Disclaimer: Luna n'est pas à moi, elle est à JKR.
Note: Boudiou, que j'ai eu du mal à le terminer celui-ci, trois versions pour un résultat finalement assez moyen, mais bon, il faut avancer. Je dois annoncer qu'à mon très grand regret, je ne suis jamais allée au Québec, donc, même si je me suis renseignée pour ne pas dire trop de bêtises, il est très possible que je m'embrouille un peu, que mes lecteurs/trices canadiens/nes ne se vexent pas et me le signalent si je fais des erreurs.
Réponses aux reviews:
Anacofleb: Si tu as beaucoup aimé, il n'y a rien à rajouter :) Merci beaucoup, bisous !
Mate: Merci, voici la suite !
Bubblegum712: Oui, les Crivey ont un pigeon, et même pas un pigeon magique, juste un stupide volatile, en effet, c'est bizarre. La barbe de Ron va bientôt pousser, tu seras contente :) Le dîner chez les Weasley, je ne l'écrirai pas, non, mais j'en parlerai plus tard, dans la correspondance entre Ron et Ginny. Oui, tu as raison, Culpabilité, j'adore aussi, je suis super patiente mais j'attends la suite, comme tout le monde, je crois... Bises !
Emma & Danaé: Merci d'avoir apprécié le chapitre 3, je m'en veux un peu d'avoir tardé autant pour poster la suite mais ça ne me plaisait pas. Pour l'action proprement dite, ça débutera quand ils seront au Lac Joseph, dans quelques chapitres, mais il va quand même se passer des choses d'ici là ;) Bisous à vous deux !
Frudule: Enfin la suite de "ta" fic, je te dois bien ça parce que tu es certainement la plus grande supportrice de la miss Lovegood et à cause (ou grâce) à toi, je fais deux fois plus gaffes à ne pas trahir son personnage. Oui, moi aussi, je hais les pigeons, je garde de très mauvais souvenirs de ces bestioles quand j'étais sur la place Saint-Marc à Venise, donc j'avoue que je vais me venger sur ce pauvre Francis... La barbe de Ron, il y a une explication qui viendra en temps voulu (je crois vraiment que cette fic va dépasser les 7 chapitres prévus au départ), en ce moment je pose des jalons pour les évènements futurs, donc c'est très progressif. Ron regrette déjà sa famille, ça me semble normal, il vit encore dans l'émotion de son départ donc le remord est très vivace, mais je ne vais pas vraiment évoquer la réaction de Ginny tout de suite, tout ce que nous apprendrons de l'Angleterre se dira au travers des lettres de sa famille mais je resterai concentrée sur l'aventure au grand Nord. De rien pour la pub, j'aime vraiment beaucoup ton style et il faut que je me décide à reviewer la suite d'ailleurs ! Merci beaucoup beaucoup pour ton dessin, tes commandes "spéciales" avancent, tu les liras sous peu. Bisous !
Nay: Oui, il fallait bien qu'ils prennent l'avion pour aller jusque là, c'était le moyen idéal pour qu'ils se découvrent un peu. Tu as raison, je modèle les personnages, même si j'essaye de leur rester fidèle, j'ai un peu de mal avec les Crivey dont on sait finalement peu de choses. Contente que ça te plaise toujours! Bonne lecture, bisous.
Servane: Il y a apparemment un club de non-défenseuses de pigeon, je ne sais pas trop pourquoi j'ai du mal avec ces bestioles là aussi, mais bon... Les ronflaks arrivent, mais vu que je suis visiblement incapable de faire dans la concision, l'histoire va être BEAUCOUP plus longue que prévu. Les Crivey ont eu droit à leur lot de souffrances, ça me semble normal si on imagine un peu ce que donnerait une guerre contre un personnage aussi sympathique que Voldy mais je vais éviter de faire dans le trauma, cette histoire est sensée être assez légère. Je suis impatiente de lire ta nouvelle fic ainsi que la suite du Prix de la trahison, j'en ai l'eau à la bouche (au fait, le Ron/Draco est presque prêt, tu vas voir). Bisous !
