'est-ce que nous allons faire ? demanda Gili, bouleversé.
-Il faut que j'aille parler à Arthur, murmura Merlin.
Il avait le cœur dans la gorge en remontant vers la chambre du Roi.
Il allait devoir convaincre son ami de se rendre à ces pourparlers...
Parce qu'une chose était certaine, s'ils ne réussissaient pas à persuader Mordred de renoncer à ses projets, Camelot était perdue.
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooo).
-Arthur ! dit Merlin, en pénétrant dans les appartements du Roi.
-Moins fort ! dit celui-ci, en indiquant Guenièvre qui dormait profondément.
Puis il eut une grimace et ajouta :
-Tu sais, il faut vraiment que tu penses à frapper de temps en temps. Passe encore pour les matinées, mais il pourrait arriver que nous soyions occupés quand tu te mets en tête de débarquer en pleine nuit... !
-Arthur...
Le Roi qui venait de passer une chemise par-dessus sa tête lui adressa un second regard, et, cette fois, il se figea. Son regard passa du mode royal-vaguement-condescendant au mode franchement-interpellé-et-à-l'écoute.
-Merlin, que t'arrive-t-il ?
Le magicien détourna la tête.
-Il faut que je vous parle, souffla-t-il. J'ai découvert quelque chose... quelque chose de terrible... Albion est en danger, Arthur. La guerre est aux portes de Camelot, et cette fois... il y a de grandes chances pour que la victoire soit impossible.
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo ooooooooooooooooooo)
Merlin se tut, le regard rivé au visage d'Arthur, qui absorbait le choc de ses révélations en silence.
Ils étaient tous deux assis dans le couloir, côte à côte, plongés dans l'ombre.
Le jeune magicien avait parlé précipitamment pendant quinze bonnes minutes pour expliquer à son ami ce qu'il avait trouvé, sur les côtes de Gedref, mais maintenant, ses lèvres étaient closes alors qu'il guettait les expressions d'Arthur avec angoisse. Il s'était attendu à de la colère, à de la douleur, à du désespoir.
Mais le regard du Roi était juste hébété.
-Cinq cents soixante Horsa, murmura-t-il d'une voix creuse, comme s'il restait incrédule face à l'ampleur du phénomène. Et dire que je pensais vivre ma plus belle nuit depuis des années...
-Je suis tellement désolé, dit Merlin, le cœur brisé. C'est ma faute, Arthur. Je n'aurais jamais dû m'en prendre à Mordred à l'époque... c'est moi qui l'ai poussé à se retourner contre nous c'est moi qui ai fait de lui l'ennemi qu'il est devenu...
-Merlin. Ne dis pas ça, dit Arthur, en lui serrant doucement le bras.
Mais le jeune magicien secoua la tête, horrifié.
-Quand Kilgarrah m'a dit que ce petit garçon vous tuerait... j'ai eu tellement peur... que j'étais prêt à faire n'importe quoi pour l'empêcher de nuire. J'ai mal agi... Mordred était un enfant, pas une menace.
-Il en est une aujourd'hui, souffla Arthur.
-A cause de moi. Si vous mourez dans la bataille de demain, que deviendrai-je ? Je n'arrive pas à concevoir le monde sans vous, Arthur. Je refuse de l'imaginer!
Merlin tremblait. Bouleversé, Arthur passa un bras autour de ses épaules pour l'apaiser, l'étreignant avec force jusqu'à ce qu'il pose sa tête sur son épaule. Il inclina son front contre le sien et il dit doucement :
-Ne pense pas à ça. Je ne suis pas encore mort. Et ce n'est pas parce qu'une prophétie prétend que je le serai demain, que cela se produira forcément. Arrête d'avoir peur. S'il te plaît. La peur te fait perdre ta faculté innée à réfléchir brillamment, et j'ai besoin de toi pour ça, maintenant.
Merlin hocha la tête en silence, les yeux embués de larmes.
-Vous ne mourrez pas si je peux l'empêcher, murmura-t-il, d'une voix oppressée. Je donnerai ma vie pour vous sauver sans hésiter.
-Et c'est ça que tu appelles réfléchir brillamment ? Merlin...tu parles comme s'il n'y avait aucun espoir. Mais ta magie est puissante... je l'ai vue à l'oeuvre. Peut-être peux-tu réussir à les combattre.
