Chapitre 4 – Dans la montagne et sous la montagne

Les nains repartirent, Gandalf devant les rejoindre plus tard.
Ils traversèrent maints beaux paysages. Thorin marchait toujours en tête, comme à son habitude, distançant tout le monde par ses longues enjambées.
« Comment fait-il ? » demanda un jour Cassandra à Balin, toute essoufflée, après une rude montée, désignant le prince.
« Il a une sacrée endurance », répondit le vieux nain. « Il a l'entraînement depuis que nous avons quittés Erebor. Nous avons voyagés pendant bien des semaines. Notre peuple était désespéré, nous avions perdu beaucoup des nôtres. Le grand-père de Thorin avait l'esprit malade, et son père était trop affligé. C'est donc lui qui a pris les choses en main. Il guidait tout le peuple nain, se faisant un devoir d'être toujours en tête, pour les inciter à aller de l'avant. A être le premier réveillé au matin. Je me souviens que les premiers temps, il arrivait le soir, vidé de son énergie, des ampoules plein les pieds. Il s'endormait comme une masse à peine assis. Il n'a pas perdu cette habitude, mais cela ne nous oblige pas à suivre son pas, d'ailleurs personne ne le fait ».
Il pensait en ce moment surtout à Fili et Kili qui traînaient à l'arrière.

Les nains empruntèrent un sentier qui serpentait et grimpait à flanc de montagne.
Cassandra se contint les premiers miles, en s'efforçant de fixer son regard sur le dos de Thorin qui marchait devant elle, pour éviter de regarder dans le vide. Mais quand un gros rocher se détacha de la paroi sous son pied, laissant un vide à enjamber, elle ne put plus avancer. Le regard fixé dans le vide, elle était tétanisée et restait prostrée contre la paroi. Bilbon qui marchait derrière elle, remarqua son désarroi et en avertit les autres.
Cassandra craignait la réaction de Thorin, mais celui-ci se retourna et lui parla :
« Cassandra, regardez-moi ! Regardez-moi dans les yeux ! Ne me lâchez pas du regard, et respirez, profondément. Déplacez-vous doucement vers moi. Voilà, et prenez ma main. »
Tout en lui parlant et la regardant, il réussit à la faire avancer et l'aida à grimper jusqu'à lui. Le regard sombre de Thorin était rassurant. Une fois le vide passé, Cassandra retrouva un peu ses esprits.
« Je m'excuse », dit-elle à Thorin. « J'ai le vertige, c'est tellement bête ».
« Ce n'est pas de votre faute. Je connais ça, ma sœur aussi à le vertige, et de bien moins haut que cela», lui répondit-il avec un sourire.
Elle fut extrêmement surprise, et ce sourire occupa son esprit pendant un long moment, ce qui lui permit d'oublier le vide s'étendant pas loin de leurs pieds.
Thorin fit passer Cassandra devant lui, et elle réussit à continuer son chemin, le prince l'assurant d'une main dans le dos dans les passages difficiles.

Ils continuèrent à grimper pendant des heures. La nuit arriva, et avec elle une pluie torrentielle, qui rendit leur marche encore plus difficile.
Cassandra glissa soudainement sur une pierre, et failli dévaler la falaise. Thorin la rattrapa par la taille et ils reculèrent tous les deux.
Cassandra tremblait, elle l'avait échappée belle. Peu après, c'est Bilbon qui faillit l'imiter.
« Il faut trouver un abri ! » hurla Thorin pour couvrir les bruits de l'orage.
C'est alors que Bofur, couvrant le bruit de la pluie et du vent hurla :
« Des géants de pierre ! Les légendes disaient vrai ! »
Disant cela, il pointait du doigt deux géants, au bord du précipice, alors que des rochers tombaient au-dessus de leur tête.
« Mais toi à l'abri, pauvre idiot ! » lui hurla Thorin.
Soudain, le petit sentier sur lequel ils se tenaient commença à bouger, puis il se fissura et se sépara, toute la montagne semblant bouger, divisant le groupe en deux. Ils se trouvaient sur les genoux d'un géant !
