Voilà le chapitre quatre !

Désolé pour l'attente, ça a pris un poil plus longtemps que prévu. J'ai dû rajouter des trucs, en enlever d'autres et modifier deux-trois détails.

A celà s'ajoute mes travaux sur mon autre fic HP, "Réécrire l'histoire", dont j'ai refait le prologue dans son ensemble et que je prévois de publier d'ici peu.

Avis à ceux qui auront commencé la fic avant que je ne corrige ce petit oubli de ma part, la fic contiendra quelques mentions de relations homosexuelles (yaoï sûr, peut-être yuri, je sais pas encore). Bon, ça devrait rester léger (sinon, ça va dériver et je vais devoir augmenter le rating ^^" ).

Je rappelle que JK Rowling est la légitime propriétaire de Harry Potter. Le modeste auteur amateur que je suis ne fais que lui emprunter son oeuvre pour la travailler selon mes propres idées.

Bonne lecture à tous !


Résumé du chapitre précédent : Grâce à l'aide d'Aube Révélatrice, nos trois conspirateurs mettent la touche finale à leur plan d'évasion. Et c'est à l'occasion de l'audience de l'adolescent au Ministère que la pseudo-attaque, orchestrée par les agents de la mystérieuse organisation, que Harry et Remus "trouvent la mort", au nez et à la barbe des Aurors, de Fudge, de Dumbledore et de Lucius Malefoy.

Ce dernier craint la réaction de son maître. Mais a-t-il seulement tort ?


Chapitre Quatre

Faire le mort.

La mort du Survivant avait plongé l'Ordre du Phœnix dans une situation délicate. D'un côté, il y avait ceux qui considérait que c'était une bonne nouvelle. En effet, Harry étant mort, le fragment d'âme de Voldemort était détruit. D'un autre côté, il y avait ceux qui craignaient que ça n'ait pas marché, car Voldemort n'était pas celui qui avait tuer Harry de sa main.

Il y avait Arthur, qui avait été mis dans la confidence et qui avait fait un esclandre. Il avait fallut le maîtriser et déployer des « trésors de persuasion » pour lui faire comprendre que c'était nécessaire.

Il y avait Sirius, qui, comme on aurait pu s'y attendre, sombra dans la dépression la plus totale, récupérant quelques affaires de son filleul, des objets ayant une forte valeur sentimentale, comme la cape d'invisibilité, la carte du Maraudeur ou encore l'album photo offert par Hagrid au jeune garçon à la fin de sa première année. Après ça, l'animagus était allé s'enfermer dans le grenier avec Buck, et avait insisté pour que personne ne vienne le déranger. Bien évidemment, personne ne lui expliqua que, de toute façon, ils avaient prévu la mort du jeune homme depuis un moment déjà. Les membres de l'Ordre aurait encore besoin de lui, et se le mettre à dos en lui avouant que son filleul n'était que de la chair à canon n'était pas à l'ordre du jour.

Il y avait Dumbledore, qui était partagé entre la crainte de voir sa figure de proue morte trop tôt, la frustration de ne pas avoir pu s'emparer de la fortune des Potter, et l'étonnement face à cette action pour le moins... inattendue de la part de Voldemort. Quelque chose clochait, mais il ignorait quoi. Pourtant, il sentait que c'était important.

Et puis il y avait ceux qui ignoraient toujours la vérité.

Il y avait Rogue, trop pris par son rôle d'espion et pas assez fiable au goût de la grande majorité de l'Ordre pour être mis au courant.

Et pour finir, il y avait Tonks et les jumeaux. Mais croire qu'ils ne se doutaient de rien était une erreur.

- Depuis quelque temps, ils se comportent bizarrement, remarqua Nymphadora, une fois qu'elle fut certaine que personne ne les écoutait. Par exemple, ces derniers temps, je trouve que Kingsley agit de manière... presque mécanique. Et on dirait que la mort de Harry ne les marque pas plus que ça.

- On a pu remarqué que... commença Fred.

- …depuis quelques semaines, maman, Ron, Bill... poursuivit Georges.

