OxOxO
- Non pas aujourd'hui, suppliai-je en la repoussant.
- Juste un bisou!
- Et après tu me laisses tranquille?
- Promis.
Le plus mauvais timing de toute ma vie. La porte s'ouvrit mais il y eut un tel silence que je su tout de suite que c'était Shion. Je failli m'évanouir quand j'ai rencontré son regard empli de douleur.
Emma ne devînt qu'un objet que l'on se débarrasse sans regret. Il n'y avait que lui. Je l'ai donc suivi quand il a prit la fuite, la laissant interloquée derrière moi.
Courir me faisait trop mal, je trottinais derrière lui en l'appelant. Quand il s'arrêta enfin, c'était dans le hall désert. Des larmes s'enfuyaient de ses yeux écarlates, il respirait difficilement. Je ne savais pas quoi lui dire. Je me rapprochai et tendit une main hésitante vers son épaule. Il la repoussa, un sanglot violent lui déchira la gorge.
- Alors la misérable mission que t'as confié Elyurias c'était de perdre ma confiance?
Sa phrase était hachée, il parlait péniblement. Il continua quand même, dans ses yeux dansaient des sentiments tous les plus horribles les uns que les autres.
- Tu m'avais promis, Nezumi! Plus de mensonges! Plus de cachotteries!
J'ai baissé les yeux, ma culpabilité était en train de me tuer.
- J'avais confiance en toi! Et je m'inquiétais chaque jour un peu plus! Tu maigrissais, tu rentrais tard et très fatigué, tu ne mangeais plus! Tout ça à cause d'une femme!
Il criait, ses larmes mouillant toujours son t-shirt.
- Ça me fait mal, Nezumi, tu ne t'imagines même pas à quel point.
Mes mains tremblaient, j'avais le cœur broyé sous le déshonneur et la douleur de Shion. Je devais lui dire la vérité.
- Shion… Elyurias m'a demandé de rétablir le peuple de la forêt.
Un sourire sarcastique apparut à travers le rideau de ses larmes.
- Tu crois vraiment que tu vas me faire avaler ça?
- Devine pourquoi je ne t'en ai pas parlé!
Des gens commençaient à apparaître un peu partout, intrigués par tout notre boucan. À travers eux, il y avait Emma.
Je lui saisi le bras fermement et le traînai dehors. Enfin à l'abris des regards, je continuais.
- Je n'avais pas le choix, Shion. Et te le cacher était en train de me rendre malade.
Ses yeux fixaient le sol, des larmes s'en échappant toujours.
- J'ai besoin de réfléchir.
Son ton était sans ambigüité. J'ai lâché son bras, que je serrais toujours entre mes doigts et le laissais partir. Je me suis laissé aller contre le mur derrière moi et pleurai pour la première depuis le jour où j'ai cru à sa mort pendant de longues heures.
- Nezumi. Nezumi écoute moi.
La voix d'Elyurias peinait à me parvenir clairement.
- La femme porte tes enfants, Nezumi. Tu m'entends?
- Et à quoi ça rime? J'ai perdu Shion. Je n'ai plus de raison de vivre.
- J'ai un plan. Pour te remercier.
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Je marchais vite en essayant de ravaler ma souffrance. Tout ce que je réussis fut de recommencer à pleurer dans la rue, attirant les regards. Je commençais à courir pour éviter tout ses yeux me fixant indécemment.
Je poussais la porte de la boulangerie et la refermais aussi sec derrière moi. Ma mère était en train de mettre de l'ordre et elle vînt tout de suite à ma rencontre; plus que consciente que quelque chose n'allait pas.
Mes pleurs redoublèrent en intensité, m'empêchant d'expliquer la situation.
- Mais Shion, que se passe-t-il? s'inquiéta ma génitrice en me caressant l'épaule.
Je n'arrivais pas à me ressaisir, mes sanglots me privaient d'oxygène. J'ai repoussé ma mère qui tentait de m'étreindre. Non, je n'avais pas envie d'être consolé. Comme si un misérable câlin pouvait me faire oublier ça.
- Maman, geignais-je, maman j'ai mal.
Ma voix tremblait tellement qu'on peinait à comprendre. Elle me serra contre son cœur et m'y retins fermement. Elle ne dit rien, ne fit que me bercer lentement.