Aiglus: Merci d'aimer la suite, c'est vrai que moi, je m'attache un peu trop aux personnages et j'ai tellement envie que ça transparaisse, tant mieux si c'est le cas! Merci pour ta fidélité, encore un peu de patience pour les Ronflaks ! Bises !
Voilà enfin le chapitre 4 d'une fic qui, au départ dans ma tête devait en comporter 7, je crois sans m'avancer que ce sera un poil plus long... Je ne néglige pas Dogs of lust pour la peine, vous l'aurez constaté ! Bonne lecture !
« Vous allez avoir la journée pour visiter Montréal, on ne pourra voyager que de nuit jusqu'en Gaspésie. Ce soir, nous suivrons le Saint-Laurent jusqu'à Rimouski, où vous pourrez vous reposer un peu, parce que cette nuit, la route va être longue. Il y a 550 kilomètres de Montréal à Rimouski, ça ne va pas être facile avec vos valises… »
Jusqu'alors, je n'avais pas vraiment prêté attention à la conversation de notre guide, un grand type baraqué avec une masse de cheveux bruns qui lui tombaient dans la nuque à en faire trépigner ma mère et sa paire de ciseaux.
Nous l'avions retrouvé à l'entrée de la cafétéria et Luna, d'habitude si en retrait, avait semblé marcher plus vite pour le serrer dans ses bras.
J'avais surveillé du coin de l'œil les réactions de Colin Crivey. Il avait les poings crispés et une lueur de jalousie dans le regard. Il me rappelait trop cruellement un autre moi-même.
Mais notre guide lui avait cordialement serré la main avant de nous saluer, Den et moi.
Roy, notre guide donc, devait nous accompagner jusqu'au lac Joseph, m'avait confié le cadet des Crivey pendant le trajet.
Le Lac Joseph était apparemment le point de départ de notre expédition.
Je n'avais pas la moindre idée d'où ça se situait et, à part les quelques informations livrées par Dennis un peu plus tôt, je m'apercevais que je ne connaissais pas grand chose du Canada, je savais vaguement que le Québec, où nous avions atterri, était un territoire un peu particulier par rapport au reste du pays mais je n'avais pas vraiment suivi les explications de mon voisin au cours du vol.
Je me souvenais qu'il avait prononcé les mots d'indépendance, référendum, colonie, mais j'avais déjà eu tellement de mal à m'intéresser à l'histoire de Poudlard que je me voyais mal faire un effort pour assimiler l'histoire des moldus.
Dans mon esprit, le Québec était un peu semblable à l'Irlande, pour nous, britanniques, mais Dennis secoua la tête à ma comparaison mais renonça à m'en dire plus, décidant, que de toutes façons, nous aurions bien le temps d'en reparler plus tard.
Et en écoutant plus attentivement notre guide résumer les étapes jusqu'au lac Joseph, je commençais tout doucement à me demander pour combien de temps je m'étais éloigné de l'Angleterre.
« …Ensuite, de Rimouski, nous rentrerons dans les terres pour aller jusqu'à Gaspé. Là, j'ai un cousin qui nous prêtera un bateau pour traverser le détroit jusqu'à l'île d'Anticosti. »
« Oh, je suis si contente, Roy ! Papa m'y a emmené la dernière fois, it was so beautiful ! »
J'avais déjà remarqué que Luna utilisait quelques mots en français pour s'adresser à notre guide, mais j'étais un peu mal à l'aise de la voir directement converser dans cette langue, ce qui nous excluait tous les trois, les Crivey et moi.
Je connaissais quelques mots, en grande partie depuis que Bill fréquentait Fleur Delacour, mais pas grand chose qui puisse me maintenir à flot dans une conversation courante.
Je savais dire « merci », « je suis Ron », « au revoir », « je suis content de connaître vous » et « voulez-vous coucher avec moi ce soir » que m'avaient appris les jumeaux et qui m'avait valu un méchant regard de Fleur quand je lui avais fait l'étalage de mon vocabulaire.
