La Pleine Lune Devient Rouge

L'effervescence était visible de l'extérieur grâce aux grands feux qui avaient été faits pour l'occasion. Les flammes immenses semblaient lécher le ciel noir, éparpillant les nuages comme s'ils éparpillaient les soucis. Mais comme ces feux, cette apparente paix n'était que provisoire. Kouhou, la ville aux grandes murailles couleur sable se voilait la face, festoyant joyeusement alors que rien n'était vraiment satisfaisant. De loin, cette si haute muraille paraissait dérisoire, et inutile. Rien de pourrait l'empêcher de s'effondrer si les ennemis de cette ville aveugle venaient à l'attaquer. Elle serait détruite aussi facilement que les feux sous la pluie battante.

Dans l'ombre de la nuit, du côté où un semblant de forêt de pins frêles mais fournis s'étalait, des silhouettes furtives se regroupèrent en un point central. La cité était toute proche, mais ils n'allèrent pas plus loin, à la recherche de quelque chose dans la forêt même. Une entrée se fit alors voir, menant dans une caverne, mais cachée par d'épais buissons couverts de baies mauves ou rougeâtres. Sept personnes écartèrent les buissons de leur passage pour se faufiler dans l'entrée assez basse. Entrés dans la caverne spacieuse et dont le fond s'ouvrait sur plusieurs galeries, ces sept inconnus firent jaillirent des flammes de leurs manches noires, faisant naître à leur tour un feu. La fumée s'échappa par un conduit percé au plafond qui continuait sa route jusqu'à ressortir à l'air libre dans une clairière éloignée. Les intrus, non présent à la fête qui se déroulait alors qu'ils entendaient un vague son étouffé de musique de là où ils étaient, se défirent de leurs lourds manteaux sombres, dévoilant leur visage et leur accoutrement.

- Enfin, on est arrivé, déclara l'une des personnes présente.

Des cheveux noirs, courts, et une tenue assez moulante, il paraissait souple, un peu à la façon d'un gymnaste de cirque. Il avait gardé sur son visage un étrange masque orangé, masquant à tous ses cicatrices bien que ses compagnons sachent déjà parfaitement à quoi il ressemblait à présent. Il tendit son manteau à une jeune femme qui les rassembla tous pour les déposer dans un coin de la caverne. Ses cheveux noirs étaient courts également, et une fleur de papier y trônait en guise de coiffe. A ses côtés, tel une ombre, se tenait un autre homme dont les cheveux foncés laissaient transparaître tout de même d'étranges reflets roux. En face d'eux, un jeune homme arborait la même couleur de cheveux, mais le visage impassible contrastait de celui, plus expressif du premier. Ses yeux se baissèrent sur l'homme qui s'occupait du feu. Ses cheveux mi-longs avaient été regroupés en une queue de cheval basse, alors que des mèches rebelles s'en échappaient pour voiler les côtés de son visage. Sa peau laiteuse et sans défaut laissaient son visage neutre sans aucun plis lui donnaient un air noble tandis que ses yeux tout aussi noirs, profonds, et sérieux dénotaient de son côté guerrier et impitoyable.

- Passe-moi ça, Tobi. On devrait le ranger pour le moment.

Le premier des sept intrus tendit vers un de ses camarades un objet enveloppé dans une étole de couleur pourpre. Celui qui prit ce paquet dans ses mains dévoila à la lueur du feu son visage effrayant. Des dents anormalement aiguisées, une peau si pâle qu'elle en était bleue, comme s'il était resté toute une journée sous la neige, et de petits yeux plissés qui ne laissaient en rien entrevoir ce qu'il pensait, l'homme avait sur le visage un sourire démentiel dont il ne se départageait jamais.

Le dernier des hommes présents, dont les cheveux longs et gras lui donnaient un côté assez repoussant, se rongeait un ongle, tandis qu'il écrivait à l'encre de chine un message sur un parchemin. Ses yeux en amandes paraissaient fous, et des marmonnements lui échappaient parfois, n'inquiétant cependant nullement ses compagnons.

- Orochimaru doit être ravis d'être ici, souffla le jeune rouquin à celui qui s'occupait du feu. J'ai entendu dire qu'il avait faillit être emprisonné.

