CHAPITRE III

Trois mois que j'étais dans le noir, total.

Trois mois qu'Alice m'avait lâché une bombe. Un rejet, un coup de poing, la menace de bannissement que je craignais tant.

Trois mois que je tentais de me convaincre que tout allait redevenir comme avant.

Cloitrée dans ma chambre à Forks, je devais me préparer pour le grand repas de Thanksgiving. Je pouvais déjà sentir le délicieux fumet de la dinde que la cuisinière des Cullen avait préparée. Un dîner de roi, comme toujours.

Installée devant la coiffeuse de ma chambre, je tentais de me maquiller.

Je l'adorais cette coiffeuse, elle était en bois noir, encombrée de produits de beauté divers qu'Alice m'avait aidée à choisir, un par un.

La nécessité d'avoir ma chambre à moi chez les Cullen s'était imposée, comme une évidence, dès qu'il avait été clair que Charlie ne m'ouvrirait plus sa porte.

Lorsque nous retournions à Forks, je dormais jusque là dans le lit d'Alice ou dans une chambre d'amis.

Après avoir choisi ma pièce préférée, Esmée l'avait décorée, attentive à ce que j'approuve le moindre de ses choix. Carlisle avait rajouté sa touche personnelle, suivi très vite par le reste de la famille. C'était une tradition chez les Cullen, chacun laissait une trace dans l'univers de l'autre pour montrer son attachement, sa présence, même à distance.

J'avais ainsi hérité de la chaise de bureau de Carlisle, en cuir souple, sur laquelle il m'avait appris avoir passé des nuits blanches à songer aux cas de ses patients à l'hôpital. Esmée m'avait donné le couvre-lit de sa grand-mère, Alice, un des nombreux colliers de nouilles qu'elle s'amusait à confectionner depuis ses 12 ans, Emmet, un de ses T-shirt préféré à l'effigie de l'équipe de football des Bulldogs où était accroché une photo de nous deux à un concert des Pixies et Edward...sa poubelle.

« Pour que tu n'oublies pas le grand ménage de printemps. » M'avait-il expliqué, très subtile.

On avait ensuite tous levé nos verres à mon arrivée dans la famille. Seul Edward avait refusé de trinquer, marmonnant des mots inintelligibles, et avait quitté la pièce. Sa famille n'avait pas du tout semblé étonnée par son geste. Comme s'ils s'y attendaient. Moi aussi d'ailleurs. Après un bref silence, la conversation avait repris, joyeusement.

Observant mon teint blafard dans le miroir, je m'appliquais consciencieusement du mascara quand on toqua à ma porte.

Emmet.

Il s'avança jusqu'à moi, les épaules voutées, le regard éteint pour finalement choisir de s'effondrer sur mon lit.

« Tu as des nouvelles de Rose? » Me demanda t-il d'une voix triste.

Ah Rosalie! Emmet ne cessait de respirer Rosalie, de penser Rosalie, de rêver Rosalie depuis qu'elle l'avait quittée. Heureusement, après avoir validé sa dernière année à Brown, il avait choisi de se lancer dans un doctorat en physique nucléaire, l'empêchant de tourner en rond et lui permettant de penser à autre chose le temps de quelques heures par jour.

« Emmet! », le sermonnais-je, « reprends-toi s'il te plaît! Cette situation a trop duré. Soit tu décides de passer à autre chose une bonne fois pour toute, soit tu vas lui parler ».

En réponse, Emmet soupira bruyamment.

Je savais que Rosalie allait beaucoup mieux. Depuis Emmet, elle n'avait permis à personne de partager ses nuits. Elle reparlait régulièrement à sa mère qui s'était enfin décidée à demander le divorce. Rose était aux anges, sa mère avait toujours été écrasée par l'imposante silhouette de son mari, préférant laisser la situation s'envenimer entre lui et sa fille plutôt que d'intervenir.

Sa rupture avec Emmet lui avait permis de remettre pas mal de choses à plat et elle se sentait bien. Son moral d'acier avait été une bénédiction pour moi, elle avait été assez forte pour nous deux ces derniers mois, me permettant de me secouer.

Elle m'avait confié qu'Emmet lui avait envoyé de longues lettres très touchantes. Il couchait sur le papier ses peurs, ses doutes, ses secrets et ses tords.

Elle avait été très émue par ce geste, découvrant un Emmet trop longtemps enfermé dans le carcan familial, appliquant bêtement ce qu'il avait toujours appris, sans se poser de questions.

Le simple fait qu'il remette en cause son éducation avait ébranlé sa famille et m'avait révélé une Esmée terrifiante, elle pourtant si douce.

D'abord trop déprimé pour dire quoique ce soit, il avait, en effet, fini par envoyer balader ses parents et leur cracher à la figure qu'ils ne lui suffisaient plus, qu'il devait s'ouvrir aux autres, trouver l'amour.

« Emmet! » Avait alors répondu Esmée d'une voix tremblante de colère. « Tu es mon fils, je t'aime plus que tout et bien évidemment que je veux que tu trouves la femme de ta vie! Mais pas cette fille! Oh non! Elle ne te respecte pas, elle ne te rendra jamais heureux. Elle n'est absolument pas assez bien pour toi, pour qu'on l'accueille dans notre famille. Point. »

« Mais Bella! » Avait contré Emmet. « Vous l'avez bien acceptée, comme votre fille, alors qu'elle ne vient pas du même milieu que nous! »

« Tu sais très bien que ce n'est pas une question d'argent! Ta Rosalie vient d'une bonne famille en plus, non? Bella est différente, nous la protégeons. Elle ne ferait jamais de mal à notre famille! Elle respecte nos règles, elle! », avait conclu sa mère.

Après cette altercation, Emmet m'avait de suite appelée pour s'épancher. Cette situation nous avait encore plus rapprochés. Il savait que mes rapports avec Alice étaient très délicats depuis qu'elle m'avait révélé l'envie que je quitte sa vie. Avoir le soutien d'Emmet, qui semblait devenir, malgré sa souffrance, un homme en accord avec lui-même, m'avait soulagée.

J'étais toujours aussi éberluée quand je le voyais analyser chaque propos que je lui rapportais sur Alice, (il connaissait sa sœur mieux que lui-même), mais j'aimais encore plus le nouvel Emmet.

