CHAPITRE 3 : Another one bites the dust

There are plenty of ways that you can hurt a man
And bring him to the ground
You can beat him, you can cheat him
You can treat him bad and leave him when he's down

But I'm ready, yes, I'm ready for you
I'm standing on my own two feet
Out of the doorway the bullets rip
Repeating to the sound of the beat

Queen, Another One Bites the Dust

I

How does it feel
To treat me like you do
When you've laid your hands upon me
And told me who you are

I thought I was mistaken
I thought I heard your words
Tell me how do I feel
Tell me now how do I feel

Those who came before me
Lived through their vocations
From the past until completion
They will turn away no more

And I still find it so hard
To say what I need to say
But I'm quite sure that you'll tell me
Just how I should feel today

New Order, Blue Monday

Noctis émergea du sommeil plusieurs fois. La première, il crut qu'il allait vomir. Un vague éclair de lucidité lui rappela que Prompto avait eu la délicate attention de lui laisser un seau. Ça le rassura, et la nausée se rétracta au fond de son estomac. Il se rendormit. Une durée indéterminée plus tard, sa conscience émergea de nouveau. Il avait toujours le ventre en vrac, mais cette fois, la sensation dominante fut le mal de crâne qui pulsait derrière ses orbites avec la sauvagerie d'une troupe de chevaux lancés au galop. Cela dit... il sentait autre chose. Il réalisa alors qu'il avait dormi dans les bras de Prompto. Il tressaillit, cherchant très vite à comprendre et à analyser la situation. Il avait toujours tous ses vêtements sur lui. Il n'avait rien fait... Pas vrai ? À cette seule pensée, non par dégoût, mais à cause du flot d'émotions insupportable à cette heure et avec ce taux d'alcool dans le sang, il sentit la nausée reprendre l'avantage. Une sueur glacée lui couvrit le front et le dos. Il se dégagea de l'étreinte et vomit dans le seau à côté du lit.

Prompto se réveilla tandis que Noctis se rallongeait sur le lit, rouge d'embarras et de malaise.

« Ça va aller ? demanda le blond.

— Huh... soif... »

Prompto se leva et disparut dans le couloir, tandis que Noctis essayait de reprendre son souffle, ravagé par la nausée et le mal de crâne.

Merde... Quel con... Et qu'est-ce que j'ai bien pu raconter hier ?

Son ami arriva à point nommé pour interrompre ses réflexions. Il avait même pensé à mettre de la glace dans son grand verre d'eau. Vraiment trop gentil.

Noctis attrapa le verre et fit de son mieux pour ne pas tout descendre d'un coup, sous peine d'une réponse violente de son estomac. Il se redressa sur les oreillers et trempa les lèvres dans la bienveillance glacée.

« Est-ce que t'aurais... une aspirine ?

— Ouaip, je vais te chercher ça. »

Une demi-heure plus tard, le monde était redevenu à peu près normal.

« Vraiment désolé de m'être foutu dans cet état et de t'avoir imposé ça, marmonna Noctis en finissant son verre d'eau.

— T'as pas à t'excuser. Ça allait pas, et moi, j'étais juste dans le coin. »

Noctis fronça les sourcils, et Prompto s'alarma. Noctis n'était pas juste embarrassé de son comportement. Ce qu'il lisait sur son visage... C'était de la souffrance à l'état brut.

« Je sais, Prompto, que je suis pas le seul à souffrir. Je me suis servi de toi comme je le fais avec tout le monde. Je t'ai appelé. T'es venu. Et je suis tombé en morceaux devant toi.

— Et alors ? »

Noctis se mordit la lèvre. Il ne dit rien, mais ses yeux se remplirent de larmes.

« Noct, t'as pas besoin de t'en faire pour ça. Pour moi, tout va bien.

— Mais moi... j'ai l'impression que ça va tellement mal que c'est comme si c'était une explosion nucléaire. Comme si fallait surtout pas m'approcher.

— Ça va, Noct. T'es pas radioactif.

— Putain, Prompto... Je sais rien de toi... on se connaît depuis quelques jours et t'es toujours là pour moi... Tout ce que je t'apporte, c'est des emmerdes.

— Arrête de déprimer pour ça. Pour tout le reste, je comprends. Mais pour ça... T'avise pas de préjuger de ce que je ressens et de pourquoi je le ressens. Tu m'as pas forcé la main, tu m'as pas ignoré. T'as déjà mal, et en plus, t'es en lendemain de cuite. Arrête de penser à moi.

— Mais si ça se trouve, tu allais mal hier, toi aussi.

— Et si c'était le cas ?

— Alors je n'ai fait qu'empirer les choses.

— Non. J'étais seul, moi aussi, et je me réveille avec toi. »

Noctis le regarda intensément. Comme il le faisait régulièrement depuis qu'ils se parlaient. Pour tenter de savoir ce qu'il y avait au-delà de ses yeux. Les yeux de Prompto n'étaient pas comme les siens : pas des vitres teintées qui reflétaient la lumière extérieure. Ils possédaient leur propre lumière.

