Dollophead : tu es pardonné :). Et oui, un peu de Merthur ça fait toujours du bien ! Legend : tes voeux sont exaucés ! Ma : je n'en ai pas fini avec les taquineries ;) Julie et Saroura : vous êtes des malines... mais je ne vendrai pas la mèche ;)...

Le temps est venu de se consacrer un peu au personnage de Mordred... J'ai la conviction profonde que personne n'est fondamentalement mauvais... et cette fic s'appelle l'Age d'or de Camelot, pas le Début de la Fin... comme je l'ai déjà dit, la route de Camlann est encore longue... l'intéressant, ce sont les chemins empruntés pour y arriver XD

CHAPITRE 3

Lorsque Mordred apprit que Merlin était de retour, il s'en réjouit aussitôt, parce que si Merlin était à Camelot, cela signifiait qu'il avait accepté de subir les Rites...Mordred attendait avec impatience la grande réunion de l'après-midi. Il n'avait pas eu le temps de voir Arthur seul à seul depuis qu'il était rentré, mais il était persuadé que l'annonce du Roi porterait sur le Sceau qui priverait Merlin de ses pouvoirs... et le transformerait en serviteur inoffensif.

Mordred attendait avec impatience d'assister à la scène pour voir la défaite qui s'inscrirait sur le visage de son ennemi... Stupide Emrys, si puissant et cependant si bon à rien il méritait d'être privé de tous ses dons; il méritait de finir comme le serviteur anonyme qu'il s'était donné tant de mal à devenir...

A chaque fois que Mordred regardait en direction de l'avenir morne et sans magie qui attendait le monde, il sentait sa haine augmenter d'un cran contre le sorcier qui avait été destiné par toutes les prophéties à la rétablir, et qui avait fait défaut à sa mission.

Cette haine lui rongeait le ventre et l'empêchait de trouver le sommeil la nuit... Il avait hâte que Merlin puisse ressentir en lui-même ce vide qu'il avait causé dans l'histoire en échouant à accomplir son destin. Il avait hâte qu'il soit, comme lui, désespéré et inconsolable à l'idée de l'étincelle disparue et des merveilles gâchées...

Lorsqu'il avait partagé sa vision avec Morgane, lorsqu'il l'avait regardée souffrir face à l'horrible révélation, Mordred s'était senti un peu soulagé. Soulagé de pouvoir partager avec quelqu'un le désert qu'était devenu son cœur depuis qu'il avait entrevu ce futur atroce pour la première fois soulagé qu'une autre que lui ait des larmes à verser sur tout ce qui avait été perdu...

Parfois, Mordred aurait préféré ne jamais avoir regardé dans le Cristal qui lui avait montré ces tristes «temps modernes». Quand il l'avait fait, il cherchait des réponses concernant un futur proche... Mais ses pouvoirs étaient plus puissants qu'il ne l'avait imaginé, et ils l'avaient emmené beaucoup plus loin qu'il n'aurait pu le concevoir.

La première fois qu'il avait eu cette vision, il n'avait pas compris où il était, ni ce qu'il voyait.

Il lui avait fallu y revenir encore et encore pour commencer à réaliser qu'il avait fait un bond de deux mille ans en avant.

Quand il avait réalisé tout ce dont ce monde avait été privé, il en était devenu malade.

Il se raccrochait à l'idée que, par ses actes, il pourrait changer cet avenir terrible.

S'il devenait Roi, la magie aurait une chance...

Lorsque l'heure de la réunion arriva, Mordred entra dans la salle du Conseil avec impatience.

Arthur siégeait sur son trône, aux côtés de Guenièvre. Les chevaliers, les membres de la Cour et une partie des sujets de Camelot étaient assemblés dans la pièce bondée, comme pour une grande cérémonie...

Le Roi et la Reine se levèrent ensemble, en gage de respect pour l'assemblée, et Arthur prit la parole. Mordred reconnaissait qu'il avait ses moments de grâce... parfois, quand il parlait, l'intelligence et la clarté de ses propos semblaient aussi percutantes que son style au combat. Dommage que ce soit exceptionnel, et que la majeure partie du temps, le Roi de Camelot réagisse comme un imbécile...

-Honorables membres du Conseil, preux chevaliers de la Table Ronde, fidèles sujets de Camelot. Nous sommes rassemblés aujourd'hui pour rendre hommage à quelqu'un qui nous est cher, mon serviteur, Merlin.

A ces mots, les portes s'ouvrirent, et Merlin pénétra dans la pièce, en clignant des yeux.