-Vous m'avez vu livrer bataille contre Horsa, répondit Merlin, la gorge serrée. Ma magie est puissante, et dans un duel classique, je peux l'emporter facilement contre n'importe quel adversaire. Mais les arts noirs changent la donne. Ils me rendent malade. Ils épuisent mes forces...
-Pourtant, tu as détruit Horsa, lui rappela le Roi.
-Horsa était seul, Arthur, dit Merlin, le visage déchiré par l'inquiétude. Les sorciers de Mordred sont des centaines. C'est beaucoup trop... même pour quelqu'un comme moi.
-Et avec l'aide de Morgane, et de ses disciples ?
-Elle nous permettrait de résister plus longtemps. Mais pas de remporter la victoire, dit Merlin, en secouant la tête.
-Très bien.
Arthur prit une inspiration profonde, les yeux rivés sur le message de Mordred, que lui avait donné Merlin un peu plus tôt.
-Nous allons négocier, décida-t-il.
-J'espérais que vous diriez cela, mais je crains que cette discussion ne mène pas forcément à une issue favorable.
-Mordred ne peut pas avoir oublié ce qui s'est passé lors de notre dernière rencontre. C'est moi qui l'ai aidé à échapper au bourreau. Je l'ai fait évader et je l'ai rendu à son peuple. Je lui ai sauvé la vie. Je n'arrive pas à croire qu'il veuille vraiment ma mort. J'irai lui parler... et je le ferai changer d'avis.
-Je viens avec vous, dit aussitôt Merlin.
-Qu'est-ce qui t'a fait croire que j'avais l'intention de te laisser en arrière ? lui répondit Arthur avec un sourire mi-figue, mi-raisin.
Merlin étrécit les yeux et son Roi soupira, comme une évidence :
-Bien sûr que tu viens avec moi.
Il adopta un visage déterminé et ajouta :
-Maintenant, il va falloir prévenir tout le monde... Camelot doit se préparer à la bataille pour le cas où elle devrait avoir lieu malgré tout. Fais sonner le tocsin pour donner l'alerte, et dis à Léon de fermer les portes de la ville. La garde doit se mobiliser en défense. Je vais me charger personnellement de réveiller Annis, Mithian, Loth, et Bayard. Il nous faut rassembler le Conseil de la Table Ronde... Nous avons une stratégie à élaborer.
Merlin hocha la tête et se redressa, les poings serrés.
Il admirait la résolution et le sang froid d'Arthur...
-Rendez-vous dans une demi-heure, dans la chambre du Conseil, dit gravement le Roi.
Le jeune magicien était sur le point de disparaître pour donner l'alerte quand Arthur ajouta comme après réflexion :
-Merlin ?
-Oui ?
Le Roi hésita un instant avant de s'exclamer:
-Dis à Morgane qu'elle nous rejoigne aussi. Nous aurons besoin d'elle...
Merlin opina de la tête, prêt à partir, mais Arthur l'arrêta une seconde fois et s'exclama :
-Attends, attends !
-Oui ?
-J'ai besoin... que tu me laisses cinq minutes d'avance avant de sonner l'alerte, dit Arthur, d'un air embarrassé.
-Pourquoi ? demanda Merlin, déconcerté.
Son Roi lui adressa un regard implorant et affirma :
-S'il te plaît, ne me le demande pas... Je dois juste... faire quelque chose avant que les cloches ne réveillent tout le monde, d'accord ? Quelque chose...de privé.
-D'accord, acquiesça Merlin, bien qu'il n'y comprenne rien.
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo ooooooooooooooooooo)
Arthur fonça jusqu'aux appartements d'Arwin, le médecin de la Cour.
Le jeune homme était endormi, mais il le réveilla en le secouant par l'épaule.
-J'ai besoin d'un soporifique puissant, dit-il. Immédiatement.
Arwin le dévisagea en clignant des yeux, visiblement chiffonné par cette demande impromptue, mais il se leva, et il se dirigea vers ses étagères.
Il prit un flacon et le tendit à son Roi, en murmurant :
-Teinture de belladone...