Oh, et « bouillabaisse » aussi, mais je ne me souvenais plus trop ce que ça évoquait.
« Et qu'est ce qu'on est sensé faire sur cette fameuse île ? Ramasser des palourdes ? »
Le grand brun jeta un coup d'œil amusé au plus vieux des Crivey. J'en fis de même et notai que Colin s'était légèrement déplacé pour se rapprocher de Luna. Il tenait sa main droite sur la table, emprisonnant subrepticement la main de Luna à quelques centimètres de la sienne.
Ce n'était pas vraiment subtil mais je ne pouvais pas vraiment reprocher à Colin de vouloir « délimiter son territoire ». Le Canadien était le genre d'homme qui devait laisser derrière lui une horde de femelles en pâmoison, même si je n'étais pas tout à fait apte pour juger du pouvoir de séduction d'un autre mec que moi, je n'étais pas aveugle… Les yeux de Luna papillonnait moins depuis que Roy était là et restaient fixés sur sa belle gueule.
S'il y avait compétition entre l'homme et mon camarade gryffondor, il fallait malheureusement se rendre à l'évidence, Colin ne faisait pas le poids !
« Des palourdes ? Nous pourrions, en effet… Mais je pense qu'il vous faudra quelques jours pour faire votre paquetage et apprivoiser vos montures. Quand ce sera fait, je suis partant pour les palourdes ! »
Ouf… il n'avait pas terminé sa phrase par un « petit » ou « gamin » qui nous aurait assuré un nouveau grincement de dents de l'aîné des Crivey.
Mais… ? Il avait dit quoi ? Là, à l'instant ? …montures ? Qu'est-ce qu'il appelait montures exactement ?
« Euh, montures… dans le sens chevaux… tout ça ? Pas des Sombrals tout de même ? »
Roy m'adressa un regard surpris.
« Criss, non ! Je ne sais pas qui aurait la folle idée de monter des Sombrals. Elles ne sont pas apprivoisables, ces bêtes là… »
Je pensai très fort à Hagrid en imaginant silencieusement la réaction que pourrait avoir notre guide face au troupeau de Sombrals qui vivaient dans la forêt interdite… De l'admiration peut-être, de l'incrédulité sans doute… dans la mesure où il n'était pas certain qu'il soit en mesure de les voir.
Luna me fit un petit sourire qu'elle cacha vite derrière la main qu'elle avait réussi à dégager de l'emprise de Colin.
Elle devait se souvenir comme moi de notre épouvantable voyage à dos de Sombral au-dessus des campagnes écossaises et anglaises.
Je lui dirigeai un clin d'œil complice et j'eus le loisir de constater que, même si sa bouche était dissimulée par sa main, ses yeux riaient toujours autant.
Je n'avais jamais remarqué que ses iris étaient si pâles, la couleur bleu ciel prenait vraiment son sens dans les yeux de Luna, comme s'ils étaient constitués d'un air liquide et très pur. C'était plutôt joli…
« On restera le temps qu'il faudra en Anticosti, il y a beaucoup de choses à voir et vous, les garçons… » dit Roy en me décochant un regard appréciateur, « … vous trouverez certainement de quoi faire pour gagner quelques dollars. Les communautés de pécheurs cherchent toujours des gars solides pour décharger les caisses à poissons des chalutiers. »
Aux mots « pécheurs », « poissons » et « chalutiers », la bouille de Dennis Crivey passa du rose tendre au blanc verdâtre… L'aventure promettait son lot de défis pour tout le monde, apparemment.
Dix minutes plus tard, nous arpentions les trottoirs de la rue Ste Catherine et je n'avais pas assez de deux yeux pour regarder partout autour de moi.
Coq piaillait sur mon épaule et picorait avec plaisir les morceaux de toast que j'avais emballé pour lui à la cafétéria. Devant moi, Den et Roy, notre guide, discutaient avec entrain. Dennis avait l'air de bien connaître l'histoire de la ville et le grand canadien semblait prendre plaisir à l'enthousiasme du blondinet.
