-Ava, commença t-il, il faut qu'on parle sérieusement.

-Je n'ai vraiment pas envie de discuter ce soir, Papa.

-Je me contrefiche que tu le veuilles ou pas.

Son ton avait été sec. Je le regardai droit dans les yeux, et m'assis en face de lui.

-Très bien, alors parlons. Mais de quoi exactement ?

-De toi Ava, de toi. Et de notre relation aussi. Je ne te comprends plus.

-Je vois, murmurai-je, cynique. Peut-être que si tu arrêtais la bouteille, tu comprendrais mieux.

J'attendis sa réaction, mais ses yeux ne cillèrent pas. Il gardait son sang froid, ce qui à ma surprise, me gêna.

-Je te fais remarquer Ava, que je ne bois plus ces derniers temps. Parce que je me soucies de toi.

-Vraiment ? Eh bien je te félicite. Mais cela ne change rien.

-C'est vrai. Mais peu-être que le problème ne vient pas de là, mais d'autre chose.

-Et de quoi alors ?

-Je pensais à la mort de ta mère.

Sa phrase me toucha directement. Il avait vu juste.

-Nous n'en avons jamais parlé toi et moi. Je sais que tu m'en veux…

-Tais-toi…

-Ava s'il te plaît…

-La ferme ! Si tu crois que…

-Tu crois peut-être que la mort de Mélie ne m'a pas affecté ?!

Son expression à la fois furieuse et douloureuse me déstabilisa.

-Cela fait deux ans, poursuivit-il, que tu ne me parles presque plus. Tu passes ton temps à m'ignorer constamment. J'essaye de te comprendre, j'essaye mais rien à faire, je n'y arrives pas. Et si tu crois que cela me plaît de voir ce que je suis devenu, détrompes-toi Ava !

Je voulais dire quelque chose, protester, mais les muscles de ma mâchoire étaient comme crispés.

-Tu as le droit de penser que je suis un minable, car c'est le cas, mais je voudrais que tu me vois autrement. Que tu me vois comme un père, comme avant… Je voudrais que tu sois celle que tu étais autrefois.

-Désolée, je ne peux pas.

Ces mots à peine prononcés, je le vis me jeter un regard douloureux. Il avait beau me dire cela, ça ne changeait rien au passé. S'excuser auprès de moi ne signifiait pas demander pardon à ma mère. Jamais. Je me levai, silencieuse, passant sans jeter un regard à mon père, et montai dans ma chambre, qui était à présent mon refuge. Une fois seule, je me mis à penser à tout à la fois, et les larmes ne tardèrent pas à venir, coulant silencieusement. Ces derniers temps, je devenais une fontaine chaque soir. « Mais qu'attends-tu réellement Ava ? » ai-je pensé. C'est clair, je ne savais pas ce que j'espérais. Je devenais vraiment difficile. Le lendemain, je me forçai un peu plus à sourire, pour paraître un peu plus heureuse, même si c'était tout le contraire de ce que je ressentais en ce moment. Tout le monde s'était aperçu qu'Ethan et moi ne nous parlions plus, mais nul ne fit commentaire, ce que j'appréciai. Mais mon sourire était faux, crispé. C'était comme si j'allais oublier de sourire. Redevenir celle que j'étais, quand un simple sourire d'Ethan faisait déborder mon cœur de joie, semblait impossible. Mais je ne pouvais pas continuer ainsi à me torturer sans cesse. A peine entendais-je sa voix, que les palpitations de bon cœur battaient la cadence, m'infligeant un peu plus de douleur à chaque battement. Je devais oublier. Tout. Je devais essayer. Me forcer. C'était la seule solution. M'accrocher et espérer était ce que je voulais. Pas Ethan. Plusieurs jours passèrent, se succédant, identiques, les uns aux autres. On retournait au tout début, lui ,ne me parlant pas, et moi, espérant dans mon coin. Sauf que j'étais encore plus sinistre qu'avant. Je n'avais pas adressé la parole à mon père depuis l'autre soir. A dire vrai, c'était lui qui m'ignorait. Il n'était rentré que très rarement de l'hôpital ces derniers temps. Au fond de moi, je me sentais responsable. Depuis l'autre soir, la culpabilité me rongeait, malgré moi. « J'ai peut-être été dure », pensai-je. Encore un problème par ma faute. Parmi tous les maux que j'avais causé, il n'y en avait qu'un qui ne me dérangeait pas. Le fait que Savannah m'évitait était ma foi agréable. Je n'avais plus à supporter ses réflexions à répétition. Sa responsabilité dans ce qu'il s'était passé entre Ethan et moi était moindre, comparé à ce que je n'avais pas pu faire.