-Merci, dit Arthur, en saisissant le flacon.
-Puis-je vous demander qui vous voulez endormir ? demanda Arwin, perplexe.
-Ma femme, répondit Arthur sans hésiter.
Les yeux du médecin s'agrandirent.
-Si la Reine est insomniaque, il existe d'autres moyens pour...
-Arwin, coupa Arthur.
Le médecin le dévisagea et il vit les questions défiler sur sa figure.
Avant qu'il ne puisse poser la moindre d'entre elles, le Roi affirma :
-Je n'ai pas le temps de débattre de ce sujet avec vous, désolé.
Arwin hocha la tête, de plus en plus perplexe.
-Soyez prudent avec ça, recommanda-t-il quand même, en pointant le flacon de belladone du doigt. N'administrez pas plus de deux gouttes à la fois sinon vous mettrez ses jours en danger... et ce n'est pas ce que vous cherchez à faire, n'est-ce pas ?
-Bien sûr que non, protesta Arthur, indigné que l'idée ait même pu lui effleurer l'esprit.
Il quitta les appartements d'Arwin en trombe. Il voulait atteindre la chambre avant que ne sonne le tocsin... Il courut comme un fou à travers les couloirs, et il eut toutes les peines du monde à ne pas enfoncer la porte quand il toucha au but. Son cœur battait la chamade lorsqu'il approcha silencieusement du lit.
Guenièvre dormait toujours profondément, ses cheveux, étalés sur les oreillers, son corps assoupi, protégé par les draps qui la recouvraient...
Sa Reine bien-aimée, si brave, si intrépide... qu'il ne réussirait jamais à éloigner de la bataille si elle se réveillait maintenant, parce qu'elle refuserait d'être laissée en arrière.
Il connaissait son cœur, il savait qu'elle était pouvait être aussi farouche que ses chevaliers les plus obstinés quand elle le décidait...
Mais cette nuit, il l'avait enfin retrouvée, et il ne voulait pas la perdre à nouveau...
Elle sera furieuse quand elle découvrira ce que j'ai fait, pensa-t-il, coupable, en débouchant le flacon.
Mais il laissa néanmoins tomber les deux gouttes nécessaires entre ses lèvres entrouvertes, parce qu'il était incapable de l'imaginer périr au combat, aux prises avec les épées et la magie noire...
Pardonne-moi, mon amour, pensa-t-il.
Les cloches se mirent à sonner.
Les paupières de Guenièvre restèrent closes.
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooo)
Merlin avait assez attendu.
Il fit sonner le tocsin et se matérialisa l'instant d'après dans la chambre de Léon qui s'éveillait en panique au puissant tintement des cloches.
-Bon sang ! Qu'est-ce que c'est que ça ? fit le chevalier.
-Une grande armée Saxonne s'est rassemblée sur les côtes de Gedref. Ils ont des centaines de sorciers maléfiques avec eux. Camelot est sur le point d'être attaquée, résuma Merlin. Nos ennemis peuvent arriver aux portes de la ville à tout instant.
-Il faut chercher Solel, et les autres chevaliers, s'exclama Léon.
Ils se précipitèrent en hâte dans les appartements du prince héritier, et le trouvèrent debout, en bras de chemise.
Il avait l'air de quelqu'un qui n'avait pas fermé l'oeil... ses vêtements n'étaient pas froissés comme ils l'auraient été s'il avait dormi tout habillé, et même en étant rapide, il n'avait pas pu sauter dans ses bottes aussi vite s'il était profondément endormi quand les cloches avaient sonné.
-Encore tes insomnies ? lui demanda Léon, en remarquant les mêmes détails que Merlin.
Mais Solel ne prit pas la peine de lui répondre.
Son visage était un masque d'inquiétude...
-Que s'est-il passé ? demanda-t-il aussitôt. Pourquoi le tocsin sonne-t-il l'alerte ?
Merlin se lança dans des explications plus détaillées pendant qu'ils déscendaient vers l'armurerie, réveillant au passage Perceval, Elyan et Gauvain. Le temps que les chevaliers revêtent leurs armures, la garde était rassemblée dans la cour... Solel donna ses ordres avec efficacité, sans perdre de temps. Il commanda que les portes de la cité soient fermées, que la garde prenne son poste sur les remparts et que la population soit rassemblée pour être conduite au château, en sécurité.