- Nous le savons tous, Sasori. Mais qui ne deviendrait pas désespéré face à la disparition de sa famille entière ? Tu devrais te concentrer sur notre mission. L'Akatsuki n'a pas le temps pour pareille discussion.

- Hm, pardonne-moi. Je ne devrais pas me mêler de ses histoires.

A eux sept seulement, ils formaient l'Akatsuki. Leur sérieux était à toute épreuve, et la victoire dépendait bien souvent de leurs actions secrètes. A deux pas de leurs ennemis, ils n'interviendraient cependant jamais, se contentant de ramener de précieuses informations. Après tout, ils savaient déjà comment marchait cette maudite citée. Dès demain, des plans seraient établis en même temps que des statues érigées en leur victoire, ou plutôt en faveur de la trêve, pour le cas présent. Eux, se retrouvaient coincés dans une caverne dans le but de réunir le plus d'informations possibles pour gérer la bataille à venir en évitant le plus de pertes possibles. Aussi, ils devaient s'assurer que Danzou n'avait pas gardé une armée entière de ses monstres sanguinaires en réserve en cas de dernier recours. Aussi puissant que l'ANBU puisse être, ils savaient que seule une boucherie résulterait d'un affrontement de la sorte.

- Je vais vérifier que les chevaux se portent bien, déclara simplement Tobi.

- Pein et moi allons partir explorer les différentes galeries, annonça calmement la jeune femme prénommée Konan.

Les deux inséparables partirent dans la première galerie qui se présentait à eux, sans bruit. Ils avaient toujours été tellement discrets qu'il ne leur suffisait de rien pour avancer furtivement. Ils avaient trouvé sur des anciens parchemins que ces galeries étaient un vrai labyrinthe, dont plusieurs issues étaient éboulées, formant bon nombre d'impasses. Ils n'avaient pas de plan exact, mais ils se devaient de trouver le chemin qui mènerait droit dans les catacombes de Kouhou, ne pouvant pas pénétrer la ville par la surface sans risquer de se faire rapidement repérer.

- Bien, je suppose qu'il ne nous reste plus qu'à installer le camp, remarqua Sasori, serein, en passant sa main dans ses cheveux roux.

- Nous allons nous occuper de ça, acquiesça calmement le brun qui avait allumé le feu. Tu devrais envoyer le message qu'à rédigé Orochimaru plus tôt.

- Peur que le petit Sasori se blesse ? railla l'homme à l'allure effrayante à l'adresse du brun qui tiqua.

- Toujours aussi follement drôle, Kisame, lui répondit le brun d'une voix sèche. Si tu sais comment dompter un rapace, tu peux aussi aller le faire.

Son vis-à-vis rit à gorge déployée, faisant apparaître deux rangés de dents pointues qui renseignait directement sur son goût prononcé pour la viande, tel un prédateur. Il fixa un moment le brun en plissant les yeux, puis entreprit d'installer les couches des autres. Avant de ce faire, il lança, dos tourné au brun :

- J'ignorais qu'il était de famille de n'avoir aucun sens de l'humour, chez les Uchiha.

- Veux-tu que mon père te donne un aperçu de son sens de l'humour ? rétorqua l'Uchiha, peu enclin à plaisanter ce soir.

- Exactement comme je le disais… souffla d'un air las l'homme à la peau presque bleue.

La soirée était déjà bien avancée, et les préparatifs pour leurs missions étaient prêts. L'Akatsuki était désormais opérationnel, même s'ils n'agiraient que sur ordre reçu par le rapace qu'ils avaient envoyé un peu plus tôt. Les sept membres, réunit autour du feu de camp régulièrement entretenu par l'Uchiha au regard mauvais, avaient entrepris de délimiter leurs missions respectives afin d'être plus efficace.

- Puisque le jeunot sait s'occuper de la volaille, il n'a qu'à rester ici plus souvent, n'est-ce-pas ? cracha Kisame.

- Retenez-moi, je vais le frapper, marmonna l'Uchiha en regardant fixement le pic en fer qui lui permettait d'attiser le feu, toute son attention portée sur cette pointe rougeoyante brûlante.