Il y avait beaucoup de moldus autour de nous, à pieds et en voiture, mais ça ne perturbait pas le moins du monde mon hibou. Même les commentaires sympathiques que récoltait mon volatile de la part des passants ne le détournaient de son but, à savoir s'étouffer le plus rapidement possible avec la tranche de pain grillé.
Francis, par contre, n'avait pas l'air dans son assiette. Il roulait des yeux à toute vitesse et battait pathétiquement des ailes dans son nauséabond nichoir que tenait Dennis à bout de bras.
Il était convenu que nous accompagnions Luna jusqu'à une boutique de la rue Ste Catherine où elle avait prévu de faire des affaires et qu'ensuite, les plus curieux suivraient Roy pour une découverte sommaire de la cité pendant que les autres passeraient la journée à ne rien faire dans l'appartement vide du canadien.
Je me sentais encore tout à fait d'humeur à pleurer sur mon triste sort et avais opté pour la seconde option.
Luna nous désigna d'un signe de la main la devanture du magasin qu'elle tenait à visiter.
La façade était très impressionnante, en larges pierres plates taillées, avec à chaque étage, et il y en avait plus que je n'aurais pu en compter, des rangées de fenêtres en arc de cercle. De chaque côté du porche d'entrée, des plaques de cuivre annonçaient fièrement que nous allions pénétrer dans la maison Birks, joailliers de père en fils depuis 1879.
La jeune fille se pencha en avant pour examiner de très près les inscriptions puis se retourna vers notre groupe.
« Un Gryffondor doit m'accompagner à l'intérieur. »
Je jetai un regard interrogatif aux Crivey. Qu'est-ce que Luna manigançait encore ?
Elle posa le doigt sur la plaque à sa droite et reprit sa phrase en soufflant sur ses mèches.
« C'est un accès réservé aux Gryffondors, c'est écrit là. Toute seule, ils ne me laisseront pas entrer. »
Je suivis des yeux le sigle que Luna cachait maintenant partiellement avec son index. C'était un lion rugissant, dressé sur ses pattes de derrière. En insistant un peu, on pouvait en effet lui trouver un air de ressemblance avec notre glorieuse bannière.
« Tu sais, Birks est une entreprise renommée ici au Québec, je ne suis pas certain qu'ils interdisent leur boutique à tous les non-Gryffondor. Je suis même plutôt convaincu qu'ils n'ont pas la moindre conscience de ce qu'est un Gryffondor… » lui dit Roy avec un léger sourire.
Je ne perdis même pas de temps à me demander comment notre guide était au courant des différentes maisons de notre école, après tout, avec Harry et Hermione en nouveau couple sauveur de l'humanité, il n'y avait rien d'étonnant à ce qu'un sorcier canadien en ait entendu parler.
Mais… Ce que Roy semblait ignorer c'est qu'on ne taxe pas de farfelue une lubie émergée de la cervelle vagabonde de Luna sans prendre de risques.
De fait, la sorcière blonde balaya d'un geste les explications de notre guide et plongea ses grands yeux aquatiques dans nos trois regards d'anciens Gryffondors timorés.
Je fus le premier à parler, après tout, j'étais le plus fier lion des trois, j'avais affronté la Reine de Mc Gonagall, moi, bon sang !
« D'accord, Luna, je viens avec toi… »
Je sentis immédiatement derrière moi la silhouette de Colin se presser contre mon dos.
« Moi aussi, je viens ! »
Roy regarda Dennis en soupirant puis s'avança également.
« C'est bon, allons-y tous ensemble… Mais je vous préviens, c'est très chic, ne vous étonnez pas si on nous fiche dehors. »
J'attrapai Coq par le cou, le fourrai dans la poche intérieure de ma veste, remontai les lanières de mon sac de voyage et franchit l'imposante arche du hall d'entrée à la suite de mes joyeux compères, Luna en tête.
L'extérieur de la Maison Birks était vraiment splendide, pour le peu que j'en connaissais, mais l'intérieur… C'était donc ça le luxe ?