Alice et Edward n'étaient naturellement pas au courant de nos nouveaux rapports.

Ils continuaient à être présents pour leur frère, dès qu'ils le pouvaient, mettant sa rébellion sur le compte de son cœur brisé.

Emmet m'avait vivement conseillé de ne pas venir passer Thanksgiving avec eux, ajoutant que même si cela leur ferait vraiment bizarre, ses parents comprendraient très bien, étant au fait de la situation avec Alice.

Comme Rose, il pensait qu'il fallait que je m'éloigne un peu d'elle.

Tout en l'observant allongé sur mon lit tel un poids mort, je me disais que j'aurais peut-être mieux fait de l'écouter. Deux jours plus tôt, une fête avait été organisée dans notre loft et avait encore plus fragilisé ma relation avec Alice.

Je ne savais plus vraiment quoi faire, j'étais perdue, torturée entre l'idée d'être là pour ma meilleure amie et l'envie de m'échapper de cette ambiance merdique.

Dans toute cette histoire, un point d'ombre perdurait. Cela concernait Edward et son lien avec le rejet d'Alice. Pourquoi lui avait-il dit que lui et sa famille était déjà « perdus », entendait-il que je devais être sauvée? De quoi? Malgré leurs défauts, sa famille m'avait toujours aidée, gâtée, offert un toit.

Emmet m'avait assurée ne pas comprendre les explications qu'Alice m'avait données, se contentant de me répéter que j'étais la seule véritable amie d'Alice et que cela faisait ressortir son côté égocentrique et compétitif.

Mais, pour la première fois, j'avais senti qu'il me cachait quelque chose.

« Ma famille est vraiment cinglée Bella! » Avait-il rigolé.

Quoiqu'il se passe, quoi qu'il advienne, subsistait ce lien invisible, fort, entre les Cullen.

Je l'avais assez souvent observé. Emmet restait passionnément attaché à sa famille. S'il n'arrivait pas à faire une croix sur Rose, il y avait de fortes chances à parier qu'il devrait leur tourner le dos. Et ça, je ne savais pas s'il en était capable. J'étais persuadée que c'était secrètement ce qu'espérait Rosalie pour accepter le retour d'Emmet dans sa vie.

Elle avait fini par me lâcher récemment que les rares fois où elle avait rencontré Carlisle et Esmée, ils lui avaient immédiatement rappelé sa famille, par certains côtés, et elle n'aimait pas ça du tout.

…..

Je réajustais mon chignon, observant du coin de l'œil Emmet qui avait les yeux perdus dans le vague.

« Ah Belli Belli! C'est tellement compliqué! », gémit-il soudain, « Je ne supporte pas l'idée que ma famille déteste Rose, je voudrais qu'Alice arrête de l'insulter dans sa barbe dès que je prononce son nom. Je voudrais...Ah, je sais plus! Je lui ai envoyé des lettres, tu sais, à Rosalie. Elle ne m'a jamais répondu ».

Il me lança un regard blessé, inspira longuement et poursuivit en s'extirpant de mon lit:

« Allez! Quand faut y aller...Je sens que cette soirée va être un enfer! ».

J'approuvais en silence.

Putain! Moi non plus, je ne sentais vraiment pas du tout cette soirée.

Je comptais d'ailleurs repartir, dès le lendemain matin, pour rejoindre Rose à New York et que l'on discute sérieusement de mon possible déménagement sur le campus. Elle me tannait avec cette idée depuis la rentrée, soutenant le fait que, si je restais plus longtemps chez Alice, cela allait atteindre un point de non retour.

Edward était venu accompagné de Jasper ce soir. Je ne savais pas du tout ce qu'il faisait là, abandonné encore une fois par ses parents sans doute.

Je ne l'avais pas revu depuis notre désastreux séjour l'été dernier. Alice ne semblait pas plus au courant, elle avait jeté un regard noir à son frère qui lui avait répondu par un sourire victorieux.

Évidemment, Jasper était mal à l'aise, m'adressant un « Bonjour » distant pour s'enfermer ensuite dans la chambre d'Edward.

Carlisle et Esmée étaient tendus, ils semblaient s'être disputés. Carlisle passait son temps au téléphone criant après des collègues hospitaliers qui ne faisaient apparemment pas leur travail tandis qu'Esmée étudiait les plans d'un nouveau bâtiment. Ses gestes étaient brusques, ses mâchoires serrées.

J'avais rarement assisté à des tensions entre Esmée et Carlisle, ces derniers étant souvent absents. Mais celle-là semblait particulièrement mauvaise.

Je me demandais de plus en plus ce que je faisais là, un mauvais pressentiment me dictant de partir au plus vite.

Mais Alice avait tellement insisté pour que je vienne et j'étais tellement heureuse qu'elle veuille encore de moi, que, face à l'exécrable soirée qui se profilait, je m'étais contentée de soupirer et de rejoindre ma chambre pour choisir la robe que j'allais porter.

Notre dispute avait laissé des traces, plus même, elle avait troué mon cœur.

Je n'étais pas idiote, je savais bien qu'Alice avait une multitude de défauts l'a rendant invivable pour beaucoup. Elle avait notamment besoin d'écraser les autres pour se sentir exister. Notre relation pouvait avoir des aspects malsains et j'étais consciente de mon besoin de respirer, de m'évader de tout cela.

Pourtant, je savais que j'avais une place importante dans son cœur. J'étais sa seule amie, son trésor. Elle avait toujours répondu au moindre de mes désirs. Elle m'avait poussée à me dépasser, à être à la hauteur de mes ambitions, à m'affirmer aussi (enfin pas devant sa famille).

Malgré sa grossièreté apparente, son hystérie et son débit de parole intarissable, elle était très intuitive, douce, intelligente et dotée d'une aura hors du commun, elle me fascinait. Alors, j'avais accepté ses défauts, j'avais accepté de me fondre dans son mode de vie, de tout faire pour plaire à sa famille.

Pour être honnête, je n'avais jamais remis véritablement en cause une seule des paroles des Cullen, acceptant tout ce qui venait d'eux, le bon comme le mauvais. J'avais une famille, une sécurité, j'avais une place, j'avais de l'amour.

