CHAPITRE 4
« - Est-ce que tu veux bien me faire confiance ?
- Te faire confiance ? Répond t-elle doucement, pour ?
- Pour m'aimer ! Je t'aime comme un fou depuis que tu t'es battue pour moi, que tu m'as soigné après mon accident, je t'aime Candy, je veux que tu m'accordes ta confiance, tu peux le faire ? Niel plonge son regard en elle et elle se retrouve enveloppée d'une douce chaleur. Elle ne sait pas si elle peut, si elle doit, lui accorder la fameuse confiance qu'il exige.
- Je ne sais pas, s'entendit-elle répondre, le souffle court, son regard est descendu d'un étage et regarde la bouche gourmande de Niel. Tu ne me feras plus jamais de mal ?
- Plus jamais. Sa bouche s'approche de la sienne et soudain elle sait ce qu'elle veut, comme une évidence, qu'elle se pose sur la sienne. Petite voix saute de joie tandis que la Mère Supérieure secoue la tête affligée. « Je veux que tu m'embrasses ... » et Niel satisfait s'éloigne d'elle, elle se sent furieuse comme jamais ».
Candy sentit une main chaude sur sa joue et elle parvint à s'extirper de son drôle de rêve. La lumière a considérablement baissée et de gros nuages noirs encerclent le Dieu soleil. Stupéfaite elle remonte vers le responsable de ce toucher hautement sensuel qui n'est autre que Niel. Son visage est un concentré contradictoire de satisfaction et d'inquiétude.
- Qu'est-ce que ... j'ai crié ?
- Hum ... oui mais en fait c'est le livre que tu tenais et qui a fini par tomber qui m'a alerté. Tu étais drôlement agitée et tu ne cessais pas de dire des paroles incohérentes.
- Comme ? « Pourvu qu'il n'est pas entendu ... que je n'ai pas dit à haute voix que je voulais qu'il m'embrasse ! ». Elle sentit tout son sang quitter son visage.
- J'ai entendu la phrase « me feras plus jamais de mal ? » et je crois que c'est tout. « Menteur » souffla le Dieu de la Vérité tapis dans son cerveau.
Candy libéra le mouvement de sa cage thoracique, soulagée. Il n'avait pas entendu son impatience concernant un baiser qui n'était jamais arrivé « et qui n'arrivera jamais car c'est trop dangereux ! » souffla sa mère supérieure intérieure.
- Je suis désolée de t'avoir dérangé marmonna t-elle.
- Pas grave. Il se passa la main dans les cheveux et se tourna vers la baie vitrée. Le temps virait mauvais, comme normalement ça aurait du être le cas depuis le mois de juillet. « Je n'ai pas choisi la bonne saison bien sûr, il n'y a rien à faire de plus dans le domaine, mon père le sait, inutile de perdre son temps ». Candy j'ai réfléchi et je pense que nous allons partir d'ici.
- Pourquoi ?
- Et bien c'est la mauvaise saison. Je propose que nous remontions à Los Angeles nous avons une maison là-bas et nous pourrons plus nous promener. Ici c'est dangereux.
- Comme tu voudras. De toute façon je ne peux pas m'enfuir ... alors ça devrait te tranquilliser !
- Non ça ne me tranquillise pas Candy. Je ... avant je réfléchissais comme ça, je voulais te soumettre à ma volonté, (il se reprit tout en l'englobant dans son regard caramel) je voulais que tu m'aimes autant que je t'aime mais (il fit une moue qui fit fondre ce qui restait de méfiance dans le cœur de Candy) je sais que ce n'est pas la bonne méthode.
- Et c'est quoi la bonne méthode ?
- Que tu me fasses confiance, que tu apprennes à me connaître et moi aussi. Les deux émeraude qui lui servaient de prunelles furent recouvertes pare deux fines protections bordées de longs cils.
- Niel ... je crois que je peux te faire confiance, murmura t-elle, les joues rosies et s'obligeant à le fixer.
- Je ne veux pas de « je crois », je veux que tu dises « je sais que je peux te faire confiance » ce qui est totalement différent.