De l'or, des tapis moelleux, des fauteuils profonds, du marbre et du cristal partout où mon œil se posait.
Et des filles… Des femmes, de très jolies femmes avec de somptueux décolletés et des dents plus blanches que le marbre des comptoirs, parfumées et coquettes, souriantes et distinguées.
Partout, derrière les comptoirs, assises dans les fauteuils, entre le marbre et les cristaux à essayer des bagues, admirer le chatoiement des diamants dans les yeux de leurs compagnons, des femmes partout… Sauf à ma gauche !
A ma gauche, un très grand monsieur aux cheveux blancs et rares m'apostropha d'un cinglant « Vous désirez, jeune homme ? » qui ne présageait rien de bon et auquel je fus incapable de répondre. J'avais envie de lui dire de dégager son pétard osseux et de me laisser profiter de la vue mais je voyais mal quel mot de mon pauvre vocabulaire français aurait pu exprimer tout ça.
Heureusement pour moi, ma sauveuse du jour se prénommait Luna Lovegood et vint s'interposer entre le monsieur grisonnant et moi-même.
« Bonjour Monsieur, je veux vendre des joyaux à vous. »
« May I take a look, young Lady ? Please follow me… »
Ca j'avais compris ! Et il était hors de question que je laisse Luna filer avec ce bonhomme qui voulait jeter un œil à Merlin sait quoi.
L'homme s'était dirigé vers le comptoir inoccupé le plus proche et avait déroulé un morceau d'étoffe qui recouvrait un petit cylindre noir terminé d'une lentille. Ca devait être un genre de loupe. Et il ne devait pas avoir trente-six mille objets qu'un bijoutier avait besoin d'inspecter de plus près…
Je lui agrippai le bras alors qu'elle s'apprêtait à rejoindre l'homme.
Je jetai un regard circulaire tout autour de moi. Dennis était absorbé dans les explications d'une vendeuse qui lui montrait des rangs de perles tandis que Colin et Roy s'étaient installés à l'écart dans les fauteuils moelleux et que l'aîné des Crivey tentait vainement de dissimuler la cage de son oiseau avec des magazines. J'étais le seul conscient de ce que Luna avait en tête et c'était donc à moi d'intervenir.
« Qu'est-ce que tu viens faire ici exactement, Luna ? Vendre des bijoux ? » lui demandai-je en lui secouant les épaules un peu plus violemment que je ne l'aurais voulu.
Elle avait dans la main un petit sac en velours pourpre fermé par une cordelette dorée. Ses yeux allaient du sac à mon visage sans qu'elle ne prononce un seul mot.
« Luna, je ne sais pas à qui ils sont, mais il n'y a rien qui ne justifie que tu doives t'en séparer. Je ne sais pas combien d'argent nous avons pour le voyage, mais comme l'a dit le Canadien, nous travaillerons sur la route… pour gagner ce qu'il nous faut. »
« Ma mère… »
Elle avait parlé si bas, les yeux fixés sur la main qui tenait la sacoche que j'avais plus deviné ses mots que je ne les avais entendus.
« Ils sont à ta mère ? Mais… tu n'as pas le droit, ce sont des souvenirs… Godric, réfléchis deux secondes ! »
Elle plongea la main dans la sacoche en velours pour en sortir un bracelet ouvragé.
« Ronald… Ce sont des pierres et des métaux, pas des souvenirs. » me dit-elle en déroulant les maillons du bracelet devant mes yeux.
Puis, elle referma la sacoche et m'attrapa la main qu'elle posa sur son corsage.
« Mes souvenirs, ils sont ici. » me murmura-t-elle en me laissant deviner les battements de son cœur sous le coton de sa robe. « Et là aussi. » continua-t-elle en remontant ma paume jusqu'à ses tempes.
Je savais qu'elle devait avoir raison mais c'était plus fort que moi, j'avais toujours eu beaucoup de mal à voir ma mère se séparer des rares biens hérités de ses parents quand il s'avérait que notre coffre chez Gringotts ne suffirait pas à assurer une nouvelle rentrée scolaire pour mes frères, Gin et moi.