Tous savaient que Kisame avait toujours voulu défier l'Uchiha, qui avait sans arrêt décliné l'invitation. Ils s'entendaient bien, mais le géant ne pouvait s'empêcher de lui lancer des piques peu importe les circonstances en vue d'obtenir une réaction favorable de sa part qui annoncerait le début d'une joute mémorable. Seulement, l'objet de ses attaques, Sasori, savait toujours comment calmer l'Uchiha. Bien qu'ils soient amants en secret, cela n'avait pas échappé à leurs compagnons de l'Akatsuki. Mais cela ne semblait pas suffisant à faire perdre son sang-froid au brun, ou du moins assez pour qu'il s'en prenne à Kisame.

- Hm, c'est une bonne idée, acquiesça Sasori. On devrait commencer notre tour de garde, Itachi, tu ne penses pas ?

Le rouquin regarda son amant les yeux pleins d'espoirs. Le dit amant soupira bruyamment avant d'acquiescer et de le suivre. Tout deux partirent alors que Konan et Pein, inséparables, se levèrent d'un même mouvement parfaitement synchronisé pour aller affuter leurs armes. Kisame, vexé de la tournure des choses, s'approcha de sa couche, préparant mentalement un nouveau mauvais plans, alors que Tobi et Orochimaru restèrent un moment près du feu pour discuter de la façon de s'introduire parmi la population de Kouhou pour en apprendre sur les intentions de leur tyran, Danzou. La ville semblait particulièrement surveillée, et Danzou ne devait pas perdre une miette des probables anomalies présentes. La tâche ne serait pas aisée. Ce vieux fou avait enchaîné la population à lui par une idéologie ridicule qui les aliénait tous. La discussion s'emporta un peu, Orochimaru maudissant sa position au sein de l'Akatsuki qui ne lui permettait pas de tuer de ses propres mains celui qui avait causé la fin de sa lignée, avant que Tobi ne dédramatise la situation comme à son habitude. Il était le joyeux luron qui mettait tout le monde de bonne humeur, chose primordiale dans ce groupe de guerriers efficaces mais au caractère bien trempé. Des fois, Tobi songeait que ce devait en fait être sa mission principale au sein de l'unité secrète.

- Ta lignée s'est éteinte, mais elle n'est pas la seule. Ma famille n'est guère plus représentée que par moi et ma vieille tante qui n'est strictement d'aucune utilité ! soupira le brun.

- Que tu es cruel avec cette pauvre femme ! rétorqua Orochimaru.

Il prit dans sa main une mèche de sa longue chevelure avant d'esquisser un sourire. Il connaissait bien cette vieille tante dont son camarade lui parlait. La femme, aigrie et fière, pestait à longueur de journée sur la fainéantise de leur chef, le maître de la maison Uchiha, qui selon elle aurait pu écraser l'ennemi depuis bien longtemps.

- En ce qui me concerne, fit le géant allongé non loin des deux hommes, je vais considérer que vous êtes ma seule famille.

- Comme c'est touchant, Kisame. J'en suis ravi, dit Tobi, sincère.

- Ca m'évitera de massacrer l'Uchiha dans son sommeil. On ne tue pas un frère, après tout…

Un rire gras s'éleva de sa gorge alors que le brun déglutissait en se frottant la nuque devant le regard blasé d'Orochimaru qui ne pourrait encore pas ce soir être le centre de l'attention.

- Oui, c'est vrai que l'on se connait depuis de nombreuses années déjà, tenta de rattraper Tobi.

- Je n'arrive pas à croire que Kisame ait pu être un enfant un jour, songea Orochimaru, se rappelant du bon vieux temps, un léger sourire aux lèvres.

Tous les trois se perdirent dans leurs pensées. Les trois aînées de l'Akatsuki s'était rencontrés tellement tôt qu'ils leur semblaient avoir vécu ensemble toute leur vie.

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C'était par une journée spéciale qu'ils s'étaient rencontrés. En effet, la famille du jeune Orochimaru à l'époque avait organisé la célébration d'une ancienne cérémonie traditionnelle dont il n'avait jamais saisit toute l'importance. L'instant était solennel, et les préparatifs avaient demandé des jours et des jours de travail. Dans ses appartements personnels au cœur de la grande demeure, il avait dû s'habiller seul afin de recevoir des invités dont il n'avait jamais entendu parler. Mais tout semblait d'une telle importance qu'il n'avait même pas songé à demander à ses parents ce qui était sur le point de se dérouler. Finalement, il n'en sut jamais rien.