Et d'un seul coup, Noctis se retrouva aveuglé. Submergé. Les pensées se précipitèrent sous son crâne : qu'est-ce qu'il faisait là ? Pourquoi il avait cette conversation ? Il devait payer, pas être réconforté. Il devait rentrer chez lui et s'enfermer dans son petit monde, affronter ses démons, et perdre.

Comme toujours.

Mais surtout, surtout pas pleurer devant quelqu'un qu'il connaissait à peine. Surtout pas se laisser aller juste parce qu'on était gentil avec lui. Tout le monde, lui semblait-il, essayait de l'éduquer, mais il avait sa propre méthode, et cette méthode était bien plus cruelle et bien plus dure que toute la discipline qu'on essayait de lui imposer.

Il se redressa, testa sa capacité à percevoir le monde de manière à s'y mouvoir sans se casser la figure, et se leva.

« Merci pour hier », marmonna-t-il.

À cet instant, deux choses se produisirent simultanément qui firent remonter illico sa nausée et son mal de crâne. Prompto lui attrapa le poignet et son téléphone sonna.

Il perdit l'équilibre et tomba sur le lit.

« Merde... gémit-il.

— Désolé, Noct, mais je crois que t'es pas en état de rentrer. Tu veux que je réponde ? » demanda Prompto en désignant son téléphone du menton.

Noctis secoua la tête, tentant de maîtriser son vertige.

Le téléphone de Noctis cessa de sonner, mais celui de Prompto enchaîna aussitôt.

« C'est Gladio, dit le jeune homme à Noctis après avoir jeté un coup d'œil à l'écran.

— Hmpf...

— Allô ?

— Salut, Prompto. J'arrive pas à joindre Noctis, tu saurais pas où il est ?

— Euh...

— C'est bon, passe-le-moi », murmura Noctis.

Le prince s'assit sur le bord du lit et prit le téléphone.

« Gladio ? Désolé pour l'entraînement, mais je crois que ça va pas être possible.

— Je peux savoir pourquoi ?

— Parce que je me suis pris une cuite phénoménale. Je pouvais pas rentrer, alors j'ai appelé Prompto. Je suis chez lui. »

Il y eut un silence au bout du fil. Gladio était probablement surpris par ce brusque accès d'honnêteté.

« Je vois... On en parlera plus tard, essaie de te remettre d'aplomb...

— Ouais... À plus, Gladio...

— Attends, attends. Ignis est à côté de moi, il a un truc à te dire.

— Ah...

— Bonjour, Noctis.

— Salut, Ignis...

— Je te l'aurais dit en face si tu étais venu à l'entraînement, mais...

— Quoi ?! »

Noctis commençait à s'alarmer.

« Je pars quelques temps, annonça calmement Ignis. J'ai demandé un congé à ton père, et il me l'a accordé. Je... je ne peux plus continuer comme ça. J'ai besoin de prendre mes distances. »

Noctis déglutit. Il avait l'impression qu'on venait de le gifler. Il refoula ses larmes, la gorge nouée.

« Noct, j'aimerais... Je voudrais que tu sois heureux. »

Le prince plaqua une main contre sa bouche pour contenir un sanglot.

« Tu devrais prendre plus soin de toi, Noct. Tu ne mérites pas tout ce que tu t'infliges, d'accord ? À mes yeux, tu as un grand avenir devant toi. Que ça te plaise ou non. »

Noctis inspira doucement, espérant qu'il n'allait pas s'effondrer en larmes au téléphone. Puis, tout doucement, il écarta la main de sa bouche.

« Ça te va bien de me dire de prendre soin de moi, dit-il d'une voix étranglée. Tu t'es vu ? C'est pas comme si t'avais l'air en grande forme... Demande à Gladio, si tu ne me crois pas... »

Ignis eut un petit rire qui fit du bien à Noctis.

« En fait, il n'arrête pas de me répéter que j'ai une sale tête, alors... je te crois.

— Ignis... Ne pars pas trop longtemps.

— C'est promis. »

Ils restèrent quelques secondes silencieux. Noctis ne fit pas attention aux larmes qui coulaient sur ses joues, tandis qu'il serrait le téléphone dans sa main tremblante, l'autre crispée entre ses cuisses.

« Je te donnerai des nouvelles, reprit Ignis. En attendant, je te confie à Gladio. Et à Prompto. Essaie de ne pas les rendre fous.

— Je... j'essaierai, Ignis. Repose-toi bien.

— Au revoir, Noct. »

Ignis raccrocha.

