Disclaimer: Tous les personnages de Ghost Hunt que vous connaissez ne m'appartiennent absolument pas.

NdlA: Bonne lecture !


Chapitre 4 : Retrouvailles

La poignée de la porte tourna sans un bruit, et une ombre se faufila furtivement dans la pièce, puis se tint immobile.

Dissimulé dans la pénombre de la chambre, ses yeux luisaient de plaisir anticipé dans l'obscurité, observant sa proie sans défense qui était encore endormie.

Sans avoir conscience du danger qui la guettait.

Il étudia attentivement le sol où il se déplaçait, ne voulant pas marcher sur quelque chose qui trahirait sa présence jusque-là silencieuse. Tout doucement, il posait ses pattes molletonnées(1) sur le plancher, attentif au moindre bruit qui émanait du lit sur lequel était allongée sa victime désignée.

Il se retourna pour vérifier que personne ne serait témoin de ce qu'il s'apprêtait à faire, et pour cause : il allait surement mourir après ça, mais le jeu en valait la chandelle.

Tout doucement, il se pencha sur le lit, écarta les bras, recourba ses doigts comme des griffes et rempli ses poumons d'air, se préparant à pousser un rugissement qui, l'espérait-il, resterait inscrit dans les annales.

Malheureusement, une chose non identifiée se mit à hurler à la hauteur de sa hanche, ce qui le fit sursauter et dans le mouvement, fit tomber la pauvre chose qui était déjà à bien amochée.

Réveillée en sursaut par ce raffut, Mai Taniyama se dressa comme un ressort sur son lit. Les cheveux en vrac, terrorisée, pour voir à côté de son lit un Bô-san tétanisé copiant la pose d'une ourse protégeant ses petits et à ses pieds, son réveil.

Mort.

Paix à son âme.

Lentement, les diverses informations remontèrent au cerveau embrumé de la jeune fille, tandis qu'elle relevait les yeux pour croiser le regard de son ami pétrifié. Lorsque la lumière se fit dans son esprit quant aux intentions du blond, Mai plissa les yeux d'un air mauvais.

Bô-san qui savait sa dernière heure arrivée, adressa une prière silencieuse à quelconque divinité, et tenait toujours la pose.

Avant de tenter le tout pour le tout : Il poussa un doux grognement plus interrogatif que menaçant, ce qui donnait quelque chose dans le genre du…

« _ Graou ? »

Celle qu'il considérait comme sa jeune sœur le regardait d'un œil noir. Il déglutit difficilement, et frémit en sentant une goutte de sueur lui glisser dans le dos. Puis à son immense soulagement, elle éclata de rire. Un rire cristallin et communicatif, qui le fit pouffer lui aussi.

De guerre lasse, il s'installa avec elle sur son lit, alors qu'elle continuait de rire aux éclats. Il se mit à rire lui aussi, heureux de la voir si joyeuse de bon matin, et surtout après le tour pendable qu'il avait tenté de lui jouer. Plus elle le regardait, plus elle riait, sans se soucier de leurs invitée qui se trouvait dans la chambre voisine et qui n'allait surement pas tarder à venir leurs sonner les cloches.

Toujours hilare, Bô-san fit signe à Mai de se calmer, ce qu'elle n'arrivait manifestement pas à faire, puisque son rire redoubla. Elle tenta tant bien que mal de lui faire comprendre par des gestes ce qui la faisait autant rire, mais sans succès.

D'après ce qu'il comprit après plusieurs essais infructueux, était que sa pose d'ours surpris était la cause de ce fou rire. Mais quand il essaya de s'en faire une image, il ne réussit qu'à éclater d'un rire tonitruant à son tour.

Ce fut le bruit des pas furieux d'Ayako qui calmèrent quelque peu les deux jeunes gens. Hélas, le visage d'Ayako en colère à la porte de Mai n'eut pour seul résultat de refaire rire Bô et Mai.

« _ Désolé Ayako. S'excusa Bô-san. On ne voulait pas te réveiller.

_ Ben c'est loupé. Rétorqua la jeune femme de mauvaise humeur.

_ Humpf. Pardon. Bonjour Ayako, bien dormi ? S'incrusta Mai.

_ Oui, jusqu'à que deux cinglés se mettent à rire comme des tordus dans la chambre voisine. Répondit Ayako.

_ C'est ma faute, je suis désolé. S'excusa encore une fois Bô-san. J'ai voulu faire une farce à Mai, mais ça a mal tourné. Expliqua-t-il à Matsuzaki-san qui avait toujours le visage fermé.