- ...Charlie et Ginny ne se comportaient pas comme avant, comme si...

- …ils n'étaient pas les mêmes. Et depuis hier, papa...

- …est bizarre lui aussi.

- Vous pensez qu'il faut s'inquiéter ? Leur demanda l'Auror.

Les jumeaux échangèrent un regard, dialoguant silencieusement.

- Difficile à dire. C'est sûr qu'il y a quelque chose d'anormal mais...

- ...de là à savoir quoi...

- Le mieux est de faire profil bas, terminèrent les jumeaux en chœur

- On tachera de mener notre enquête, ajouta Fred.

Tonks approuva. Oui, ils devront faire en sorte de ne pas brusquer leurs amis, tant qu'ils n'auront pas saisi la nature exacte de ce qui se tramait au sein de l'Ordre du Phœnix


Dans son antre, le vieux manoir des Jedusor, Voldemort était de mauvaise humeur.

Assis sur son trône, dans ce qui fut autrefois une somptueuse salle de réception, il était entouré de ses fidèles Mangemorts, lesquels n'en menaient pas large. Surtout en constatant que l'humeur de leur Maître, visible au tapotement énervé des longs doigts effilés du Mage Noir sur l'un des accoudoirs, était aussi sombre qu'une nuit sans lune.

Les fidèles du Seigneur des Ténèbres attendirent donc, immobiles et silencieux, que leur Maître prenne la parole. Même si tous savaient que ça ne serait pas forcément bon pour eux.

- Est-ce que l'un d'entre vous, commença-t-il enfin de sa voix froide et sifflante, aurait l'extrême obligeance de M'EXPLIQUER CE QUE C'EST QUE CETTE HISTOIRE ?

Son ton avait monté au fur et à mesure de sa question, et de simple murmure, était devenu un cri de fureur pure. Et les Mangemorts, face à la colère montant crescendo de leur Seigneur, se firent de plus en plus petit, ne souhaitant plus qu'une chose, c'était de pouvoir disparaître le plus loin et le plus vite possible.

- LUCIUS ! S'exclama Voldemort, faisant sursauter le blond qui se trouvait non loin à sa droite.

Lord Malefoy regretta amèrement d'être là. Mais hélas, en tant que membre du Premier Cercle, il se devait d'être aux premières loges. A son plus grand déplaisir.

Lucius se rendit compte qu'il s'était quelque peu perdu dans ses pensées. Et comme il avait tardé à répondre, la réaction de son Maître fut sans appel.

- ENDOLORIS !

La douleur fut terrible. Lucius s'écroula et poussa un cri qui fit frémir les autres Mangemorts. Un seul, adossé au mur non-loin du trône, observait la scène d'un regard neutre, inexpressif.

- Je t'ai posé une question, Lucius ! Insista Voldemort en mettant fin au sortilège de torture.

- Je ne... Je n'en sais rien, Maître, parvint à articuler Malefoy père.

- Mauvaise réponse ! ENDOLORIS !

Une fois encore, Lucius se tordit de douleur en hurlant. Mais bien que la scène en fit déglutir plus d'un, personne ne regrettait ce qui lui arrivait. Car « Mieux vaut lui que moi » pensèrent les Mangemorts. Tous sauf un, qui s'en fichait royalement.

- NOTT !

Voldemort avait de nouveau mis fin à son doloris et s'était tourné vers le Mangemort resté à l'écart.

- Nott, mon cher, j'ose espérer que tu auras plus de répondant que ce cher Lucius.

Nathaniel Nott, un des plus vieux Mangemorts, membre du Premier Cercle et père du Serpentard Théodore, lança un regard dédaigneux à Lucius et se tourna vers son Seigneur, arborant un visage de marbre.

- C'est peut-être une ruse de ce vieux fou de Dumbledore pour mettre le « Survivant » hors de notre portée, proposa-t-il.

- Peut-être ? Releva Voldemort.