A cette époque, je n'aurais jamais imaginé notre réconciliation ainsi. Le hasard fait parfois bien les choses. C'était vrai. Je me rapprochai du bord, écartant légèrement les bras. « Je t'aime ». Lorsqu'il avait prononcé ces mots, je pensais que je n'oublierais jamais cet instant. Mais à l'heure actuelle, cela n'avait plus d'importance.


Le plus dur était de savoir qu'il vivait en face de moi. Comment pourrais-je l'oublier si je le voyais constamment ? Je ne pouvais pas. Je ne pleurais plus certes, mais la torture longue et douloureuse dans mon cœur ne s'était pas atténuée pour autant. L'autre fois en sport, je crus qu'il me regarda, mais son regard électrique ne fit que me traverser. Il ne me voyait plus. Je n'existais plus à ses yeux, ses yeux que je voulais tant contempler à nouveau. Son sourire plein de soleils me manquait terriblement. Rien que d'y songer me faisait oublier le reste. Je devais me ressaisir au plus vite. Ce soir-là en rentrant, je le vis marcher un peu plus loin devant moi. Devant sa silhouette, je ne pouvais plus avancer. Je ne pouvais que contempler son dos, s'éloignant encore un peu plus. Puis je me remis à marcher, faisant des pas inconscients pour rentrer chez moi. Arrivée devant ma porte, je me mis à réfléchir. Remarquant la voiture de mon père, je me décidai à entrer. Ce dernier ne m'adressa pas un regard. On aurait dit qu'il rentrait dans mon jeu, comme s'il me testait. Alors que je commençai à monter les marches, il daigna enfin me parler.

-Ne t'éloignes pas si vite, on va bientôt manger.

-Merci, je n'ai pas faim.

-Je ne te demandes pas ton avis. Tu restes là et c'est tout.

S'il voulait que je sorte de mes gonds, c'était gagné. Finalement, je posai mon sac et remis ma veste.

-Ou vas-tu exactement ?

-Je sors prendre l'air.

-Ava, reste-là ! Je t'interdis de franchir cette porte !

-Et moi, je n'ai pas t'écouter.

Puis je claquai la porte. Il avait réussi à m'énerver. Je me mis à marcher rapidement, et ne m'aperçus pas qu'Ethan regardait par la fenêtre au même moment. Mes pas étaient rapides et décidés. Je savais où je voulais être en ce moment. Au seul endroit où personne ne viendrait me trouver. Sans m'en rendre vraiment compte, je me mis à courir. Arrivée au lieu fatal, mon souffle déjà saccadé, devint plus court. C'était ici. Ici que ma mère avait sauté de cette falaise il y a deux ans. Je m'asseyais au bord, contemplant le parc. Celui-ci était magnifique. « Pourquoi avoir choisi ce lieu Maman ? ». Je ne savais que penser. Elle qui était si heureuse…Comment en être arrivé là ? Cette question resterait sans doute sans réponse. Mon regard se perdit au loin, plongé à nouveau dans les souvenirs. Je ne vis pas le temps passer. J'étais déjà loin. A présent, je regardai le ciel, parsemé d'étoiles ce soir-là.

-C'est étrange. Comment peut-on être aussi triste alors que la nuit est si belle ?