Même devant Edward, finalement, je m'aplatissais. Je souffrais en silence et me contentais de l'envoyer se faire voir. Je savais qu'il voulait me faire craquer, j'avais maintenant la preuve évidente qu'il voulait que je parte, mais je ne voulais pas lui donner ce plaisir. J'avais bien trop à perdre.

Mon désir de profiter de mon stage à l'étranger pour m'éloigner d'eux n'avait en aucun cas impliqué de ne plus les voir. Je n'aurais jamais pu les éliminer de ma vie.

Lorsqu'Alice m'avait balancé sa longue tirade hésitante, concluant à mon irrémédiable départ, je m'étais effondrée dans sa chambre, prise de violents sanglots.

« Ne m'abandonne pas! » Avais-je crié d'une voix remplie de terreur, « Pas toi! Tu m'avais promis! Ne me laisse pas! ».

Elle s'était alors jetée dans mes bras et m'avait bercée, pleurant dans mon cou.

« Je suis désolée, je suis désolée », me répétait-elle sans cesse.

On était resté longtemps comme cela. Très longtemps. Je commençais à avoir des courbatures et Alice m'avait conduite dans le salon.

Assises dans notre immense canapé blanc, c'était ensuivi une conversation longue, épuisante pour nos nerfs, souvent interrompue par des pleurs, des cris.

Alice m'avait expliqué qu'elle avait conscience de ses défauts qui devait me bouffer. Lucide, elle voyait bien que je m'écrasais face à elle et qu'elle en ressentait du plaisir. Elle se détestait pour ça, parce que j'étais une personne bien. Elle m'avouait qu'elle avait parfois le sentiment que si elle n'avait pas été riche, je ne serais jamais devenue son amie, d'autant plus que j'en avais déjà et depuis longtemps.

Elle avait ensuite ajouté qu'en y réfléchissant bien, elle s'en fichait. Sa richesse faisait partie d'elle, de ce qu'elle était.

Merde! Cet aveu m'avait tordu le ventre. Bien sûr que cela m'avait attirée, fait perdre pied parfois, mais j'avais évolué. J'étais sure que s'ils arrêtaient de me payer quoique ce soit ou s'ils devenaient pauvres du jour au lendemain, je serais toujours là pour les Cullen. C'était naturel, la question ne se posait même pas.

Alice avait poursuivi en reconnaissant que c'était Edward qui avait fini par la faire douter. Il voulait protéger sa famille. Il pouvait être un véritable connard avec les gens extérieurs à eux. Dans le fond, il n'avait rien contre moi, mais pour lui je n'étais pas faite pour leur monde.

Je grimaçais, il pensait vraiment que j'étais une sous-merde.

« Souviens-toi de ce que je t'ai dit Bella. Mon frère t'aime bien, même s'il a une curieuse façon de le montrer! » Avait-elle ri nerveusement.

Tu m'étonnes! Il m'aimait bien mais de loin, de très loin même.

La conversation s'était achevée sur cette idée. Elle avait confirmé que c'était pour cette raison qu'Edward voulait que je renoue avec mon père.

« Tu me connais...J'ai voulu découvrir quels cadeaux il avait bien pu m'offrir pour Noël. Et je suis tombée sur cette commande dans son historique sur internet. J'ai pas bien compris pourquoi. Il m'a juste dit que Charlie finirait par venir te chercher, qu'il y veillerait. Ça m'a fait pété un plomb! On s'est disputé et il m'a dit qu'il valait mieux que tu retrouves ton père plutôt que tu deviennes définitivement une salope ».

Je n'avais jamais vu Edward et Alice se disputer. Je n'avais jamais imaginé que ma petite personne pouvait tant les diviser. Je me demandais ce qu'il en était avec le reste de la famille Cullen.

Tout en parlant d'Edward, Alice cherchait plus ses mots, pesant la moindre parole. Elle s'excusait pour son comportement face aux saloperies de son frère, préférant éviter d'y faire face, faire comme si tout allait bien, mais que cela devenait insupportable. Elle avait été tellement heureuse que ses parents et Emmet m'acceptent et m'aiment, comme un membre à part entière de leur clan, qu'elle avait fermé les yeux sur cet obstacle à notre entente.

Je n'avais pas voulu parler de l'épisode Edward avec sa langue sur ma chatte, je me sentais déjà assez mal comme ça.

« Pourquoi tu ne m'as jamais dit tout cela? » Avais-je fini par demander.

« Pour ne pas te perdre. » M'avait-elle répondu d'une voix faible.

Je n'en demandais pas plus, si Edward faisait de plus en plus pression sur Alice, au point de lui faire dire tout cela, c'est que mes jours étaient comptés.

Je ne voulais qu'une chose dormir, dormir et puis partir. Je devais appeler Rose.

Alice m'avait observée me lever du canapé sans un mot.

Alors que j'allais sortir de la pièce, elle m'avait demandé d'une voix atone:

« Pourquoi as-tu couché avec Jasper? »

Je m'étais raidie et l'avais regardée, bien en face, son visage trahissait une grande fatigue.

« Peut-être parce que, moi aussi, je te déteste parfois ».

Elle avait encaissé le coup sans réagir. J'étais alors directement partie me coucher.

J'avais très vite sombré dans un sommeil lourd, sans rêve. J'avais la sensation qu'un petit corps chaud était collé au mien.

Lorsque j'avais ouvert les yeux, j'avais pu constater qu'Alice dormait contre moi, son visage était détendu, paisible, faiblement éclairé par les premiers rayons de soleil qui filtraient à travers mes stores.

En évitant de la réveiller, j'étais allée faire le petit-déjeuner. Incapable d'avaler quoique ce soit, je lui avais préparé un plateau avec un petit mot « Je reviens, je vais faire un tour ».

J'appelais ensuite Rosalie pour lui donner rendez-vous dans notre Starbucks

« Écoute Bella, je ne sais pas ce qu'il se passe dans cette famille, peut-être qu'ils ont un cadavre enterré dans leur jardin, mais une chose est sure, ils ont un problème avec la tolérance et l'ouverture d'esprit.