- On a aucune preuve. De toute façon, ça ne peut pas être nous. Personne ici n'est assez fou – ou assez suicidaire – pour mettre nos plans en périls, dévoiler Votre retour et Vous ravir votre triomphe sur Potter à cause d'un stupide accès de zèle...

- C'est certainement lui, il est assez tordu pour ça, commenta discrètement un autre Mangemort sur la gauche.

Pas assez discrètement du moins, vu que Voldemort l'avait entendu et lança un regard glacial sur le petit malin. Lequel se recroquevilla, effrayé de sa propre audace.

Nott lança un regard dégoûte au Mangemort, ce qui n'échappa pas à son Seigneur.

- Il faut quand même reconnaître que ton frère n'a pas tout à fait tord, Nott, dit-il, mi-amusé, mi-énervé. Ce vieillard sénile est assez tordu pour avoir ce genre d'idée.

- Mais l'a-t-il eu ?

- Nous verrons bien quand Severus nous aura rejoint.

Justement, Severus Rogue, professeur de potions à Poudlard, entra dans la grande salle sombre, faisant voler sa cape comme il en avait l'habitude, s'attirant par là-même un regard mi-amusé, mi-blasé de l'aîné des frères Nott.

L'un des seuls qui méritent mon respect, ici, pensa-t-il.

- Ah, Severus, tu tombes bien, nous t'attendions, l'accueillit Voldemort.

- Maître, répondit Rogue en s'inclinant respectueusement devant le Seigneur des Ténèbres.

Il avait fallut pas mal d'efforts à Rogue pour obtenir le pardon de Voldemort, et beaucoup d'endurance pour supporter les doloris à la chaîne. Il y avait réussi, même si, à l'issue de son plaidoyer pour rentrer dans les bonnes grâces du Maître, il n'avait pas été très beau à voir.

Ce qui impressionnait le plus Nott, c'était la capacité de Rogue à masquer ses pensées, ou bien à les faire mentir. Car si quelques Mangemorts étaient certains que Rogue était en réalité à la solde de Dumbledore, rien ne permettait de le prouver, et encore moins la legilimancie. Lui-même avait tenté de lire dans l'esprit du Maître des Potions. Il avait laissé tomber en riant à la pensée de ce que le trentenaire lui avait fait voir. C'est depuis ce jour que Nott savait qu'en réalité, Rogue n'était pas totalement hermétique à l'humour. Et qu'il savait pertinemment quand on venait fouiller dans sa tête.

Pour l'heure, il gardait ses pensées pour lui, assistant à l'échange entre Voldemort et le nouveau venu.

- Rogue... Nous nous demandions si, par le plus grand des hasards, tu étais en mesure de nous dire si Dumbledore avait quoi que ce soit à voir avec la... « mort » de Potter.

L'espion répondit aussitôt. Visiblement, il s'attendait à cette question.

- Soit il est bon comédien, soit il n'est en rien mêlé à cette attaque. A vrai dire, faute d'éléments supplémentaires, il privilégie l'hypothèse d'une attaque surprise de notre part, même si j'ai le sentiment qu'il éprouve quelques réserves quant à cette idée.

Voldemort prit un air pensif. Les Mangemorts retinrent leur respiration, n'osant pas déranger leur Seigneur dans ses réflexions.

- Vu qu'aucun de vous n'est assez intelligent pour mettre sur pied une pareille opération, et si Dumbledore n'a rien à voir avec ça, il ne nous reste qu'un cas de figure. Le pire.

- On aurait donc affaire à un tierce groupe, commenta Nott.

- En... En quoi est-ce le pire cas de figure, Maître ? Demanda timidement Malefoy.

- Lucius... fit Voldemort, déçu. Rassure-moi, tu le fais exprès, là ? Ou bien ton quotient intellectuel aurait-il décidé de faire concurrence à celui de Crabbe et Goyle ?

Lucius blêmit mais ne répondit rien. Les deux autres Mangemorts cités firent de même, peu désireux de se prendre un mauvais sort sur le coin du nez.

- Nott, Rogue, pouvez-vous expliquer à vos camarades en quoi c'est le pire scénario qui soit ? Demanda le Seigneur des Ténèbres.