Merlin admira la rapidité avec laquelle il se faisait obéir.
Le temps qu'il avait passé aux commandes de Camelot l'avait fait mûrir... et il semblait avoir développé les qualités d'un chef.
Le jeune homme discret qu'il avait connu autrefois paraissait bien loin...
-Je devrais aller avec la garde, dit Solel en se retournant vers ses frères, lorsque les hommes à qui il venait de donner ses instructions partirent au pas de course rejoindre leurs postes.
-Non, répondit fermement Merlin. Arthur veut convoquer un Conseil en urgence. Il aura besoin de toi à ses côtés...
-J'irai, affirma Perceval.
Et les autres hochèrent la tête.
-Gili, appela Merlin, par télépathie.
-Je les accompagne, répondit aussitôt le jeune magicien. Je t'informerai dès que les Saxons apparaîtront.
-Merci...le champ de force de la magie noire a commencé à se déplacer... ils sont en route. Je sens qu'ils arriveront d'ici très peu de temps...
Merlin se concentra, et il tourna ses pensées vers Morgane.
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo ooooooooooooooooooooo)
Aithusa était arrivée sur l'Ile des Bénis au cœur de la nuit, en proie aux douleurs des premières contractions.
Morgane avait été la première à accourir près d'elle.
Elle était aux côtés de la dragonne quelques heures plus tôt quand celle-ci avait décidé qu'il était temps, pour elle, de quitter la caverne. Elle aurait voulu voler avec elle, mais Aithusa lui avait dit :
-Je n'ai pas la force de te transporter.
Alors la grande prêtresse l'avait devancée au Sanctuaire où elle l'avait attendue avec crainte, redoutant qu'elle ne réussisse pas à trouver l'énergie d'arriver à son but... Chaque instant d'attente supplémentaire était une torture où elle s'imaginait sa Reine s'écrasant dans la mer en furie, incapable de battre plus longtemps des ailes...
Mais Aithusa avait réussi.
Seulement, quand elle s'était posée lourdement à côté du Temple de la Magie, épuisée par le trajet, elle était restée comme morte pendant près d'une heure, les paupières closes comme si le violent effort qu'elle avait fourni pour atteindre la Source l'avait terrassée...
Morgane avait redouté qu'elle n'ouvre plus jamais les yeux.
C'était alors que Wildor était arrivé avec Elma, la plus talentueuse des disciples du Temple de l'Esprit.
-Elle est entrée en transe, dit le jeune magicien à Morgane. Elle nous avait prévenus que cela risquait d'arriver quand elle se retrouverait à bout de forces...
-Il faut la ramener, s'exclama Morgane. Si elle ne participe pas au travail en utilisant activement sa magie, ses œufs mourront en elle. Les contractions ont commencé. Le délai dont elle dispose n'excède pas cinq heures, et elle a cinq oeufs à mettre au monde.
Wildor regarda Elma, et la jeune sorcière hocha la tête.
Fermant les yeux, elle se projeta vers le Voile qui séparait le monde des vivants de celui des esprits qui avaient rejoint la Source, pour invoquer la présence requise...
-Qui appelle-t-elle ? demanda Morgane à Wildor.
-Le père, répondit le jeune homme.
Ils ne firent que ressentir brièvement la présence immense et bienveillante de Kilgarrah.
Mais quand sa voix majestueuse s'éleva pour ordonner : Aithusa... bats-toi ! la dragonne blanche ouvrit tout grands ses beaux yeux d'argent, ses forces retrouvées, et elle entra activement en travail.
C'était une véritable épreuve, avec la Source agitée de remous et de déchirures, et elle luttait avec bravoure pour pouvoir expulser le premier de ses œufs en-dehors d'elle.
Les dragons n'accouchaient comme aucune autre créature vivante...
Aithusa avait expliqué le processus à Morgane entre deux délires sur les futurs possibles.
D'abord, la paroi de leur abdomen s'affinait jusqu'à devenir translucide, et ils devaient faire déscendre leurs œufs un à un dans le sac qui se formait contre leur ventre. Puis, ils devaient les faire remonter jusqu'à leur œsophage grâce à de violentes contractions, avant de les irradier dans la magie vivante de leur souffle. Ils les mettaient au monde par la gueule, en les recrachant tout étincelants de pouvoir.
