Titre : Il manque un temps à ma vie
Auteure : Victoire
Pairing principal : Harry Potter/Severus Rogue
Rating : MA –description explicite de relations sexuelles entre deux hommes.
Warning : M-Preg et Chan 16-18 et AU HBP et DH –Voldemort a été anéanti à la fin de la sixième année de Harry et Rogue n'a jamais eu à tuer Dumbledore. Le septième tome n'a pas eu lieu.
Résumé : Quand le futur devient présent, c'est l'existence entière de nos protagonistes qui est remise en question ! Quels chemins de vie choisiront-ils d'emprunter une fois le choc d'une bouleversante révélation passé ? Se laisseront-ils enfin aller à leurs désirs les plus profonds ? Ça et plus dans « Il manque un temps à ma vie » !
Disclaimer : L'univers d'Harry Potter ne m'appartient pas, il est la propriété de JK Rowling, Bloomsbury Books, Scholastic Inc., Warner Bros., et de toutes les autres firmes impliquées dans cette grande aventure
Note de l'auteure : Une nouvelle semaine est passée, un nouveau chapitre est arrivé ! J'espère qu'il sera à votre goût. Certains lecteurs vont voir leurs superbes hypothèses confirmées, mais je n'en dis pas plus, je vous laisse à votre lecture :)
En attendant vos avis/critiques/impressions avec impatience,
Victoire.
CHAPITRE TROIS
Le premier mois de cohabitation fila à une vitesse folle. Harry sut rapidement prendre ses marques dans les cachots sombres et, bien que les disputes demeurent chose courante entre lui et le Maitre des Potions, ils parvinrent vite à mettre en place une étrange sorte de routine.
Harry se levait à la même heure qu'il le faisait auparavant. La plupart du temps, Rogue avait déjà quitté ses appartements lorsque le Gryffondor investissait la salle-de-bain, ce qui lui permettait de prendre le temps de se réveiller en douceur, sous des cascades de jets d'eau brûlante, avant de rejoindre ses amis dans la Grande Salle. Il arrivait parfois à Jude ou à Sophia d'être réveillé aux aurores et, dans ces cas là, le jeune sorcier se faisait une joie de partager son petit-déjeuner avec eux.
Puis, venait le tour des cours de la journée. Harry se surprenait souvent à laisser ses pensées voguer vers ses enfants. Etaient-ils réveillés ? Avaient-ils déjeuné ? S'amusaient-ils bien avec Daisy ? L'elfe de maison était une véritable perle, ce qui n'empêchait pas Harry d'être tracassé à l'idée de laisser Jude et Sophia derrière lui l'espace de quelques heures. Il ne savait pas d'où ce soudain instinct paternel provenait. Peut-être que le manque de ses parents résonnaient si douloureusement en lui qu'il affichait l'irrépressible envie d'être présent aux côtés de ses enfants à chaque instant de leurs vies.
Dès lors que les cours de la journée prenaient fin, le Gryffondor s'empressait de rendre visite à ses deux têtes brunes avant d'entamer ses heures d'étude. Il arrivait souvent à Hermione et à Ron de l'accompagner. En effet, depuis qu'Harry les avait mis au courant du voyage dans le temps de Jude et Sophia, ils étaient tout excités à l'idée de passer du temps avec ceux qu'ils considéraient déjà comme leur neveu et leur nièce. Bien entendu, cela n'avait pas été simple pour Ron au début mais, à force de temps et de charme en la personne de la délicieuse Sophia, il avait fini par relativement bien accepter l'incongruité de la situation –et l'éventualité que son meilleur ami finisse ses jours avec « le sale bâtard graisseux ».
Le Trio d'Or était actuellement niché dans un coin reclus de la Bibliothèque. Hermione avait insisté pour qu'ils s'attèlent à leurs devoirs le plus tôt possible et, si tôt leur visite éclair aux enfants terminée, elle avait entrainé ses amis dans l'antre de Madame Pince. Cela faisait près de deux heures qu'ils planchaient sur les propriétés des nombreux ingrédients constituant le Philtre de Paix, et Harry n'en pouvait juste plus ! Ron avait déjà abandonné une demi-heure auparavant, ses soupirs répétitifs trahissant son profond désarroi face au travail colossal qui leur avait été assigné, tandis qu'Hermione continuait à remplir son parchemin avec frénésie, totalement hermétique à l'épuisement des garçons.
Après avoir laissé échapper un lourd bâillement, Harry se leva prestement pour se dégourdir les jambes. Aussitôt, il sentit sa tête lui tourner. Il s'agrippa fermement à la table en bois patiné, tâchant tant bien que mal de recouvrer son équilibre. Alerté par les grognements émis par Harry, Hermione releva la tête vers lui, ses sourcils froncés en signe d'inquiétude.