Choqué, les yeux dans le vide, le prince resta quelques secondes à écouter la tonalité. Puis, il jeta le téléphone sur le lit et enfouit son visage dans ses mains. Il prit une grande inspiration tremblante, sachant que le combat contre la crise de larmes était perdu d'avance. Il suffit que Prompto pose une main sur son épaule pour qu'il se mette à sangloter pour de bon.

Ce fut plus violent que ce à quoi il s'attendait. La douleur le plia en deux. La tête posée sur les genoux, les poings serrés, il chercha à dompter la souffrance qui lui empoignait les tripes, lui faisant pousser des plaintes pathétiques qu'il essaya vainement d'étouffer. Pendant ce temps, Prompto lui caressait doucement le dos. Noctis eut l'impression qu'il lui parlait, aussi. Il n'arrivait plus à respirer. En un rien de temps, le chagrin vira à l'angoisse. La terreur noire, tapie au fond de lui, celle qui gisait dans les yeux des requins psychiques qui ne reflétaient aucune lumière, le submergea. Il ne pouvait plus reprendre son souffle. Le monde commença à tourner, et ça n'avait plus grand-chose à voir avec la gueule de bois.

« Merde ! » cria-t-il d'une voix étranglée.

Il se mordit un doigt pratiquement jusqu'au sang, dans l'espoir de se raccrocher au réel, dans l'espoir d'échapper au vortex d'obscurité qui s'ouvrait sous ses pieds.

Alors, Prompto le força à déplier son corps recroquevillé. Il le prit dans ses bras et le serra étroitement, une main dans ses cheveux, l'autre posée sur ses hanches.

« Je suis là, Noct. Je t'empêcherai de sombrer. »

Le prince eut envie de lui dire qu'il n'avait pas le pouvoir d'empêcher une telle chose, mais au lieu de cela, il préféra se raccrocher à la sensation de ses doigts sur son corps, à son à odeur, au bruit de son souffle.

« Il s'en va, Prompto... murmura-t-il d'une voix qu'il ne reconnut pas. Je... je crois qu'il vient de me quitter. »

Noctis était incapable d'appréhender l'énormité de la chose. Pas une seule seconde, il n'aurait cru que ça lui ferait aussi mal. De nouveau, les sanglots l'étranglèrent. Prompto serra la main plongée dans ses cheveux. Il l'embrassa sur la tempe et répéta :

« Je suis là. Ça va aller. Je te le promets. Dans quelques minutes, ça ira mieux. »

Cette fois, Noctis passa ses bras autour de lui et le serra à son tour, s'agrippant à lui comme s'il risquait de disparaître d'une seconde à l'autre. Il l'étreignit jusqu'à la douleur, mais Prompto ne broncha pas.

« Qu'est-ce que je vais faire, Prompto ? Qu'est-ce que je vais faire ? Qu'est-ce que je vais faire, putain ?! »

Prompto ne répondit pas, se contentant d'être là, un rempart, un abri, un point d'ancrage.

Pendant ce temps, Noctis passa par tout le spectre des émotions. Il eut envie de mourir, puis il oublia même ce désir, aveuglé par la douleur et la peur. Puis, toute émotion disparut tandis qu'il luttait simplement pour respirer. Au bout de quelques longues, très longues minutes, son cœur commença enfin à se calmer. Son souffle ralentit tout doucement. Et il se sentit épuisé au point de plus pouvoir bouger. Prompto l'aida à se rallonger sur le lit et resta contre lui jusqu'à ce qu'il se rendorme.

II

Wake from your sleep

The drying of your tears

Today we escape

Pack and get dressed

Before your father hears us

Before all hell breaks loose

Breathe, keep breathing

Don't lose your nerve

I can't do this alone

Sing us a song

A song to keep us warm

There's such a chill, such a chill

You can laugh

A spineless laugh

We hope your rules and wisdom choke you

Radiohead, Talk Show Host

Quand Noctis se réveilla, il n'eut qu'une seule pensée à l'esprit : il aurait peut-être été préférable qu'il ne se réveille pas du tout.

Il ouvrit les yeux. Il y avait au moins une bonne chose : Prompto avait laissé la musique allumée. Ce ne fut donc pas le silence qui l'accueillit, mais la révolte étranglée d'un groupe de rock qui paraissait ne pas avoir assez de micro, de temps et de musique pour s'exprimer. Comme Ignis l'autre soir. Pas assez d'énergie vitale pour tout dire.

C'était une drôle de pensée à avoir en lendemain de cuite, en se réveillant en plein milieu de la journée, mais... On n'a jamais assez de quoi que ce soit. Et surtout quand il s'agit de s'exprimer. Dès qu'on ouvre la bouche, dès qu'on couche des mots sur une page, on restreint l'indicible dans une pathétique tentative de domestication. Tous les mots du monde ne valent rien face à l'émotion brute, spontanée, qui hurle à travers l'âme, qui prend le corps en otage. Tout le reste n'est qu'une vaste traduction, et maladroite qui plus est.