Thorin, Cassandra, et ceux qui était avec eux réussirent à sauter en avant sur la suite du sentier.
Mais les autres étaient trop loin. Ils regardaient avec effroi, quand ils s'écrasèrent sur la face de la montagne.
« Non ! » hurla Thorin en courant en avant.
Mais ils étaient saufs ! Etalés sur les rochers, leur sac à dos de travers, reprenant leur souffle.
« Ou est Bilbon ? »
Ils le virent alors il était tombé de la falaise, et se raccrochait in-extrémis aux rochers avec une main. Ori se jeta en avant pour lui porter secours, mais Bilbon glissa encore plus bas. Thorin, se tenant d'une main au bord de la falaise, se laissa alors glisser à sa hauteur et l'aida à remonter. Et se fut à son tour de perdre prise. Il fut sauvé par Dwalin, qui lui attrapa la main juste à temps, et le hissa sur le sentier.
Cassandra reprit son souffle à ce moment-là, n'ayant pas remarqué qu'elle avait bloqué sa respiration depuis qu'elle les avait vu suspendus dans le vide.
« J'ai bien cru qu'on avait perdu notre cambrioleur », dit Dwalin en essayant de dédramatiser la situation.
« Il est perdu, depuis qu'il est sorti de chez lui ! Il n'aurait jamais dû venir, il n'a pas sa place parmi nous! » lança Thorin.
Cassandra s'étonna du comportement de Thorin. Peut-être la peur et le soulagement le faisaient parler ainsi, mais ce n'était pas du tout réconfortant pour le pauvre hobbit.
« ça va ? » demanda-t-elle à Bilbon, qui reprenait son souffle.
« ça va. Les hobbits ne sont pas fait pour les hauteurs », répondit-il.
Peu après, ils trouvèrent une grotte inhabitée ou ils purent s'abriter.
Thorin refusa de faire du feu. Ils durent donc s'endormir, dans leurs habits tous mouillés, avec un maigre soupé.
« Nous repartons à l'aube », les avertit Thorin.
« Mais nous devions attendre Gandalf dans les montagnes, c'était le plan », déclara Balin, ahuri.
« Le plan a changé », répondit Thorin, son regard ne laissant place à aucune réplique.

Cassandra n'arrivait pas à trouver le sommeil, elle frissonnait dans ses habits. Elle entendit alors du mouvement non loin d'elle, et peu après, elle vit Bilbon se lever, son sac sur les épaules, et s'éloigner discrètement vers la sortie. Etonnée elle ne bougea pas, et écouta quand Bofur, qui était de garde, interrogea Bilbon.
« Mais où allez-vous comme ça ? »
« Je retourne à Fondcombe », dit le Hobbit.
« Non, non, non, non, vous ne pouvez pas repartir, vous faites partie de la compagnie », lui répondit Bofur.
« Ah bon, c'est nouveau ça ! Thorin a dit que je n'aurais jamais dû venir, et c'est vrai. Je ne sais pas ce que je pensais », s'indigna le hobbit.
« Votre chez-vous vous manque, c'est normal, je comprends », dit Bofur, essayant de le raisonner.
« Non, vous ne comprenez pas, vous n'avez pas de chez vous ! Vous êtes des nains, vous vivez sur les routes ! » répondit Bilbon, un peu exaspéré.
A la tête de Bofur, il vit qu'il avait été un peu loin, et s'excusa :
« Je n'aurais pas dû dire ça… ».
« Vous avez raison, nous n'avons pas de chez nous », lui dit Bofur, abattu.
Cassandra avait écouté cet échange, sans bouger, c'est alors, regardant Thorin, qu'elle vit qu'il était aussi éveillé. Il avait baissé les yeux, et paraissait triste.
« Je vous souhaite bonne chance, sincèrement », dit alors Bofur à Bilbon.
Il le laissait partir, et Thorin ne faisait rien pour le retenir ! Cassandra, outrée, ne savait pas si elle devait réagir ou non.
