La porte se referma sur Edward qu'Alice épiait du regard avec un certain intérêt. Elle arborait un air étrangement satisfait. Je me retrouvais seule avec elle. D'une démarche gracieuse, à fendre le cœur d'une danseuse classique, elle s'approcha du lit sur lequel il venait de me déposer. Elle déplia sous mes yeux les vêtements qu'elle avait entre les bras. Il y avait un débardeur blanc et une robe de saison en lin assortie d'une paire de leggings et des sous-vêtements.
_Esmé m'a convaincu qu'il serait mieux pour le moment de ne pas être trop extravagante. Est-ce que ça te convient ?
J'approuvais d'un hochement de tête me demandant par la même occasion qui était Esmé. Les visages aperçus à l'hôpital et dans leur maison se confondirent dans mon esprit, entre la sulfureuse blonde et la brune aux cheveux bouclée.
_ Tu me rassures, j'avais peur que la robe ne te plaise pas. Il pourrait y avoir plus de soleil je te l'accorde, mais il fait bon malgré tout alors autant profiter du court été de l'Etat de Washington.
Des mains froides et douces me sortirent de ma rêverie. Alice semblait vouloir retirer ma serviette. Je me reculais, gênée de devoir à nouveau me mettre à nue devant quelqu'un. Ses yeux dorés me fixèrent un moment et elle comprit :
_ Je veux seulement t'aider. Je ne me moquerais pas de toi : je n'ai aucune raison de le faire.
Une lueur attendrie traversa son regard:
_ Tu restes la même, malgré l'accident, ton comportement n'a pas était altéré.
Un sourire qu'elle voulait rassurant étira ses lèvres et elle reposa ses mains sur la serviette.
_ Je peux ?
Je baissais la tête, sans savoir, hésitante.
_ Fais-moi confiance.
Mes bras lâchèrent prise, passifs et vaincus en me remémorant la glissade dans la salle de bain. Elle se saisit du soutien-gorge, prête à l'approcher de ma poitrine mais se figea.
_ Mon dieu Bella ! S'exclama-t-elle.
Je ne compris pas sa réaction. Ses doigts glacés frôlèrent mon sternum douloureux et je baissais les yeux. La surprise se peignit aussi sur mes traits quand je découvris une marque rouge, violacée par endroit qui barrait ma poitrine de gauche à droite, du dessous de l'épaule jusque dans le bas de mon ventre. Une bande de quelques centimètres seulement, mais douloureuse et impressionnante. Je mis quelques secondes à faire le lien avec l'accident de voiture dont j'avais été victime. Cela ressemblait à la marque d'une ceinture de sécurité. La mousse du bain me l'avais cachée, je n'avais pas fait attention mais la douleur ressentie en me lavant me revint brusquement à l'esprit.
_ Ça doit être douloureux ! Tu devrais aller voir Carlisle.
Elle commençait à se lever comme désireuse de l'en informer immédiatement mais je retins son bras, peu désireuse d'étaler devant la moitié de la famille mon buste. S'en était trop pour une seule journée !
_ Bella c'est vraiment sérieux, tu devrais te faire ausculter.
Je tirais un peu plus sur sa main sans ménagement, découvrant que toutes mes forces ne m'avaient pas abandonnées, la suppliant intérieurement jusqu'à ce qu'elle abdique dans un soupire contrarié et abdiqua sans renoncer totalement :
_ J'en parlerais quand même à mon père.
Elle m'habilla, refusant de mettre le soutien-gorge, trop douloureux. Je revêtis donc le débardeur et la robe avant qu'elle ne m'aide à m'allonger, une fois mes cheveux séchés et coiffés par ses soins.
_ Tu veux quelque chose ?
Je cherchais mon carnet:
« Un livre ? »
Elle rit :
_ Que veux-tu ? Je te mets au défi de trouver un ouvrage qui ne soit pas dans la bibliothèque de Carlisle et d'Edward.