Ce jour précis, il rencontra ceux qui deviendraient des camarades inséparables. Se dirigeant à l'extérieur pour rejoindre le bâtiment de son domaine où aurait lieu la cérémonie, il vit arriver nombre de familles de sa classe. Aucune d'elle n'était de classe moyenne, l'intriguant un peu plus. S'il s'agissait d'une coutume ancestrale, elle semblait également réservée aux gens nobles tel que lui. Mais son regard cessa bientôt de scruter les visages des hommes à l'air sérieux qui menaient leurs épouses élégantes et raffinées à l'intérieur du bâtiment.

Finalement, quelqu'un dans sa famille avait dû comprendre que les enfants étaient trop jeunes pour participer à ce genre d'évènement, puisqu'un espace à l'extérieur, sur la pelouse impeccable entourée de fleurs et d'arbres magnifiques et colorés, avait été aménagé, accueillant tous les jeunes enfants qui y couraient déjà, insouciant, et bien peu intéressés par la raison de leur présence dans un endroit si charmant. Son regard avait tout de suite était attiré par le plus dynamique des enfants, un petit brun qui courait partout comme une fusée, chassant les papillons après qui il courait, ses petites mains potelées tentant désespérément d'en saisir un. A cette époque, le jeune Tobi, dont le visage était intact, ressemblait vraiment à un de ces marmots intenables qui pouvaient parler d'une voix bruyante à propos de la forme des nuages dans le ciel pendant des heures. A l'opposé de ce joyeux phénomène, il repéra ensuite un autre jeune garçon, au visage poupon, mais qui dépassait les autres d'au moins une tête. Sa peau était tellement pâle qu'elle en était translucide, et une fois qu'Orochimaru se fut fait la remarque qu'on voyait même les veines violacées de ses tempes, il remarqua enfin un détail quelque peu inquiétant. Le garçon ouvrit la bouche, pour soupirer fortement, passablement ennuyé par la situation. C'est alors qu'il remarqua ses dents toutes aiguisées qui semblaient anormalement blanches et pointues.

Un frisson, puis deux, s'emparèrent du corps du jeune Orochimaru. Puis, quand la crainte laissa place à une curiosité sourde, il s'approcha d'abord du premier garçon qu'il avait repéré. Se postant devant lui, il arrête sa course après le malheureux papillon qui en profita pour s'échapper définitivement.

- Je m'appelle Orochimaru. Ici, c'est ma maison. Quel est ton nom ?

- Oh, comme tu es formel ! Alors ici c'est chez toi ? J'aime beaucoup, ton domaine me plait énormément ! Nous n'avons pas autant de fleurs chez moi, c'est d'un triste ! Du coup, il n'y a presque jamais de papillon, alors je voulais en attraper un ici pour le ramener chez moi. S'il y en a un, d'autres vont venir après, tu ne crois pas ?

- Je m'en fiche de tes papillons. Mais tu as l'air sociable. Très, même. Tu m'aiderais à parler à ce garçon, là-bas ?

Orochimaru pointa son doigt en direction du garçon aux dents pointues.

- Pourquoi ? Je le trouve plutôt inquiétant. Et puis, tu n'es pas très gentil. Les papillons sont l'une des choses les plus fascinantes au monde. Et ce garçon, je n'ai pas envie de lui parler. Il me fait peur. Il est très grand, et je suis sûr que tous les grands n'ont qu'une envie, c'est de taper les plus petits ! Mais je répondrai quand même à ta première question : mon nom à moi, c'est Tobi !

- Et bien Tobi, tu parles beaucoup trop. Suis-moi !

Le petit Tobi se trouva bien malgré lui entraîné par son hôte dans la direction de l'objet de sa curiosité. Maintenant qu'il se faisait tirer par la manche pour rencontrer le garçon, il éprouva à son tour de la curiosité. Après tout, s'il pouvait voir son hôte peu sympathique se faire taper par le grand, cela pourrait se montrer assez réjouissant. Ainsi, il pourrait directement repartir à la chasse aux papillons.

- Bonjour, je suis Orochimaru. Lui, c'est Tobi. Il a envie de te parler.