Une fois calmé, je suis monté à l'étage. Je n'avais pas envie d'expliquer la situation à ma mère, sachant qu'en le faisant, je me remettrais à pleurer. Elle comprit ma volonté de rester seul.
Je m'enfermais dans la chambre que Nezumi et moi partagions. Les perles lacrymales s'échappèrent de mes yeux, une fois encore.
J'ai pleuré jusqu'à ce que le sommeil m'emporte.
Le matin vînt finalement. J'avais réfléchis. Beaucoup. Mais je n'étais parvenu à rien. Je me devais de connaître l'histoire comme il faut, à tête reposée. Je devais parler à Nezumi. L'épée de Vérité, la pièce, commençait dans une heure à peine. J'étais déterminé à y assister, pour le voir jouer et ensuite pour faire le point avec lui.
Ce qui m'amena à la salle bondée. Ma place était devant, en troisième rangée. Je me suis sagement installé et ai attendu la suite. Les conversations incessantes autour de moi m'assourdissaient et je fus soulagé quand le rideau se leva enfin. Le silence se fit rapidement.
Et la pièce commença. Nezumi, même en vulgaire forestier, restait gracieux et crédible. Son costume cachait sa maigreur et le maquillage, sa fatigue. Je voyais qu'il avait les yeux un peu rouges et creusés par des cernes immenses. Il avait fait une autre nuit blanche, apparemment.
Le scénario ne m'intéressait pas. Tout ce que je voyais c'était Nezumi. Et c'est pourquoi, je fus sans doute le premier à voir son malaise. Il trébucha un peu, sa bouche se tordit imperceptiblement. Il faisait visiblement de gros efforts pour continuer à jouer. Puis, à un moment, il porta la main à son cœur et le serra. J'étais debout sans m'en être aperçu et me dirigeais vers la scène. Nezumi tomba comme je l'eu craint, les gens comprirent enfin que ce n'était pas dans le script. Le brouhaha étouffait mes pensées. Je sautais sur la scène, ignorant la blonde hystérique qui m'avait cocufiée. Nezumi, à genoux, tomba sur le côté avant que je puisse le rattraper. Son regard d'argent se planta dans le mien. Il me sourit. Puis, ses pupilles se dilatèrent.
Je me sentis comme dans une bulle: protégé du boucan environnant et aussi calme qu'une mer d'huile.
Mes doigts glissèrent sur sa carotide. J'attendis en vain pour sentir un pouls. Le mien était de plus en plus rapide. Je le poussais sur le dos, cherchais sa respiration. Ne la sentit pas.
Tout était limpide dans ma tête. Je savais ce que j'avais à faire et mes sentiments ne m'embrouillaient pas. Je relevais son menton, lui pinçais le nez et lui fit le bouche à bouche. J'enchaînais avec un massage cardiaque.
Je refis cette routine à plusieurs reprises, sans avoir de réaction. Concentré, je n'entendis pas les ambulanciers arriver.
- Il essaie depuis dix minutes! M'apprit une dame informant les nouveaux venus.
Puis, on me l'enleva. Soudain de retour à la réalité, j'ai du faire face aux flots de larmes de l'actrice blonde et à la foule de gens choqués.
Nezumi était mort sous mes yeux. Je n'avais pas pu le sauver. Je ne réalisais pas. C'était un mauvais rêve. Il ne pouvait pas partir aussi bêtement. Non.
Des tremblements s'emparèrent de mon corps entier et personne n'était là pour apercevoir ma détresse. Enfin, c'est-ce que j'ai cru jusqu'au moment où Inukashi apparut devant mes yeux désespérément secs.
Elle me parla, je ne perçus qu'un vague écho. Autour de moi, c'était trop bruyant, trop coloré, trop vif. Je me suis agrippé à sa veste. Et j'ai baissé la tête, laissant enfin tomber des torrents de liquide lacrymal directement au sol.
Le reste est flou. Inukashi me traîna jusque chez moi alors que moi, je réclamais voir Nezumi une dernière fois. Je me souviens du faciès décomposé de ma mère quand la petite brune lui expliqua pourquoi j'étais dans un tel état.
J'espérais que quelqu'un me réveille de ce cauchemar. J'étais complètement abruti, je ne comprenais plus rien des évènements autour de moi qui passaient à une vitesse folle.