Sans l'ultime irradiation, les petits finiraient morts-nés...
A présent, toute la communauté du Sanctuaire entourait Aithusa.
Wildor était agenouillé à côté de sa tête, et caressait les écailles de son chanfrein en lui murmurant ses encouragements d'une voix tendre.
Elma psalmodiait pour libérer son esprit, en l'autorisant à se détacher suffisamment de son enveloppe pour fuir la douleur physique lorsqu'elle se faisait trop forte.
Morgane agissait en contrepoint de la jeune sorcière, une main posée sur le ventre de la Reine dont la peau ne cessait de s'affiner d'instant en instant, pour s'efforcer de soulager ses contractions par magie, accompagnant le travail à petites salves.
Les autres disciples du Sanctuaire avaient formé un cercle autour d'Aithusa, se tenant par la main pour le refermer dans une ronde protectrice. Des globes de lumière bleue dansaient dans les airs, tout autour d'eux, pour illuminer les ténèbres de la nuit et réconforter la dragonne blanche de leur douce clarté. Les voix harmonieuses des magiciens s'unissaient dans une grande prière aux esprits de la terre, de l'eau et du ciel, tandis qu'ils récitaient les chants sacrés de l'Ancien Culte pour saluer la venue au monde des nouveaux êtres magiques. La veillée s'annonçait longue et pénible, mais les magiciens de l'Ile s'étaient préparés, et leur présence adoucissait les tourments de la Reine...
Malgré toute l'attention dont elle bénéficiait, la souffrance d'Aithusa était à son apogée.
Les formes des œufs roulaient sous la peau de son abdomen, et elle ne respirait plus que par grandes inspirations tremblantes...
-Nous sommes avec toi, ma Dame, lui répétait Wildor, agenouillé devant elle.
-Courage, ma belle Aithusa, l'encourageait Morgane, en lui faisant écho.
Ce fut alors qu'elle entendit la voix de Merlin l'appeler.
-Morgane, lui dit-il. Tu dois venir à Camelot immédiatement.
Elle ne s'attendait pas du tout à ça, et elle resta un instant figée par l'indécision, ne sachant que faire...
-Morgane... est-ce que tu m'entends ?
-Je ne peux pas venir, Merlin. Aithusa est en travail, elle a besoin de moi à ses côtés.., lui répondit-elle.
-Tu ne comprends pas, reprit Merlin, d'un ton désespéré. D'ici l'aube, nous serons en guerre. Hengist est revenu, et cette fois, il n'a pas ramené qu'un seul sorcier... mais des centaines... Mordred est avec lui.
-Mordred ?
Morgane sentit un frisson lui parcourir l'échine.
Merlin ne pouvait pas savoir, n'est-ce pas ?
Il ne pouvait pas avoir découvert la vérité.
-Oui, Mordred. L'enfant que nous avons sauvé ensemble autrefois... Kilgarrah m'avait averti à son sujet... Il m'avait dit qu'il reviendrait, pour tuer Arthur... Morgane, tu dois nous aider. Je ne peux pas combattre cinq cent soixante sorciers noirs à moi seul. Toi et tes disciples êtes notre seule chance... Arthur réunit un Conseil extraordinaire. La séance commencera d'ici quelques instants... Viens. Je t'en prie. Nous avons besoin de toi.
-Très bien, répondit Morgane, sous le choc.
Lorsque Merlin rompit la connexion, elle sentit la rage monter en elle.
Comment Mordred avait-il pu être assez stupide pour dévoiler son armée à Merlin maintenant ?
Comment pourrait-elle assister à ce Conseil et affronter le regard d'Arthur en sachant qu'elle avait pris la décision de l'abandonner à une mort certaine ?
Comment pourrait-elle laisser croire à Merlin qu'elle allait l'aider alors qu'elle prévoyait de le faire tomber dans un piège ?
Et comment pourrait-elle laisser Aithusa au moment où sa Reine avait le plus besoin d'elle ?
C'était de la folie !
La dragonne tourna son long cou vers elle, et la dévisagea intensément.