Noctis se demanda s'il allait réussir à faire un geste aussi simple que de se redresser. Parce qu'à cet instant, il se sentait comme si un immeuble lui était tombé sur la poitrine.

C'était peut-être la gueule de bois... Ça, et tout un tas de trucs auxquels d'habitude, il évitait de penser. Mais cet après-midi-là, ouvrir les yeux et reprendre conscience, c'était comme plonger nu en plein hiver dans un étang gelé. Ça semblait tellement absurde de s'infliger ce genre de souffrance, qu'il se demanda pourquoi son corps avait jugé bon de revenir à la vie. Il lui semblait que la douleur au cœur aurait déjà dû faire imploser son réseau sanguin. Ç'aurait été logique. Ça l'aurait arrangé.

Au lieu de cela, il devait ouvrir les yeux. Il devait se traîner ce corps qu'il avait envie de jeter aux ordures. Il devait reprendre son rôle dans cette vaste farce. Se forcer à exister, quand bien même il se sentait mort à l'intérieur. C'est la vie, comme diraient les adultes. Comme si le fait de vivre équivalait à souffrir. Ce n'était même pas que Noctis ne veuille pas souffrir. Il refusait simplement de croire que la souffrance soit un simple effet secondaire de l'existence. Comme quand on prend un médicament nocif pour « guérir ». Comme si... Comme s'il fallait fermer sa gueule et endurer, non pas parce qu'on désire le faire, mais parce que c'est comme ça qu'est censé fonctionner le putain de monde. Tu souffres ? Et alors ? Tout le monde souffre. Ravale tes larmes et marche. Il faut progresser. Surmonter la douleur. Grandir. Pourquoi est-ce que tu ne grandis pas, Noct ? C'est pourtant simple. Tu te la fermes et tu te relèves. Le spectacle doit continuer, même quand plus personne ne regarde.

Pourquoi je me suis réveillé pour cette vie-là ? Parce que j'ai encore... quoi, de l'espoir ? Ça se peut bien. À quel point c'est pathétique, ça ?

Il était presque paralysé par la peine et la nausée. Il ne s'était encore jamais senti comme ça. Pas de façon aussi intense. Ce matin, c'était comme si respirer était devenu un acte conscient. Chaque inspiration, expiration, égrenait la minuterie interminable de sa vie. Parce que depuis qu'il s'était réveillé, il avait cette impression glaçante de ne plus avoir que du temps à sa disposition. La lumière avait quitté le monde. Il ne restait qu'une masse informe et compacte de temps.

Il repoussa les draps qui lui collaient à la peau – quand avait-il enlevé ses vêtements ? – et se força à se redresser sur l'oreiller. Son champ de vision n'était pas clair. En fait, il avait l'impression d'être à moitié aveugle. Quant à son corps... Ses mains étaient pratiquement insensibles, de même que la partie inférieure de ses jambes. Ça l'étonna à peine. C'était vaguement effrayant, mais la peur était temporairement muselée. Il pouvait l'entendre grogner et trépigner, mais pour l'instant, il dérivait dans une sorte de vide cosmique qui interdisait la terreur. C'est simple : pour avoir peur de quelque chose, il faut avoir conscience d'exister. Or, cet après-midi-là, Noctis n'était plus très sûr d'exister. D'être davantage qu'un corps souffrant, travaillé par la nausée, le mal de crâne, l'indigestion et la mauvaise circulation sanguine. De toute façon, il remarquait tous ces symptômes de loin. Parce que là où était son esprit, c'étaient juste d'autres parasites qui rendaient la vie encore plus insupportable. Un trouble mineur. Juste un état de fait.

Il aurait bien voulu que ça s'arrête là. Mais tous ces symptômes, toutes ces défaillances physiques n'étaient que l'expression – la traduction – imparfaite de la douleur logée entre son cœur et son estomac, martelant ses entrailles comme si elle avait sa vie propre. En un sens, c'était presque délectable : la gueule de bois ? Une simple manifestation extérieure, comme une blessure, quasi gratifiante, de la lutte acharnée, à mort, qu'il menait tous les soirs contre lui-même, contre ses propres spectres. Souffrir dans sa chair, c'était aussi ça : imprimer une marque. Rendre organique, physique, ce qui n'existait que dans sa tête. Combien de fois ne lui avait-on pas fait savoir que la défaillance du corps est la seule excuse pour ne pas se pointer au lycée, sourire et encaisser toute l'absurdité du monde ? On ne se fait pas prescrire de congés parce qu'on est malheureux. Il faut qu'on soit malade. On n'a pas le droit de flancher, de dépérir, d'avoir envie d'envoyer tout le monde se faire foutre. Il faut être fort, toujours. Avoir un but, des motivations. Tout le monde le demande. Et le pire dans tout ça ? C'est que personne n'en a rien à foutre si c'est factice. Ce qui importe, c'est de ne pas perdre la face. L'image est bien plus importante que la réalité. Il faut avoir l'air d'aller bien.