Le visage de Tobi se décomposa sur place quand le garçon qui les dépassait d'une tête posa son regard ennuyé sur leurs deux figures. Il les dévisagea longuement, les mettant quelque peu mal à l'aise. Les deux garçons se tordirent les mains, en souriant bêtement.

- Et qu'as-tu à me dire, Tobi ?

- Oh, euh, en fait…Je…

Tobi fit les gros yeux à Orochimaru qui tourna la tête de l'autre côté, feignant de ne pas l'avoir vu.

- Euh, je m'appelle Tobi…

- Je sais, ton ami vient de le dire ! trancha l'autre garçon.

- Oh, euh, pardon. Ah ! Mais ce n'est pas mon ami ! Il est méchant d'abord ! Et je ne voulais pas particulièrement te parler ! C'est lui !

- Parce que je vous fais peur ?

- Exactement !...Euh, enfin je veux dire…

Le petit Orochimaru se prit la tête dans ses mains, avant de pousser Tobi sur le côté.

- Il est idiot. Moi, je n'ai pas peur de toi. Je veux connaître ton nom, et savoir pourquoi tes dents sont toutes pointues ! Ce n'est pas normal !

Alors que l'amoureux des papillons avait reculé de quelques pas, laissant tout le loisir à son hôte de se faire battre pour son insolence, le grand rit un bon coup, franchement, en se tenant les hanches, et en dévoilant par la même occasion ses étranges dents.

- Alors je ne te fais pas peur ?

- Pas le moins du monde, affirma Orochimaru.

- Je m'appelle Kisame. Et tous les autres enfants ont peur de moi. Pour mes dents, je n'y peux rien. C'est de famille. Tu n'as vraiment pas peur de moi ?

- Hm, fit l'hôte de la journée.

- Et toi, Tobi. Toi, tu as peur de moi, n'est-ce-pas ?

- Pas tellement, en fait. Tu as une apparence absolument repoussante, mais tu ne fais pas si peur. Les gens qui font peur, ce sont ceux qui ne rient pas.

- Et bien, merci de ton compliment, railla Kisame, désabusé par les propos sans gêne du garçon lunatique.

Orochimaru frappa l'arrière du crâne de Tobi avant de le placer à côté de Kisame. Il se racla la gorge, signe qu'il avait une annonce à faire.

- Vous deux, vous êtes bizarres. Soyons amis.

- …

- Il est toujours comme ça, à décider pour les autres ? souffla Kisame à Tobi

- Je crois… Mais c'est l'hôte. On ne devrait pas le vexer.

- De toute façon, je ne comptais parler à personne. Vous serez au moins une preuve que je peux me lier aux autres aux yeux de mes parents. Ils sont souffrants. Ils vont bientôt mourir. Ca leur fera plaisir que je ne sois pas seul après leur mort, je pense, fit le palot.

- Oh, mais c'est triste ! Comment peux-tu en parler ainsi ? s'écria Tobi, choqué.

- Et bien c'est un étrange, voilà tout, décida Orochimaru.

Tobi regarda Orochimaru d'un air perplexe, puis Kisame, toujours aussi neutre, alors que ses yeux eurent une lueur triste à la pensée de la mort imminente de ses parents. Un sourire éclaira son visage. Tant pis pour les papillons, il avait trouvé des amis tellement atypiques qu'il ne risquait pas de s'ennuyer aujourd'hui.

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A la sortie de la caverne qui ne laissait discerner qu'un mince filet de lumière provenant du feu établit à l'intérieur, Sasori et Itachi marchèrent un moment autour du périmètre avant de finalement s'asseoir de façon posée au-dessus de l'entrée. Maintenant, leur seule source de lumière que constituaient les étoiles ne permettaient pas de distinguer grand-chose dans la forêt. En revanche, les feux émanant de la cité qu'ils se devaient de surveiller laissait la vision assez claire. Personne ne pourrait passer au travers de leur surveillance, mais surtout des yeux de lynx de l'Uchiha. Ce dernier, déjà pleinement concentré sur sa tâche, ne bougea pas d'un millimètre lorsqu'il sentit son coéquipier se rapprocher de lui. L'épaule du presque rouquin frôla celle de son aîné, comme pour tâter le terrain. Comme rien ne se produisit, il se laissa reposer sur cette épaule qui lui semblait si froide ce soir. Il s'appuya sur sa main du côté d'Itachi pour ne pas laisser non plus tout son poids peser sur sa moitié. D'un regard de biais, il observa le visage fermé du grand brun. Comme d'habitude, ses traits ne laissaient rien transparaître. Mais même ces yeux n'étaient pas traversés par la moindre lueur qui aurait pu trahir un quelconque sentiment. Rien.

