Chapitre 4
Cela faisait maintenant près de dix heures qu'Anzu s'était faite enlever par Anubis. Et elle ignorait toujours pour quelle raison. Sans compter que, la seule chose que le dieu égyptien avait bien voulu lui dire, était qu'elle ne devait pas se préoccuper des détails et de rester bien sage. Mais c'était cependant plus facile à dire qu'à faire! Il ne devait pas savoir que de se laisser kidnapper sans rien dire, et surtout ne pas chercher à comprendre pourquoi, ne faisait pas parti du caractère d'Anzu. Néanmoins, elle reconnaissait qu'il avait raison sur une chose: elle avait bien besoin de se rafraîchir et de se changer. C'était d'ailleurs pour ça qu'elle se tenait à présent devant le grand miroir qui était à sa disposition, en train de se jauger afin de déterminer si la robe qu'elle avait enfilé, après avoir utilisé la salle de bain, lui allait.
Elle avait préféré mettre la plus confortable. Elle était même assez simple. Elle était faite d'un tissu très léger bleu ciel, avec quelques dorures au niveau du col en V et des fines bretelles. Anzu s'était également attachée les cheveux.
-Cela te va à ravir, complimenta de derrière elle la vois rauque d'Anubis. Avec un teint un peu plus bronzé, tu pourrais aisément passer pour une authentique égyptienne.
Anzu se retourna pour lui faire face.
Il s'était de nouveau présenté à elle avec son visage humain, et se tenait debout à côté de la grande table.
-Je vois que tu n'as toujours rien mangé, fit-il remarquer.
-Je n'ai pas faim, voilà tout! - riposta t-elle d'une voix bourrue.
Au lieu d'être fâché; Anubis la considéra plutôt d'un œil passablement amusé
-Je peux comprendre que tu sois méfiante. Mais je peux t'assurer que cette nourriture est sans danger, lui dit-il, avant d'ajouter en s'asseyant au bout de la table: Si c'est parce que tu te sens un peu seule et que tu éprouves le besoin d'avoir de la compagnie, je veux bien rester avec toi le temps que tu manges. Et puis, ça me fera de la compagnie à moi aussi, car rares sont mes invités bien vivants.
Anzu bouillait tellement de haine et de colère qu'elle avait été sur le point de lui hurler le fond de sa pensée, mais elle se retint au dernier moment à cause de la soudaine idée qu'elle venait d'avoir. Elle s'était dit qu'après tout, pourquoi ne pas s'asseoir et papoter calmement avec lui si ça pouvait lui permettre de lui tirer un peu les vers du nez.
Elle alla donc tranquillement s'installer à l'autre bout de la table et attrapa une pomme pour fermement croquer dedans.
-Vous ne m'avez toujours pas dit pourquoi je suis là? - attaqua t-elle directement dans le vif du sujet.
-Si, je te l'ai dit.
-Excusez-moi, mais le fait de savoir qu'on sert d'appât n'est pas une réponse suffisamment claire à mes yeux. Surtout si je ne sais pas pour qui ou pour quoi.
-Tu n'es pas du genre à aimer les questions sans réponses?
-Non.
Anubis la regarda de nouveau d'un air amusé, avant de dire:
-Je crois que je commence à un peu mieux comprendre ce qui plaît tant à Atem chez toi.
-A... Atem? Co... Comment ça? - bafouilla t-elle totalement prise au dépourvu.
-Disons que tu es une fille intelligente capable d'exprimer tes pensées, et non pas une de ces petites écervelées n'étant rien d'autre que de bons toutous bien dressés, dont Atem était constamment entouré.
Anzu ne répliqua rien car elle venait de comprendre quelque chose de capital. Et elle devint presque aussi pâle que la mort. Elle venait de réaliser que Atem était la personne qu'Anubis espérait attirer en la kidnappant.
-Mais... Mais ce n'est pas possible. Atem n'est plus là, fit-elle d'une petite voix tremblante.
-Ah! Tu as compris à ce que je vois.
-Ce n'est pas possible, répéta t-elle en ayant l'air d'être perdue dans le néant. Atem n'est plus là. Il est mort.
-Que tu crois! Je pense que tu devrais savoir que moi et Atem avons beaucoup plus en commun que tu ne le penses.
Pendant ce temps là, le Pharaon était arrivé devant une étrange boutique faisant l'angle entre une ruelle et le centre ville. Celle-ci était plus précisément spécialisée dans la vente d'objets magiques, ainsi que de livre traitant des sciences occultes.
Atem observa une dernière fois la façade en soupirant, avant de se décider à y entrer.