Je réfléchis un moment avant d'écrire qu'il serait judicieux pour moi de lire un des ouvrages que j'avais l'habitude de feuilleter ou que j'appréciais particulièrement.
_ Je vais donc demander à Edward, il est mieux placé pour répondre à ta requête.
Elle s'apprêtait à quitter la chambre quand des coups résonnèrent depuis le rez-de-chaussée, forts et hargneux contre le montant d'un mur ou le battant d'une porte. J'en sursautais.
_ Ouvrez immédiatement!
Cette voix était celle d'un homme paniqué et furieux. Je regardais Alice sans comprendre. Elle s'éloigna, gagnant la fenêtre qui donnait sur la façade et écarta un peu les voilages. Au même instant, la porte de la chambre s'ouvrit sur Edward. Ce dernier me dévisagea un instant que sa sœur écourta :
_ Que se passe-t-il ?
_ C'est Charlie.
Leurs regards se croisèrent.
_ Que lui as-tu dit ? Comment se fait-il qu'il ne soit pas encore au courant !?
_ Nous contions nous rendre là-bas cet après-midi pour l'informer de la situation.
La remontrance d'Alice le laissa un peu honteux.
_ Edward, il est shérif !
_ Je sais, je sais !
Il fit quelque pas le long du mur, une main glissée dans sa chevelure cuivrée tandis qu'Alice reprenait :
_ Que compte faire Carlisle ?
Edward s'arrêta, tendit l'oreille et se raidit en rétorquant :
_ Il arrive avec lui.
On toqua à la porte. Je me redressais dans mon lit, inquiète de savoir ce que me voulait le shérif de la ville. Le bâtant s'ouvrit et ils entrèrent. Le médecin, que je reconnus était suivit d'un second homme, visiblement plus vieux. Il avait les traits tirés et des cernes violacés sous yeux témoignant d'une grande fatigue. Une barbe mal-rasée et un uniforme de police sur le dos, il me dévisagea avant de soupirer.
_ Bella !
Il s'avança rapidement, les mains tendues vers moi, comme désireux de m'empoigner. Je me reculais aussitôt surprise d'un tel élan affectif et mes mains glissèrent du matelas. J'allais me fracasser sans nul doute le dos contre le sol de la chambre ou contre le rebord de la table de nuit quand un bras puissant surgit et m'empêcha de basculer à l'horizontale. Je me tournais, constatant qu'il s'agissait d'Edward qui me ramena sur le lit dans une série de gestes habiles.
_ Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qu'elle a ?
L'homme en uniforme me regardait surprit. Carlisle s'avança à son côté :
_ Bella à eu un accident à la réserve de la Push, comme vous le savez. Elle était à l'hôpital, plongée dans le coma pendant une dizaine de jours.
L'atmosphère parue se tendre presque perceptiblement et de nouveau, ils me fixèrent tous de ce même regard inquiet. J'avais la désagréable impression d'être une bête de laboratoire. Le médecin poursuivit, très professionnel :
_ J'ai suivi particulièrement son cas. En ce moment surtout, car Bella à quelques problèmes de mémoire.
_ Comment ça ? Quel genre de problème ? C'est grave ?
_ Elle souffre d'amnésie.
_ Quoi ?!
Ses yeux à présent écarquillés me fixèrent de nouveau, avec inquiétude.
_ Elle n'a aucune idée de qui vous êtes pour elle, quel lien de parenté vous unis.
Le shérif resta immobile un court instant. Ses genoux vacillèrent et il vint s'appuyer d'une main contre le mur.
_ Vous allez bien ? Ca va ? S'enquit Carlisle en s'approchant un peu plus de lui, lui proposant une main en guise d'appui : c'est dur à encaisser, je l'avoue, nous avons tous été très surpris.
_ Elle ne se souvient vraiment de rien ?
_ Non, malheureusement.
_ Mais… Et Edward alors ?