- Pour ce qui est de Dumbledore et de l'Ordre du Phœnix, commença l'espion, nous savons qui ils sont, quelles sont leurs méthodes, leurs faiblesses, où les trouver...

- Et nous avons un homme à nous dans leurs rangs, poursuivit l'autre Mangemort. Alors qu'un troisième groupe...

- On ne sait rien à leur sujet, reprit le Maître des Potions. Qui ils sont, combien ils sont...

- On ignore également de quoi ils sont capables, comment les atteindre et où ils sont basés, enchaîna Nathaniel.

- Et on ignore surtout quels sont leurs buts, acheva Voldemort. En quoi la mort de Potter les arrangerait ?

- Peut-on être sûr qu'ils l'ont vraiment tué ? Marmonna le vieux Mangemort.

- Tu en doutes encore, Nott ?

- Dumbledore est formel, intervint Rogue. C'est bien la dépouille de Potter, son sang, sa signature magique, son aura... J'ai moi-même vérifié. Pas de polynectar, pas de métamorphose... Et aucun mannequin magique ne peut être aussi trompeur. Et puis la baguette... C'est bien la baguette de ce petit imbécile arrogant.

Voldemort réprima de justesse un sursaut. La baguette... Il n'y pensait plus.

- Qu'en est-il de cette baguette, Severus ?

- Dumbledore s'en est emparé, Maître. Je crois qu'aux vues de ses... propriétés, il va la conserver et la donner le moment venu à son nouveau « champion »... si l'on peut dire.

- Ah, le fils Londubat ? Il croit vraiment que ce gamin est capable de me battre ?

- Potter étant hors circuit, Londubat est le seul qui corresponde à la prophétie.

- Si j'en crois les témoignages de nos futures recrues, cet enfant est un bien piètre sorcier.

- Il ne représentera jamais une menace sérieuse, Maître.

- Non. Il ne vaut pas Potter. J'en conviens.

Voldemort se cala plus confortablement sur son trône, méditant et se grattant le menton. Il réfléchissait activement à ce qu'il convenait de faire.

Au bout de quelques minutes d'intense réflexion, il prit enfin une décision.

- Rogue, tâche de t'emparer de cette baguette, et vérifie que Dumbledore n'a réellement rien à voir avec tout ça. Lucius, joue avec tes relations pour savoir comment ces mystérieux attaquants ont réussi leur coup. S'infiltrer au sein du Ministère en plein jour, à la barbe des Aurors et en outrepassant les protections nécessite au mieux des contacts bien placés au sein du Ministère, au pire de sacrés connaissances en magie. Oh, et essaye de retourner la situation à notre avantage. Associée à la bêtise de Fudge, cette attaque éclair pourrait nous aider à discréditer encore plus le vieux fou. Les autres, cherchez partout, laissez traîner vos yeux et vos oreilles, et rapportez-moi tout ce que vous entendez à propos d'organisations, de groupes ou d'ordres clandestins. Je veux savoir à qui on a à faire, ce qu'ils veulent et si Potter est vraiment mort.

- Dois-je faire part de nos soupçons à l'Ordre du Phœnix quant à cette mystérieuse faction ? Demanda l'espion.

- Non, pas maintenant. Je ne veux pas de cet hurluberlue et de sa bande de rigolos dans nos jambes. Qu'ils continuent à croire que c'est notre œuvre

- A vos ordres, Maître.

Rogue s'inclina, imité par les autres Mangemorts, qui se mirent en branle sans la moindre hésitation, trop heureux d'avoir un prétexte pour s'éloigner de leur Seigneur et de pouvoir le satisfaire. Nathaniel Nott fut le dernier à saluer Voldemort, juste après son frère, Richard. Il jeta un regard froid et dégoûte à ce dernier, avant de quitter à son tour le manoir. Une fois en dehors des limites du domaine, il laissa échapper un petit sourire avant de transplaner.