Je comprends ce qui t'a plu chez Alice, mais si tu ne pars pas, rien ne risque de s'arranger ».

Serrée contre moi autour de notre petite table habituelle, Rose resplendissait. Elle semblait indestructible. Moi, à côté, je devais avoir l'air d'une fille sous prosac.

« Mais je ne peux pas partir comme ça Rose! » M'étais-je écriée. « Pas comme ça, d'un coup. C'est ...c'est juste impossible. Je ne sais pas quoi faire... »

Rosalie s'était penchée vers moi, me regardant droit dans les yeux, sans ciller.

« A moi de faire ma psy à deux balles Bells. Tu as eu un père qui s'est débrouillé comme il pouvait avec ses petits moyens, sa douleur et le peu de temps libre dont il disposait. Tu avais un super deuxième papa qui a un fils qui est comme ton frère. Mais personne ne semblait satisfait de sa vie, vraiment. Tu t'es laissée attirer par la lumière, très attractive, des Cullen, es devenue un peu salope-soumise, et maintenant, tu brûles tes ailes.

Crois-moi, ce genre de personnes, je connais, elles se croient trop importantes pour que quiconque puissent les égaler par lui-même, sans leur aide, s'ils acceptent de la donner. »

« Merci Rose », ronchonnais-je

Elle pouffa dans sa main. « Franchement Bella, c'est pas la mort, c'est la meilleure chose qui pouvait t'arriver ».

« Vraiment? » Demandais-je, énervée.

« Oui », continua t-elle, pas du tout affectée par mon ton, « sur ce point Edward a raison, bien que je ne sois pas d'accord avec ses méthodes, mais bon, il semble un peu dérangé. Tu dois te détacher d'eux, sinon, crois-moi c'est eux qui le feront. Oh! Et inutile de te parler de ton père... »

Je soupirais et m'effondrais sur la table, ressassant ces dernières heures.

« Tu aimes Edward? », me demanda t-elle soudainement.

Je me redressais, choquée. « Quoi, mais non! Ça va pas! C'est un salop! Beau comme un dieu, d'accord, mais un pourri de la pire espèce et je ne suis pas adepte du syndrome de Stockholm! ».

« Ok! Ok! » Rose levait les mains devant elle, comme pour parer des coups imaginaires. « Assez parlé, j'ai faim, un muffin? ».

Les jours s'étaient enchainés sans que je m'en aperçoive véritablement.

Je me faisais l'impression d'être un robot. J'allais en cours, je trainais avec Rose sur le campus, je couchais avec un gars rencontré dans mon module de politique contemporaine, je rentrais chez moi et passais mon temps au téléphone avec Emmet, Jacob, Ben ou Angela. J'avais l'impression d'évoluer à travers un brouillard, je ne ressentais plus rien. Mes amis me conseillaient vivement de parler avec les parents d'Alice. Je savais qu'ils avaient sans doute raison, mais je ne m'en sentais pas capable. Je leur étais néanmoins reconnaissante de ne pas faire transparaître leur mésestime pour les Cullen, de simplement m'écouter et tentaient de trouver une solution pour apaiser la situation.

Alice avait refusé que je déménage. Elle s'était plantée devant mes placard, m'empêchant d'y accéder en criant que tout allait s'arranger, qu'il ne fallait pas agir sur un coup de tête.

J'en aurais presque ri si je n'avais pas été aussi mal, on aurait dit un couple qui se déchirait.

Bien qu'elle ait posé son veto sur mon déménagement, Alice me parlait peu et désertait souvent le loft pendant des jours et des nuits entières.

Un mois après notre dispute, les choses n'avaient pas évolué et je commençais à faire mes cartons, déterminée à partir cette fois.

J'astiquais le meuble de ma bibliothèque, à présent vide, quand la sonnette de la porte avait retenti. J'étais allée ouvrir, un chiffon à la main, couverte de poussière.

Carlisle et Esmée se tenaient devant moi, dans toute leur splendeur, posant sur moi un regard empreint de tendresse. Pour qu'ils se soient déplacés jusqu'à New York, c'est que l'heure était grave.

Je m'étais immédiatement effacée pour les faire entrer, leur spécifiant qu'Alice n'était pas là.

« Je sais Bella », avait répondu Carlisle, « c'est toi que nous sommes venus voir ».

Ils s'étaient attablés dans la cuisine.

« Aurais-tu du café ma chérie? » me demanda doucement Esmée.

J'avais acquiescé, leur en servant deux tasses, pour finalement m'asseoir face à eux.

Après en avoir bu une gorgée, Carlisle s'était raclé la gorge et m'avait parlé, d'une voix réconfortante.

« Ma fille est venue passée deux jours avec nous, elle était bouleversée. Elle nous a un peu expliqué ce qui s'était passé.

Tu sais Bella, Alice et Edward étaient toujours ensemble avant que tu n'arrives dans notre vie. Ils étaient jeunes. L'adolescence devait les séparer. Alors évidemment, cela ne s'est pas fait dans la douceur et tu en as fait les frais. Edward n'aime pas vraiment les gens, il est plutôt...asocial ». Carlisle avait eu alors un petit rire. « Oh, je sais ce que tu penses, il est toujours entouré de plein de monde. Mais pour être honnête, je crois que seul Jasper a un peu ouvert son cœur ».

« En parlant de Jasper », continua Esmée, « ce serait vraiment bête qu'Alice et toi vous éloigniez pour ce garçon, adorable, certes, mais dont ma fille n'est même pas amoureuse ».

« Il vous faudra peut-être du temps, mais je suis persuadé que tout s'arrangera avec Alice. Tu sais que tu es comme notre deuxième fille et nous serons là pour vous aider. J'espère te voir bientôt sur Forks, d'ailleurs ta voiture t'y attend. » Avait conclu Carlisle dans un sourire resplendissant.

Comme d'habitude, ils ne s'étaient pas plus étendus et avaient simplement dévié la conversation sur mes études.

Suite à leur visite, Alice et moi avons retrouvé, petit à petit, un semblant de complicité. Nous recommencions à sortir ensemble, à trainer dans les boutiques après les cours. Elle m'avait présenté Alec, un gars qu'elle se tapait régulièrement depuis quelques temps. Évidemment il était beau, mais à l'opposé de Jasper. Un visage froid, intimidant. L'œil perçant et le sourire mauvais. J'étais mal à l'aise en sa présence.