_ Oui. Pour la peine, il va préparer le petit déjeuner pendant que nous nous préparons, n'est-ce pas Bô-chan ? Intervint Mai, alors qu'Ayako gardait toujours le silence.

_ Oui oui. C'était déjà prévu. Le thé infuse et je vais préparer des tartines. Tu aimes les tartines, Ayako-chan ? Demanda Bô-san.

_...

_ Je vais te laisser ma salle de bain, Ayako. Je vais faire ma toilette chez Bô. » Lui dit gentiment Mai en sortant du lit et préparant ses affaires.

Ayako regarda sa montre, poussa un profond soupir, tourna la talons pour prendre sa trousse de toilette et revint dans la chambre de Mai.

« _ Mai. Est-ce que je peux t'emprunter du shampoing ?

_ Oui, il y en a dans l'armoire. » Lui indiqua Mai tandis que Matsuzaki-san s'enfermait dans la douche. Mai et Bô-san se regardèrent et firent la grimace.

Soudain la porte de la douche s'entrouvrit pour laisser passer la tête d'Ayako avec les cheveux dénoués.

« _ A peine dorées, les tartines. Avec du beurre. Et de la confiture s'il y en a. »

Puis elle referma la porte.

_T_T'_

Shibuya Kazuya s'était levé à l'aube. Comme tous les jours, il avait commencé sa journée par les exercices physique qu'il s'imposait afin de garder son corps en forme et ce malgré sa constitution fluette d'origine. Rien de bien extraordinaire, quelques tractions, pompes, abdos et exercices d'assouplissement. Le strict minimum si on voulait entretenir son corps.

Ces exercices lui avaient été conseillés au départ, par un professeur d'éducation physique qui le trouvait trop malingre pour son âge. Il avait bien tenté d'argumenter que les muscles ne font pas tout dans la vie, mais malheureusement pour lui, ses parents avaient donné raison au professeur.

Aujourd'hui, il ne pouvait que se féliciter d'avoir suivi ses conseils. Lorsque ses dons avaient commencés à se manifester, il avait eût de la chance de ne pas passer l'arme à gauche. Son corps, encore faible, parvenait à peine à contenir son kikô au repos, sans parler des innombrables phénomènes de poltergeist qu'il déclenchait sur son passage.

La pratique du sport l'avait aidé à comprendre ses pouvoirs, à canaliser son énergie, et donné une chose à laquelle il tenait plus que tout : la discipline.

Discipline qu'il pratiquait dans tous les domaines, aussi bien personnel, comme l'en démontrait sa routine matinale, que professionnelle.

Ce que même Lin ignorait, était que ces exercices étaient aussi des moments privilégiés pour Naru. Des moments où il pouvait réfléchir en paix, tout en abandonnant la carapace de froideur qui ne le quittait jamais. Il aimait la sensation presque douloureuse de ses muscles qui le tiraillaient, lui vidant la tête de toutes ses pensées parasites pour n'en laisser qu'une seule.

' Jusqu'à vingt. Après j'arrête.'

Puis, arrivé à vingt, il poussait jusqu'à vingt-cinq, puis trente…

Il aimait repousser ses limites jusqu'à la limite du supportable, recherchant l'oubli dans l'effort. Il y arrivait parfois.

Mais pas aujourd'hui.

Vêtu en tout et pour tout d'un pantalon de jogging noir, il reposait, exténué, sur le tatami d'entraînement qu'il avait fait mettre dans une des pièces adjacentes au bureau de la SPR. Et était en ce moment précis, il était occupé à observer le plafond, comme pour y trouver un présage qui répondrait à ses questions.

Ou qui pourrait atténuer du moins la sourde angoisse qui l'étreignait à chaque fois qu'il pensait à ça.

Car ce qu'il essayait de noyer sous un flot de sueur ne se laissait pas oublier si facilement. Une pensée qui l'avait, à son dam, tenu éveillé une bonne partie de la nuit. Elle l'avait rendu heureux, triste, timide, l'avait stressé et lui avait fait plus peur que n'importe laquelle des situations terrifiantes dans lesquelles il avait bien pu se trouver auparavant.

' Aujourd'hui, je vais la revoir.'