-Morgane, dit-elle. Tu dois partir.
Elle prit une profonde inspiration, et aiguisa sa détermination.
-Je sais, dit-elle.
-Wildor veillera sur moi, lui promit Aithusa. Lui et moi, nous avons un accord.
Leurs regards s'accrochèrent profondément, le vert et l'argent, l'humaine et la dragonne.
-Quels que soient les sacrifices,dit la voix d'Aithusa, dans l'esprit de Morgane.
-Quels que soient les sacrifices, répondit fermement Morgane, en soutenant le regard de sa Reine
(oooooooooooooooooooooooooooo oooooooooooooooooooooooooooo ooooooooooooooooooo)
L'armée ennemie avait commencé à déferler du néant devant les murs de Camelot juste après que la garde ait refermé les portes de la ville. Lorsque les fenêtres magiques étaient apparues par dizaines dans le ciel obscur pour vomir les combattants ennemis par milliers, la garde de Camelot avait cessé d'espérer en toute contre-attaque.
Les Saxons étaient indénombrables; la puissance de frappe de leurs sorciers, palpable dans l'air qui crépitait de la promesse d'une sorcellerie barbare.
Les chevaliers postés en défense s'accrochaient à leurs armes face au spectacle terrible des troupes de Saxe que la nuit ne révélait qu'à moitié...
Les ténèbres grouillaient, parcourus d'étincelles.
-Nous n'en ressortirons pas vivants, n'est-ce pas ? dit Perceval à Gili, à ses côtés.
Le jeune magicien ne répondit rien.
Il avait la gorge serrée et la bouche sèche... Les troupes ennemies continuaient à s'amasser devant les murs, mais restaient en attente.
-Pourquoi n'attaquent-ils pas ? murmura sombrement le chevalier.
-Leur chef... Mordred, murmura Gili. Il a envoyé un message à Arthur... il veut lui parler, demain, à l'aube. Je crois... qu'il veut lui demander de se rendre.
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La chambre du Conseil était en proie au chaos. Bayard allait et venait en vociférant, Annis jurait par tous les dieux qu'elle allait mettre son armure et sortir affronter leurs ennemis sur le champ.
Loth affirmait qu'Arthur était de mèche avec les Saxons et qu'il les avait tous piégés ici sous prétexte de les faire festoyer, parce qu'il avait l'intention de les vendre à ses ennemis en échange de sa peau.
Mithian coupa court au débat lorsqu'elle insista pour que Thomas l'emmène sur les remparts afin de voir leurs ennemis de ses propres yeux.
Elle en revint pâle comme la mort et elle affirma :
-Les hommes d'Hengist sont dix fois plus nombreux qu'ils ne l'étaient à Nemeth.
Les trois autres souverains insistèrent pour monter aux remparts à leur tour afin de constater l'ampleur de la menace par eux-mêmes.
Arthur affirma qu'il les accompagnerait.
Alator et Merlin furent forcés de tous les transporter sur-place...
Lorsque Merlin vit le spectacle qui se déroulait à leurs pieds, des larmes silencieuses coulèrent le long de ses joues. Il sentit la main d'Arthur se poser sur la sienne, et leurs doigts s'entrelacèrent dans un geste de réconfort muet. Ils restèrent côte à côte, en silence, partageant une même pensée... c'est la fin. Aucun d'eux ne le dit à voix haute, cependant.
Ce n'étaient pas des mots qu'il était possible de prononcer...
Lorsqu'ils revinrent à la table ronde, Bayard s'exclama pourtant sans honte :
-Nous allons tous périr demain.
Tous les chevaliers présents commencèrent à s'enflammer... Léon disait qu'il fallait penser au peuple, Gauvain était d'accord avec Annis et voulait charger sans même attendre l'aube. Elyan demanda où était Guenièvre. Mithian gifla Loth pour qu'il cesse de répéter qu'Arthur les avait trahis.
Arthur fut obligé de crier pour rétablir le silence.
-Mesdames et Messieurs ! Je vous en prie. Nous n'arriverons à rien si nous ne gardons pas notre calme.