Thanksgiving approchait et Billy m'avait invitée à le passer avec lui et Jacob, m'assurant que mon père ne serait pas là. J'étais de plus en plus blessée que mon père ne veuille absolument pas me voir. Mais j'étais aussi têtue que lui, refusant de faire le premier pas.

Apprenant que je ne passerais pas Thanksgiving chez elle, Alice s'était renfrognée.

« Écoute Alice », avais-je expliqué, « je pense que ce serait mieux que je ne vienne pas. Et puis, ce ne sera pas plus mal qu'Edward ne voit pas ma tête avant encore quelques temps ».

Un éclair de tristesse avait traversé le regard d'Alice, mais elle avait fini par accepter.

Le temps filait, nous étions début novembre. J'étais confortablement pelotonnée dans mon lit en train de lire quand mon téléphone avait sonné.

Alice, en pleurs, réclamait que je vienne la chercher dans un bar pas très loin de l'appartement.

Paniquée, j'avais enfilé la première chose qui m'était tombée sous la main et couru jusqu'au bar indiqué. J'avais trouvé Alice recroquevillée devant l'entrée, un videur semblant tenter de la réconforter tandis qu'elle tremblait comme une feuille. Son maquillage avait coulé et une trace de main était bien visible sur sa joue.

Je m'étais approchée d'elle, doucement, et elle s'était immédiatement détendue dès qu'elle m'avait reconnue. Je l'avais délicatement prise dans mes bras et, sans un mot, l'avait ramenée à la maison.

Elle m'avait alors avoué qu'Alec l'avait insultée juste avant de la gifler violemment.

J'avais essayé de la convaincre d'aller porter plainte, sans succès. Elle avait passé la nuit avec moi, remuant constamment dans son sommeil agité, murmurant à plusieurs reprises un « Jasper » implorant.

Après cela, il était hors de question que je la lâche d'une semelle. Elle faisait comme si de rien n'était, mais je sentais bien que ça n'allait pas du tout.

J'avais accepté de passer Thanksgiving chez ses parents et elle avait décidé d'organiser une soirée pour fêter l'évènement.

Évidemment, il n'était pas question que Rosalie ou Edward soient invités.

La fête se passait plutôt bien. Je buvais peu, surveillant Alice en train de se donner en spectacle au son d'une musique rock, sous les rires de cette conne de Jessica.

Emmet restait avec moi, se foutant ouvertement de la gueule de Jess. Aussi loin que je m'en souvienne, cette fille avait toujours fait partie du cercle d'Alice. Elle avait couché avec Emmet, Edward et espérait en faire de même avec Mike. Pour moi, elle était comme une plante verte, toujours présente lors des soirées mais sans que l'on s'en aperçoive vraiment.

Alice, complètement ivre, avait fini par s'approcher de nous. Elle ne cessait de caresser le bras de son frère tout en répétant qu'il devait s'amuser, arrêter de penser à sa conne d'ex.

« Arrête ça tout de suite Alice! » Avait menacé Emmet, repoussant sa main.

Elle m'avait alors regardée et tripotée les cheveux, titubante. Elle n'arrêtait pas de rire dans mon cou, me faisant partager son haleine empestant l'alcool.

« Bella! Sainte Bella! Qui est toujours là pour moi, sans se poser de questions. Ma meilleure amie, la meilleure putain! Tellement extraordinaire qu'elle a voulu partager ce qui était à moi! MON MEC! ».

Des personnes non loin de nous avaient entendu les propos d'Alice et nous observaient, avides d'une dispute en bonne et due forme. J'étais pétrifiée. Alice se rendait compte de ses erreurs envers Jasper, me rappelant du même coup la mienne.

Emmet avait de suite chargé sa sœur sur son épaule pour l'emmener se coucher. Pendant ce temps là, j'avais vidé tout le monde, prétextant que les voisins s'étaient plaints du bruit.

Les larmes coulaient sur mon visage tandis que je débarrassais le gros des cadavres de bouteilles dans le salon.

Emmet m'avait rejoint. Chassant mes larmes de sa main, il m'avait ordonné d'aller me coucher, qu'il s'occupait de cela.

Dans la nuit, alors que je tentais de trouver le sommeil, Alice était entrée dans ma chambre. Elle paraissait si fragile dans son pyjama, les cheveux en bataille, la mine triste.

D'un coup, elle s'était jetée sur mon lit, m'avait embrassée sur les deux joues, me suppliant de l'excuser et d'absolument venir avec elle passer Thanksgiving à Forks.

« J'ai besoin de toi Bells! »

J'avais dit oui et elle m'avait fait un large sourire, avant de se coucher à mes côtés. Une douce chaleur m'avait envahie, j'étais rassurée qu'elle éprouve encore le besoin que je reste près d'elle. Moi aussi, j'en avais besoin.

Je savais que ce n'était pas une bonne idée d'y aller, que rien n'était réglé et ne se réglerait peut-être jamais, mais j'avais besoin de m'en convaincre, d'aller jusqu'au bout.

Combien de fois j'avais rêvé de faire craquer Edward. Là, c'était toute la famille que je voulais voir craquer et lâcher une bonne foi pour tout ce qu'ils avaient sur le cœur.

Lorsque j'étais arrivée à Forks avec Alice, la maison était étonnamment silencieuse.

Edward était soudain apparu au détour d'un couloir, avait pris sa sœur dans ses bras et demandé quand Emmet arrivait.

Avant de monter me préparer, j'avais longuement observé Edward qui feuilletait des magazines, tout en prenant l'apéritif avec Alice. Sa sœur se plaignait à demi-mots de la présence de Jasper et moi, je ne le lâchais pas des yeux.

C'était la première fois depuis longtemps que je l'observais réellement, sans pudeur, sans désir, sans haine. Il devait sentir mon regard mais ne le montrait pas, se contentant de faire la sourde oreille face aux reproches, à peine voilés, de sa sœur.