- Hmf…

Un doux soupire, comme un murmure aussitôt emporté par le vent, sortit des lèvres presque closes de Sasori. Son dos se courba un peu, et ses yeux se fermèrent légèrement.

- Quelque chose t'inquiète ? demanda simplement l'Uchiha sans lui adresser un regard.

L'intéressé lui coula un second regard, avant de fixer Kouhou, au loin.

- Je voudrais te répondre que ça ne peut être que toi, mais je passerai sûrement pour une jeune fille en pleine romance… déclara finalement Sasori. C'est juste que…Tu n'as jamais été très bavard, et je crois que c'est pire depuis que l'Akatsuki a de nouveau été appelée par ton père.

- …

L'Uchiha ne souffla mot. Un troisième regard en sa direction, et Sasori comprit qu'il ne se fermait pas, mais qu'il attendait la suite de son discours avec attention. Leurs regards se croisèrent avant que le plus jeune ne regarde à nouveau devant lui.

- Pendant le voyage, tu n'as dit que très peu de mots lorsqu'on était tous ensemble. Cela agace même Kisame… Il n'a jamais été si dur avec toi, et toi avec lui… Et même lorsque l'on est tous les deux, tu es plus brutal…

Sasori savait qu'à travers ses mots, il risquait de blesser le brun à ses côtés. Il se mordit la lèvre, de peur d'avoir été trop directe. Après tout, il ne faisait pas vraiment référence à leurs parties de cartes, en disant cela. La nuit noire semblait se voiler de nuage, et il fut tenté de relever la tête pour observer le ciel. A présent, le silence de la nuit lui paraissait un peu plus lourd que d'ordinaire.

- Pardonne-moi… dit-il simplement, un peu gêné d'avoir parlé librement.

- Tu n'es pas celui en faute…

D'un geste un peu trop brusque par rapport à son intention première, il se tourna vers l'Uchiha, en le dévisageant. Lentement, son homme tourna lui aussi la tête vers lui. Sa main vint toucher la joue de Sasori, l'effleurant délicatement, avant qu'il ne la passe dans les cheveux à la couleur si particulière. S'approchant doucement, il déposa un baiser dans cette chevelure, avant d'en faire de même sur les lèvres de son amant, lui faisant relever le visage. En se séparant de lui, il le fixa un instant, scrutant dans ses yeux toute l'incompréhension qui s'y trouvait.

- Excuse-moi. Je ne voulais pas t'inquiéter.

L'Uchiha se remit dans sa position première. A la différence près que son bras vint enlacer le buste de son équipier pour le rapprocher de lui, de sorte à ce que sa tête repose sur son épaule.

- Je m'inquiète pour Sasuke…

- Tu ne devrais pas, voulu le rassurer Sasori. Il semble qu'il se fasse bien à son titre de capitaine. Il est même le premier à avoir ramené un maoh ! Je le trouve plutôt courageux.

- Quelque chose ne va pas… Ce que j'entends de lui… Ca ne lui ressemble pas. Quelque chose est en train de se passer, et je ne peux même pas venir à lui pour comprendre et l'aider.

Ce fut au tour d'Itachi de se mordre la lèvre inférieure. Il s'inquiétait réellement de ce qu'il avait entendu de son petit frère, cette fusée qui avait voulu suivre sa voie au plus vite afin qu'il puisse en être fier. Mais lui, l'était déjà. Son seul souhait était qu'il devienne quelqu'un de bien et qui ait tout ce dont il avait besoin. Mais ce Sasuke dont on lui avait parlé, froid, autoritaire, sérieux et isolé n'était pas son petit frère. Il était un inconnu qui avait pris sa place, pour une raison qu'il ignorait. Un inconnu venu après un élément déclencheur, sûrement. Pendant un instant, Itachi se maudit d'être aussi loin. Juste un instant, avant de se reprendre.