« A nouveau tes vertiges ? s'enquit-elle d'un air concerné.»
Harry haussa mollement les épaules, la mine contrite. Il ne parviendrait jamais à saisir pourquoi Hermione, qui était pourtant douée d'une intelligence hors du commun, devait toujours poser des questions dont les réponses s'imposaient d'elles-mêmes.
« Il faudrait sérieusement songer à aller consulter Madame Pomfrey, Harry, continua la jeune sorcière en le gratifiant d'un regard perçant. »
Le Gryffondor leva les yeux au ciel en signe d'agacement.
« Je sais, c'est ce que Rogue n'arrête pas de me répéter à longueur de temps, maugréa-t-il d'une voix morne.
_Et il a raison de le faire ! s'exclama Hermione avec force. Ça fait presqu'un mois que tes malaises ont commencé et il n'y a toujours pas de signe d'amélioration. Ça commence à devenir inquiétant ! »
Légèrement largué par la virulence de l'échange qui venait de prendre part entre ses amis, Ron reporta son attention sur Harry en l'attente d'une réaction de sa part.
« Si je te dis que j'irai à l'Infirmerie dès ce soir, tu me promets de ne plus me prendre la tête avec tes recommandations ? dit le Rouge et Or en soupirant lourdement. »
Après avoir longuement jaugé le brun du regard, Hermione finit par acquiescer doucement de la tête. Elle gratifia Harry d'un regard qui en disait long quant aux représailles qu'elle servirait s'il s'avisait de ne pas tenir parole.
Comprenant que l'incident était clôt quand ses amis eurent replongés leurs nez dans leurs parchemins, Ron secoua la tête de gauche à droite en se disant que, décidément, il ne comprendrait jamais rien aux échanges silencieux de ses amis !
~~V~~
Severus pénétra bruyamment dans ses appartements, la mine rendue revêche suite à sa longue journée de cours passée en compagnie de crétins congénitaux. Il laissa machinalement retomber sa robe de sorcier sur le canapé et fit brusquement volte face lorsqu'il entendit un grognement étouffé résonner à ses oreilles.
Harry était assis sur le divan, ses genoux enserrés dans l'étau de ses bras. Il laissait ses yeux se perdre dans le vide, comme s'il cherchait à échapper à une réalité jugée trop pénible l'espace d'un instant. Son visage avait l'air sculpté dans la pierre, pareil à une tête d'ange, lointaine, intangible, perdu dans un cloître de glace.
Le Maitre des Potions fronça les sourcils, l'air intrigué par le comportement résolument taciturne du jeune sorcier
« Que se passe-t-il, Potter ? s'enquit-il d'une voix qu'il voulait détachée. Serait-il possible que votre cour d'admirateurs ait heurté vos bons sentiments en refusant de se soumettre à l'un de vos innombrables désirs ? »
Les yeux d'Harry luisirent furtivement d'un éclat de colère avant de redevenir aussi ternes qu'ils l'avaient été auparavant
« Je suis allé voir Madame Pomfrey cet après-midi, annonça-t-il d'un air lugubre.»
Le cœur de Severus manqua un battement. Etait-il possible que le comportement du garçon soit imputé à un terrible diagnostic donné par Poppy ? Son inquiétude céda rapidement la place à la raillerie lorsqu'il réalisa qu'il se faisait du souci pour rien. Il s'agissait d'Harry Potter, et Harry Potter avait tendance à exagérer tous les propos qui lui étaient tenus.
« Et que vous a donc dit l'Infirmière pour que vous vous retrouviez dans un tel état d'abattement ? Aurait-elle par hasard découvert que vous souffriez d'une affreuse gastro-entérite ? ricana l'homme sur un ton mauvais. »
Harry releva des yeux dénués de toute expression vers son enseignant. Un frisson d'appréhension parcourut l'échine de Severus à la vue de ces émeraudes sans fond, vides comme la Mort.
« Je suis enceint, lâcha le Rouge et Or d'une voix blême. »
Les lèvres du seigneur des cachots se plissèrent si finement que d'aucuns auraient pu penser qu'elles avaient disparues.
« Je vous demande pardon ? dit-il vivement, persuadé d'avoir mal entendu ce que venait de lui dire le brun. »
Incommodé par l'intensité du regard que lui portait son enseignant, Harry baissa la tête vers le sol.