- C'est vrai. Un voile de soie recouvrait à présent les deux pierres précieuses. Inconsciemment elle se mordit la lèvre inférieure puis la libéra. Sa lèvre prit une teinte gourmande de fraise. Niel ... je ... j'avoue que j'ai encore peur de ta famille, je ... elle va tout faire pour me ridiculiser à tes yeux !
- Qu'elle essaie. Elle a d'ailleurs essayé, il lui prit la main et l'attira à lui. Elle a essayé souffla t-il tout en passant une main dans une couette de cheveux blonds bouclés, mais il ne parvenait pas à quitter ses yeux et sa frimousse en général, parsemée de charmantes tâches de rousseur. Je suis ton gardien, à tout jamais, j'anticiperais chaque tour, mais pour ça il me faudra ton aide.
- Mon aide ? Sa voix avait perdu tout contrôle de façon inexplicable. Une bourrasque de vent mêlée à la pluie vint frapper la vitre attirant aussi l'attention de Niel. Je ne vois pas comment ...
Niel eut un petit sourire alors que ces doigts s'emmêlaient avec de plus en plus de plaisir dans les anneaux bouclés des cheveux de Candy. Son regard se fixa sur un de ses papillons roses qui tels des menottes empêchaient le volume capillaire magnifique de s'exprimer et le détacha. Candy sursauta.
- Niel ! Mais !
Il ne parut pas l'entendre, il semblait satisfait de son œuvre et réitéra de l'autre côté. Candy était comme hypnotisée.
- J'aime mieux comme ça, dit-il la voix plus rauque.
- Niel mais ... Qu'est-ce qu'elles t'ont fait mes couettes ?
Il reporta son attention sur le visage contrarié et les émeraudes douées de vie intérieure et qui brillaient d'un feu furieux. Il se mit à rire.
- Tu n'es plus une enfant, tu n'as plus dix ans que je t'ai vu la première fois au Ranch. À ces mots son irritation fut instantanément étouffée par un jet de glace. Il lui caressa la joue, il ne quittait pas ses lèvres et les joues de Candy prirent la même couleur.
- Niel souffla t-elle, je sais que je n'ai plus dix ans mais c'est une habitude ...
- Comme d'autres elle devra passer. Il fronça les sourcils et ses mains reprirent vie et commença à lui caresser les cheveux puis l'une d'entre elle alla à la rencontre de sa nuque puis de son cou. Elle se sentit frémir. Lorsqu'elle ouvrit les yeux il arborait un petit sourire ironique. Elle eut soudain envie de le lui faire disparaître et elle posa sa bouche sur les siennes et ignora l'air courroucé de sa mère supérieure intérieure.
José Cortez raccompagna Julia jusqu'en bas de l'escalier. Un chauffeur la reconduisit jusqu'au domaine des Legan. Il était songeur. Julia lui passait le temps mais il s'en fichait comme de sa première chemise, et une seule chose le tracassait. Candy était toujours avec le fils Legan or elle était un moyen et un obstacle d'obtenir un pactole. Inès ferait un très bon mariage si elle épousait Niel Legan et lui et bien ... lui il pourrait se contenter de cette fille ! Il avait essayé de tirer les vers du nez de Julia qui s'était avec raison contentée de réponses laconiques. Il devait absolument en savoir plus sur cette fille. Il décida de jouer les espions.
Candy laissa Niel se plonger dans la correspondance avec son père et d'autres personnes liées à la bonne marche du domaine et décida d'explorer plus le domaine même si depuis son arrivée elle avait eu le temps de s'imprégner de chaque pièce. Il y avait tout l'étage supérieur réservé aux chambres. L'aile droite réservée aux gens de maison et l'aile gauche attribuée à la famille Legan. Cette propriété avait été acquise par son arrière grand-père du côté paternel, mais Niel ignorait l'histoire de cette attribution. Le domaine exploitait des champs de céréales principalement dont les récoltes bénéficiaient à nourrir le pays. Ces dernières années avaient été terribles puisque le climat avait été peu aidant pour la végétation et le pays souffrait d'une révolte paysanne. La guerre était le premier ennemi des affaires sauf pour les trafiquants et fabriquant d'armes. Niel soupira, le domaine devenait ingérable avec les conflits et le désordre qui en découlait. C'était l'objet de sa lettre pour en informer son père, encore une fois. Il se leva, poussa ses mains au fond des poches et se planta devant la fenêtre du bureau. Un jardin parfaitement entretenu encadrait l'allée toute lisse (qui ressemblait à un tapis posé à même le sol) par laquelle les voitures arrivaient les jours de réception (ce qui n'était pas arrivé depuis longtemps), des arbres dont certains étaient centenaires d'après son père étaient regroupés à l'écart dans un deuxième jardin, plus sauvage et aux senteurs variées. Là y étaient plantées des espèces rares apportées par son arrière grand-père qui avait marqué le pays par ses voyages également. Il fut transporté un instant dans ce paradis terrestre, se remémorant la douceur de la main de Candy dans la sienne et sa peur de se laisser-aller dans cette vague de romantisme. Il en fut blessé puis avait réfléchi en s'obligeant à la patience et à l'obligation qu'il avait envers elle de lui guérir les blessures qu'il lui avait infligées par le passé.