Severus Rogue rentrait chez lui, à l'Impasse des Tisseurs. Il n'aimait pas cette maison. Il n'aimait pas ce quartier dans son ensemble. Cela lui rappelait trop de mauvais souvenirs. D'ailleurs, il se rendit compte qu'il passait devant LA maison. Celle qu'il évitait, en général.

La maison des Evans...

Il ne put s'empêcher de s'arrêter devant, et de sombrer dans la nostalgie. Il revit la petite fille rousse dont il était éperdument tombé amoureux dés le premier regard. Il entendit à nouveau son rire cristallin et harmonieux. Il la revit réajuster une mèche de cheveux rebelle derrière son oreille. Il se rappela la petite moue qu'elle arborait quand elle était concentrée dans un livre.

Lily...

Tant de souvenirs qui lui faisait mal. Chaque fois qu'il se remémorait cette époque, avant que ses propres choix et Potter ne lui arrache la seule personne qu'il ait jamais aimé, il sentait son cœur se contracter douloureusement dans sa poitrine. Comme s'il allait imploser, s'effondrer sur lui-même.

Combien de fois avait-il souhaiter mourir, rien qu'en ressentant cette douleur ? Combien de fois s'était-il retrouver à porter sa main à sa poitrine sans s'en rendre compte, comme maintenant ?

Paradoxalement, cette douleur lui permettait de supporter les doloris de Voldemort avec plus de facilité qu'il ne l'aurait cru. Il fallait croire que la haine que le Seigneur des Ténèbres pouvait ressentir était moins forte que l'amour qu'il éprouvait pour Lily et que les regrets qui le rongeait depuis cette nuit de Halloween 1981.

Dire qu'à l'origine, c'était pour protéger Lily qu'il s'était rapproché des futurs Mangemorts qui hantaient sa promotion. C'était pour pouvoir être en mesure de prévenir tout acte malveillant à son égard, pour être capable d'empêcher ses « amis » de lui faire le moindre mal.

Mais tout ça, il ne le lui avait jamais dit. Il ne voulait pas qu'elle se sente coupable de ce qu'il devenait, de la voie qu'il suivait.

Le problème, c'est que, ainsi, il l'avait perdue. Définitivement. Et rien ni personne ne pourrait la lui ramener.

Un Mangemort, qui, pourtant, connaissait ses sentiments pour la née-moldue, avait eu le mauvais goût de lui suggérer d'en faire un inféri afin qu'il puisse satisfaire ses pulsions. Bizarrement, on avait jamais retrouvé ledit Mangemort. De toute façon, ce n'est pas d'un corps sans âme que voulait Severus.

Non, il voulait sa Lily. Mais jamais il ne l'aurait. Non, à la place, il avait dû supporter Potter Junior. La copie conforme de son abruti de père.

Sauf les yeux.

Les yeux de Lily...

Si ce n'est pas la preuve qu'il est son fils...

Les yeux de Lily sur le visage de Potter... Tu parles d'un blasphème...

Oui, mais il n'en était pas moins le fils de Lily. Que crois-tu qu'elle aurait pensé si elle avait su comment tu traitais son fils ?

Elle... Elle m'en aurait voulu... Mais je n'ai jamais réussi à voir en Harry que le fils de James.

As-tu seulement voulu voir autre chose en lui ?

Un bruit de ferraille le sortit de ce petit dialogue intérieur. Il grimaça en reconnaissant un de ses « voisins », un vieil ivrogne qui venait de trébucher sur une poubelle. Il laissa échapper un rictus de dégoût en voyant le poivrot tituber et tomber une fois de plus.

S'il y a bien une chose que Severus Rogue haïssait autant que James Potter, c'était bien les alcooliques. Ça lui rappelait trop son père.

S'arrachant à la contemplation de la maison abandonnée, Severus poursuivit sa route en direction de l'impasse des Tisseurs. Ses pas le firent passer devant un terrain vague. Ce qui était, à une époque, le terrain de jeu où Lily et lui venaient passer leurs journées d'été. Aujourd'hui, c'était devenu le point de rendez-vous des prostituées. Autre chose que Severus détestait par dessus tout.