Il se troubla, bredouillant et son débit s'accéléra en interrogeant l'intéressé du regard:
_ Le mariage ?! Comment allons-nous faire ? Renée a déjà son billet. Elle arrive la semaine prochaine pour les préparatifs… Les invitations ont déjà était envoyées !
Il se mit à frotter sa repousse de barbe avec nervosité tandis que Carlisle i
_ J'ignore comment les choses vont se passer, quelle solution envisager. Nous pouvons encore reporter, ou annuler si la mémoire devait lui échapper complètement et qu'il lui faudrait plus de temps pour faire le point sur certaines choses, ou certains sentiments. Nous ne voulons pas agir dans la précipitation. Certes l'annulation engendrera des frais, mais je m'engage à les régler, l'argent n'est pas un problème.
_ Ca me gêne, vraiment.
_ Il n'y a aucune raison d'être gêné. C'est le moins que nous puissions faire.
Un bref silence s'installa avant que le médecin ne décide de poursuivre :
_ Nous l'avons ramené ici pour qu'elle soit plus au calme, je peux surveiller l'évolution des symptômes et pratiquer des tests loin du milieu hospitalier, qui n'est pas le meilleur environnement pour retrouver ses souvenirs. Ce n'est que mon avis bien entendu et elle peut retourner à l'hôpital ou retourner chez vous. Je ne suis que médecin, je ne suis pas son père.
Un coup de massue n'aurait pas était plus assommant et je me cramponnais aussitôt à mon lit. Tous me regardèrent, mais ce fût cet homme, cet inconnu mal rasé et bourru que je détaillais, décontenancée. Quelle honte, quel paradoxe de ne pas reconnaître son propre père. Mes mains tremblèrent et je me rendis vraiment compte que mon problème était réellement grave et prenait une toute autre dimension. Je ne faisais pas que du tors à moi-même et à mes états d'âmes, mais aussi aux autres, à ces gens, ces inconnus, à cette famille, à ce père qui ne comprenait pas ce qui se passait.
Un brusque vertige m'envahis et j'eu du mal à respirer tout à coup.
_ Bella ? Fis une voix inquiète à mon côté.
Je posais une main sur ma poitrine, douloureuse, mes côtes semblaient toucher mes poumons, les compressant à chaque insufflation. Une main froide se posa sur mon épaule et je fus bientôt happée par un regard doré, qui se planta avec force dans le mien.
_ Calmes-toi, respires doucement. La panique va accentuer la douleur et tu n'arriveras à rien hormis à vomir encore une fois du sang.
_ Du sang ? Reprit mon père alors que je tentais difficilement de reprendre mon souffle sans provoquer une douleur lancinante le long de ma cage thoracique.
_ Oui, quand la Chevrolet a quitté la route, elle est tombée de la falaise et a terminée sa chute plus bas, dans l'océan. L'eau de mer a endommagé sa gorge et sa trachée. Mais rassurez-vous les inflammations sont superficielles et bénignes. Toutefois, il faut être prudent.
_ Mais la chute aurait du la tuer, je ne comprends pas : on a retrouvé son corps sur la plage de la Push, comment est-ce possible ? Par quelle miracle a-t-elle réussit à sortir de l'habitacle assommée par pareil plongeon et à demie noyée ?
Un silence étrange plana dans la pièce. Je sentis de nouveau la main d'Edward venir effleurer mon épaule avant qu'il ne prenne la parole :
_ Bella, a eu une chance incroyable de réchapper vivante de cet accident.
Il se mordit la lèvre, la pointe de ses dents entamant un peu la chaire rose et charnue. Cette blancheur immaculée, cette perfection dentaire aurait désespérée n'importe quel dentiste aguerrit à faire profit sur les carries et autres problèmes buccaux Je ne compris pas cette brusque fascination, pour sa bouche et les barrières d'ivoire de celle-ci, mais une nouvelle impression étrange me submergea, me rendant encore un peu plus confuse qu'il n'était possible. Je détournais vivement les yeux quand son regard ambré croisa curieusement le mien.