-Notre calme ? s'exclama Annis. Enfin, Arthur ! Vous les avez vus comme nous tous ! Ils sont trop nombreux ! Votre sorcier lui-même n'est pas de taille à les repousser ! A l'aube, lorsqu'ils lanceront leur attaque, nous serons submergés par le nombre... et nous mourrons, exactement comme l'affirme Bayard. La seule question qui subsiste est de savoir comment. Cachés la queue entre les jambes, ou les armes à la main ?
Les disputes reprirent de plus belle.
Arthur couvrit son visage de sa main.
-Arthur est le souverain légitime d'Albion ! tonna Solel en se levant brusquement, plein d'autorité. Alors nous allons tous cesser de parler à tort et à travers... pour écouter ce qu'il a à nous dire.
Sa voix était si claire qu'elle imposa le silence...
Merlin le regarda, toujours aussi étonné par la prestance qu'il avait acquise en l'absence d'Arthur, mais reconnaissant pour la manière dont il secondait le Roi.
Il se demandait où était Morgane...
Il lui semblait qu'il l'avait appelée depuis une éternité.
Elle aurait déjà dû être là... à moins qu'Aithusa n'ait des problèmes ?
-Merci, Solel, dit le Roi, en regardant son héritier d'un air soulagé.
Le jeune homme hocha la tête avec un sourire réconfortant.
Arthur se retourna vers l'assemblée.
-Nous n'allons pas nous déchirer les uns les autres, dit-il d'un ton ferme. Ni nous quereller sans fin sur ce qu'il convient de faire. Nous n'allons pas nous livrer à des pronostics inutiles sur l'issue de la bataille. Ni nous lamenter sur une situation à laquelle nous ne pouvons rien changer. Au matin, j'irai voir Mordred, comme il l'a réclamé. Et je m'efforcerai de négocier une trève avec lui. Mais si les négociations échouent, nous serons prêts pour la guerre, et si le moment vient de combattre côte à côte pour défendre tout ce que nous avons construit ensemble, nous le ferons en frères, avec honneur, et avec courage, que nous devions tomber, ou non.
Merlin écouta le discours d'Arthur d'une oreille distraite... son ami avait toujours été doué pour battre le rappel des cœurs à l'heure la plus sombre, mais il se faisait du souci pour Morgane...
-Où es-tu ? l'appela-t-il.
Ce fut à ce moment qu'elle apparut.
Elle se matérialisa en-dehors du cercle, à proximité d'un pilier, si discrètement qu'au début, il fut le seul à la remarquer.
Elle était très pâle.
Ses yeux étaient soulignés de cernes noirs.
Elle avait les bras croisés sur sa poitrine, dans un geste défensif...
-Morgane... ça ne va pas ? demanda Merlin
Mais elle n'eut pas l'occasion de lui répondre.
Arthur, remarquant la direction dans laquelle Merlin regardait, s'aperçut de la présence de sa soeur, et s'interrompit au beau milieu d'une phrase...
Les autres membres de l'assemblée, trouvant son silence suspect suivirent son regard...
Tous les yeux se fixèrent sur la Grande Prêtresse au même moment.
-Qu'est-ce que cette sorcière fait ici ? s'exclama Annis, en pointant sur elle un doigt courroucé.
-Cette « sorcière » est ma sœur, Annis, répondit Arthur d'un ton ferme. Il se trouve aussi qu'elle est la dernière des Grandes Prêtresses de l'Ancien Culte et que toutes les forces magiques d'Albion lui obéissent. Elle est venue parce que je le lui ai demandé. L'un d'entre vous a-t-il encore des objections à sa présence ?
Le silence retomba sur l'assemblée.
Morgane regarda les membres du Conseil qui la dévisageaient en chien de faïence, sans desserrer les lèvres pour les saluer, une expression de défi dans ses yeux verts, harassés de fatigue.
Finalement, ce fut Solel qui rompit le silence, en se retournant vers elle.
-Bienvenue, Dame Morgane, la salua-t-il avec respect..
Arthur adressa un regard plein de gratitude au prince héritier. Les chevaliers, sortant de leur engourdissement, se levèrent de leurs chaises pour manifester leurs hommages à la soeur du Roi...
Morgane regarda Arthur. Puis ses yeux sautèrent sur Merlin, qui la dévisageait pensivement, avant de s''arrêter brièvement sur le prince héritier Solel.