Il n'avait jamais compris comment on pouvait vendre son corps de la sorte, tout cela pour une poignée de billets. Il avait des idées très arrêtées sur la question, et il pensait que les femmes qui suivaient volontairement cette voie n'avaient vraiment aucun amour-propre. Bon, par contre, pour celles qui y étaient contraintes, c'était une autre histoire. Mais dans tous les cas, ça le dégoûtait au plus haut point, et lui donnait même parfois envie de vomir.

Par chance, il était l'un des meilleurs occlumens au monde, ce qui lui permit de passer devant ces femmes tout en réprimant la grimace de dégoût et de mépris qui menaçait de s'afficher sur son visage.

Il ignora ainsi les remarques aguicheuses et les positions provocantes, hâtant légèrement le pas pour atteindre l'entrée de sa rue. Mais alors qu'il approchait de la dernière intersection, il remarqua une autre jeune femme aux longs cheveux blonds qui se tenait là, loin à l'écart des autres.

Severus était à la fois observateur et physionomiste. Aussi vit-il de suite que la jeune fille de joie était nouvelle ici. Cette fois, il laissa échapper une petite moue dégoûtée. Il était persuadé que c'était une de ses gamines d'à peine dix-huit ans que les réseaux d'Europe de l'est balançaient sur les trottoirs d'Occident.

Il se décida à passer sans s'occuper d'elle, mais la petite voix en lui était piquée par la curiosité. Qui était cette fille, et qu'est-ce qui avait pu la pousser à tapiner ici, habillée et maquillée de manière aussi vulgaire ?

Sa raison lui souffla que ce n'était pas son problème, mais sa curiosité fut plus forte et il lui lança un legilimens informulé alors qu'il capta son regard vert en lui passant à côté.

Ce n'est qu'au bout de deux mètres que l'agent double se rendit compte de quelque chose de bizarre.

Il n'avait pas accès aux pensées de la fille.

Alors soit, ce qui était peu probable, voir même impossible, elle avait des défenses mentales naturelles en béton armé.

Soit elle était une excellente occlumens.

Et par extension, une sorcière.

Soudainement mû par un mauvais pressentiment, Severus sortit sa baguette et amorça un demi-tour.

Mais c'était trop tard.

- Petrificus Totalus.

La fille, la sorcière, plutôt, lui avait jeté le sort alors qu'il avait à peine fait un quart de tour. Et l'espion n'évita la chute que parce qu'une poigne puissante le redressa avant qu'il s'étale de tout son long.

- Joli coup, Donna Seras, fit une voix d'homme avec un accent hispanique.

- Il est tout figé, s'amusa une autre voix dans le même genre, quoiqu'un peu plus aiguë

- Cortes, garde les compliments pour quand on sera à la planque, fit la fille. Velasquez, tu t'amuseras plus tard, préviens plutôt Hermann qu'il amène la camionnette.

Severus vit le fameux Velasquez s'éloigner d'un pas rapide. Il remarqua qu'il s'agissait d'un vampire, aux cheveux longs et noirs attachés en queue de cheval. Il constata aussi qu'il était tenu par un autre vampire, ledit Cortes, au crâne rasé et doté d'une moustache et d'un bouc noirs finement taillés.

- Professeur Severus Rogue, dit la fille au sorcier pétrifié, j'ai le regret de vous annoncer que nous sommes dans l'obligation de vous enlever.

L'homme lança un regard meurtrier à la jeune femme tandis qu'une camionnette noire s'approchait tranquillement, le vampire trottant à son côté.

- N'y voyez rien de personnel, poursuivit la femme, insensible à la lueur meurtrière qui brillait dans les yeux de l'enseignant. C'est juste que vu votre statut d'agent double, vous risquez de gêner nos plans. Mais ne vous inquiétez pas, on ne vous fera aucun mal, sauf si vous nous y forcez.,

Severus fronça les sourcils. Se pourrait-il que...

La mystérieuse troisième faction...