Elle relâcha mon bras et se dirigea vers l'homme qui l'attendait derrière sa vitrine.
Une main se posa sur mon épaule et j'aperçus Colin du coin de l'œil.
« Y a un souci, Ron ? »
« Je suppose que non… Tu savais que Luna comptait vendre ses bijoux pour financer l'expédition ? »
« Oui bien sûr, son père nous a donné un peu d'argent, mais il n'est pas vraiment riche, tu sais… »
Je me retournai, un peu surpris, vers le jeune sorcier.
« Et ça ne te dérange pas ? »
Colin haussa les sourcils et hésita avant de me répondre.
« Non, ça ne me dérange pas. Je crois que Luna a discuté avec son père avant de prendre sa décision. Si elle considère qu'elle a plus besoin de cet argent que des bijoux, c'est parfait pour moi… »
Je m'énervai un peu en entendant sa conclusion.
« Colin, je ne sais pas si une petite sauterie dans le grand Nord justifie vraiment qu'elle se sépare de son héritage. »
C'était à son tour de se montrer surpris. « Une sauterie ? Tu crois vraiment que nous sommes venus jusqu'ici pour nous amuser ? Tu te trompes, Ron ! Poursuivre les Ronflaks, ça ne va pas être une mince affaire… crois-moi ! »
Je ne pus m'empêcher de laisser échapper un grognement ironique. « Les Ronflaks… Colin, sincèrement, ne me dis pas que tu crois à cette foutaise ? »
Un seul regard me suffit pour voir que le jeune homme était furieux. Il m'agrippa le bras et me poussa dans un renfoncement entre deux lambris vernis.
« Bien sûr que j'y crois, Weasley ! Et si tu penses que tu n'es venu avec nous que pour pendre la gueule, pour moi, tu peux faire demi-tour immédiatement ! Je vendrai même ma montre pour te payer ton billet de retour ! J'y crois, Dennis y croit et Luna y croit de toutes ses forces, je ne peux pas t'interdire d'avoir des doutes mais je t'interdis de te foutre de nous, c'est clair ? »
C'était la deuxième fois que Colin Crivey me mettait mentalement au défi de l'étaler comme une crêpe contre le sol. Et pour la deuxième fois, je me retins de l'attraper par le col et de lui faire comprendre qui était le plus fort des deux.
Ca ne servait à rien.
J'avais accepté de les suivre, je n'avais pas vraiment le droit de leur imposer mon cynisme, même si c'était devenu une seconde nature chez moi depuis quelques temps.
Il s'éloigna de moi en jetant un regard sur Luna en grande conversation avec le bijoutier.
Après avoir eu affaire à l'aîné, le cadet des Crivey venait se frotter à ma carcasse d'ours mal léché.
« Je vais m'en griller une dehors, tu viens avec moi, Ron ? »
« Désolé, je ne fume pas. » lui répondis-je assez sèchement.
« Pas grave, tu regarderas. » me dit-il en empoignant mon sac de voyage.
Je n'avais pas vraiment d'autre choix que celui de le suivre, ce que je fis, libérant par la même occasion mon hibou de la poche de ma veste.
Dennis avait jeté sa valise et mon sac sur le sol et était occupé à fouiller ses poches, appuyé contre le porche d'entrée de la maison Birks.
Avec un « ah » de triomphe, je le vis sortir un petit paquet de cigarettes moldues. Je les reconnaissais parce que j'avais vu Finnigan en proposer à l'assemblée à de nombreuses occasions mais, étrangement, je n'avais jamais été tenté. L'odeur était bien trop âcre à mon goût.
« Tu as un problème avec mon frère ? »
« Non, pas du tout. »
Il tira un grand coup sur la tige au bout incandescent et ébaucha un sourire.