J'avais toujours eu tendance à me focaliser sur autre chose dès qu'il était près de moi. Quelques fois, j'arrivais même à oublier sa présence. Les seuls moments où je m'étais autorisée à le regarder sans retenue correspondaient aux rares fois où je savais qu'il n'avait plus conscience de ce qui l'entourait. Lorsqu'il jouait du piano ou qu'il étudiait, Edward semblait apaisé, dans sa bulle. Le reste du temps il ne s'accrochait à rien, qu'il soit avec une fille ou avec ses potes, un geste, un son, détournait son attention. Il y avait aussi ces week end en famille où ils partaient tous camper. Sans moi. Je les imaginais, communiant ensemble, resserrant encore plus leurs liens. Parfois, quand les Cullen se regardaient dans les yeux, un échange secret traversait la pièce, mettant immédiatement les autres personnes présentes à l'écart.

Me détournant finalement d'Edward, j'avais posé mon regard sur son piano qui trônait dans le coin de la pièce. Cela faisait très longtemps, à ma connaissance, qu'il n'en avait pas joué. J'adorais lorsque ses longs doigts couraient sur les touches pour finir par les caresser. Il était extrêmement doué. Je ne l'avais jamais trouvé aussi beau qu'en ces instants, mon cœur me disait que je pouvais tomber amoureuse de cet homme là.

Comme s'il avait lu dans mes pensées, Edward s'était débarrassé de son magazine avant de se diriger vers son instrument. Il avait alors joué un morceau, faisant taire instantanément les plaintes d'Alice qui l'avait regardé, étonnée.

Un air éclatant s'était élevé dans la pièce, d'abord ostentatoire, puis vif, pour dériver vers un mélange de douceur joyeuse et s'achever sur une note de tristesse. C'était magnifique.

Après être resté longtemps immobile, assis devant son piano, Edward avait fini par tourner la tête et avait posé son regard sur moi. Il était pénétrant, profond, me remuant les tripes. Je ne pouvais plus m'en détacher. J'avais l'impression qu'il essayait de me faire passer un message, pas l'habituel « Casse-toi », non, autre chose. Les cris de Carlisle au téléphone, traitant un médecin d'abruti, avaient brutalement coupé notre échange.

….

Je lissais nerveusement ma robe avant de pénétrer dans le grand salon où avait été dressée une somptueuse table. Le lustre d'époque avait même été allumé pour l'occasion.

A côté de moi, le beau visage d'Emmet était anxieux.

Me donnant son bras, il m'avait accompagnée jusqu'à la table où j'étais allée m'asseoir à ma place habituelle, en face d'Alice. Jasper s'était installé à côté de moi. Emmet était à ma gauche, faisant face à Edward qui avait placé sa main sur celle de sa sœur sur la nappe blanche. Esmée s'était mise également aux côtés de sa fille, près de Carlisle qui présidait la table.

Après avoir prononcé le bénédicité, le dîner commença, dans un silence pesant, seulement interrompu par les supplications d'Emmet de voir chaque plat passer deux fois par son assiette.

« Emmet! » Le sermonna Esmée. « Arrête de te goinfrer comme un porc! C'est très impoli! Laisse-les autres se servir correctement s'il te plaît ».

« C'est pas grand chose par rapport à ce que vous pouvez me faire! » Répondit-il du tac au tac.

Et merde! Il n'avait pas pu s'en empêcher.

« Ah non! », cria Carlisle. « Pas ce soir! Nous sommes à table et nous profitons d'un Thanksgiving en famille ».

« Et quelle famille! Merci! De toute façon, je ne sais pas ce que je fais ici! Je ne vous supporte plus putain! »

Emmet se leva brusquement, faisant trembler les verres, avant de quitter précipitamment le grand salon en claquant la porte.

Tout le temps de leur dispute, j'avais gardé le nez baissé dans mon assiette.

Assister à tout cela n'était pas une si bonne idée finalement.

Je devinais Carlisle se lever à son tour et partir d'un pas précipité, certainement pour tenter de rattraper son fils.

« Mais c'est pas vrai! » Râla Alice. « Cette conne va encore longtemps nous faire chier comme ça! Merci Bella de nous l'avoir présentée! »

Blessée, je redressais la tête pour croiser le regard d'Alice, froid comme la glace. A côté d'elle, son frère avait adopté exactement la même attitude. Je sentais mes joues chauffer, mais pas de honte, non, de colère.

« Alice! » La reprit Esmée qui s'était levée, nerveuse, pour se servir du vin. « Je t'interdis de t'en prendre à Bella, surtout dans un tel langage. Ce n'est absolument pas sa faute, elle ne pouvait pas savoir que Rosalie avait si peu d'estime pour elle-même et pour les autres ».

S'en était trop et je vis rouge.

« Rosalie est mon amie Esmée et je te prierais de ne plus parler d'elle de cette façon. Vous devriez tous faire un effort pour modérer vos propos quand vous parlez d'elle, surtout devant Emmet ».

Mon ton était tranchant, net, je me sentais libérée. Je ne me reconnaissais pas.

Esmée non plus d'ailleurs, elle me regardait, interloquée. Alice et Edward ne bougeaient pas d'un poil, le visage impassible. Il régnait un silence de plomb, seulement perturbé par le bruit de la chaise de Jasper qui s'était tortillé, encore plus mal à l'aise qu'il ne l'était déjà.

Carlisle fit irruption dans la pièce, qu'il traversa à grandes enjambées, pour s'arrêter face à Esmée.

« Il est parti », dit-il incrédule, « Emmet a pris sa voiture et il est parti. Je n'ai pas pu l'arrêter ».

Esmée tomba dans les bras de son mari en pleurant.

« C'est de pire en pire, on va le perdre Carlisle! »

Ce dernier, qui s'était ressaisi, se mit à caresser les cheveux de sa femme en lui murmurant des paroles réconfortantes.

Alice et Edward regardaient leurs parents, l'air perdu, ne se lâchant pas la main.

Jasper se pencha vers moi avant de murmurer « Je crois qu'il est temps de s'éclipser ».

J'étais plus que d'accord. Nous nous levâmes discrètement pour quitter la pièce et échouer dans la vaste cuisine où Marie apportait les dernières touches au dessert. Je l'informais qu'elle pouvait rentrer chez elle. Elle leva les yeux au ciel tout en soupirant, « Mon dieu encore une dispute », avant de se retirer.