_ Et… cette amnésie peut durer longtemps ? Combien de temps faudra-t-il pour qu'elle retrouve la mémoire ? Questionna Charlie, en se pressant nerveusement les mains.
_ Un jour, un mois, un an. Peut-être davantage. Je ne peux répondre à cette question. Son cerveau seul connaît la clé, le déclic, qui changera tout. J'espère vraiment que cela se produira, avoua le médecin en me regardant : c'est la raison pour laquelle j'ai pris la liberté de la ramener ici, en espérant que la maison, l'agitation, nos visages l'aiderais pour trouver des réponses à ses questions. Si mes actes vous ont froissés et affolé inutilement je m'en excuse. Il est fréquent que les pertes de mémoires soit très passagères, je ne voulais pas créer un remue-ménage. Aussi, je comprendrais que vous désiriez la ramener chez vous et ce serais légitime.
Un air gêné gagna le visage du chef de police qui rétorqua :
_ Je suis désolé pour cette entrée quelque peu… impolie, mais quand le service m'a annoncé qu'elle était partie j'ai eu peur, je l'avoue. Je suis d'accord pour qu'elle reste chez vous mais peut-être que revoir la maison, sa chambre et ses affaires, l'aiderais à rassembler des informations.
_ Oui, bien entendue, quand ses courbatures se seront un peu estompées.
Les bras ballant, au milieu du médecin, d'Edward et d'Alice, l'homme se sentit soudain gêné, comme de trop. Soupirant, il déclara :
_ Bon… Je vais aller prendre mon service. Je…Pardon pour le désordre. Je suis désolé.
_ Il n'y a pas de mal. Laissez-moi vous raccompagner.
Ses yeux se posèrent une dernière fois sur moi, et il balbutia un « au revoir » avant de quitter la pièce escorté par Carlisle qui lui proposait de lui donner son numéro de téléphone
Les jours passèrent. Doucement, rythmés par une routine qui commençait à m'être habituelle. Je me réveillais, tôt, d'une nuit agitée et pleine de rêves confus. Très nombreux, très complexes et obscurs. Au bout de quelques jours, je parvins à me souvenir de quelques détails. Une chose brillante au soleil. Une couleur rouge vive dominante. Des yeux, aux couleurs si changeantes, allant de l'or au noir en passant par le cramoisie. De l'herbe et des fleurs. Des odeurs. Un ciel plein de nuages grisâtres, un autre azur, dans lequel se pavanait un soleil éclatant. Une chouette empaillée dans une salle de classe. Bref, un amalgame disparate et noueux.
Les courbatures s'estompèrent progressivement. Je concevrais encore des raideurs dans la nuque et la poitrine mais sans grande gravité. Le feu de ma gorge aussi et je parvins bientôt à boire de l'eau et des boissons fraîches pour commencer. La nourriture se limitait aux aliments moues. Le point le plus gratifiant et positif fut de pouvoir me laver enfin toute seule et cette autonomie retrouvée me soulagea grandement. Alice restait tout de même dans la pièce adjacente, lorsque je prenais ma douche, « au cas où » disaient-ils, je tomberais, je glisserais, je m'emmêlerais les pinceaux ou les pieds. Leur manque de confiance en moi me vexa un peu au début, mais je finis par passer outre, persuadée qu'ils se souciaient de moi par sécurité.
Un après midi, Alice débarqua avec tout un arsenal de petits flacons de verres, fermés hermétiquement. Edward était sur ses talons, un morceau de tissus sombre entre les doigts. Je me redressais, méfiante. Qu'est-ce que cela voulait dire ?
_ Bonjour Bella ! fit le petit lutin joyeusement en me lançant un sourire qui découvrit une dentition digne d'une publicité pour brosse à dent électrique.
_ Bonjour.
Ma voix était faiblarde certes, mais je pouvais au moins parler et m'exprimer distinctement pour qu'ils me comprennent.