« Je suis enceint, répéta-t-il dans un souffle, le visage beaucoup plus pâle qu'à l'ordinaire. »
Severus fixa le jeune sorcier avec incrédulité. Ses yeux s'écarquillèrent sous le choc de la nouvelle et sa bouche se tordit en une grimace inquiétante. Il demeurait totalement désorienté lorsqu'il éclata brusquement de rire. Désarçonnée, Harry haussa un sourcil interrogateur. Il s'était attendu à un large panel de réaction de la part de Rogue, allant de la colère froide à la fureur démesurée mais, visiblement, il s'était trompé de registre en anticipant la tournure que prendraient les évènements. Le Gryffondor sentit son visage s'empourprer et, incapable de maîtriser sa rage plus longtemps, il s'exclama violemment :
« Ça n'a rien de drôle ! »
Suite à cet éclat de colère, le visage du potionniste redevint aussi inexpressif qu'il l'était à l'accoutumée. Rogue gratifia son élève de son rictus le plus mesquin avant de lui susurrer d'une voix détestablement mièvre :
« Je conçois parfaitement que cela ne le soit pas pour vous, mais pour moi, c'est franchement hilarant ! L'Elu qui ne trouve rien de mieux que d'écarter les cuisses et de se faire engrosser par le premier venu pour sortir du placard. Si ce n'est pas digne d'un vaudeville des plus grivois ! »
Harry grinça des dents, excédé par la malveillance de l'homme.
« Vous me voyez ravi de constater que mon malheur vous amuse autant, Rogue. Mais quelque chose me dit que vous rirez beaucoup moins lorsque vous apprendrez que vous êtes l'autre père de l'enfant. »
Le visage de Severus blêmit. Il sentit son cœur tressauter dans sa poitrine, comme s'il avait perdu le fil de sa course. Il passa une main tremblante sur ses traits tirés, puis reporta son attention sur le jeune homme qui lui faisait face.
« Si c'est une plaisanterie, elle n'a rien de drôle, Potter, persiffla-t-il méchamment. Vous savez pertinemment que je n'ai jamais posé mes mains sur vous, et j'apprécierais vivement que vous vous absteniez de faire des allusions aussi déplacées à mon propos ! »
Harry plissa fermement les yeux, l'air profondément acerbe.
« Bien que cela ne soit pas le cas dans le présent, il semblerait que vous adoreriez vous envoyer en l'air avec moi dans le futur, Professeur, ricana-t-il avec amertume. »
Puis, percevant le trouble de son enseignant, le jeune sorcier laissa échapper un lourd soupir. Il ne pouvait pas blâmer l'homme, à présent avachi dans un fauteuil, d'être sous le choc de la nouvelle. Quand il avait lui-même appris sa grossesse, il était resté paralysé par la terreur pendant de longues minutes. Comment pouvait-il être enceint alors qu'il était toujours vierge ? Qu'allait-il advenir à présent qu'il attendait un bébé ? Rogue l'aiderait-il, ou bien devrait-il se débrouiller tout seul, comme il avait toujours dû le faire ? Et que diraient ses amis et l'ensemble des élèves de Poudlard dans tout cela ? A l'exception d'Hermione et de Ron, personne ne savait qu'il était attiré par les hommes. Allait-il être traité en paria une fois que l'école le découvrirait ?
Rogue émit un borborygme sourd et Harry papillonna des yeux, le fil de ses pensées brusquement rompues. Constatant que le Maitre des Potions restait muré dans son silence, le jeune sorcier décida d'apporter quelques explications à ses interrogations muettes.
« Après avoir expliqué à Madame Pomfrey qu'il était impossible que je sois enceint pour une raison… évidente, Dumbledore est venu me rejoindre dans l'Infirmerie. Il a fait sortir un tas d'étincelles de sa baguette magique et, au bout d'un long moment, il a fini par conclure que vous étiez le deuxième père du bébé. Il semblerait que mon futur moi ait été enceint au moment d'effectuer le rituel qui a envoyé les enfants dans le passé et, sans que l'on sache pourquoi ou comment, le bébé aurait lui aussi été téléporté. Directement dans mon ventre. »
Sentant un début de migraine menacer de faire son apparition, Severus pinça l'arête de son nez avec fermeté. Puis, il fit apparaitre une bouteille de brandy dans les airs et se servit un verre qu'il avala sur le champ. Une fois qu'il eut l'impression d'être redevenu maître de ses émotions, il s'efforça à relever la tête et à croiser le regard de Potter. Et ce qu'il vit le glaça de terreur. Le jeune sorcier avait l'air perdu et il semblait attendre tellement de lui, tant ses supplications silencieuses s'avéraient en réalité assourdissantes de bruit, que c'en était effrayant. Décidant qu'il n'était pas assez alcoolisé pour aborder un sujet aussi grave qu'une grossesse inopportune, le seigneur des cachots s'empressa de se resservir un autre verre d'alcool. Il s'apprêtait à faire de même pour le Gryffondor quand celui-ci l'arrêta d'une pression de sa main sur son poignet. Le Maitre des Potions releva la tête en fronçant les sourcils. Harry s'empressa de s'éloigner de son enseignant.