Merlin vit la jeune femme frissonner.
Elle avait l'air complètement perdue.
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-Morgane... ça ne va pas ? Est-ce qu'il est arrivé... quelque chose avec Aithusa ? demanda-t-il, inquiet.
-Elle est toujours en travail, lui répondit Morgane, à travers leur lien télépathique. Elle souffre énormément...
-Je suis désolé de t'avoir demandé de venir, lui répondit-il, avec sincérité. Mais nous avons vraiment besoin de toi ici. Arthur ne s'en sort pas avec les membres du Conseil... Tu es la seule à pouvoir leur redonner courage...
Morgane hésita.
Elle savait que Mordred espionnait leur conversation... elle ne pouvait se permettre aucun écart, mais elle avait besoin de comprendre ce qui se passait.
-Merlin... est-ce que tu as vu les nécromanciens dont tu m'as parlé ?
-Oui. Je les ai vus.
-Et... Mordred ? Tu l'as vu, lui aussi ?
-Oui.
-Et tu l'as reconnu ?
-Je n'en ai pas eu besoin, il m'a dit son nom lui-même...
-Comment était-il ?
-Comment ça ?
-Avait-il beaucoup changé ?
-Les sorciers changent quand ils choisissent de s'adonner aux arts noirs, lui répondit Merlin.
-Tu peux compter sur les magiciens du sanctuaire pour combattre à vos côtés, lui assura Morgane.
-Les Saxons sont tellement nombreux...Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup d'espoir, hélas. Mais il faut que tu fasses croire le contraire aux membres du Conseil. S'il te plaît. Il ne nous reste pas très longtemps avant la venue de l'aube et il faut absolument qu'ils cessent de se déchirer entre eux.
Morgane se mordit nerveusement la lèvre.
Face à elle, le débat avait repris...
-Nous ne pouvons pas vaincre une armée de plusieurs milliers de Saxons flanqués de cinq cents soixante sorciers noirs, rugissait Loth. Nous allons perdre, et nous serons détruits !
-Du diable si nous serons détruits sans nous battre, répondait Annis. Magie ou non, nul ne m'empêchera de chevaucher sus à l'ennemi quand le jour se lèvera !
La Reine du Nord se retourna vers Arthur.
-Vous ne devriez même pas vous abaisser à négocier avec ces misérables !
-Je n'ai pas le choix, répondit Arthur.
Morgane suivait la discussion, indécise.
De temps à autre, son regard perplexe volait vers le visage de «Solel», qui siégeait à la droite d'Arthur.
Il se comportait toujours en bras droit indéfectible envers son Roi...
Et visiblement, personne n'était au courant de sa véritable identité...
Pourtant, Merlin savait que les sorciers Saxons avaient Mordred pour chef...
Comment son «cher amour » avait-il fait pour faire émerger cette information sans trahir sa couverture de prince héritier ?
A quoi jouait-il donc ?
Et pourquoi ne l'avait-il pas avertie de cette partie de son plan ?
Etait-ce une manière de tester sa fidélité que de la confronter ainsi aux représentants de Camelot en sa présence ? Voulait-il vérifier qu'elle n'allait pas se retourner contre lui ?
Elle aurait tant aimé savoir ce qu'il avait derrière la tête...
Il était hors de question d'utiliser la télépathie pour lui demander ce qu'il attendait d'elle, bien sûr .
Merlin aurait aussitôt intercepté leurs communications...
Elle voulait absolument que Mordred croie qu'elle était dans son camp... mais elle ne pouvait pas non plus faire douter Merlin de son allégeance.
Et comment pouvait-elle faire le jeu de Mordred s'il lui cachait ses intentions ?
Il l'ignorait ostensiblement à présent, prenant soin de ne jamais regarder dans sa direction.
Et elle ne put s'empêcher de frissonner en réalisant à quel point il pouvait être retors et manipulateur... Il prenait plaisir à la situation. Il savourait ce désordre, ce chaos.
Elle sentait ce plaisir, sous sa surface policée.
Elle en éprouvait autant d'écoeurement que de fascination. Elle n'aurait jamais deviné qu'il puisse être vicieux à ce point-là.