_ Qu'est-ce que c'est ? Fis-je en désignant les flacons.
Ces derniers étaient remplis de substances liquides aux couleurs pastelles, tel des tubes d'aquarelles s'étendant des teintes les plus sombres aux plus claires. Des annotations étaient inscrites sur les couvercles, je me penchais un peu pour les lire mais elle les recouvrit de ses mains.
_ Non, non ! On ne triche pas ! Pépia-t-elle en écartant son attirail.
_ Mais de quoi parles-tu ?
_ Ces tubes renferment des parfums, des odeurs multiples. A toi de les identifier, de nous dire ce qu'ils t'évoquent. Cette méthode est parfois employée pour aider les personnes qui comme toi, souffrent de perte de mémoire temporelle. Il paraît que cela accélère le processus quelques fois. Mais pour cela il faut que tu ais les yeux bandés !
Edward s'approcha, le tissu entre ses doigts s'avouant être en réalité un bandeau.
_ Veux-tu te prêter au jeu ?
Je fermais mes paupières et sentis bientôt quelque chose de soyeux les recouvrir. Il fit un nœud, qu'il serra derrière ma tête avant de me relâcher.
_ Voilà, je vais te faire sentir, un premier parfum, d'accord ?
Je restais immobile et tâchais de me concentrer un minimum, rendue alerte par la perte de ma vision, je senti un élan de nervosité m'agiter.
Soudain, l'odeur me prit fortement aux narines. Une odeur sucrée et agréable.
_ De quoi s'agit-il ? Fis-je curieuse en hument davantage le bouquet fruité.
_ A toi de me le dire ! A quoi penses-tu ? Dis-nous ce qui te passe par la tête.
_ Du sirop ?
_ Non, pas tout à fait.
Je respirais à nouveau.
_ Des bonbons ?
_ Oui !
C'étais la voix d'Edward qui m'avait répondue, proche, très proche à vrai dire de mon oreille. Un souffle glacé me caressa la gorge et je sentis ma nuque s'hérisser de frissons. Tâchant de reprendre un minimum de contenance, j'énumérais des noms de confiseries :
_ Du chewing-gum ? Des marshmallows ? Des fraises tagada ?
_ Bien ! Ce sont des fraises tagada !
_ Pourquoi me faire sentir ça ? J'en mangeais ?
_ Je ne sais pas. C'était un test, en quelque sorte, voir si l'odeur te ramenait en enfance. En voici une autre.
Mes narines se dilatèrent sous la prochaine fragrance. J'inspirais à plusieurs reprises, sans vraiment savoir de quoi il s'agissait.
_ Une fleur ? Hasardais-je.
_ La freesia pour être plus précise. Qu'est-ce que cela t'évoque ?
Je réfléchissais un moment, silencieuse. Ce bandeau commençait à m'énerver aussi. Ne pas les voir me gênais. Ne pas voir où il se trouvait précisément me rendais nerveuse.
Je voulus l'écarter de me yeux, mais deux mains froides m'en empêchèrent. Je passais outre et abaissais le foulard malgré tout, avant d'ouvrir les yeux. Mon regard plongea dans ses prunelles dorées et quelque chose d'étrange se produisit. Au moment où le parfum s'infiltra de nouveau dans mes narines, et que mes yeux fixèrent ses iris si étranges, j'eu la vague impression d'être projetée dans un miroir, un miroir où mes yeux voyaient se jouer une scène, un miroir ombreux qui laissait tout de même distinguer une vaste prairie verdoyante, entourée d'arbres séculaires, recouverts d'une épaisse mousse. Quelque chose brillait là-bas, au loin incandescent. Un diamant n'aurait pu briller davantage que cette chose étrange qui s'avançait timidement vers moi.
Je clignais des paupières et réintégrais la chambre aux murs blancs.
_ Alors ? fit Alice.