Ma mémoire me jouait des tours. Je me retournai vivement et vis, stupéfaite et incrédule, Ethan se tenant près de moi. Lui aussi contemplait le ciel, son regard étincelant pénétrant les étoiles. Je tournai la tête.

-Il fait croire, que même les éclats de la nuit ne peuvent effacer les ténèbres de la peine.

-Peut-être. Mais je pensais plutôt à toi en disant cela.

-Hein ?

-Oui. Toi tu représentes la nuit, et moi le jour. Nous sommes totalement l'opposé.

Il vint s'asseoir près de moi. Je ne pus que le fixer.

-Vraiment, Ava. Tu es bien difficile à comprendre. J'ai essayé, essayé, mais en vain.

-De quoi ?

-De t'oublier. J'ai tout tenté, mais rien à faire, je n'y arrives pas.

Je ne disais rien, me contentant de le regarder.

-Je n'arrives pas à t'en vouloir. Disons le carrément, c'est moi que je détestes.

Pourquoi disait-il cela ? Après ce que je lui avais fait, c'était moi et moi seule la responsable.

-La vérité, c'est que e n'ai pas cesser de penser à toi.

A présent, ses prunelles lumineuses étaient tournées vers les miennes. Son regard semblait à la fois triste et interrogateur. Mes larmes étaient aux bords de mes cils. Je devais lui dire. Je ne pouvais plus reculer.

-Ethan, je …

Mes mots furent noyés par ses lèvres écrasant les miennes. Les battements de mon cœur reprirent leur course effrénée, sans pouvoir s'arrêter. Ses lèvres étaient douces et je sentis mes larmes se mêler à notre baiser. Ce fut lui qui y mis fin, et me contempla longuement.

-Je passes mon temps à te faire pleurer, murmura t-il dans un sourire.

Ce sourire, mon soleil. J'avais tellement espéré le revoir de nouveau.

-Je pleures souvent pour rien ces temps-ci.

-Je le sais.

Il prit mon visage dans ses mains.

-Je t'ai observé tu sais. Tout le temps.

-Comment as-tu su que j'étais ici ?

-Ou serais-tu allée, sinon ici ? Il n'y a qu'à cet endroit que ta place se trouve.

-Pas depuis que tu es là.

Son regard s'intensifia, et je me sentis rougir. Lui semblait amusé.

-J'aimerais vraiment voir ces deux émeraudes qui m'hypnotisent, étinceler de nouveau.

Je ne sus quoi répondre. Décidément, il avait toujours le dernier mot. Mes lèvres se figèrent dans un sourire.

-Avec toi, je penses que c'est possible. Je t'aime Ethan.

-Je t'aime.

-Ava ? C'est maintenant que tu rentres ?!

Il était minuit passé. Mon père était furieux.

-Je suis…désolée Papa.

Il me regarda, inquiet, puis se détendit.

-Bon. Tant que tu vas bien.

-Cette nuit est vraiment superbe.

-Quoi ?

-Rien. Bonne nuit.

-Euh…oui. Bonne nuit Ava, finit-il par lâcher.

Une fois seule dans mon lit, je me mis à songer. Son « je t'aime » avait eu l'air si réel. Nous nous étions embrassés une dernière fois avant de nous séparer. Mes lèvres me brûlaient encore, tant j'étais heureuse. Son regard était encore plus intense me semblait-il. Les choses allaient s'améliorer, j'en étais certaine. Mes yeux se fermèrent et le sommeil me gagna peu à peu. Ethan resterait auprès de moi. Je ne permettrais pas qu'on me l'enlève. Jamais. Quel qu'en soit le prix à payer à la fin.

Fin de la première partie.


voila enfin la fin de la première partie j'espère que vous n'êtes pas trop décu ^^ j'ai commencé la deuxième j'ai hâte de pouvoir commencer à la poster et surtout de rentrer dans le final de l'histoire enfin je m'emballe!merci à Aya0me et Lily-0205 pour vos reviews et votre soutien ça me fait trop plaisir b'zioux Mireba-chan