Candy quand à elle mesurait pour une énième fois la splendeur de la bibliothèque des Legan. Un pan de mur entier était constitué de rayonnage avec des collections de livres épais à la tranche des pages recouverte d'une fine pellicule dorée. Ils étaient tous de la même taille, parfaitement classés. Un tapis épais trônait au milieu de la pièce et invitait à se laisser porter par la torpeur et la lecture. Deux Marquises se faisaient face, le revêtement était presque neuf, peu utilisé et datait d'une autre époque. Des fauteuils confortables et tout simples étaient également disposés efficacement à côté de la bibliothèque ainsi que des guéridons. Tout était pensé pour le confort du lecteur. Une odeur d'ancien prenait l'invité dès son entrée et normalement le captivait, l'enjôlait telle Circé tentant de retenir Ulysse. Elle sourit, parcourut les rayonnages mais ne céda pas à la tentation. Il y avait tellement d'autres pièces à explorer ! Elle décida de chercher une autre issue, une maison comme celle-ci devait bien avoir quelques recoins cachés ! Elle vit une petite porte qui se confondait presque avec le mur et seule une discordance dans le raccord éveilla sa curiosité. Elle finit par trouver le système d'ouverture et s'engagea.
« Zut quelle idiote ! Il fait noir là-dedans ! ». Elle rebroussa chemin et décida de prendre quelques bougies dans la pièce qui servait d'entrepôt à tout ce qui pouvait se révéler utile dans une grande maison.
Le majordome O'Connelly se présenta devant le bureau de Niel, le visage fermé. C'était inhabituel que de la main d'œuvre se présente au domaine surtout en ce moment. Niel le fit entré après avoir remis un peu d'ordre sur la surface de bois précieux et son sous main.
- Et bien c'est plutôt rare que vous vouliez me voir aussi impérieusement dit-il la voix mi figue mi-raisin.
- Un jeune homme vient de se présenter pour les moissons.
- D'accord et où est le problème ?
O'Connelly porta sa main à sa moustache à la forme stylée et impeccable. Seul signe distinctif « British » sur sa personne. Ce geste pourtant signifiait qu'il était inquiet.
- Vous pensez à un coup de ceux qui en veulent à notre exploitation ?
- Je peux vous parler franchement ?
- Ne vous gênez pas, vous connaissez la situation bien mieux que moi !
- Et bien je n'aime pas que Julia soit amie-amie avec ce José Cortez. Je pense qu'il y a anguille sous roche si vous voyez ce que je veux dire.
- Il a accepté le fait que Candy ne soit plus là ... Niel fronça les sourcils. Bien entendu dans son plan Julia devait reprendre son poste et cesser de revoir ce beau parleur ! Qu'est-ce qui lui avait pris de ne pas mettre les choses au clair ?
- Il a accepté à mon avis monsieur, trop facilement. La personne qui vient pour l'embauche peut être une sorte d'espion, pour vérifier les dires de Julia, en gros vérifier la présence de miss Candy.
Les joues de Niel rosirent un peu tandis qu'il fronçait les sourcils. Évidemment la promesse d'argent de sa mère et de sa sœur n'avait pas été occultée, José Cortez devait continuer à y penser ! Il fallait à tout prix sortir de ce piège.