_ Je ne sais pas trop, c'est déconcertant. Je vois des choses mais ne les identifie pas.
_ Qu'as-tu vus Bella ? Questionna Edward empressé.
_ Une prairie. C'était très vert, partout. L'herbe, les arbres, la mousse…
Leurs yeux me fixèrent, luisants d'espoir.
_ Et il y avait une forme, brillante au soleil. Je n'ai pas réussit à reconnaître ce que c'était. Le soleil peut-être, je ne sais pas.
_ C'est déjà bien. Peut-être que le reste reviendra doucement. Nous avons le temps, m'assura Alice avec un sourire qui en disait long.
Ils passèrent ainsi une bonne heure à me faire respirer des odeurs différentes. Des fleurs, des parfums, le chocolat par exemple ainsi que la fraise. Mais des senteurs plus complexe, celle du bois, de la rosée et de la mer entre autre. Alice fit des mélanges, qui donnèrent des odeurs toutes aussi étranges et prenantes pour l'odorat. Ce fût tout pour la journée, rien d'autre ne me vint à l'esprit.
Je passai le reste de la journée dans ma chambre. Seule, à dormir. Un fort sentiment d'ennuie m'étrangla au fur et à mesure que les minutes passèrent. Allongée dans ce lit, sans rien pouvoir faire. Avec toute cette famille à mes soins. Peut-être que rentrer chez moi serait mieux ? Au milieu de mes affaires, dans mon propre lit, les choses serait plus naturellement appelées à revenir ? Ils étaient tous très prévenant et je me sentais mal à l'aise, comme si je profitais de la situation.
Quelqu'un toqua doucement à la porte. Le bâtant s'ouvrit, je m'attendais à voir Alice mais ce fut son frère que j'avais soi-disant pour futur mari qui fit son entrée.
_ Puis-je te tenir compagnie ?
Sa voix aux accents veloutés me fit fondre, littéralement, et je n'eu d'autre choix que d'accepter. Il approcha une chaise du lit et s'assit en croisant ses mains sur son torse. Ses prunelles dorées me fixèrent longuement et je fus incapable de soutenir pareil regard. Je songeais qu'il m'était un peu moins intimidant que ce jour où je m'étais réveillé seule, dans cette chambre d'hôpital avec lui.
_ Tes courbatures sont moins douloureuses ? Alice m'a dit que tu peux te laver seule à présent.
L'évocation du bain qu'il m'avait fait prendre rendit mon visage brûlant. La confusion revint me percuter au gallot.
_ Oui, ça va mieux, en effet.
Un silence gêné gagna la pièce. Il se racla la gorge, visiblement nerveux. Sa chaise était juste à côté du lit, il me suffirait juste d'étendre le bras si je voulais le toucher. Je retins cette pensée déplacée et restais sagement assise sur le lit.
_ Tu as faim ? fit-il alors.
_ Non.
_ Soif ?
Il eu un rictus étrange sur le mot et j'aperçus ses dents blanches.
_ Non, répondis-je avant d'enchaîner curieuse : quel dentifrice utilises-tu ?
Il rit franchement, découvrant un sourire éclatant :
_ Pourquoi cette question ?
_ Tes dents sont vraiment très blanches.
Son air enjoué se fana brusquement, une ride barra son front, lui redonnant cet air grave qu'il portait pratiquement tout le temps depuis mon arrivée ici.
_ Qu'est-ce que j'ai dit ? Questionnais-je confuse.
_ Rien, Bella.
Il se refit une façade neutre, mais l'éclat de ses yeux si étranges, perdit l'étincelle qui l'avait ravivé.
_ Pour répondre à ta question, je ne connais pas la marque.
Nouveau silence entre nous.
_ Tu dis que, commença-t-il lentement, choisissant ses mot : tu ne te souviens d'aucun détail nous concernant, ma famille et moi ?
Je niais.
_ Absolument rien ? Aucune particularité ?
_ Je devrais ?
Une moue déforma ses lèvres.