Une semaine passa comme ça. Et encore, je n'étais pas présent mentalement. La cérémonie était pour moi vide de sens. Même quand la blonde vînt me voir et me demanda quelle était ma relation avec Nezumi.
- Je l'aimais, m'entendis-je lui répondre.
- Tu couchais avec lui?
- Il est mort, pourquoi t'acharnes-tu?
Mon ton était si glacial que j'en eu moi-même la chair de poule.
- Je suis enceinte. Et… j'espérais garder l'urne.
Elle commença à pleurer, faisant couler son maquillage sur ses pommettes bien dessinées. J'en fus complètement indifférent.
- Nezumi préfèrerait la liberté et non être enfermé dans un vase. Mais fais-en ce qui te plaît. Et prend soin de son enfant, il a tout sacrifié pour lui donner vie.
Elle ne semblait pas comprendre mes paroles. À moi aussi, il m'avait fallu de temps à comprendre. Elyurias et sa mission.
C'était si cruel que Nezumi n'y avait pas survécut. Je remerciais donc la « déesse » à haute voix, m'attirant des regards incertains.
Qu'allais-je faire, maintenant?
J'haussais les épaules et sorti du bâtiment. J'ai levé les yeux au ciel, désespérément bleu. De la pluie m'aurait apporté une certaine satisfaction, hélas le soleil brillait de mille feux, ignorant totalement mon mal être.
La vie continuait autour de moi, immobile. Comme figé dans le temps. La nourriture n'avait plus de goût, mes autres sentiments se noyaient dans ma tristesse. Je ne pouvais pas continuer comme ça. Mais je n'avais plus envie de parcourir le chemin sans lui. C'était dénué de sens. Ma vie devenait une ironie malsaine et douloureuse.
Mon regard quitta enfin le bleu du ciel et se dirigea vers le building le plus haut de No.6.
Cet endroit semblait toucher le firmament. De là-haut, je serais plus proche de lui. Je me suis mis à marcher, sans trop réfléchir. J'ai réussis à me rendre au sommet de cet immeuble.
Le vent caressa ma peau et je m'imaginais que c'était la main de Nezumi. Il me manquait. Je n'avais pas pleuré depuis sa mort mais ce fut trop dur et une seule et unique perle roula sur joue.
La barrière devant moi m'empêchait de sauter dans le vide béant. Je n'avais pas le vertige. Non. Tout ce qu'il me restait c'était une blessure profonde qui ne guérirait jamais. C'est alors que je me suis souvenu de ma première rencontre avec lui. Du cri que j'avais poussé dans la tempête.
Je fis la même chose que ce jour là. J'ai crié mon mal dans le vide, de toutes mes forces.
Je sentis une main se poser sur mon épaule. Une main chaude et rassurante. Je profitais de l'illusion quelques secondes et me retournais.
Mes mains tremblèrent, j'étais sous le choc.
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Je pu lire dans ses yeux la variété d'émotions qu'il vivait. La surprise, le déni, le doute, l'acceptation puis le bonheur. Je l'ai serré dans mes bras très fort, il ne méritait pas ce que je lui avais fait subir.
- Je suis désolé, Shion, pour tout. Je t'aime tellement… Me pardonneras-tu?
Il étouffait ses sanglots dans ma veste et me frappait en même temps.
- À quoi tu joues crétin! Si tu arrêterais de t'entêter à me mentir, on en serait pas là!
J'étais heureux qu'il me crie dessus. Tellement heureux! Je gloussais et caressais ses cheveux éclatants.
- J'ai réussi ma mission. J'aimerais recommencer à zéro avec toi.
- Tu crois que je vais me satisfaire de ça, baka?
- Est-ce que tu connais Shakespeare, Shion?
Son regard me demandait où je voulais en venir.
- J'ai avalé une toxine qui a ralentit mon métabolisme à tel point que je simulais parfaitement la mort.
- Mais pourquoi t'as fait ça!
- Pour me libérer du joug tyrannique d'une certaine femelle?
- Tu pouvais pas la plaquer normalement?
- Pas sans mettre en danger 3 petites vies innocentes.
Là, je venais de le perdre.
- Elyurias m'a dit que c'était des triplés. Et de la jeter pour un mec, je ne crois pas qu'elle se serait donnée du mal pour élever mes gosses. Par conséquent, c'était le seul moyen. Inukashi et Ossan m'ont aidé à tout orchestrer et je suis à nouveau libre!