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La lumière de la bougie vacillait de plus en plus fortement. Presque totalement épuisée, la cire laissait la mèche en son centre s'incliner en même temps qu'elle. Les grattements de la plume sur le papier s'étaient transformés en un bourdonnement irrégulier qui tranchait avec le silence régnant dans la pièce. A la fin d'une phrase, juste après le point, le bourdonnement s'arrêta un instant.

Sasuke profita d'avoir terminé la rédaction d'un énième document officiel pour s'autoriser une courte pause. Plaçant la main devant sa bouche, il bailla avant d'étirer ses bras vers le plafond. Son dos douloureux après être resté assis à son bureau autant de temps craqua de mécontentement. Ses yeux humidifiés après avoir baillé virent flou un instant avant qu'il ne les frotte de ses mains. Il déposa sa plume à côté de la pile de document qui traînait sur son bureau, et se leva de sa chaise. D'un pas lent, il se dirigea vers les rideaux de sa chambre. D'un geste sec, il tira l'un deux sur le côté, regrettant aussitôt son geste.

- Aouch…

La lumière de l'aube arriva directement à ses rétines endormies qui réagirent automatiquement, voilant son regard d'un flash blanc. La tête penchée sur le côté, il constata que le jour était sur le point de se lever.

- J'ai donc travaillé toute la nuit… Il semblerait que le travail s'amasse sévèrement…

Le brun s'étira à nouveau avant d'ouvrir un peu plus les rideaux. Il ne dormirait visiblement pas, aujourd'hui non plus. Retournant à son bureau, il souffla sur le reste de bougie qui avait tenu pour lui toute la nuit, avant de classer quelques papiers. Il était encore trop tôt pour que les nouvelles lui soient parvenues. Sai devait encore être dans son lit. Mais il était également trop tard pour prendre du repos. L'Uchiha sentait que s'il s'allongeait sur son lit en prévision d'une courte sieste, il ne se réveillerait jamais avant plusieurs heures. Un soupir franchit ses lèves. Il n'avait plus qu'à passer le temps en attendant le réveil du personnel et de son apprenti.

Soudain, une pensée lui vint en mémoire. A par le travail, il n'avait jamais rien fait d'autre pour passer le temps. Bien sur, l'équitation l'occupait, mais il ne se voyait pas parcourir la plaine à dos de cheval alors que son corps lui criait d'aller se reposer. De plus, à part des documents militaires, il ne lisait rien d'autre. Pourtant, une bibliothèque d'ampleur se trouvait au cœur de la demeure des Uchiha. Mais comme tout endroit de loisir, et surtout rempli de livres considérés maintenant comme blasphématoires - les nobles n'écrivant que peu, ayant laissé les classes moyennes les ravir de romans et d'encyclopédies - l'accès lui était interdit. De lourdes chaînes entravaient depuis le début de la guerre la double-porte en bois massif de la bibliothèque.

Ainsi, le brun se retrouva les bras ballants, à ne savoir que faire. Aussi loin qu'il s'en souvenait, sa dernière réelle pause remontait à longtemps, très longtemps. En fait, il n'aurait même pas pu dire avec exactitude le nombre d'années qui avaient passées depuis la dernière fois où il s'était distrait, et encore moins celle où il s'était amusé. A sa rencontre avec Sai, il était encore un jeune homme insouciant, encore trop peu concerné par les problèmes qui régnaient dans le pays. Mais la situation avait basculé si vite qu'il ne se rappelait presque plus des instants à jouer avec le jeune garçon qu'il avait recueillit, à leurs entraînements à l'épée, leur virées en forêt et leurs parties de cache-cache où son grand frère était toujours désigné comme le loup qui devait les retrouver.

- Itachi… souffla le jeune capitaine.

Il avait pensé retrouver son frère en revenant au château. Seulement, ce dernier faisait partie d'une unité spéciale de l'armée, et avait dû partir un peu avant qu'il ne revienne chez eux. L'Akatsuki n'avait pas eu beaucoup de travail ces derniers mois, et pour cette raison, Sasuke avait pensé revoir son frère aîné quelques temps avant que la situation ne change à nouveau.