« Qu'est-ce que c'est ? » demanda alors Bofur.
Bilbon tira son épée de son fourreau de quelques centimètres. Une lueur bleue en émanait, signe que des orques ou des gobelins étaient tout prêt.
Se fit alors entre un bruit, comme des gonds que l'on ouvre, et du sable s'écoula d'une fissure qui se formait sur le sol de la grotte.
Cassandra et Thorin, ayant seulement suivi la conversation, n'avaient pas vu l'épée de Bilbon, mais ils devinèrent vite qu'il se passait quelque chose d'anormal.
« Debout ! Réveillez-vous ! » hurla Thorin en se redressant.
Trop tard, la fissure s'élargit, et ils basculèrent tous à l'intérieur, même Bilbon.
Ils atterrirent brutalement sur une plateforme en bois. La chute de Cassandra fut un peu amortie car elle atterrit sur Fili et Kili. A peine eurent-ils le temps de se redresser qu'ils furent envahis par des gobelins. Ces répugnantes créatures s'emparèrent d'eux et les entraînèrent le long de ponts en bois, suspendus dans le vide.
Ils essayèrent de se débattre, mais c'était peine perdue, car chaque nain était escorté de plusieurs gobelins. Bilbon, pourtant, passa inaperçu, et il s'esquiva en se cachant.

Ils arrivèrent dans une immense caverne, éclairée de torches, et là se tenait le plus grand, le plus hideux, le plus affreux des gobelins. C'était le roi des gobelins, et ils avaient atterrit dans la ville des gobelins, à l'intérieur de la montage.
« Qui donc ose pénétrer armé dans ma forteresse ? » demanda le roi des gobelins.
« Des nains votre malfaisance », lui répondit un de ses serviteurs.
« Des nains ? Qu'attendez-vous ? Fouillez-les ! » ordonna le roi.
Ils furent assaillis de toute part par des gobelins, qui jetèrent à terre leurs sacs et leurs armes, retournant tout. Fili et Kili tentèrent de repousser ceux qui assaillaient Cassandra, mais ils étaient trop nombreux.
« Que venez-vous faire dans ma montagne ? » questionna le roi.
Personne ne répondit. Ils n'avaient aucunement l'intention de révéler l'objet de leur quête, et savaient que les gobelins ne les laisseraient pas repartir s'ils disaient simplement qu'ils s'étaient endormis sur le seuil de leur porte.
« Très bien, dans ce cas nous les ferons hurler ! Apportez la broyeuse, apportez la déchiqueteuse. Nous commencerons par le plus jeune ! » se délecta le gros gobelin en regardant Ori.
Cassandra soupira de soulagement, car elle savait que si elle n'avait pas été cachée à la vue du grand gobelin par la large carrure de Dwalin, il aurait commencé par elle. Mais elle se faisait un sang d'encre pour Ori.
« Attendez ! » dit soudain Thorin en élevant la voix. Il se fraya un chemin parmi ses compagnons et s'avança.
« Tiens, tiens, tiens, mais c'est Thorin, fils de Thrain, fils de Thror, roi sous la montagne. Ah, mais j'oubliais, vous n'avez plus de montagne, et vous n'êtes pas roi, ce qui fait de vous…un moins que rien ! » dit le gobelin, jubilant.
Une fureur et une haine sans nom se faisaient voir dans les yeux de Thorin, qui fixait le roi gobelin. Cassandra admira son aplomb, face à cet hideux roi, alors qu'ils étaient prisonniers sous la montagne. Elle ne put s'empêcher d'admirer son courage, et d'aimer le côté de sa personnalité qui vient toujours au secours des autres, comme ici avec Ori ou sur la falaise avec Bilbon. Il ne pouvait supporter de laisser faire du mal à ses compagnons, même si ceux-ci ne rentraient pas dans son estime, ou pas encore...
« Je connais quelqu'un qui sera ravi de vous savoir ici. Il donnerai cher pour une tête, juste une tête, détachée du reste. Vous voyez de qui je veux parler. Un grand orque pale, montant un ouargue blanc », dit le gobelin, attendant de voir la réaction de Thorin.