Tu dis oui, et tu souris. Toujours sourire. C'est pas beau, une jeune personne qui ne sourit pas. Le sourire, c'est l'apanage de la jeunesse. C'est pas sorcier, bon sang. Je l'ai fait avant toi. Tout le monde le fait. Tout le monde est dans la même galère. De quoi tu te plains ? T'as à bouffer dans ton assiette. T'as un toit sur la tête. Tout le monde n'est pas aussi chanceux. Il est temps de grandir. Arrête de poursuivre des chimères. Dans la vie, on fait pas ce qu'on veut.

Noctis chassa ses pensées et entreprit de s'habiller. Puis, il sortit de la chambre et se mit en quête de Prompto, qu'il trouva assis à la table de la cuisine, en train de consulter son téléphone. Le jeune homme s'illumina en le voyant.

« Salut, Noct. Comment tu te sens ?

— Horrible, dit Noctis en s'asseyant en face de lui.

— Tu devrais manger quelque chose. J'ai fait de la soupe. Ça te fera du bien.

— De la soupe ? Genre, avec des légumes ?

— Ben... ouais.

— Laisse tomber. J'ai horreur de ça.

— Tu dis ça parce que t'y as pas encore goûté », dit Prompto en se levant pour le servir.

Une fois le bol fumant devant lui, Noctis examina le liquide d'un air suspicieux et y trempa le bout des lèvres.

Tiens... C'est pas si mauvais, en fait.

« Alors ? demanda Prompto d'un air quasi triomphant.

— C'est pas mal...

— Je le savais ! »

Noctis se sentit vaguement soulagé, autant par la soupe chaude dont son organisme avait désespérément besoin que par la bonne humeur de Prompto. Le prince n'osait pas imaginer à quoi aurait ressemblé sa journée s'il n'avait pas été là. Il avait bien de la chance de l'avoir...

« Merci, Prompto, murmura-t-il. Merci pour tout.

— Oublie ça. Et tu peux rester autant de temps que tu veux. On n'a qu'à mater un anime. Ça te dit ?

— Je veux bien, ouais... »

Le reste de la journée s'écoula sur le lit de Prompto, où les adolescents affalés s'enfilèrent des dizaines d'épisode sans sourciller.

Le lendemain, Noctis était remis d'aplomb, et si son cœur était toujours en morceaux, au moins, il ne se sentait plus écrasé par le désespoir. Ils prenaient le petit-déjeuner quand Gladio se pointa. Celui-ci demanda un moment à Prompto, expliquant qu'il avait besoin de parler à Noctis, et Prompto les laissa seuls dans la cuisine.

Gladio s'assit lourdement à la place précédemment occupée par Prompto et posa les coudes sur la table, dévisageant le prince avec une intensité suspecte.

« Quoi, tu vas encore m'engueuler ? demanda Noctis.

— Pas aujourd'hui, Noct. T'as une sale tête. »

Le prince ne répondit pas.

« Je sais que ça a pas été facile pour toi, ces derniers temps. Mais j'ai pas envie de te voir te laisser aller. »

Noctis détourna les yeux.

« Est-ce que tu m'en veux, Gladio ? demanda-t-il à voix basse.

— Je n'ai pas à t'en vouloir, tu ne m'as rien fait, et tout cette histoire ne me concerne pas vraiment.

— Mais tu... désapprouves, pas vrai ?

— Pourquoi c'est important pour toi ? De toute façon, tu sais très bien comment faire pour ignorer mon opinion si ça t'arrange.

— Ce n'est pas vrai, Gladio... J'en ai peut-être pas l'air, mais j'écoute toujours ce que tu me dis. Je ne réagis pas sur le moment, mais j'y réfléchis toujours, après... C'est juste que... je n'aime pas montrer ce que je ressens.

— Oui, mais Noct, si tu recherches mon approbation, ou une sanction, je n'ai pas l'intention de te les donner. Tu dois prendre tes propres décisions. Tu dois assumer tes actes. »

Noctis baissa la tête, priant pour que le nœud dans sa gorge ne dégénère pas. Il ne voulait pas pleurer devant Gladio.

« Cela dit, reprit son garde du corps, ne crois pas que je pense que tu sois le seul responsable dans tout ça. Mais c'est à toi de découvrir quelle est ta part de responsabilité, et au lieu de te morfondre, d'apprendre à aller de l'avant en tirant parti de tes erreurs.

— Et si je n'y arrive pas ?

— Tu y arriveras, Noct. Crois un peu en toi, bon sang ! »

Noctis serra les mâchoires. C'était comme si Gladio lui demandait d'aller pêcher le requin à la mouche. Au lieu de poursuivre sur ce thème, il demanda :

« Est-ce que tu pourrais me dire... où est-ce qu'il est allé ?