« Je ne peux pas boire. Enfin, vous savez bien, avec le bébé… »
Severus se contenta d'hocher roidement la tête de haut en bas.
« Que fait-on à présent ? demanda Harry dans un souffle. Je veux dire, vous allez m'aider ou bien… »
_M'avez-vous déjà vu faillir à l'un de mes devoirs, Potter ? rétorqua le potionniste avec acidité. »
Le Gryfondor secoua doucement la tête de gauche à droite. Rogue avait beau être ce qu'il était, le jeune sorcier savait qu'il était un homme de parole.
« Alors vous pouvez être assuré qu'il en sera de même cette fois-ci. De combien de mois êtes-vous enceint ? demanda-t-il ensuite, comme s'il s'était déjà résigné à la nouvelle.
_Quatre, répondit Harry dans un souffle, étonné à l'idée que le potionniste ne se révolte pas plus que cela à l'annonce de sa grossesse. »
Severus acquiesça vaguement, l'air ailleurs.
« Madame Pomfrey vous a-t-elle prescrit un traitement particulier ? »
_Elle m'a dit de prendre des potions nutritives. Il faut que je prenne plus de poids pour que le bébé se développe comme il faut. Elle m'a aussi dit d'éviter de soulever des choses trop lourdes et… je dois arrêter le Quidditch, lâcha-t-il d'une voix profondément morne. »
Le visage de Severus s'illumina furtivement.
« Enfin une bonne nouvelle, maugréa-t-il bon gré mal gré. »
Harry haussa un sourcil interrogateur. De quoi l'homme voulait-il donc parler ?
« Serpentard pourra espérer remporter le tournoi de Quidditch cette année ! »
Le visage d'Harry se tordit en une affreuse grimace. Il avait bêtement espéré que Rogue saurait compatir, au moins rien qu'un peu, avec lui, mais il aurait dû se douter que cela ne serait absolument pas le cas. Le Maitre des Potions n'était pas quelqu'un qui faisait dans la compassion, surtout lorsqu'il y avait des bénéfices à tirer pour sa propre maison. Pas qu'il en fasse cas outre mesure. Rogue était juste… Rogue !
« Je vais aller récupérer les petits monstres, dit le potionniste au bout d'un long moment de silence. »
Harry acquiesça mollement, ses mains se baladant machinalement sur ses bras dans une vaine tentative de se réchauffer. Depuis un mois, sa vie avait déjà tellement changé ! Il était vrai qu'il avait fini par sincèrement apprécier ses longs moments passés auprès de ses enfants, et le fait que Dumbledore tarde autant à trouver une solution pour les renvoyer dans les futurs l'enchantait mais, en toute honnêteté, il ne savait pas vraiment s'il allait être capable de surmonter cette nouvelle épreuve. Un bébé ? A son âge ? Comment était-il seulement censé faire pour gérer la situation ? Sentant une vague de panique menacer de s'emparer de lui, le jeune sorcier saisit le bras de son enseignant pour le retenir un peu plus longtemps auprès de lui.
« Est-ce qu'on va s'en sortir ? demanda-t-il d'une voix tremblante d'une émotion mal contenue. Je veux dire, nous croyez-vous vraiment capable d'y arriver ? »
Rogue mordilla longuement l'intérieur de ses joues, la mine songeuse, avant de dire d'une voix grave :
« Vous êtes Harry Potter. Vous parvenez invariablement à vous sortir des situations les plus invraisemblables avec une ou deux égratignure tout au plus. Quant à moi, je suis d'une intransigeance sans égal, et je peux vous assurer que je mène toujours mes missions à bien. On y arrivera, Potter. Vous en avez ma parole. »
Et, pour la première fois de sa vie, Harry gratifia Rogue d'un immense sourire baigné de larmes.
Totalement décontenancé, Severus se contenta d'enserrer gauchement l'épaule du brun entre ses doigts. Il ne savait pas d'où lui venait cet optimisme soudain, mais s'il y avait une chose dont il était certain, c'était que la profonde reconnaissance affichée par le gamin l'avait chamboulé. Il se dirigea vers la cheminée du salon, l'esprit bouillonnant de milles pensées qu'il ne parvenait absolument pas à identifier.
De l'autre côté de l'âtre, Jude et Sophia l'accueillirent à grand renfort de cris de joie et d'embrassades humides.