« Il ne faut pas en vouloir à Colin… Il a plusieurs raisons pour ne pas être très sympa avec toi, mais ça lui passera ! »
« Ah bon ? Quelles raisons ? »
« J'en ai une bonne dizaine à te donner mais disons que trois, ce sera suffisant pour aujourd'hui. Premièrement, Colin a toujours été obsédé par Harry Potter mais n'a jamais vraiment été de ses proches, toi, tu es son meilleur ami… »
J'écrasai mon poing contre ma bouche pour ne pas pouffer de rire. Son meilleur ami, vraiment ?
« Ok, admettons que tu n'en sois plus tout à fait conscient, mais c'est une première bonne raison pour Colin. La deuxième, et là je partage un peu son avis, c'est qu'il trouve franchement déprimant de voir l'usage que tu fais de ta magie. Pour des sorciers issus de familles moldues comme nous, c'est du gaspillage… »
« Franchement, Den, c'est le dernier de mes soucis ce que ton frère et toi pensez de moi. »
Il écrasa sa cigarette contre la plaque en cuivre du bâtiment et passa une main dans ses cheveux hérissés.
« C'est nickel pour moi, Ron. Je suppose que ça veut dire que tu te fiches aussi de la troisième excellente raison de Colin. »
J'observais depuis un instant Coq qui s'acharnait à foncer tête baissée dans le pare-brise opaque d'une voiture stationnée en face de nous. Ce petit abruti devait être abusé par l'effet miroir de la vitre et s'imaginait certainement combattant un ennemi féroce alors qu'il donnait des coups de bec dans son propre reflet.
C'était bien ma vaine d'être affligé d'un animal aussi stupide, me dis-je avec un demi-sourire en posant une main apaisante sur ma petite terreur emplumée.
« Non, vas-y, balance ta troisième raison. »
« Colin est jaloux. Il est convaincu que Luna est amoureuse de toi. »
« Uh… Qu'est-ce que c'est que cette connerie ? Luna n'est pas amoureuse de moi, c'est totalement idiot ! »
« Ah bon ? Tu en es si sûr ? Moi, à ta place, je me demanderais pourquoi Luna a commencé à soutenir Gryffondor au quidditch précisément à partir du moment où tu as commencé à jouer dans l'équipe… »
Je revis en un éclair le chapeau rugissant de Luna lors de ma première et pitoyable prestation de gardien en 5e année. C'était vraiment une idée ridicule, c'était juste la démonstration de son incroyable excentricité… rien de plus !
D'ailleurs, ce jour là, ce n'était pas tant le lion de Luna qui m'avait marqué, mais plutôt le baiser qu'Hermione m'avait laissé sur la joue. Une sensation si douce et vaporeuse que j'avais mis longtemps à m'apercevoir que je n'avais pas rêvé.
Hermione…
Ah merde, non, pas maintenant !
« C'est absurde, vraiment… Ton frère n'a pas à se tracasser pour ça. Je ne suis pas le moins du monde intéressé par Luna et je suis certain que c'est la même chose pour elle ! »
Dennis m'accorda un ricanement incrédule mais s'abstint de répondre quoi que ce soit.
Derrière nous, Luna venait de quitter le magasin, son sac à main en patchwork bizarroïde serré contre son ventre. Le très possessif Colin Crivey la suivait de près tandis que notre guide terminait sa conversation avec une très jolie brunette portant le sigle du magasin brodé sur sa blouse.
Une fois toute l'équipe réunie, nous gagnâmes la garçonnière de Roy, un appartement de quatre pièces sobrement décoré mais d'une netteté irréprochable.
Je me sentais étrangement moins amer que tout à l'heure et après m'être rafraîchi dans la salle de bain, je m'accordai à l'idée générale qui voulait que nous aurions tort de ne pas profiter de cette belle journée d'été pour explorer un peu plus cette ville étrangère.
Après tout, j'étais venu pour oublier, pas pour me morfondre.