— La baie de Galdina. Mais si tu avais dans l'idée d'aller le voir...

— Non. C'est pas pour ça. J'avais juste besoin de savoir.

— Noct, je sais que t'as pas envie d'entendre ça, mais ça passera. Je ne sais que très partiellement ce qui s'est passé entre vous, mais ça a l'air de te tenir à cœur. Tu as peut-être l'impression que c'est la fin du monde, mais je te promets que c'est pas le cas. »

Noctis garda le silence. Gladio hésita, puis reprit :

« Je sais qu'entre nous, c'est parfois explosif, mais tu me fais confiance, pas vrai, Noct ?

— Évidemment, souffla le prince.

— Alors fais-moi confiance là-dessus : ce n'est pas la fin du monde, et tu te remettras.

— Ok...

— Et je ne pense pas que tu devrais passer ta journée à ressasser. Viens t'entraîner avec moi. Y a d'autres façons d'oublier que de picoler. »

Noctis grimaça... il n'avait pas vraiment envie de suer, là tout de suite.

« Allez, Noct, fais un effort. On n'a qu'à emmener Prompto. Ça va l'épater. Tu peux faire mieux que ta pathétique tentative d'intimidation, l'autre jour, au lac. Tu veux pas voir si aujourd'hui n'est pas le jour où tu réussiras à me battre ? »

À cela, Noctis ne put s'empêcher de sourire.

« Y a peu de chances, m'enfin... Je relève le défi. »

III

Tandis qu'ils approchaient du palais royal dans la Regalia qu'ils avaient récupéré là où Noctis l'avait laissée en plan deux jours auparavant, Noctis crut que Prompto allait défaillir à la vue de ce vaste édifice aux allures de cathédrale ultra-moderne bâtie d'acier, de béton et de verre.

« T'es sûr que... euh... j'ai le droit d'entrer là-dedans ?! »

Le prince éclata de rire.

« N'importe qui a le droit d'entrer 'là-dedans', Prompto... Enfin, pas dans la partie du palais où je t'emmène. Mais tu es avec moi, alors tu peux aller partout où je vais. » Il soupira. « J'ai l'impression que ça fait déjà une éternité que je suis pas venu... »

Il contourna l'entrée principale et passa le portail gardé qui donnait accès aux quartiers privés du palais. Prompto prenait absolument tout en photo. Noctis sourit, un peu amer. Il avait tendance à oublier à quel point tout ce décorum pouvait paraître extraordinaire aux yeux de quelqu'un qui vit dans une maison normale, sans gardes, sans fioritures, hauts plafonds et objets d'art aussi somptueux que coûteux.

Noctis n'avait jamais aimé le faste qui allait de pair avec la royauté. Il trouvait cela surfait, une espèce de glorification absolument hors de propos de la personne du roi. Le roi était juste un homme ordinaire à qui on avait confié le destin du pays. Cette responsabilité, selon le prince, ne changeait rien à la personne qu'il était. Et en l'occurrence, pour lui, le roi était un père absent qu'il ne comprenait pas davantage que lui ne le comprenait. Deux étrangers dans une vaste demeure grandiloquente, chacun occupé à jouer sa propre comédie, c'était ainsi qu'il voyait les choses. Cela faisait un bon mois que Noctis n'avait pas vu son père. Autant parce qu'il l'évitait que parce que le roi Regis était très occupé par les affaires du royaume.

Arrivés à la salle d'entraînement, Prompto s'émerveilla encore devant les proportions de la salle, où la lumière pénétrait à flots par de hautes fenêtres étroites et éclaboussait le dallage de marbre. Appuyé contre une colonne, Gladio les attendait.

« Prêt, Noct ? demanda-t-il en jetant à Noctis une lame d'entraînement.

— Aussi prêt qu'on peut l'être quand il s'agit de se faire tabasser par un monstre de muscles, marmonna l'adolescent.

— Si t'en as marre de te faire tabasser, t'as qu'à mieux esquiver.

— Hinhin, facile à dire.

— Assez de parlotte. En garde ! »

Noctis se prit plusieurs vilains coups avant de parvenir à se concentrer comme il fallait. Gladio ne lui faisait pas de cadeaux, aujourd'hui... Non qu'il lui en fasse d'habitude, mais il semblait tout faire pour le pousser dans ses retranchements. Et ça fonctionnait.

En quelques minutes, il se retrouva couvert de sueur, furieux, et concentré à l'extrême. Le temps ralentit tandis qu'il analysait les mouvements de son adversaire pour mieux anticiper ses attaques. Il tournoya autour de lui et parvint à lui porter plusieurs coups, dont le dernier jeta Gladio au sol. Il se releva en toussant et en rigolant.

« Pas mal, Noct, pas mal du tout... »

En retrait pour ne pas se prendre de mauvais coup, Prompto les observait, béat d'admiration. Il n'aurait jamais cru que Noctis sache faire tout ça ! Il prit quelques photos au passage, un poil jaloux. Lui aussi, il voulait apprendre à se téléporter !