Jasper nous servit deux coupes de champagne avant de s'installer sur une des chaises hautes du comptoir du bar. Je l'imitais, lui faisant face. Il trinqua tout en s'écriant « A la tienne! » et vida sa coupe d'un trait.

« Quelle ambiance! » continua t-il. « On se croirait presque dans un soap opéra! »

Je me sentais étonnamment sereine, la soirée était horrible mais je savais ce qu'il me restait à faire. Demain, je déménageais de chez Alice.

« Qu'est-ce que tu fais là? » Demandais-je à Jasper, un peu abruptement.

« Je suis là pour Alice », me répondit-il sans détour.

Tiens, tiens, peut-être une bonne chose allait sortir de cette soirée de merde.

« Ah oui? Et... » L'incitais-je.

« Et, et, ben, je vais tout faire pour la récupérer », murmura t-il.

« Oh et depuis quand as-tu cette idée en tête? », lui demandais-je, ravie.

« Depuis l'instant où je l'ai quittée. En fait, elle me manque tous les jours », lâcha t-il tristement dans un souffle.

« Je sais que ça peut paraître dingue. Je sais pas ce qui m'arrive...Je sais que ça va pas être facile, mais je sais pas...Je veux essayer. Dès fois, avec moi, je pouvais sentir qu'elle y croyait qu'elle...et moi aussi, enfin tu vois quoi ».

Il évitait mon regard, gêné et se resservit du champagne. Je souris.

« C'est une bonne idée. Je pense que vous aurez du mal à devenir un couple... euh ...stable, mais tu lui manques, vraiment ». Je grimaçais. « Elle m'a encore reproché nos petits moments il y a deux jours ».

« Hum, je sais, Edward me l'a dit », avoua t-il, « en fait c'est grâce à lui que je suis ici ».

« Et bien, tu as de la chance! » M'exclamais-je narquoise. « Edward sait enfin ce que veut dire le mot ami ».

Il rigola franchement. « Ouais, ça pas été facile, mais je suis un mec génial et j'inspire confiance ». Il se reprit. « Non, sérieux, je pense que mon petit Ed avait besoin de se confier, de sortir un peu toute sa merde. Enfin, je ne veux pas le trahir mais... »

« Comme l'été dernier? » Le coupais-je, sourcil levé.

Il me montra les dents. « Ouais, ouais, mais j'aimerais vraiment que les choses s'arrangent entre vous, déjà que c'est pas le pied avec Alice. D'ailleurs, chapeau pour ta petite tirade de tout à l'heure, tu leur as bien coupé le sifflet. J'ai toujours bien aimé Rosalie. Elle est parfaite pour ce gros con d' Emmet ».

Je secouais vivement la tête en signe d'approbation et buvais une gorgée de mon champagne.

« Bella, tu as des sentiments pour Edward? »

Décidément, Rose et lui étaient connectés pour me faire chier.

« De haine, oui », répondis-je d'une voix dure.

Il soupira. « Bella, même s'il crèverait plutôt que de l'avouer, je pense...et bien, oui, qu'il est amoureux de toi ».

Je m'étouffais dans mon verre.

Jasper s'esclaffa et poursuivit. « Je suis sérieux Bella. Après, c'est sûr, je ne te le conseille pas, il serait pire que moi comme copain. De toute façon, il est persuadé qu'il est incapable d'aimer quelqu'un. Ça l'a pas mal secoué de voir son frère succomber et maintenant Alice... ».

Je le regardais à présent, l'air sévère. « Je crois que tu te plantes Jasper ».

« Mais... »

D'un geste, je lui intimais le silence. Jasper obtempéra mais se mit à secouer la tête de gauche à droite, comme s'il condamnait déjà ce que j'allais lui dire.

« Laisse-moi finir au moins. Je ne dis pas que je n'ai pas ressenti un jour des sentiments qui pouvaient s'apparenter à de l'amour pour Edward. Je suis un peu maso comme fille. Mais à quoi bon. Merde! Il a toujours été horrible avec moi et en plus d'être méchant, c'est un pervers de la pire espèce. Tu sais, un soir il m'a embrassé et ... »

Je m'arrêtais, voyant que Jasper s'était redressé sur sa chaise et regardait sur le côté, l'air étonné.

Un bruit de verre brisée se fit alors entendre. Esmée se tenait dans l'encadrement de la porte, blême.

« Décidément », marmonna Jasper.

« Ah non, non, ce n'est pas possible! » s'écria t-elle. « CARLISLE! »

Ce dernier accourut, suivi par Alice et Edward. Ils nous dévisageaient, sans comprendre.

Mon mauvais pressentiment refaisait surface. Je sentais mon cœur battre à tout rompre dans ma poitrine et je resserrais ma main autour de ma coupe de champagne, fixant Esmée qui avait la tête tournée vers son mari.

« Isabella est amoureuse de ton fils », cracha t-elle.

« Emmet? » Demanda Carlisle ahuri.

« Non, Edward! »

Je pus sentir que ce dernier s'était raidi. Je me sentis rougir et cherchais du regard de l'aide auprès de Jasper qui ne pipait mot, trop assommé par le comportement d'Esmée.

Bizarrement, cela ne m'étonnait absolument pas, ce que je craignais était en train de se produire. Mais j'allais lui faire entendre raison, je n'étais pas amoureuse d'Edward de toute façon. Je déglutis avant d'essayer de m'expliquer.

« Esmée, je ne suis pas amoureuse de lui, il n'est pas vraiment le petit-ami rêvé! » tentais-je sur le ton de la plaisanterie.

« Comment oses-tu! » Répliqua t-elle. « Je te trouve bien insolente ce soir. Tu manques de respect à toute la famille! »

« Esmée », intervint Carlisle sur un ton apaisant.

« Ah non, toi je ne t'écoute plus! » Elle essaya d'imiter la voix de son mari tout en le toisant: « Emmet va oublier Rosalie, Edward va finir par ne plus faire une fixation sur Bella ». Elle tourna la tête vers moi avant de poursuivre. « Résultat des courses, on en est là ce soir, Emmet est parti et Isabella croit avoir des droits sur notre fils! ».