_T_T'_

Assis à son bureau, Naru compulsait les dernières informations que Lin avait pu réunir avant que le reste de l'équipe n'arrive pendant que celui-ci était occupé à mettre au point les derniers préparatifs pour leur mission. Un silence serein régnait dans le bureau, seulement troublé par le bruissement des pages que Naru lisait et le tapotement des touches de l'ordinateur portable du chinois. Percevant des pas discrets qui se rapprochaient de la porte, Naru leva les yeux de ses papiers, tandis que Lin ouvrait la porte pour faire entrer Hara Masako.

Celle-ci lui sourit en guise de remerciement et lui dit bonjour. Elle se dirigea ensuite vers le bureau de Naru pour le saluer, et se dirigea vers la baie vitrée qui donnait sur la rue passante en contre-bas, pour s'absorber dans sa contemplation sans piper mot.

Feignant de s'intéresser aux documents qu'il avait en main, Naru détailla Masako par-dessus ses feuilles.

Celle-ci portait un kimono bleu azur avec des reflets argent qui était mis en valeur par ses cheveux d'un noir de jais. Elle était jolie avec ses grands yeux bleu foncés et sa coupe courte. Agée d'un an de moins que lui, ils avaient tout pour s'entendre : Elle le connaissait bien, connaissait le monde dans lequel il évoluait et était d'une grande aide dans son travail. C'était une femme de grande bonté et d'une extrême douceur, qui cachait un fort caractère. Calme, posée, c'était une beauté discrète qu'il était fier d'avoir à son bras lorsqu'ils allaient diner tous les deux, et il ressentait un grand respect envers ses pouvoirs et sa personne. Il était heureux qu'elle fasse partie de son équipe.

Tout comme Lin. Mais Lin avait toujours été à ses côtés. Il ne se souvenait pas d'un jour passé sans lui. Il était là et c'était tout.

Soudain, dissipant les pensées bizarrement sentimentales qui lui traversaient l'esprit, Naru entendit les voix de Bô-san et Matsuzaki-san qui se disputaient encore. Il tourna la tête vers la fenêtre et croisa le regard profond de Masako qui confirma ce qu'il pensait.

« _ Ils sont là. » Dit-elle en allant s'assoir confortablement dans le coin d'un des canapés qui entouraient la table basse du bureau.

Contrairement à Hara-san qui était entrée sans faire de bruit ni d'éclats, Bô-san, Matsuzaki-san, John et Mai entrèrent dans le bureau comme s'ils rentraient chez eux. Bô-san salua tout le monde avec entrain, tandis qua Matsuzaki-san était encore en train de l'enguirlander pour Dieu savait quoi. John levai timidement la main pour les saluer, alors que Yasuhara-kun les saluait franchement. Seule Hara-san répondit à son salut.

De son bureau, Naru les observa attentivement, il ne savait pas pourquoi il le faisait, mais bizarrement, il s'attendait à ce qu'ils aient quelque chose de changés, alors qu'ils s'étaient quittés hier. C'est ainsi qu'il comprit que son intuition ne l'avait pas trompé et il ressentait clairement le changement, maintenant qu'il l'avait sous les yeux. Hélas, ce constat l'attristait plus qu'autre chose.

Ce qui avait changé était le fait qu'à ce moment précis, il avait son équipe au grand complet dans son bureau, et déjà, il pouvait sentir se renouer l'ancienne relation qu'ils avaient toujours eus : Matsuzaki-san qui se chamaillait avec Bô-san. Celui-ci qui s'en ficherait comme d'une guigne jusqu'au moment où Matsuzaki-san utiliserait ses poings. Bô-san qui était beaucoup plus préoccupé par n'importe quoi sauf de la mikko. John qui tenterait de calmer la furie rousse. Masako qui regardait la scène d'un œil neutre. Mai qui regarderait les deux belligérants d'un air blasé, sous le regard rieur de Yasuhara-kun. Lin, fidèle à lui-même n'y faisait pas attention. Et lui. Qui retrouvait son ancien sentiment d'intense agacement comme au bon vieux temps.

En y pensant, Naru retint un sourire et s'autorisa quelques secondes d'amusement purement introspectif, en détaillant les arrivants du regard.

John était vêtu d'un jean, d'une chemise et une grosse veste dans laquelle il disparaissait presque. On voyait qu'il n'avait pas pris l'avertissement de Naru à la légère. Yasuhara-kun vêtu sobrement d'un pantalon, d'une chemise et d'une veste, le tout d'un gris très foncé. Ayako, était habillée avec classe, comme d'habitude : un pantalon, un pull et une veste. Veste qui allât rejoindre celles que Mai et Bô-san avaient déposées sur le porte-manteau à l'entrée. Ces deux-là d'ailleurs, avaient quelque chose qui attirait le regard. Naru les observa plus attentivement en faisant bien attention de ne pas se faire remarquer.