Peu décidé à broyer du noir en plein milieu de sa chambre, l'Uchiha sortit de ses appartements personnels pour se rendre dans le couloir. Il n'y avait pas de rideaux aux hautes fenêtres du couloir, laissant la lumière du jour illuminer les statues et les objets de valeur exposé tout le long de l'allée. Ses pas légers ne firent aucun bruit sur le sol tapissé d'un tapis brodé rouge qui s'étalait tout le long sans défaut. Le silence qui régnait lui fit l'impression qu'il l'apaisait, comme si c'était ce que recherchait vraiment son esprit. Un instant de calme, de vide…de flottement. Comme si s'abandonner à ce silence le rendait serein.

Il avança sans se presser, passant devant la chambre de son frère, qui semblait si vide en son absence. Puis il devança la porte d'un bureau où il recevait d'ordinaire ses amis. Après cela, il passa devant la porte de son second. Il s'arrêta un instant, et regarda la porte en bois de chêne. Il imaginait parfaitement la tête de l'adolescent, endormi comme une masse, bavant même à force de laisser sa bouche ouverte en dormant, gazouillant parfois lorsqu'il faisait un rêve. Il avait déjà eu ce spectacle assez hilarant après des balades à cheval, lorsque l'apprenti s'endormait sur la paille, à côté de son cheval qui lui soufflait dessus en expirant bruyamment. Seulement, ce souvenir était lui aussi lointain. Il ne sut pas si c'était la fatigue, mais pas même un sourire en coin ne vint étirer ses lèvres.

Continuant sa route, il arriva à la hauteur de la chambre qu'il avait attribuée au maoh. Accélérant légèrement le pas alors que la colère montait en lui, il entendit cependant un bruit émaner de la chambre. Les sourcils froncés, il se dirigea vers la porte, et posa son oreille dessus, écoutant aux portes comme un jeune enfant. Il reconnut facilement des gémissements étouffés, comme si le démon blond à l'intérieur était en plein effort. Soudain paniqué à l'idée que celui-ci puisse être en train de tenter de se défaire de sa chaîne pour s'enfuir, il ouvrit la porte avant de s'introduire dans la chambre, sur ses gardes. Il n'avait aucune arme, mais s'il avait réussit à le maîtriser sans la première fois, il pourrait réitérer l'expérience.

- Hnn….hmmm….

Les gémissements redoublèrent d'intensité, alors que Sasuke s'approchait du lit. A sa surprise, le blond y était allongé. Néanmoins, son corps s'agitait, tandis que ca tête se tournait parfois violement sur le côté. L'air semblait lui manquer, et sur son front perlait un peu de sueur. L'Uchiha comprit alors aussitôt que le maoh était en train de faire un cauchemar. Son sourcil s'arqua sous la remarque intérieure.

- Ainsi donc, même les monstres ont des troubles du sommeil… murmura-t-il, sceptique.

Retournant sur ses pas, il referma la porte de la chambre pour retourner aussitôt dans la sienne. Finalement, il avait trouvé de quoi s'occuper. Prenant une nouvelle feuille, il trempa sa plume dans l'encre avant de commencer à en noircir la surface. Dans sa missive, il pria la personne la plus apte à cette mission de venir au plus tôt interroger son prisonnier. Si la torture ne marchait pas, il ne faisait aucun doute que sa connaissance saurait s'y prendre. Il expliqua que le maoh n'avait pas dit un traitre mot depuis qu'il l'avait pris à sa charge, mais qu'il se révélerait à coup sur être une mine d'or pour celui qui saurait en tirer des informations. Il ne se sentit même pas le besoin de préciser que cela sera aussi une bonne occasion d'attirer les faveurs de son père, sachant bien à quel genre d'homme il avait à faire. Et celui-ci ne demanderait qu'une chose en retour d'un tel service : un affrontement. Oui, mais pas n'importe lequel, puisqu'il s'agissait d'un duel au jeu de go.

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Bonjour ! Merci d'avoir lu le chapitre 4 d'Ange Déchu !

Une petite introduction sur l'équipe de l'Akatsuki. En fait, ils font un peu les fouines, les espions, si vous voulez. Suis-le la seule à gagatiser en imaginant comment étaient les membres de l'Akatsuki quand ce n'étaient encore que des marmots ? :P

J'ai un peu tardé à poster, mais il fallait que je poste le dernier chapitre d'Odd Doll avant.

Merci, une inconnue, pour ton commentaire :) Du courage, je vais en avoir besoin pour finir cette fiction hahaha !

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A la prochaine !