_ Disons plutôt que cela nous aurait facilité les choses. Je ne voudrais pas que tu ais peur inutilement.
Ces propos énigmatiques piquèrent au vif ma curiosité.
_ Peur ? De quoi s'agit-il ?
Il me dévisagea longuement :
_ J'aimerais que tu t'en souviennes par toi-même. Tu auras beau questionner Alice, elle ne dira rien cette fois. Je m'en assurerais.
_ Pourquoi ne rien me dire ? Je dois me débrouiller alors ? C'est injuste d'en rester là sans me révéler la suite ! Ce serait comme visionner un film, couper au moment plus intéressant en expliquant gentiment aux téléspectateurs qu'ils doivent deviner la suite avant d'être autorisés à continuer.
Il rit.
_ Pardonne-moi. Je ne peux pas t'en dire plus.
Ses yeux me fixèrent et brusquement, il avança son visage près du mien. Je me figeais. Ses prunelles étaient toutes proches des miennes, tellement proches qu'elles occultèrent le reste de la pièce, me noyant sans vergogne et sans pitié dans cette lave ambrée qui les emplissaient. Son haleine froide et sucrée m'effleura quand il murmura :
_ Quoi que tu découvres je voudrais que tu me promettes quelque chose.
Sa fragrance m'empêchait d'avoir les idées parfaitement claires. Je déclarais sans trop réfléchir à mes paroles :
_ Ce que tu veux…
_ Je ne veux pas que tu prennes peur et t'enfuis sans prévenir personne.
_ C'est si effrayant que ça ?
_ Tu ne devras en parler à personne d'autre qu'à ma famille et moi.
Mon cœur s'emballa et je déglutie, bruyamment. Doucement, très doucement, sa main se leva pour gagner mon visage et ses doigts glacés effleurèrent tout juste ma joue.
_ Ta parole, Bella.
_ Je promets.
_ Cette situation est si étrange, souffla-t-il toujours aussi proche de moi : J'ai l'impression de te rencontrer pour la première fois.
_ C'est exactement l'impression que j'en ai.
Il sourit puis de nouveau, retrouva son sérieux quand il reprit la parole, prudent :
_ Nous devions nous marier.
_C'est ce que j'ai cru comprendre, effectivement.
_ Je vais prévenir mon père. J'annule. Je ne veux pas te forcer à cela. Des lettres d'excuses seront envoyées.
_ Mais…
Sa main effleura mes cheveux et il se recula vivement, comme électrisé, gêné par son propre geste :
_ Le mariage sera reporté ultérieurement ou annulé si tu ne te souviens de rien et que tes sentiments pour moi restent altérés…
Une lueur déchirée traversa fugacement ses prunelles qu'il déroba à mon regard. Il m'adressa malgré tout un sourire crispé.
_ Mais cela va coûter une fortune, je ne veux pas que vous gaspillez vôtre argent, constatais-je.
_ C'est le dernier de nos soucis.
Certes, me marier avec un inconnu me rendais assez nerveuse. Mais pourquoi ne me souviendrais-je pas de lui ? Pourquoi ne pas lui faire confiance ? Pareil parti n'était certes pas négligeable… J'avais parfaitement à l'esprit que le physique ne devait en aucun cas être le seul indicateur qui me dirigerait vers un homme. Cependant, je reconnaissais qu'il ne me laissait pas indifférente. La peur, réelle que j'avais ressentie à son égard lors de notre première rencontre, laissait peu à peu place à une certaine curiosité. Il avait l'air poli, sa façon de parler était étrange, certaines phrases, certaines intonations me faisait penser aux vieux films ou aux roman du siècle passé.
Je ne voulais pas lui faire de peine. Je ne voulais pas le blesser malgré mon handicap à retrouver mes souvenirs. Aimer quelqu'un qui ne se souviens pas de vous devait être déjà assez déroutant. La peur du rejet, de la rupture peut-être.