Mai, chaussée de basket Stan Smith blanches et vêtue d'un pantalon en jean bleu nuit qui moulait ses longues jambes, semblait avoir pris quelques centimètres. Elle avait passé un pullover blanc-cassé à col roulé qui épousait ses formes et lui allait à ravir. Mais il va sans dire que Naru garderait cette réflexion pour lui, bien cachée dans un des recoins de son cerveau, un mouchoir par-dessus. Elle avait gardé son visage rond et souriant qui était pour l'heure, rosit par le froid. Ses cheveux, sans doute pour éviter d'être emmêlés par la capuche de sa veste, avaient été relevés en un semi-chignon qui tenait grâce à la multitude de barrettes qu'elle avait mis dans ses cheveux.

Pendant que Naru faisait son inspection, Mai était occupée à rire avec Bô-san, surement aux dépends d'Ayako. Le réveil de Matsuzaki-san avait dû être folklorique avec ses deux-là dans les environs. Bô-san quant à lui, avait natté ses cheveux qui avaient bien poussés depuis.

Naru s'était plusieurs fois fait cette réflexion, durant les trois missions qu'ils avaient effectuées ensemble pendant l'absence de Mai. Le plus souvent parce qu'il se les prenait toujours dans la figure quand Bô-san gesticulait un peu trop devant lui. Il se rappela d'ailleurs que ce devait être Mai qui les lui tressait, parce que Hara-san ne savait pas tresser et que Bô-san refusait de laisser Matsuzaki-san toucher ne serait-ce qu'à un seul de ses cheveux. En mission, il se baladait donc avec une queue de cheval en se lamentant constamment. La présence de Mai pour cette enquête allait déjà lui enlever cette épine du pied : Il n'aurait pas à supporter les jérémiades de Bô-san concernant ses cheveux mal coiffés.

Celui-ci, à l'instar de Mai était habillé simplement : Un jean, sur des rangers noirs. Avec un col roulé, blanc-cassé lui aussi.

Voilà, on y était. C'est donc ça, qui turlupinait Naru depuis le début : Ils étaient assortis !

' Bon sang, mais ils se sont habillés ensemble ou quoi ?

Contrôlant son agacement, Naru croisa le regard de Mai et la fixa sans ciller. Effrontée, celle-ci fit de même et lui rendit son regard.

L'adolescente qu'il avait laissée derrière lui, un an auparavant n'aurait jamais soutenu son regard de cette manière. Elle aurait rougit et aurait détourné les yeux, alors que la Mai qu'il avait devant lui le regardait droit dans les yeux, sans chercher à se défiler ni à le défier.

Naru haussa un sourcil et elle haussa les épaules.

« _ Bonjour Naru. Bonjour Lin-san » les salua-t-elle, sans aucune gêne. In petto, Naru se traitait de tous les noms.

'Il n'y a que toi qui soit gêné ici, triple idiot'

Naru hocha simplement la tête, tandis que Lin, Ô miracle, lui faisait un minuscule demi-sourire. Ce qui fit défaillir Matsuzaki-san. Si Naru n'avait pas été Naru, il aurait ri et prévenu Mai qu'elle devrait avoir les yeux derrière la tête dorénavant, surtout en présence de la mikko. Mais étant lui, il s'en abstint et ramena le calme dans son bureau par un simple claquement agacé de son sempiternel fichier.

« _ Bonjour à tous et merci d'être venu. Avant de commencer, Mai, aurais-tu l'obligeance de nous faire du thé, s'il te plait ? » Demanda Naru, sachant que la courtoisie serait de mise pour amadouer la jeune femme et éviter qu'elle lui saute à la gorge. Tout le monde le regarda étonné, mais moins que l'intéressée qui ne se gêna pas pour le lui faire savoir.

« _ Hein ? Naru-chan. Aurais-tu pris des cours de politesse, pendant l'année où vous avez disparus ? » Ironisa Mai en se levant toutefois, tandis que Bô-san dissimulait un ricanement en toussant et que John grimaçait.

« _ Que veux-tu ? Je me sens d'humeur sentimentale aujourd'hui. » Répliqua-t-il pince-sans-rire, pendant que Mai pouffait discrètement dans la kitchenette.

Sachant que Mai l'entendrait depuis le salon, Naru commença ses explications sans plus attendre.