- Bien, j'ai reçu le message cinq sur cinq. Nous allons partir avec le strict minimum de toute façon ici il n'y a pas grand-chose à faire avec toutes ces révoltes, c'est une catastrophe. Je veux cependant que vous ne couriez aucun danger ... ni les autres domestiques, vous me suivez ?
- Oui monsieur. Vous voulez que nous venions avec vous ?
- Mon père risque de m'en vouloir d'abandonner le domaine ... mais (il se passa les mains dans ses cheveux accentuant l'érection de sa mèche rebelle) quoi faire d'autre ? C'est impossible de faire des affaires dans ces conditions.
- Je comprends monsieur.
Ils se turent quelques instants. Niel songeait que s'il abandonnait ce fleuron familiale de leur exploitation paysanne il passerait pour un faible aux yeux de la gent féminine de sa famille « Et alors ? Elles t'impressionnent ces pimbêches qui ne savent que dépenser l'argent qu'elles ne gagnent pas elles-mêmes ? »
- Bien ! Alors nous allons faire nos valises et nous partirons cette nuit. Vous nous conduirez à la gare le plus discrètement possible cela va de soi.
- Si je peux encore me permettre ... mais miss Candy est très reconnaissable !
- Elle acceptera de se « déguiser » dit-il en appuyant avec ses doigts en guise de guillemets. Ceux qui veulent se joindre à nous sont acceptés, je ne veux faire courir aucun risque !
- Monsieur sait que je n'ai personne ... je resterai. Pour Julia ... que faisons-nous ?
- Ah ... j'avais oublié ...
- Je suggère de ne rien lui dire, d'être le plus discret possible. Vous serez hors de danger une fois la frontière passée.
- Hum ... faut l'espérer.
- Nous ferons tout pour monsieur.
Candy avança prudemment, les sens en alerte. Elle tomba bientôt sur une petite pièce fourre-tout. L'humidité et le moisi emplissaient ses narines peu habituées à se relent d'odeurs spéciales. « Qu'est-ce que je suis venue faire ici ? ». Elle souffla et décida que cette petite expédition se révélait complètement inutile. Elle amorça un demi-tour et cri mourut étouffé dans sa gorge. Il y avait quelqu'un ! Elle jeta sa bougie et se précipita vers la sortie. Elle traversa le salon comme une fusée et se précipita dans le bureau de Niel, complètement essoufflée.
Le majordome et Niel la regardèrent amusés de prime abord. L'air lui manquait et son corps encore marqué par la peur avait des difficultés à retrouver ses fonctions normales. Niel s'avança alors vers elle.
- Et bien ... te voilà dans un drôle d'état !
Il avait évidemment remarqué les quelques traces de poussière, et ses cheveux emmêlés. « Même comme ça elle est magnifique, un jour tu seras à moi ! ».
- Je ... (les émeraudes décidèrent de plonger dans le caramel), il y a quelqu'un en bas !
- En bas ? Il ne parvenait pas à se détourner de l'emprise des joyaux. Son cerveau prit un certain temps à analyser les paroles.
- En bas où mademoiselle ? Deux secondes ... il quitta la pièce précipitamment.
- Je ... je m'ennuyais voilà alors ... elle balaya de sa robe quelques poussières tout en cherchant ses mots. Alors j'ai voulu explorer ce qu'il y a derrière la petite porte qu'il y a dans le salon. Elle se mordit la lèvre et baissa la tête. Aussitôt les boucles blondes accompagnèrent dans un mouvement gracieux ce mouvement tout bête.
O'Connelly n'était pas un perdreau du mois. Il vérifia que rien dans la pièce n'avait bougé, puis il scruta le sol. « S'il est sorti le sol sera marqué ... » il décela les traces laissées par Candy. « Vive la terre battue » se dit-il tout en prenant une lampe à pétrole dans la réserve. Il l'alluma et à son tour entra dans le souterrain. Il marcha prudemment et maugréa lorsqu'il repéra la couverture et la bougie éteinte. Il fit demi-tour et l'aperçut. «À nous deux qui que tu sois tu vas comprendre pourquoi je suis champion de Boxe ! »
- Candy, la prochaine fois que tu décides quelque chose est-ce que tu peux m'en avertir ? Il était furieux.
- Je m'ennuyais ! Je sais que je n'aurais pas du aller fouiner ... je l'avoue et alors ?