J'étais soufflée. Ses yeux lançaient des éclairs, la veine de son cou était gonflée. Je ne l'avais jamais vu envahie par une telle colère. J'avais l'impression que la scène qui se déroulait sous mes yeux ne pouvait être réelle. Je ne reconnaissais personne. Ni Esmée et son visage hargneux, ni Carlisle qui avait maintenant adopté un air dédaigneux et encore moins Alice qui arborait un air apeuré. Seul Edward semblait... comment dire, soulagé, presque heureux. Il avait reculé d'un pas, cassant la ligne que formait sa famille toujours positionnée dans l'encadrement de la porte.

Jasper sembla retrouver ses esprits et se leva pour se placer devant moi, protecteur.

« Je crois que tout le monde a besoin de se calmer », intervint-il d'un ton décontracté. « Il n'y a rien de grave là dedans et je pense... »

« Jasper », le coupa Esmée, « cela ne te concerne pas, laisse-nous s'il te plait ».

Jasper se tourna vers moi, guettant mon approbation. Je lui donnais, hochant nerveusement la tête, et il sortit de la cuisine en marmonnant un « je vais faire un tour » sec. Il effleura le bras d'Alice en partant qui ne réagissait pas, ses yeux emplie de peur toujours fixés sur moi.

« Isabella », reprit Esmée. « Nous t'avons pardonné ton comportement avec Alice car elle a besoin de toi et qu'elle n'est pas toujours facile. Mais Edward, ah non! Il est hors de question que tu espères quoique ce soit avec lui. Ça suffit les belles-filles de pacotille! » Elle se radoucit un instant, « tu es intelligente Bella, naturellement jolie et attendrissante mais... ». Elle déglutit, féroce, puis détacha chacun de ses mots. « IL .EST .HORS. DE .QUESTION .QUE .TU .DEVIENNES .PLUS .QUE .L'AMIE .D'ALICE .DANS .CETTE .MAISON, tu m'entends? », conclut-elle avec une pointe d'hystérie dans la voix.

Aucun son n'était capable de sortir de ma bouche, j'étais pétrifiée.

« Esmée », dit Carlisle d'un ton froid, « je crois que nous devrions parler en privé. MAINTENANT! ».

Sans un regard pour moi, il tourna le dos et s'éclipsa d'un pas rapide.

Esmée sursauta aux paroles de son mari, resta un instant sans réaction, les yeux vides, puis, dans un soupir, elle le suivit tandis qu'il s'éloignait vers les escaliers.

Dans le même temps, Alice gémit et courut jusqu'à sa mère en l'appelant d'une voix implorante, me laissant seule avec Edward.

Sans un mot, ce dernier disparut à son tour. Je restais assise là, la coupe de champagne, maintenant chaude, toujours à la main.

Mon cerveau était en ébullition, cherchant quoi faire, quoi dire.

Détachant ma main moite de mon verre, je me laissais finalement glisser le long de ma chaise et me dirigeais d'un pas d'automate vers le couloir. Sur ma gauche, les escaliers, sur ma droite le hall d'entrée.

Alors que j'hésitais toujours sur la direction à prendre, je sentis soudain la présence d'Edward à mes côtés. Il tenait mon manteau et mon sac. Sans vraiment réaliser ce que je faisais, j'enfilais mon caban. Avant que je n'ai eu le temps de le fermer, Edward m'attira contre lui, nichant son nez dans mes cheveux tout en inspirant longuement. Toujours choquée, je restais inerte, les bras le long de mon corps.

Il finit par se détacher de moi et me conduit, sa main posée au bas de mon dos, jusqu'à l'entrée.

Me prenant par les épaules, il me força à me tourner vers lui. Il me fixa un moment, le regard sérieux, pour finir par me tendre mon sac qu'il n'avait pas lâché.

Je restais paralysée, pâle comme la mort, incapable d'esquisser le moindre geste pour le récupérer.

« Mais rentre chez toi putain! ». Cria t-il soudain d'une voix désespérée. « Tu fous la merde! ».

Voyant que je ne réagissais toujours pas, il me prit par le bras et me tira jusqu'à la porte d'entrée qu'il ouvrit d'un geste sec. Il me poussa doucement dehors et déposa mon sac à mes pieds avant de se poster à l'entrée, me faisant face, une main sur la poignée de la porte.

Je restais là, le fixant sans vraiment le voir, la bouche entre ouverte.

La douleur sourde que je commençais à ressentir semblait se refléter sur tout son visage. Il me lança un long regard rempli d'angoisse, de peine. Ses si beaux yeux semblaient brillants.

Puis, lentement, très lentement, il referma la porte en soufflant « Aurevoir Bella, Isabella Marie Swan ».

Je restais là, plantée devant l'immense porte en bois travaillé que j'avais tant de fois franchi, sans même m'annoncer.

C'était chez moi. Ils allaient revenir. Ils ne pouvaient pas me laisser là, seule, dans la nuit. Carlisle n'allait pas laisser son fils faire cela, lui toujours si raisonnable. Esmée allait regretter ses paroles et me prendre dans ses bras. Alice allait encore une fois revenir sur son attitude et me sauter dessus en m'assurant que je ne pouvais pas partir.

Les secondes défilaient, les minutes même, mais rien. Personne ne vint.

Je fus soudain frappée par l'évidence, c'était fini, ils ne seraient plus jamais là.

Prise de sanglots incontrôlables, je récupérais mon sac et me retourner pour dévaler les marches du perron.

Je m'arrêtais en apercevant la large grille de l'entrée.

Marcher le long de la route? Appeler Jacob qui était chez son père?

Je fixais l'horizon, à peine consciente du froid hivernale, entourant de mes bras mon sac collé contre mon ventre.

Alors, pour la première fois en plus de trois ans, je pris mon portable, d'une main tremblante, pour composer le numéro que je n'avais jamais oublié.

« Papa...Papa, je...viens me chercher s'il te plaît, je...je...suis devant chez les Cullen...Je suis toute seule. Je... ».

« Je sais », me coupa t-il d'une voix déterminée, « je suis sur la route, j'arrive Bella, j'arrive, je ne te laisse pas. »