_ Et si j'acceptais ? Murmurais-je en évitant son regard.
Je sentis ses prunelles me brûler en se posant sur mon visage.
_ Tu veux dire que tu serais d'accord pour m'épouser ?
_ L'annulation va coûter cher.
_ J'ai déjà dit que ce n'était pas un problème d'argent. Si c'est ta seule motivation, elle est irrecevable.
_ Ce n'est pas cela. Je ne veux pas faire de scandale. Les invités se poseront des questions si la cérémonie est annulée aussi proche de la date butoir. Ils vont chercher, j'imagine, à savoir ce qui motive un refus. Les rumeurs vont aller bon train. Je ne veux pas de problème. Et si mes souvenirs reviennent, je n'ai pas de raison d'être nerveuse.
Ma voix dérailla un peu et je senti les battements de mon cœur redoubler d'intensité. Quelque chose de froid se glissa sous mon menton pour le relever. Mes yeux croisèrent les siens, circonspects.
_ Tu en es vraiment sûre ?
Je repris mon souffle et lâchais d'une traite sous son regard:
_ Oui, je crois que c'est la meilleure chose à faire.
_ Pour toi ou pour moi ?
_ Les deux ? Enfin, je pense…
_ Je veux que tu en sois absolument sûr Bella. Réfléchis un peu. Tu me diras ta réponse ultérieurement.
_ Quel jour somme nous ?
_ Le 7 Août.
_ Le mariage est prévu pour quand ?
_ Pour le 13, un mois avant ton anniversaire.
Je me figeais, le laps de temps était effectivement très court.
_ Mais… j'ai quel âge déjà?
_ 19 ans.
Quelle idée de se marier si tôt ? Je le scrutais de nouveau :
_ Et toi ?
Il m'observa attentivement en disant :
_ De même.
Son ton était étrange.
_ Je te pensais plus vieux.
Les coins de ses joues s'étirèrent et il luta contre le rire. Je ne compris pas vraiment la raison de ce sourire. Il n'y en avait qu'une : il mentait. Mais je n'étais sûr de rien. J'allais devoir parler à Alice pour en apprendre plus sur eux et être absolument en confiance avec ce qu'on me racontait.
_ A quoi penses-tu ?
Sa voix de velours me tira de ma rêverie et je relevais les yeux :
_ Quoi ?
Il s'avança, usant de la même tactique de toute à l'heure, son visage tout près du mien. La porte s'ouvrit et je sursautais. Il s'agissait d'Alice, un plateau entre les mains.
_ Oh, je dérange à ce que je vois ? Je repasse plus tard ou…
_ Non, tu ne déranges pas, fis-je précipitamment avant qu'Edward assit à mon côté ne dise le contraire : Qu'est-ce que c'est ?
_ Ton repas.
Elle déposa le plateau sur le lit et je contemplais la profusion de porcelaine immaculée et de couverts en argent.
_ Tout ça ?! M'exclamais-je.
_ Nous ne savions pas ce que tu préférais, donc…
Les ramequins contenaient bon nombre de soupes, de purées et de flancs aux couleurs différentes.
_ Manges ! M'encouragea-t-elle.
Je m'exécutais et me saisit d'une petite cuillère avec laquelle je picorais un peu dans tout. Les soupes étaient parfumées, les purées onctueuses et les flancs délicieux. Après m'avoir regardé manger, ils quittèrent la chambre en débarrassant le plateau, me souhaitant une bonne nuit. Certes il n'était que vingt et une heure mais je ne mis pas longtemps à trouver le sommeil. Etait-ce encore le contrecoup de l'accident – dont je ne parvenais toujours pas à me rappeler – à moins que ce ne soit les cachets ? Je n'en savais rien mais l'effet sédatif était bien là.
Je me glissais sous la couverture, ma tête posée sur l'oreiller, tournée vers la fenêtre où se découpais une lune pleine et lumineuse au milieu de ce ciel ombragé de nuages noir.