« Azog, le profanateur, n'est plus de ce monde. Il fut tué dans une bataille il y a longtemps », lui répondit Thorin.
Si ses yeux avaient pu lancer des éclairs, ils l'auraient fait.
Pourtant, le roi des gobelins ordonna à un tout petit gobelin d'aller porter un message à l'orque pale, lui disant qu'il avait son trophée. Cassandra avait un mauvais pressentiment, et c'est là qu'elle se souvint du regard échangé entre Balin et Gandalf un soir.

Le roi des gobelins chantait de joie à la vue des instruments de torture qui devaient leur délier la langue pour apprendre le pourquoi de leur venue. Ils étaient en bien mauvaise posture.
Les autres gobelins farfouillaient toujours dans leurs affaires. L'un deux découvrit alors Orcrist, l'épée de Thorin. Il hurla et la jeta à terre, se brulant au contact de la lame. La voyant, tous les autres gobelins prirent peur.
« Je connais cette épée, c'est le Fendoir à Gobelins ! » jeta le grand gobelin avec effroi. « Tuez-les, massacrez-les ! » ordonna-t-il.
Les gobelins se jetèrent sur les nains désarmés. Ils saisirent Thorin et le firent basculer à terre. Il allait se faire trancher la gorge, quand il y eut une explosion de lumière bleue, et un grand souffle, qui mit à terre nains et gobelins, éteignant toutes les chandelles.
C'était Gandalf qui leur venait en aide !
« Saisissez vos armes. Battez-vous ! » hurla Gandalf aux nains, qui s'empressèrent de lui obéir.
Ils ramassèrent leurs armes, et s'en servirent contre les gobelins qui les entouraient. Cassandra saisit Orcrist, qu'elle envoya à Thorin. Ils rejoignirent tous le magicien et tentèrent de se frayer un chemin le long des ponts suspendus, le magicien à leur tête.
Ils tuaient les gobelins sur leur passage, chacun faisant usage de son arme.
Thorin était juste devant Cassandra. Il était impressionnant, faisant virevolter sa grande épée.
A un moment il se retourna, voulant trancher la tête d'un gobelin qui allait lui mettre un coup dans le dos, mais il ne bougeait déjà plus, une épée en travers du corps. C'était Cassandra.
« Merci ! » lui dit Thorin.
Arrivant sur un autre pont, il demanda aux autres :
« Coupez les cordes ! »
Le pont sur lequel ils étaient se détacha du reste en se balançant dans le vide de droite à gauche. Thorin saisit Cassandra par derrière, en lui enserrant la taille de son bras qui ne tenait pas l'épée pour lui éviter de perdre l'équilibre, se trouvant tout au bord. Ils sautèrent tous du pont pour continuer leur chemin.
Chaque contact avec Thorin laissait Cassandra chamboulée, mais elle essayait temps bien que mal de ne pas perdre la tête au milieu des gobelins.
Gandalf les aidait avec sa magie. Ils furent alors stoppés par le grand gobelin qui atterrit devant eux, leur bloquant le chemin. Les nains qui se trouvaient en bout de file, parmis eux Thorin et Cassandra firent volte-face pour maintenir les gobelins en respect. Gandalf trancha alors le ventre, puis la gorge du grand gobelin. Le roi des gobelins s'affala, mort, et sous son poids, le bois céda, entraînant tous les nains.
Ils firent une longue chute, mais arrivèrent sans trop de dommage quand le pont s'écrasa à terre. Ils s'extrayaient des débris quand le cri de Kili leur fit lever la tête : « Gandalf ! ».
Une immense horde de gobelins dévalait les parois et allait arriver sur eux.
« Ils sont trop nombreux ! » dit Dwalin.
« Une seule chose nous sauvera. La lumière ! » leur dit Gandalf en repartant de plus belle.
Ils coururent le long des galeries, jusqu'à ce qu'ils arrivent à une porte de pierre, à travers laquelle ils virent le ciel. C'était le soir, et le soleil descendait à l'horizon.