Après avoir réussi à mettre Gladio à terre, Noctis redoubla d'effort pour déborder la défense de son adversaire, qui peinait à contrer le déluge de coups. Il finit cependant par trouver la faille et décocha un puissant coup de poing à Noctis, qui lâcha sa lame et s'écroula sur le sol en se tenant la mâchoire. En temps normal, ce genre de coup l'aurait dissuadé de poursuivre le combat, mais pas aujourd'hui. Ignorant la douleur, il se força à se remettre sur ses pieds et fonça de nouveau. Mais pas tête baissée : Gladio était un adversaire dangereux. Il se servit de son poids pour le déstabiliser, et même si son garde du corps était exceptionnellement rapide pour quelqu'un de cette carrure, Noctis réussit une nouvelle fois à le frapper. Gladio grogna, mais tint bon. Et le duel continua ainsi jusqu'à ce que les deux adversaires cessent d'eux-même le combat, hors d'haleine.

« Je te l'avais bien dit... souffla Gladio.

— Quoi ?

— Que ça te ferait du bien.

— Humpf...

— Tu as beaucoup progressé, Noctis. »

Le prince se figea en reconnaissant la voix de son père. Il se retourna et vit le roi Regis qui se tenait à l'entrée de la salle, imposant comme toujours dans son grand manteau noir et argent. Il avait l'air fatigué... Enfin... Il avait l'air de plus en plus fatigué, ces temps-ci, se rappela Noctis.

« Salut, papa... »

Le roi traversa la salle à grandes enjambées, avec cette démarche solide et majestueuse que le prince était certain qu'il n'aurait jamais. Il salua Gladio, avant de poser le regard sur Prompto.

Le pauvre lycéen était visiblement à deux doigts de mourir d'embarras et de timidité. Il exécuta une révérence trop rapide et trop raide.

« Votre majesté... » murmura-t-il.

Noctis lui en voulut presque : comment son ami pouvait-il le considérer comme un lycéen normal si la vue de son père l'effrayait tellement ? Mais il savait que c'était injuste de sa part et chassa sa rancune en le présentant.

« C'est Prompto, dit-il à son père. Un ami du lycée. »

Le visage de Regis s'illumina d'un sourire chaleureux. Il s'approcha de Prompto et lui tendit la main.

« Je suis ravi de faire votre connaissance », dit-il cordialement.

Si c'était possible, Prompto s'empourpra davantage, et serra la main tendue.

« Je... euh... Le plaisir est partagé. Mais je vous en prie, tutoyez-moi... »

Le roi réitéra son sourire chaleureux.

« Comme tu voudras. Comme tu as pu le voir, l'entraînement de la garde royale est un peu spécial. Si tu veux t'y initier, n'hésite pas.

— Vous lisez dans mes pensées ?! » s'exclama Prompto avant d'avoir pu s'en empêcher.

Regis eut un petit rire.

« Nul besoin de pouvoirs surnaturels pour comprendre que ce type de combat doit fasciner n'importe quel adolescent...

— C'est vrai... tout à fait... Désolé...

— Hé, t'en fais pas, Prompto, dit Noctis en venant à son secours. Pas besoin d'être aussi impressionné.

— Ce n'est pas le samedi, d'habitude, l'entraînement ? demanda le roi en se tournant vers son fils.

— J'avais un truc à faire... marmonna l'adolescent en évitant son regard.

— Peu importe. Je suis content d'avoir pu te croiser. On se voit si peu que je ne sais plus rien de toi, ces temps-ci... »

Et si Prompto pensait être embarrassé... Noctis n'avait aucune envie de tenir ce genre de conversation en sa présence, et même en celle de Gladio, qui connaissait bien son père.

« Y a pas grand-chose à dire », dit-il du bout des lèvres.

Le roi l'observa d'un air critique, sans hostilité, mais avec une vague inquiétude.

« Pourquoi vous ne resteriez pas tous dîner ? » demanda-t-il.

Noctis jeta un coup d'œil à Prompto et se détesta pour la réponse qu'il allait donner à son père, parce qu'il avait très bien perçu la note d'espoir dans sa voix.

« Désolé, papa, pas ce soir. Prompto et moi, on a une tonne de devoirs.

— Oh... Je vois. C'est bien que tu t'appliques. »

Le cœur de Noctis se serra davantage. Lui, s'appliquer ? Son père était loin du compte.

Il tressaillit quand le roi se rapprocha et posa une main sur son épaule.

« Noctis. Viens me voir cette semaine, quand tu auras le temps. J'ai à te parler.

— Ok... »

Son père ne lui infligea pas davantage sa présence et tourna les talons pour quitter la salle d'entraînement.