« _ Il y a plusieurs semaines de cela, nous avons été contactés par des membres influents du conseil d'administration d'une usine de fer dans le nord du pays. Cette usine ce trouve dans la ville de Yokohuna et produit du fer sous forme de billes. D'après les rumeurs, cette usine est implantée sur une zone que les habitants disent sacrée, hantée, ou les deux, ce qui a ralenti les travaux de construction pour finalement être abandonnés il y a une dizaine d'années. Il y a cinq ans, des actionnaires chinois ont rachetés cette entreprise et on relancés le projet, qui a maintenant abouti sous la forme de cette usine de fer. Malheureusement, bien que la phase de construction soit terminée, cette usine n'est toujours pas entrée en phase de production, pour cause de multiples accidents et incidents qui freinent considérablement le démarrage de la production. D'après les nombreux témoins interrogés lors des enquêtes internes, il s'avère que ces accidents ne sont pas dus à des fautes professionnelles ou des défauts de fabrication, mais plutôt à des phénomènes de sabotage qui sèment la zizanie dans le procédé de l'usine. Plusieurs personnes ayant maintenant quittées cette usine ont été témoins d'apparitions, et plusieurs ont ressentis comme des courants d'air les frôler ou les traverser. Ces versions, invraisemblables pour la direction, n'ont jamais été prises au sérieux et ont été la cause de nombreux remerciements forcés de ces salariés. » Expliqua Naru, qui fit une pause pour laisser aux autres le temps d'assimiler ses paroles. Il prit une grande inspiration, et reconnut avec joie le parfum fruité du thé que Mai était en train d'infuser. Il reprit.

« _ Cela aurait pu continuer longtemps comme cela s'il ne s'était pas produit quelque chose, mais personne ne sait quoi. En tout cas, tout ce que l'on sait, c'est que le nombre d'apparition diverses, telle que des dames blanches ou des fantômes, ont augmenté à un tel point que le directeur général, Matsuiko-san et son bras droit Loraki-san ont fini par en croiser une et ont fait un accident en partant par la route. Matsuiko-san étant le beau-frère d'Oohashi-san (2), celui-ci lui a conseillé de prendre contact avec nous, pour que nous menions notre enquête. Cela ne mangeait pas de pain, disait-il. » Disait Naru, avant de se pousser en arrière pour laisser place à Mai qui servait le thé. La vision de sa chute de rein, couverte par le pull en laine qu'elle portait lui fit momentanément perdre le fil de son discours, mais il reprit bien vite contenance, sans que personne ne s'aperçoive de la petite absence qu'il avait eue. Il attendit que Mai s'asseye les jambes croisées aux cotés de Bô-san, pour reprendre où il s'était arrêté, d'une voix légèrement enrouée.

« _ Lin l'avait déjà prévenu que nous ne pourrions pas nous occuper de son cas pour le moment, étant donné que mon équipe n'était pas complète. Continua Naru, tandis que Mai faisait la sourde oreille et soufflait sur sa tasse de thé bouillante. Cela étant et avec l'accident survenu hier soir, le temps presse et de plus les médias se sont emparés de l'affaire. C'est donc pour cela que je vous demande votre aide. »

Mai bu une longue gorgée de thé, pendant que Bô-san et les autres discutaient entre eux.

« _ A tous. » Appuya Naru en regardant fixement Mai, qui continuait de boire son thé. Elle lui jeta un coup d'œil en biais et hocha la tête à son intention. Naru poussa un rapide soupir. Bô-san et les autres donnèrent leurs accords rapidement, ce qui, pour Naru, n'était qu'une formalité. Il leurs jeta un dernier regard circulaire, mais celui-ci accrocha Mai en train de terminer sa tasse et qui se lécha rapidement les lèvres d'un mouvement furtif. Il se leva d'un bond qui fit sursauter tout le monde, et déclara rapidement.

« _ Allons-y. Une fois n'est pas coutume, nos clients nous ont affrété un jet pour pouvoir nous rendre sur place le plus rapidement possible. Rendez-vous à l'aéroport, à la porte 3-B. Nous décollons dans une demi-heure. » Et il sorti expressément de la pièce, suivi de Lin, dans l'incompréhension la plus totale.

_T_T'_

Dès qu'elle avait posé le pied dans l'avion, Mai fureta partout, explorant les moindres recoins de l'appareil sous l'œil amusé de Bô-san et Yasuhara-kun. Comme elle le leur avait dit, à l'aéroport, c'était la première fois qu'elle prenait l'avion et elle ne laisserait pas la bizarrerie de Naru lui gâcher ce plaisir. Elle choisit tout de suite, une place près d'un hublot dans une allée où deux rangées de sièges se faisaient face, séparées par une table.