Je ne regrettai pas mon choix, la fin de la journée se passa tout à fait agréablement. Roy était un guide énergique qui pouvait nous faire marcher pendant des kilomètres pour nous faire découvrir l'attrait du vieux port et l'architecture du quartier historique du Vieux Montréal, mais il savait aussi mettre à profit nos baisses de régimes pour nous inviter à nous asseoir à l'ombre de la Basilique Notre-Dame et faire apparaître, pour le plus grand plaisir de nos gosiers secs, de gigantesques bouteilles de bièraubeurre brassée par les sorciers des environs.
Quand la nuit commença à tomber sur le Plateau du Mont-Royal, nous étions tous les cinq fourbus, repus et un peu ivres, Dennis ayant absolument insisté pour que nous testions les bières moldues du petit restaurant où nous avions dévoré des pièces de bœuf de la taille de mes deux mains réunies accompagnées d'une montagne de pommes sautées.
J'avais particulièrement apprécié une bière brune assez forte qui portait le nom évocateur de Maudite et Dennis et moi nous étions arrangés pour en acheter quelques-unes au patron de la gargote, histoire de voir venir jusqu'à la prochaine étape.
En repassant à l'appartement du Canadien pour reprendre nos bagages, j'aperçus dans un appentis sur son balcon le moyen de transport qu'il nous avait réservé pour la route jusqu'à la fameuse île aux palourdes : trois Comètes 260 et deux Brossdur 12.
Je mis le premier la main sur un des Brossdur, il était très semblable à mon propre balai et j'espérai intérieurement que personne ne trouverait à redire à ce que je me le réserve. Apparemment, j'étais le seul que la perspective de voler enchantait, Luna et les Crivey s'emparèrent des Comètes avec une mine dubitative tandis que Roy vérifiait le manche de l'autre Brossdur.
« Dépêchons-nous, nous devons avoir rejoint la Banque Royale dans vingt minutes ! » nous pressa le Canadien. « Il va y avoir un angle mort à l'est de la tour pendant un ¼ d'heure. Ca devrait nous permettre de prendre de l'altitude sans être vu par les moldus. »
Il ne nous fallut heureusement pas plus de dix minutes pour atteindre le bâtiment en question mais il nous restait à peine le temps de sécuriser notre paquetage avant de décoller.
Au moment d'attacher mes bagages sur mon balai à l'aide de harnais magiquement modifiés pour ne pas en gêner l'équilibre, j'étais à la fois partagé entre l'excitation de survoler des paysages étrangers et l'envie de faire demi-tour et rentrer au bercail.
Puis, je remarquai la silhouette déconcertante de Luna Lovegood à quelques mètres de moi. Elle était occupée à tresser ses longues mèches blondes du bout de sa baguette, tresses qu'elle enroula ensuite en plusieurs petits macarons très serrés qu'elle finit par cacher sous un imposant bonnet en cuir retenu au menton par une boucle métallique.
Il fallait admettre qu'elle faisait preuve d'un certain bon sens. Si elle avait laissé ses cheveux flotter librement, ses mèches se seraient immanquablement collées à son visage et lui auraient bloqué la vue.
Sa coiffure était sans contexte assez particulière mais plutôt bien pensée.
Une fois que nous eûmes tout sanglé et libéré nos volatiles pour qu'ils s'envolent à nos côtés, Roy nous cria ses instructions et martelant ses ordres par de larges mouvements de bras. Nous ne devions absolument pas le quitter des yeux, au risque de nous perdre au-dessus de ce fleuve plus large qu'une mer intérieure.
Nous révisâmes tous une dernière fois notre sort des quatre points, afin de, littéralement, ne pas perdre le Nord, puis, au signe de pouce levé de notre guide, nos cinq paires de jambes donnèrent une grande poussée sur le sol pour nous élever à la verticale le long de l'imposant monument.
La grande aventure venait de commencer !
Toutes les références aux monuments de Montréal sont intentionnelles (il y a bien un lion rugissant comme emblème de la bijouterie Birks, je le jure !) mais j'en ai mis relativement peu pour ne pas mal parler d'une ville dont je n'ai fait que rêver. N'hésitez pas à me dire si, par la suite aussi, je me gourre trop profondément.
Bises à tous !