- Alors ? Il l'attira à lui, son souffle était court. Candy se sentit comme sur un plongeoir. L'envie et la crainte de quelque chose étaient en face à face dans l'arène de son esprit. Petite voix se fit remarquer en investissant l'espace de sa conscience par « Embrasse-moi s'il te plait ! »
Dans la tête de Niel, l'état d'esprit n'était guère différent. Cette bouche si gourmande, ce visage adorable, ces tâches de rousseur sexy, ses boucles blondes dans lesquelles il avait envie de plonger sa tête toute entière à l'intérieur, respirer son odeur sucrée. N'y résistant plus, sa bouche se posa comme deux ailes de papillon sur celle qu'il convoitait depuis plusieurs mois déjà. Candy ferma les yeux s'abandonnant au voyage des sens. Les bras de Niel se firent plus présents en la plaquant contre son corps d'éphèbe tandis que leur baiser s'approfondissait. Leurs souffles s'étaient accélérés, leurs langues s'exploraient, se découvraient. Niel avait un petit goût d'alcool sur lequel elle ne parvenait pas à mettre de nom, quand à Candy elle était sucrée, un goût de fruit incrusté dans ses papilles, « Mon Dieu elle a un goût délicieux ! » songea Niel qui s'obligea à descendre de son nuage de délices.
- Candy fit-il doucement, s'obligeant à mettre de la fermeté dans sa voix altérée par son souffle, Candy tu m'as fais très peur ! Il fronça les sourcils réalisant (mais trop tard) que la main de la jeune femme pouvait se révéler très leste. Remarquant son changement d'humeur, elle sourit et fit la moue.
- Merci Niel se contentât-elle, laconique.
- Merci ?
- Oui ... personne ne m'a jamais embrassée comme ça ! Susurra t-elle rouge comme une tomate. Ses yeux verts brillaient d'un feu inconnu quand à son propre corps et bien elle ne le reconnaissait plus !
- Je ... depuis que tu m'as relevé, juste après mon accident ... j'ai envie d'embrasser cette bouche-là et ses doigts se posèrent sur ses lèvres encore gonflées de désir.
- Niel ! Je ... j'avoue que j'ai peur de ce que je ressens pour toi ... Elle fronça les sourcils, et son corps amorça un mouvement de recul, incompréhensible et soudain aux yeux de Niel.
- Je t'ai promis que je te protègerais. Je ... à nouveau il se passa la main dans les cheveux et Candy eut envie que ces mains-là se posent dans sa chevelure à elle, prennent ses boucles et jouent avec. « Qu'est-ce qu'il t'arrive nom d'une pipe en bois ? C'est immoral ! Les garçons ont TOUS des idées inavouables nous concernant ! ». La mère supérieure montrait toute sa désapprobation mais petite voix quand à elle, s'éclatait manifestement. Candy nous allons partir. Il ne faut pas traîner. Les Cortez ne veulent pas laisser échapper le pactole qu'ont promis ma mère et ma sœur, je ne veux prendre aucun risque.
- Et où allons-nous ?
- À Los Angeles.
- Oh ...
- Oui j'y ai une maison, il lui prit les mains à nouveau. Je vais te protéger, nous protéger, je vais prendre deux gardes du corps.
- Niel ... les Cortez ... ils vont bien s'en ficher de nous dans quelques temps, non ?
- Je ne pense pas non. Ils sont réputés pour être tenaces.
- Tu crois qu'à Los Angeles, nous serons en sécurité ?
- Je ferais tout pour. Il fronça les sourcils, les yeux marron paraissaient voir au-delà des immenses vitres qui occupaient deux murs entiers de la pièce. « Je l'emmènerais bien au Ranch ... mais elle doit y avoir de nombreux mauvais souvenirs ... surtout me concernant ... pourtant elle a progressé ! Elle vient de se livrer en partie à moi ! »
Des silhouettes s'écartaient et se rapprochaient dans un ballet d'ombres chinoises sur les murs de la petite pièce. O'Connelly envoya un crochet bien placé qui envoya enfin le récalcitrant dans les étagères grossières qui se désintégrèrent sous le choc, faisant chuter des papiers et autres livres poussiéreux.