'Surement pour des réunions en pleins vol' Songeait Mai.

Bô-san se laissât tomber à côté d'elle.

« _ Haa… C'est beau d'être jeune et d'avoir encore tant de choses à découvrir…. Soupira-t-il en posant son menton sur les bras qu'il croisés sur la table. N'est-ce pas, Naru-bou ? » Demanda-t-il à Naru qui avait pris place face à Mai, avec Lin. Masako, Ayako, John et Osamu-kun étaient de l'autre côté de l'allée centrale.

« _ Je ne sais pas. Répondit Naru. Je n'ai pas l'impression d'être jeune, Bô-san. »

Mai pouffa.

« _ Moh, Naru-chan ! Ce n'est pas l'âge qui compte ! Regardes moi ! Je n'ai pas l'impression d'être vieux…

_ Pourtant tu l'es ! » Coupa Mai avant d'éclater de rire devant la mine blessée de Bô-san. Naru soupira.

« _ Mai.

_ Oui ? Lui répondit-elle avec un grand sourire, vestige de son éclat de rire.

_ Je voudrais que tu sois mon assistante pour cette enquête, du moins provisoirement. Ajouta-t-il en voyant la tête qu'elle faisait. Les médias sont aux aguets et j'ai horreur d'attirer l'attention. Il leva la main, sentant qu'elle allait l'interrompre. Je sais que toi non plus, mais il faut absolument que je reste dans l'ombre. Seul le conseil d'administration devra connaître mon identité, et c'est donc toi qui seras mon interface avec les autres, tu comprends ? Mai hocha la tête. Est-ce que je peux compter sur toi ? Nouveau hochement de tête. Merci. Dit-il, mais Bô-san intervint.

_ Ça peut être dangereux, Naru. Le prévint-il sérieux. Je n'aime pas l'idée que Mai reste seule face à tous ces gens. Et si elle se fait attaquer ? Demanda-t-il en bâillonnant Mai qui voulait entrer dans la discussion.

_ Elle ne sera pas seule. Nous sommes tous là. Le calma Naru. Te connaissant, tu ne seras jamais bien loin. Et au pire, Lin et moi non plus.

_ Bon dans ce cas… » Lâcha Bô-san, en même temps qu'il libérait Mai qui lui mit un coup de poing dans les côtes en guise de représailles. Elle pointa un doigt menaçant vers Naru qui l'ignora, sans tenir compte des petits rires qui se faisaient entendre de l'autre côté de l'allée.

« _ C'est la dernière fois que vous discutez de moi, sans que je donne mon avis, c'est compris ? Sinon, toi, Bô-san, tu iras te chercher un appartement et toi, Shibuya Kazuya, avion, usine, fantômes, dame blanche ou pas, je m'en vais et tu pourras aller te faire frire un œuf ! » Explosa Mai, pendant que Bô-san se penchait vers elle pour lui murmurer à l'oreille.

« _ Mai, on dit se faire cuire un œuf, pas se faire frire un œuf !

_ La ferme ! » Dit-elle avant de se tourner vers le hublot pour regarder les nuages et se calmer.

Sans s'en rendre compte, elle glissa doucement dans le sommeil, se servant à présent de l'épaule de Bô-san comme oreiller.

_T_T'_

Naru, qui avait mis ses lunettes de soleil entretemps, continua de feindre la lecture jusqu'à qu'il entende de légers ronflements devant lui. Quand il leva les yeux ce fut pour comprendre que Mai et Bô-san s'étaient endormis la tête de l'un sur la tête de l'autre et que c'était Bô-san qui ronflait. Il les regarda un long moment, et savoura ce moment de tranquillité avant d'entendre un murmure venant de droite.

« _ Je les adore tous les deux. Mais je les préfère endormis. » Disait Matsuzaki-san à Hara-san, John et Yasuhara-kun qui hochèrent simplement la tête.

Naru ramena son regard sur Mai, et la regarda dormir pendant tout le reste du trajet.


NdlA : Pour ce chapitre, j'ai trop rigolé quand j'ai écrit la première scène entre Mai et Bô-san.

(1): Molletonnées: Parce que Bô-san porte des chaussettes.

(2): Oohashi-san est l'intermédiaire de l'ancien premier ministre qui a embauché Naru et son équipe lors de l'enquête « Labyrinthe de sang ».