Le vampire aux cheveux longs ouvrit les portes arrières du véhicule, et son compère hissa l'espion dedans. La fille monta à l'avant, à côté d'un conducteur à la forte carrure que Severus ne parvint pas à distinguer à cause du long manteau et du chapeau à larges bords qu'il portait, tandis que les deux buveurs de sang s'installèrent avec leur proie.

- Je peux vous promettre une chose, professeur, lança la fille par-dessus son épaule. Ce que nous allons vous apprendre va changer à jamais votre point de vue sur la guerre qui s'annonce. Tout ce en quoi vous croyez va certes être jeté à bas, mais faites-moi confiance, c'est un moindre mal à côté de ce qui nous attends.

La curiosité de Rogue reprit le dessus. Visiblement, ces gens ne souhaitaient pas lui faire de mal, mais le mettre dans la confidence. Il se demandait ce qu'ils avaient à lui dire, et son esprit calculateur de Serpentard attendait de voir comment il pourrait en tirer profit.

Ce qu'il ignorait, c'est que ce qu'il allait apprendre allait faire basculer sa vie bien plus que ce à quoi il s'attendait.


Harry se redressa dans le fauteuil dans lequel il s'était affalé au moment où Remus rentra dans la cabane où ils avaient trouvé refuge plus tôt dans la journée.

- J'ai vu Voldemort tout à l'heure, dit Harry à son compère. Par l'intermédiaire d'une de ces visions.

- Que faisait-il ? Lui demanda le loup-garou.

- Il avait convoqué ses Mangemorts. Il y avait Malefoy, Crabbe, Goyle... Même Rogue était là. Et les frères Nott. Je savais qu'il y en avait un, mais j'ignorais qu'ils étaient deux.

- Nathaniel et Richard Nott. Des sorciers dangereux. Surtout Nathaniel.

- Comment ça ?

- Si le second est quelqu'un de zélé et de redoutable, son frère est plus posé et plus mystérieux. Là où Richard donne toujours tout ce qu'il a, Nathaniel ne recours jamais à toute sa puissance, sauf quand c'est nécessaire. Là où le cadet va privilégier les attaques directes, l'aîné préférera les prises à revers, les pièges vicieux et les coups en douce. Un conseil, Harry : évite Nathaniel Nott autant que possible.

- J'en prends bonne note, répondit Harry, légèrement refroidi.

Le silence s'installa entre eux pendant quelques minutes, avant que le jeune Gryffondor ne reprenne la parole.

- Rogue dit que Dumbledore a récupéré ma baguette. A priori, il voudrait la donner à Neville et faire de lui son futur pantin.

- Ta baguette étant liée à celle de Voldemort, je ne suis pas surpris. Pour le jeune Londubat non plus, je dois avouer.

Remus se rappela que Harry ne connaissait pas toute l'histoire de la prophétie. Et vu le regard curieux du louveteau, le lycan comprit qu'il n'échapperait pas à la question. Et puis, vu leur situation...

- Écoute. Comme tu le sais, cette prophétie te concerne. Mais en vérité, tu n'es pas le seul dans cette situation. Les Londubat étaient eux aussi des cibles prioritaire pour les Mangemorts.

- Que disait cette prophétie exactement ?

- Je n'en connais pas la teneur exacte. Je sais juste qu'il était question d'un enfant né fin juillet, et dont les parents ont tenus tête à Voldemort à trois reprises.

- Mes parents et les Londubat, comprit Harry.

- Oui, Neville est né le 30 juillet. Et Alice et Frank ont eux aussi été très actifs au sein de l'Ordre. Tout comme Lily et James, ils ont par trois fois contrecarré les plans de Voldemort et de ses Mangemorts.

- Mais pourquoi Voldemort s'en est-il pris d'abord à moi ? Pourquoi n'a-t-il pas commencé par Neville ?

- Alors là, je n'en sais absolument rien. Peut-être parce que tu es né le 31 juillet à minuit... En clair, parce que tu es vraiment né à la toute fin du mois de juillet...

Harry poussa un soupir à fendre l'âme. Il allait dire quelque chose, mais un bref mal de tête le prit soudainement, lui faisant perdre le fil de ses pensées.