- Maintenant je vais savoir qui tu es ! Il l'attrapa par le col de sa veste, reprit de l'autre main la lampe à pétrole et le tira vers la lumière.
Tout le monde fut d'accord pour reconnaître l'inconnu comme travaillant chez les Cortez. O'Connelly entreprit un interrogatoire en règle. Maria n'était pas loin de le seconder pour le faire parler plus vite en lui proposant des plats épicés et relevés au maximum.
- Alors ? Qui êtes-vous ? « Ça fait combien de fois que je pose cette question ? »
L'homme avait le visage marqué par les coups dévastateurs d'O'Connelly mais pas que. La poussière et la crasse couvraient son corps et dégageait une odeur pestilentielle. Il remua et jaugea le majordome qui avait une droite du tonnerre. Il se mit à réfléchir, à peser le pour et le contre d'une décision.
« Clac » Fit la valise de Candy. Elle se sentait depuis qu'elle était sur le départ d'une humeur étrange. Ce baiser venait de la marquer au fer rouge. Ce moment avait été si voluptueux ! Si doux ! Et si impérieux de la part de Niel Legan ! Elle rougit à cette idée qu'elle avait obéie à son désir. Elle se laissa tomber à la renverse sur le lit à la surface impeccable. « J'ai adoré sa façon d'embrasser ... et Terry ? » Petite voix marqua sa désapprobation pour ce souci de comparaison. « Pfff rien à voir ... ! ». C'était vrai, « rien à voir ». Le baiser de Terry avait été impérieux, soudain et sur le coup tellement impromptu que son corps, enfin sa main avait dégainée plus vite que son ombre. « Pourtant là avec Niel s'était la même chose ! » Beugla la mère supérieure. Non ça n'avait pas été la même chose. Terry avait été un ami, agaçant par moment, moqueur et puis elle en était tombée amoureuse mais pas de la même façon qu'avec Niel. Pourquoi Niel lui faisait un tel effet ? Elle fronça les sourcils, les émeraudes fixées sur le lustre épuré de sa chambre. « Je devrais le détester ... j'aurais du le gifler quand il m'a embrassée et au lieu de cela je lui ai répondu comme si mon corps m'échappait ! POURQUOI ? », Petite voix se mit à chuchoter que la raison était l'amour !
Niel passa la prendre dans sa chambre et dans un silence religieux regagnèrent le salon. O'Connelly avait passé sa casquette de chauffeur mais n'arrivait pas à se départir d'une expression préoccupée. Lorsqu'il vit Niel il s'approcha et lui glissa quelques mots à l'oreille. Niel fit un signe de tête affirmatif et se tourna vers Candy.
- Il faut que tu couvres tes cheveux.
- Pourquoi ?
- Je ne veux prendre aucun risque. La région est peu sûre, si ça se trouve les Cortez ont mis plusieurs bandits sur ta piste. Il se saisit du voile qu'avait en sa possession O'Connelly et le lui tendit.
- Je n'ai jamais porté ça grommela t-elle.
- Maria !
- James vous m'avez appelée ? Maria apparut quelque peu énervée. Elle détestait que tout ne s'enchaîne pas comme dans un mécanisme bien huilé et entretenu.
- Aidez miss Candy a porté ce fichu tissu ! S'il-vous plait !
Maria sourit et obtempéra. Bientôt l'imposante chevelure se trouva emprisonnée sous le tissu soyeux. Elle fixa son regard expert sur toutes les imperfections qui pouvaient se terrer et hocha la tête, satisfaite.
- Mademoiselle devrait en porter plus souvent, vous êtes magnifique.
- Oui mais même chauve elle le serait aussi Maria, souligna Niel admiratif.
- Hum ... merci fit Candy mais là vous me gênez.
Les bagages s'empilèrent tel un jeu précurseur du célèbre « Tétris » dans la voiture dépourvue d'option tel un coffre aménagé et pratique et enfin elle prit la route. O'Connelly tout en conduisant repassait en revu ce qu'il avait pu louper et enclenchant la vérification de sa Check-List mentale.