L'euphorie qui m'enveloppait était douce et enivrante. J'étais avec Shion, voilà ce qui comptait vraiment.
- Une dernière chose, je ne peux pas risquer qu'on me reconnaisse en ville alors j'ai décidé de retourner au district est. Avec toi, bien sûr.
Il me toisa quelques secondes, il n'avait pas tout digéré encore, semblait-il.
- On peux prendre Nozomi? Lâcha-t-il soudain.
- Je…euh…
- Je ne veux pas laisser ma mère avec autant de boulot toute seule, alors c'est ma condition. Et toi tu peux te vanter d'avoir des gosses, moi je n'en aurai jamais.
Sa moue contrariée me fit craquer. Cet homme, c'était le mien. Malgré tout.
- Tout ce que tu voudras.
- J'oubliais… Ne me trompe plus jamais.
Ses sourcils froncés étaient menaçants, de même que ses lèvres serrées. Les miennes s'étirèrent en un sourire honnête.
- C'est toi que j'aime.
Je l'ai embrassé impétueusement. Je ne pouvais pas me passer de lui, c'était un fait avéré.
Au final, nous retournâmes à notre ancien mode de vie. Avec un bébé en plus. Je me suis coupé les cheveux, Eve n'existait plus. Shion, lui, semblait se complaire dans son rôle de papa au foyer. Nozomi l'appelait désespérément maman et je trouvais ça plutôt drôle. Il mit du temps avant de me pardonner mes tromperies et je ne lui en voulais pas pour ça. C'était normal. Quant à moi, je me remis bien vite de ma dépression, Shion était mon remède. Son sourire à lui seul m'avait remis sur pied. Les mois passèrent ainsi, dans le calme. Enfin, un calme relatif. Nozomi était un vrai démon venu sur terre pour nous faire tourner en bourrique. Déjà qu'en rampant elle nous faisait la misère, lorsqu'elle commença à marcher, ce fut l'enfer. Elle grimpait partout, bouffait tout ce qui lui tombait sous la main ( mes bouquins compris ) et adorait particulièrement me balancer son repas au visage.
Un matin, quelqu'un avait glissé une photo sous notre porte. Je l'ai arrachée des mains destructrices de Nozomi pour voir l'image. Trois bébés tout neufs y dormaient profondément.
- Les deux garçons sont des jumeaux zygotes, ils sont parfaitement identiques, et le portrait craché de leur papa. La petite n'a que ta bouche.
Shion avait parlé par-dessus mon épaule.
- Si tu le dis.
J'étais content de savoir qu'ils étaient en bonne santé et ça me titillait un peu de ne pas pouvoir les voir mais je craignais la réaction de leur mère…avec raison, sans aucun doute.
- Quand ils seront plus grands, peut-être.
- Arrête de lire dans mon esprit, s'il-te-plaît.
Il pouffa et enroula ses bras autour de mes hanches. Il posa sa tête entre mes omoplates, un soupir s'extirpant d'entre ses lèvres.
Nozomi, elle, s'était accrochée à ma jambe en marmonnant dans une langue qu'elle seule comprenait. J'ai craqué et la hissais sur mon épaule. Elle devenait lourde, la gueuse.
- Pas les cheveux, pitié!
Elle avait attrapé la tignasse blanche de Shion à mon insu.
- Lâche-le Nozomi, tu le sais que ce n'est pas gentil!
Mon ton sec la chamboula et elle le lâcha aussitôt. Puis se mit à pleurer et à appeler Shion, bien sûr.
- Elle est trop gâtée, fis-je en lui remettant l'enfant en colère.
- T'es jaloux? Rétorqua Shion.
- Cette gosse nous éloigne de plus en plus.
- Comme si elle faisait ça consciemment. Chéri, réfléchis je t'en supplie.
- Héri tupli! Répéta l'enfant du diable en me souriant de toutes ses dents.
- Désolée de te déranger dans ce moment empli d'amour mais j'ai un soucis.
Ça faisait longtemps que je n'avais pas entendu sa voix, aussi me surprit-elle. Je m'éloignais un peu de Shion et du petit monstre pour me concentrer.
- Que puis-je pour toi, Elyurias? Lui répondis-je en pensée et sans grand entrain.