- Ça va, Harry ? S'inquiéta Remus en voyant son protégé blêmir.

- Ça.. ça va, répondit l'adolescent d'une voix enrouée. C'est juste une migraine passagère.

Remus ne dit rien, mais ne se départit pas de son air inquiet. Il finit par détourner la tête et par regarder par la fenêtre.

- Bon, j'espère que Sirius ne vas pas tarder.


Au Square Grimmaurd, tout le monde dormait à point fermé. Le lendemain auraient lieu les obsèques officielles du Survivants, et tous se devaient d'y assister.

Tous, sauf un.

Alliant rapidité et discrétion, l'héritier des Black achevait ses préparatifs. Lesquels consistaient à présent à réduire la taille de ses quelques bagages de sorte à pouvoir tout mettre dans sa poche.

- Allez, mon vieux Buck. On dégage enfin d'ici.

L'hippogriffe en piaffa d'impatience. Sirius eut un petit sourire amusé. Il était exactement dans le même état d'esprit.

Un hululement sonore attira son attention sur la chouette blanche qui l'observait depuis une des poutres.

- Bien sûr que tu viens aussi, Hedwige. Tu crois quand même pas que Harry allait te laisser toute seule ici ?

Le rapace hulula de joie et vint se poser sur l'épaule de l'animagus. Lequel se tourna vers la silhouette cachée dans l'ombre.

- Tu sais ce que tu as à faire ? Lui demanda-t-il.

- Oui, maître Sirius. Il en sera fait selon votre volonté, répondit l'autre.

- Tu as conscience de ce que ça implique ?

- En effet.

- Et... ça ne t'effraie pas ?

- La peur est un sentiment que je ne connais pas, maître Sirius.

Le fugitif haussa un sourcil, mais finit par laisser tomber le sujet. Il sortit plutôt les deux baguettes qu'il avait en sa possession et en donna une des deux, celle qu'il utilisait depuis son évasion, à l'autre.

- Je compte sur toi pour entraîner le plus de Mangemorts avec toi dans la tombe, lui dit-il.

- Comptez sur moi, répondit le mystérieux personnage en arborant un sourire sadique. Avec de la chance, j'aurai même ce sale petit peroxydé de Malefoy.

- L'espoir fait vivre. Dommage qu'à l'heure qu'il est, Rogue doit être entre les mains de nos « amis ».

- Un accident aurait si vite pût arriver.

- Content de voir qu'on est sur la même longueur d'onde, s'esclaffa le chien.

- Normal, vu que je suis vous.

A ces mots, le second sorcier sortit de l'ombre. Il s'agissait du double de Sirius. Une copie conforme, en tout point identique. Apparence, attitude, gestuelle... Même la petite lueur hantée dans son regard était la même.

- Cette magie ne cessera jamais de m'étonner, souffla le vrai Sirius.

- Et encore, vous n'avez pas tout vu, maître Sirius.

Seul ce respect que le clone avait pour l'original faisait la différence.

- Bon, allez, je ferai mieux d'y aller. Je dois avoir rejoint les autres avant le lever du jour.

- Bonne chance, maître, lui dit l'autre.

D'un coup de baguette magique, Sirius ouvrit le toit du grenier en deux, permettant ainsi à Buck de s'envoler depuis le grenier. L'hippogriffe déploya ses ailes tandis que le sorcier lui monta sur le dos.

- Je te laisse refermer et désactiver les protections. Adieu. Et bonne chance à toi.

La créature magique prit son envol, et fila en direction de l'ouest, laissant le double sur place.

- Non, ce n'est pas un adieu, Sirius Black, murmura-t-il. Ce n'est qu'un au revoir.

Le clone referma le toit et alla se coucher. Il aurait fort à faire, le lendemain.


Voili voilou. Entre un Dumbledore décontenancé, un Voldemort plutôt énervé, un Rogue qui se fait enlever sans pouvoir résister, des morts bien vivants et deux Black pour le prix d'un, j'espère que ce chapitre vous a plu.

La suite arrivera bientôt.

A plus :D