À l'arrière Niel et Candy gardait le silence chacun étant plongé dans des pensées différentes. Niel se demandait surtout quelle serait la réaction de Candy s'il la conduisait au Ranch ? Là-bas elle serait protégée, (surtout de sa sœur et de sa mère qui depuis l'invitation de la grand'tante de lui tenir compagnie à Chicago, rechignaient d'y retourner). Il savait aussi qu'elle y avait été très malheureuse, surtout à cause de lui. « Mon vieux il va falloir réparer le mal que tu lui as fais ! », étrangement un petit sourire apparut. « Elle a commencé à accepter le traitement, le baiser de toute à l'heure en est la preuve, son corps, son cœur, tout a répondu ! Tu l'as bien senti non ? » et ses sens tentèrent de retrouver l'essence de son tout récent plaisir.
Pour Candy s'était différent. Elle s'inquiétait de son attirance toute nouvelle pour ce garçon, pour lequel il y a encore quelques semaines elle n'avait aucun doute pour ses sentiments : elle le détestait cordialement lui et toute sa famille. Il y avait aussi les Cortez dont elle n'avait entendu parler mais que de nom. C'était à priori des gens peu fréquentables et attirés exclusivement par le pouvoir que donne l'argent. Qu'avait donc promis Élisa à José Cortez pour lui pourrir une nouvelle fois la vie ?. Ce qui rejoignait directement ses appréhensions. Elle ne pourrait jamais être heureuse avec Niel ! Toujours à se demander quand l'épée de Damoclès allait se détacher pour tomber sur eux deux ! En plus Niel serait lui aussi prit pour cible et ça ... son cœur bizarrement ne le supportait pas.
La nuit prenait à présent possession des lieux et la gare apparut enfin, auréolée de la lumière des lanternes tout justes allumées. Les bagages furent descendus puis O'Connelly prit congé tout en exhortant Niel de recourir à l'aide paternelle. Niel acquiesça et se fit la promesse de relater à son père la dernière méchanceté de sa sœur. « Et pendant que j'y suis je préviendrais l'oncle William aussi, oui c'est ça ! Il est temps d'envoyer ma sœur loin de moi et de ma future femme ... là mon vieux tu mets peut-être la charrue avant les bœufs ».
Un train arriva enveloppé dans un nuage de vapeur sur l'unique rail que comptait la gare. Quelqu'un les aida à porter leurs valises puis ils s'enfermèrent dans une cabine première classe qui faisait couchette. Niel prit au vol le désarroi qui semblait investir l'attitude de Candy.
- Pourquoi avoir prit un compartiment couchette ? Je pense que je ne vais pas pouvoir dormir !
- Tu devrais. Le voyage va être long et j'en sais quelque chose pour l'avoir fait d'une traite en voiture il y a maintenant un peu plus d'une semaine !
- Au fait ... elle glissa un drôle de regard dans sa direction. Qu'est-ce que ... c'était à propos de moi ce voyage ?
« Oui ma-petite-Candy mais je me suis juré d'être muet comme une tombe ». Il lui retourna un regard moqueur.
- Tout à fait !
- Et tu es allé voir quelqu'un ? Une femme ?
« Serais-tu jalouse ? Intéressant ! ».
- Non, son sourire se fit enjôleur, attirant comme un phare au milieu d'une mer déchainée. La petite voix intérieure gloussa, elle voulait regoûter à ce fruit au goût de pomme du jardin d'Éden. Il lâcha un soupir discret puis comme s'il faisait la leçon à un enfant récalcitrant pour enregistrer sa leçon, répétât tout en prenant le soin de bien articuler. Je t'aime toi, toi seule Candy. Elle le fixait sans ciller, son visage avait prit le masque d'une tristesse palpable.
- Niel ... ce baiser était une erreur. Tu vas être malheureux avec moi et en plus ça risque de mal finir.
- Et pourquoi tu me dis ça ? Il se concentra encore plus sur elle et entrevit alors la peur. Pourquoi la peur ? À cause de ses monstrueux Cortez ? Il allait tout faire pour en venir à bout, foi de Legan !
- Anthony est mort ... son visage devint alors blanc comme le marbre le plus précieux, puis il y a eu Terry ... devant la mine courroucé de son compagnon de voyage elle se reprit très vite, Terry qui a sacrifié sa carrière pour Susanne ... non Niel ce n'est pas une bonne chose que nous entamions une relation ... (elle fit claquer sa langue sur son palais), il va t'arriver quelque chose et ça ... je ne peux pas l'accepter !