- Comme tu as remarqué, tes enfants sont nés la nuit dernière.
- Viens-en au but, je t'en prie.
- Mes calculs étaient erronés, la femme va mourir dans quelques minutes. Je n'ai pas réussi à l'aider.
Shion m'observait en silence mais je restais imperturbable.
- Et donc?
- Va chercher tes gamins, humain sans cœur!
- C'est toi qui me dis ça? Laisse-moi rire.
- Elle n'a aucune famille.
- Ouais, c'est bon, j'ai pigé!
J'avais parlé à haute voix. Nozomi imitait Shion en me fixant les yeux plissés.
- Shion… On va devoir acheter une maison.
- Ah bon?
- Oui, notre famille vient de s'agrandir dramatiquement. Et d'ailleurs, il faudrait aller chercher les nouveaux membres à l'hôpital, genre tout de suite. Enfin, s'ils nous laissent faire.
Complètement perdu, mille-et-une questions fusaient du regard de mon amant.
- Papa! Pas partir!
- Tout va bien, microbe. On va faire un tour d'accord?
Je lui embrassais le front et attrapais son petit manteau rose qui trainait sur le canapé. Elle se montrait très enthousiasme, comme toujours. Alors que je l'habillais, j'expliquais la situation en détail à Shion et son idée d'aller réclamer l'aide de sa mère pour quelques temps me sembla excellente. Nous allâmes donc ensemble vers No.6.
- Le fait de la savoir mourante ne te dérange pas? Demanda Shion tout à coup.
- C'est de ma faute alors oui, un peu. Mais en même temps je suis heureux, je vais pouvoir les voir grandir.
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« Je suis heureux, je vais pouvoir les voir grandir. » qu'il avait dit. Mais il n'avait pas pensé que de s'occuper de quatre très jeunes enfants en même temps, c'était mortel. De plus qu'en si peu de temps, tout ce que nous avions trouvé comme logement était un grand appart qui ressemblait à présent à un champ de bataille. Nezumi s'était endormi par terre en jouant avec Nozomi, celle-ci somnolant à demi couchée sur son ventre. Ses jouets trainaient partout; j'avais faillis me casser la nuque en marchant sur l'un d'eux. Ma mère était partie elle aussi, elle devait être aussi fatiguée que nous. Trop las pour ramasser tout ce bordel, je me suis enfin assis dans mon fauteuil. Ça faisait du bien de relaxer un peu. J'étais exténué. Le calme fut tout de fois éphémère quand l'un des trois petits se mit à pleurer comme s'il était en train de mourir. J'ai accouru sur le champ, de crainte qu'il ne réveille les autres.
C'était Yukio, encore. Ses coliques étaient en train de me rendre dingue. Yana dormait comme une pierre et Yosuke suçait son pouce bruyamment.
Je le pris dans mes bras et allait le bercer quand quelqu'un sonna. Nezumi ne bougea pas d'un poil et continua à ronfler béatement. Je du donc me relever, au plus grand désespoir de Yukio qui redoubla d'ardeur dans ses pleurs. J'ai poussé la porte, Inukashi et Rikiga-san me souriaient sur le porche.
- Bonjour! Me fit Rikiga-san en me tapotant la tête.
- J'ai pas vraiment de quoi vous recevoir décemment, ni l'énergie d'ailleurs, grognais-je en bloquant l'accès à l'appartement.
- Non on est là pour te donner un coup de main!
Inukashi semblait très enjouée.
- Ah bon?
- Oui, tu as besoin de repos c'est évident, renchérit l'ancien journaliste en me prenant Yukio des bras.
- Y'a un truc que j'ai encore plus besoin, si vous me permettez.
J'allais au salon et réveillais Nezumi du bout du pied.
- Lève-toi et fais gaffe à ne pas réveiller la peste.
- Mh?
Il avait les yeux collés et ne comprenait pas tout. J'ai enfilé ma veste et jetais celle de Nezumi sur sa tête amorphe.
- On se casse une heure, annonçais-je en tirant mon amant par le bras.
- Mais où vous allez? S'inquiéta la brune en nous accompagnant jusqu'à la porte.
- Copuler.