La décoration intérieure n'avait rien de bien surprenant. Elle était tout à fait à la hauteur de ce qu'on attend généralement de ce genre de boutique. Toutefois, il y régnait tout de même une curieuse ambiance égyptienne. Sans doute à cause du fait que les couleurs dominantes étaient l'ocre, le jaune, le orange etc... Et aussi probablement à cause de toutes ces statuettes de dieux et de pharaons disposées un peu partout.
Il ne fallut ensuite pas très longtemps au propriétaire des lieux pour faire son apparition par le rideau safran se trouvant derrière le comptoir.
C'était un jeune homme d'environ trente ans, pas plus, d'origine visiblement égyptienne avec des cheveux noirs et de grands yeux bleus turquoise. Il était était aussi assez beau gosse. Et lorsque son regard se posa sur son visiteur, il eut un drôle de sourire bienveillant, avant de déclarer:
-Avec Anubis qui fait des siennes dans le coin en ce moment, j'étais sûr et certain que les autres t'enverraient et que tu viendrais me voir Atem.
-Bonjour Thot. Il y avait longtemps, dit justement le Pharaon.
-Ça on peut le dire! Trois milles ans ce n'est pas rien! Je suis d'ailleurs très surpris que tu te souviennes de mon visage humain.
Même si pour les habitants de Domino Thot était un très curieux commerçant: il était en réalité un dieu égyptien.
Chez les immortels, sa principale fonction était d'être un scribe doublé d'un remarquable savant. Mais il était aussi chargé, en tant que dieu de la lune, d'organiser l'espace céleste et de veiller à sa bonne marche. Il faisait également office de greffier du tribunal divin. Et pour finir, sa tête animale était celle d'un ibis.
-Je n'arrive pas à comprendre pourquoi tu as quitté le monde divin pour venir ouvrir une boutique de magie ici, fit Atem en s'approchant du comptoir.
-Ah bon! - s'étonna Thot. Pourtant, je peux t'assurer que les humains de maintenant sont plus portés sur la magie que ceux d'il y a trois milles ans.
-Arrête. Tu ne me feras jamais croire que c'est uniquement pour faire des affaires que tu es ici; car l'argent ne t'intéresse pas plus que je me passionne pour la physique nucléaire.
Thot eut un petit rire hilare, et dit:
-D'accord, t'as gagné! En fait, si je suis venu me mêler aux mortels, ce n'est rien que pour me distraire car, contrairement aux dieux eux il savent comment s'amuser. Les dieux et l'immortalité sont plus ennuyeux et insipide que les mortels ne le pensent. Mais trêve de plaisanteries! Avec Anubis qui fait les quatre cent coups dans les parages, je suppose que ce n'est pas pour débattre avec moi sur les comportements humains et divins que tu es venu me voir...
-Effectivement. Pour être bref, j'aimerai en savoir un peu plus sur la malédiction. Et personne n'est plus à même que toi pour m'en parler.
-La malédiction? - répéta Thot avec une extrême perplexité. Je ne comprends pas ce que tu veux dire.
-En clair, je veux simplement savoir s'il n'y a pas un moyen de la contourner.
-Oh non! Je t'arrête tout de suite! J'ai passé des siècles à l'étudier sous tous les angles; et je peux t'assurer qu'il est absolument impossible de la contourner. Mais pourquoi cette question? Ne me dis pas que tu as l'intention de tuer Anubis. Ce qui, entre nous, est tout à fait impossible.
-Je le sais très bien. Étant un dieu à part entière, il ne peut pas mourir.
-Si c'est pour toi que tu t'inquiètes; tu n'as pas de raison de le faire car cette malédiction marche à double sens. Anubis ne peut pas te tuer.
-Oh non. Je ne m'inquiète pas du tout pour moi. Et puis, je te rappelle que je suis déjà mort. Alors une de plus ou de moins... Mais laissons ça de côté... Pour le moment, ce que j'entends par « contourner », c'est s'il n'y a pas une façon de neutraliser Anubis une bonne fois pour toutes, comme toi et les autres l'avaient fait pour Seth, sans perturber l'équilibre.
Thot ouvrit la bouche comme s'il essayait de dire quelque chose qui ne voulait pas sortir. Mais en fait, il avait compris ce qu'Atem voulait insinuer; et il était bouche bée de ne pas avoir pensé à cette éventualité.
-Il est vrai qu'Anubis est un dieu vital pour l'équilibre cosmique; et qu'une neutralisation définitive du même genre que celle de Seth, pourrait faire pencher la balance, déclara t-il après quelques secondes de réflexion.
-Alors, tu comprends un peu mieux mon problème.
-Oui. Par contre, si tu veux faire court lors d'une confrontation avec lui, j'ai quelque chose qui pourrait t'intéresser, assura le dieu égyptien en disparaissant par le rideau derrière le comptoir.
… à suivre