- Tu n'as rien à craindre, je ne suis pas Anthony, ni Terry. Il fronçait les sourcils, visiblement mécontent de sa résistance. « Elle résiste parce qu'elle a peur et tu sais très bien de qui ! ». Il souffla. Tu as peur par rapport à ma sœur.
- Non !
- Si je le sais, forcément. Ne t'inquiète pas, l'oncle William, mon père et moi sommes tes alliés, sans oublier Archibald et Annie. Je réfléchis à mon tour à un plan pour nous en débarrasser.
- NIEL !
- Cesse d'être trop bonne envers les gens, notamment envers ma sœur. Son visage se ferma soudain. Il paraissait mécontent et Candy baissa les yeux. Niel lui continuait, sa voix était à la limite de l'exaspération. Candy ... il leva les yeux au ciel, tu es ... tu crois que les gens sont comme toi ... qu'ils agissent parce qu'ils le veulent, pour le bien, sans attendre quoi que ce soit en retour ... c'est faux ! Ok c'est ça qui m'a touché, tu as été adorable et tu m'as complètement surpris.
- Surpris ?
- Je n'ai pas l'habitude quand je fais des méchancetés à quelqu'un que ce quelqu'un me sorte d'un mauvais pas. Peut-être parce que je suis un garçon tu m'as ... complètement troublé, touché et je suis tombé dingue amoureux de toi.
Candy était toute rouge ce qui faisait encore plus briller ses yeux. Niel était si touchant et si troublant !
- Je ne le mérite pas, souffla t-elle.
- Oh que si, il s'assit alors à ses côtés et la prit dans ses bras. Il se tût pendant un long moment, le nez dans ses boucles. Bientôt elle sentit sa bouche parcourir sa joue.
- Niel fit-elle la voix moins claire. Je ... Ses dents se posèrent sur sa lèvre inférieure, son visage était inquiet.
- Je quoi ? Souffla t-il doucement, il était amusé. Maintenant il parcourait son visage de petits baisers. Sans crier gare elle posa sa bouche sur la sienne. Niel ne se déroba pas et bientôt leurs souffles respectifs s'entremêlèrent. Lorsque le contact fut rompu ils se regardèrent avec un certain feu dans les yeux. « Qu'ai-je fait ? Je suis folle ou quoi ? J'ai embrassé Niel Legan ! » et la petite voix intervint devant cet acte que la mère supérieure jugeait complètement déplacé « Et tu as diablement aimé ça, il embrasse comme un Dieu ! ». Niel fut tenté de recommencer mais se contenta de sourire. En lui tout bouillonnait. L'espion des Cortez, le danger permanent de sa sœur sur son couple, et sur Candy, il se sentit comme investit d'une mission : la protéger à tout prix de sa propre famille. Il ferma les yeux afin de se recentrer. « Élisa prend garde, désormais je suis dans le camp ennemi, je vais te mettre hors d'état de nuire ».
Son espion fut déposé sans ménagement devant chez lui. José Cortez entra en fureur. Quand il reprit enfin son calme, soit le lendemain il se décida à appeler Élisa Legan pour l'informer que Niel et Candy avaient quitté les lieux.
- Et pour aller où ?
- D'après mes informations ils sont retournés aux États-Unis, Los Angeles.
- Et comment vous le savez ?
- Je suis puissant au Mexique miss Legan, j'ai mes sources.
- Merci, cependant votre puissance est limitée puisque vous n'avez pas réussi à nous débarrasser de cette fille, fit la voix acide. Une voix souffla quelque chose à Élisa. Je vous enverrai mille dollars pour votre engagement.
José Cortez regarda longuement l'appareil et quelqu'un entra pour lui dire que Julia Sandro était là. Il sourit en entendant que son jouet du moment était arrivé.
Élisa et sa mère étaient furieuses, tout était à recommencer ! Candy devait sortir de leurs vies et pour ça elles se jurèrent de mettre le paquet. Dans un mois, Archibald et Annie allaient proclamer leurs fiançailles, une occasion pour des retrouvailles, une occasion pour enfin se débarrasser de leur pire ennemie.