Soupirant de soulagement, Noctis alla s'éponger le front et se débarrassa de son t-shirt pour en enfiler un qui ne soit pas trempé de sueur.

« Merci pour l'entraînement, Gladio. Prompto, je te ramène ?

— Je veux bien ! »

Dans la voiture, Noctis jeta un coup d'œil à Prompto. Ça se voyait qu'il était encore secoué par sa petite visite du palais, et encore plus par sa rencontre impromptue avec le roi en personne.

Noctis se mordit la lèvre, le cœur de nouveau au 36e dessous. Alors, le moment était arrivé. Il allait perdre le seul ami qu'il ait jamais vraiment eu en dehors d'Ignis et de Gladio, parce que Prompto et lui appartenaient à deux mondes différents. Noctis avait tellement eu envie d'y croire. Croire que Prompto pouvait réellement ne voir en lui qu'un camarade du lycée. Ç'avait été vraiment stupide de sa part de penser que cette belle amitié pouvait durer.

Ce week-end, Prompto en avait vu de belles. Il était venu le récupérer ivre mort, l'avait écouté parler, puis l'avait soigné en lendemain de cuite et l'avait laissé chialer dans ses bras pendant une éternité. Tout cela, il l'avait accepté sans sourciller. Mais cet après-midi-là, le jeune photographe s'était pris en pleine gueule ce truc terriblement chiant qu'on appelle la réalité. Noctis n'était pas un lycéen ordinaire, mais un membre de la famille royale. L'unique membre encore en vie, en fait, en dehors de son père. Son destin était tout tracé, et ce destin n'avait rien de banal.

Noctis ne savait pas comment aborder le sujet. Il n'avait pas envie que ça finisse. Il n'avait pas envie de se retrouver tout seul à nouveau. Et il ne pouvait pas perdre un amant et un ami le même week-end. Ça, il n'était pas sûr d'être capable de l'encaisser. Mais pour autant, il sentait que s'il devait perdre Prompto, ça devait arriver vite. Il ne se sentait pas en mesure de supporter l'angoisse de l'attente, ou de voir Prompto s'éloigner peu à peu de lui, sans qu'il puisse rien y faire. Si ça devait se terminer, il voulait que ce soit maintenant. Il prit une grande inspiration.

« Alors ça y est, t'as tout vu de mon côté obscur, lança-t-il d'un ton faussement détaché. Tu vois bien, maintenant, que j'ai pas grand-chose d'un lycéen ordinaire. »

Prompto lui jeta un coup d'œil et ne répondit pas tout de suite. Il baissa les yeux et se tritura les doigts. Noctis déglutit. Cette attitude n'était pas bon signe.

« C'est vrai, Noct. J'avais effectivement un peu oublié ce que ça signifiait, le fait que tu sois prince...

— C'est pas grave. Je comprends. Et j'ai pas besoin d'entendre des excuses ou des prétextes. Si tu ne veux plus me fréquenter, ça me va. Je t'en voudrai pas. »

Il se mordit la lèvre.

Je t'en voudrai pas.

C'est ça, Noct. Comme tu n'en as « pas voulu » à Ignis.

Prompto prit le temps de la réflexion.

« Je vois bien le gouffre qu'il y a entre nos styles de vie, nos milieux sociaux, tout ça... Mais est-ce qu'on est vraiment censés en avoir quelque chose à foutre ? Est-ce que toi, tu en as quelque chose à foutre ? Ça te dérange de fréquenter un roturier ?

— Non, bien sûr que non, mais...

— Noct, je sais bien que ça fait pas longtemps qu'on se connaît... Enfin, qu'on se parle. Mais j'ai adoré toutes les journées qu'on a passées ensemble, y compris celle-là. Alors ouais, ça m'a fait un choc de rencontrer le roi du Lucis en personne. Ça m'a fait un choc de réaliser d'où tu viens... Mais ça m'effraie pas, Noct. J'ai toujours envie de te voir. La seule chose qui m'effraie, c'est que tu penses que je te donne mon amitié par intérêt, pour profiter un peu de la vie royale. C'est pas le cas, et je sais pas comment te le prouver. »

Noct ouvrit la bouche, stupéfait.

« Non, Prompto, je n'ai... je n'ai jamais pensé ça. Pas une seule seconde. Honnêtement, ajouta-t-il avec un petit sourire torve, je crois qu'il faudrait un sacré cran pour me supporter juste pour pouvoir en tirer quelques privilèges. C'est pas ton genre, Prompto. Appelle ça un instinct, une intuition, je sais pas... Mais tu as toute ma confiance. »

Prompto s'illumina.

« Ça me fait plaisir que tu dises ça. Alors, on est ok ?

— Ben... oui. Je m'attendais pas vraiment à ce que tu dises ça, mais...

— Déçu ? le taquina Prompto avec son sourire pétillant.

— Abruti », murmura Noctis.

Mais lui aussi souriait.