J'étais plus que sérieux, je ne me rappelais même plus la dernière fois où on l'avait fait. On avait essayé d'innombrables fois, sans jamais parvenir à notre fin. Nezumi parut beaucoup plus fringant tout à coup et on abandonna la marmaille et une Inukashi choquée derrière nous sans regret.
La chambre était limite crade mais on s'en foutait éperdument. Ses mains paraissaient enflammées et leur chaleur parcourait mon corps. Mon pantalon enroulé autour de mes chevilles me donnait un équilibre précaire, Nezumi était dans la même situation. Nous portions encore nos chemises à moitié boutonnées; l'état du sol et le lit miteux ne nous inspiraient pas confiance du tout. Je l'acculais contre le meuble qui faisait office de bureau et joignis enfin nos lèvres. Je me serrais contre lui, qu'il sente bien à quel point j'étais excité et de presser mon membre gorgé de sang sur son aine ne fit qu'intensifier mon désir. Une de ses mains s'était égarée du droit chemin et glissait entre mes fesses, l'autre me pressait la tête vers lui rendant notre baiser plus étanche. Quand l'air vînt à manquer, ma langue s'égara sur sa pomme d'Adam, descendit sur sa clavicule jusqu'à son téton que je mordillais doucement puis allais me perdre sur son ventre plat. Enfin, je donnais un coup de langue à son gland aguichant. Un soupir de bien être fila d'entre ses lèvres, sa main s'enfonça dans ma chevelure dense alors que je suçais le bout de son membre avec délectation. Il me poussa à le prendre entier dans ma bouche mais je le fis languir un peu plus. Je dessinais chaque sillon du bout de ma langue, lentement, minutieusement. Puis, j'ai décidé avoir assez joué et l'avalais jusqu'à la racine. Son gémissement me fit plaisir à entendre. À ma grande surprise, il ne me laissa pas faire bien longtemps.
- Tu vas me faire jouir trop vite comme ça, expliqua-t-il en essayant pitoyablement de se défaire de son pantalon pour avoir plus de liberté.
Je l'imitais, c'était pas bête comme idée. Au final, nous nous rabattîmes sur l'unique chaise de la petite pièce. Elle semblait à peu près propre. Alors commença une série d'acrobaties toutes plus ou moins sécuritaires. J'étais tellement en manque que les préliminaires furent presque inutiles, ses doigts se faufilèrent en moi avec une facilité inhabituelle et le plaisir que ce simple mouvement m'apporta m'avertis d'une suite certainement fabuleuse. Et elle le fut.
À califourchon sur lui, j'ai suivi la moindre de ses expressions se peignant sur son visage au fur et à mesure que je m'empalais sur son sexe dressé. Cette sensation de plénitude me fit crier d'extase. Cette position était tout sauf confortable mais la volupté que m'apportait le coït valait bien quelques courbatures. Je mis donc mes jambes à l'épreuve, engendrant des flexions de plus en plus rapidement, de plus en plus violemment.
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Il était simplement magnifique. Un ange sans couleur me chevauchant lascivement. Ses cheveux partaient dans tout les sens, ses lèvres humides entrouvertes soufflaient un air chaud à l'effluve sucrée qui me balayait le visage de temps à autre. Il m'aspirait en lui, se convulsait autour de moi. Il transpirait la lubricité.
Un dernier rayon de soleil fit briller la sueur sur son thorax comme des diamants alors qu'il s'agitait dans un ultime coup de bassin. Sa semence se répandit entre nos corps palpitants, des spasmes l'agitèrent et m'amenèrent sur les rives de la jouissance à mon tour.
Puis je le serrais dans mes bras tendrement, le laissant reprendre son souffle peu à peu.
- Tu sais quoi?
- Mh?
- Je t'aime.
Son sourire me fit fondre et nous nous embrassâmes éperdument.
Puis nous sommes rentrés, tout les deux arborant un sourire béat de deux kilomètres qui révulsa encore plus la pauvre Inukashi qui avait l'air d'avoir galéré pendant notre courte absence.
Les pleurs de bébé ne me fit pas tiquer, ni même Nozomi en train de dessiner sur les murs avec un feutre indélébile, non, j'avais fait le plein d'énergie pour quelques jours.
C'était épuisant mais j'étais un homme comblé. Vraiment.
Et voilà, j'espère que ça vous a plu! N'hésitez pas à laissez vos avis, ça me fait toujours plaisir!