Il avait abandonné le manteau ridicule dans lequel Mordred l'avait vu parcourir le château aux trousses d'Arthur toute la matinée, pour réintégrer sa chemise bleue et son foulard rouge habituels, et il semblait aussi désespérément maladroit et déplacé que d'habitude.

Mordred ne put s'empêcher de se sentir agacé. Quand on avait la chance d'être Emrys, faire un petit effort pour se rendre présentable n'aurait pas dû être si compliqué. Quelle image Merlin pensait-il donner des druides et de leur prophéties en ayant perpétuellement l'air de sortir du lit, d'être à deux doigts de s'emmêler les jambes ?

Si j'avais été Emrys, pensa-t-il avec amertume, les choses auraient été très différentes...

S'il avait été Emrys, le grand nom d'Emrys aurait été respecté, et ses actes de magie seraient rentrés dans l'histoire. S'il avait été Emrys, le peuple des druides aurait été libre, et les ennemis de la magie auraient été à genoux...

Mais Merlin était Emrys.

C'était à croire que les Dieux de l'Ancien Culte se moquaient de leurs fidèles et de leurs convictions. Mordred serra les dents en voyant les joues du magicien s'empourprer légèrement tandis qu'il remarquait que tous les regards se fixaient sur lui. Puis, Merlin, rouge pivoine, regarda vers Arthur pour se donner du courage... Mordred jeta un coup d'oeil au Roi et le vit sourire à son serviteur pour le rassurer. Et soudain, ce fut comme si toutes les autres personnes présentes dans la pièce venaient de disparaître... Merlin et Arthur étaient entièrement focalisés l'un sur l'autre, et Mordred sentit sa haine se transformer en rage face à la manifestation de cette alchimie clairement perceptible.

Selon toute logique, quelque chose aurait dû être brisé entre eux... Alors pourquoi se dévisageaient-ils avec une telle confiance ?

Que fallait-il donc qu'Arthur Pendragon exige d'Emrys pour que celui-ci cesse de lui porter cette admiration aveugle ?

Morded vit Merlin réussir à se frayer un chemin jusqu'au trône sans s'emmêler les jambes. Il le regarda mettre un genou en terre, puis, se relever sur un geste d'Arthur. Et toujours, ce regard complice, qui les rivait l'un à l'autre, donnant l'impression qu'ils étaient seuls au monde...

-Merlin est mon serviteur depuis cinq ans maintenant, dit Arthur à l'assemblée. Il se trouve qu'il possède aussi des pouvoirs magiques innés depuis sa naissance, chose que j'ignorais jusqu'à très récemment.

Des murmures se mirent à parcourir la salle alors que le Roi confirmait une information que tout l monde soupçonnait depuis longtemps.

-Il y a de cela deux mois, au cours d'une audience de la Table Ronde, j'ai été la cible d'un attentat dont l'auteur était un sorcier ennemi de Camelot. Merlin, qui était présent, a utilisé ses pouvoirs dans le but de me sauver. Ce faisant, il a dévoilé son secret à toute l'assistance présente. Malheureusement, la situation a donné lieu à une mésinterprétation de ses intentions, qui m'a conduit à le bannir de Camelot. Néanmoins, après avoir découvert toute la vérité, je suis revenu sur ma décision d'exil. C'est pourquoi je suis parti rechercher Merlin et lui demander de rentrer avec moi à Camelot.

Arthur s'interrompit un instant, et échangea avec Guenièvre un regard entendu.

Nous y sommes, enfin, pensa Mordred.

-Bien que la magie soit interdite à Camelot, nul ne saurait être tenu pour responsable de sa naissance, reprit le Roi d'un ton inspiré. C'est par ses actes qu'un homme prouve sa véritable valeur, et Merlin a maintes fois démontré par les siens qu'il était un fidèle serviteur de Camelot. C'est pourquoi j'ai décidé de lui d'accorder mon pardon, et de le réintégrer dans ses fonctions de serviteur personnel du Roi.

Mordred attendit la suite, avec délectation.

Mais rien n'aurait pu le préparer à la conclusion d'Arthur :

-Merlin sera dorénavant autorisé, avec ma permission, à utiliser ses dons dans l'intérêt et pour le service de Camelot.

Arthur adressa à Merlin un regard grave, et Merlin mit un genou en terre, cette fois, pour prononcer son serment.

-Je prête allégeance à mon Roi et jure de n'utiliser ma magie que pour servir, et protéger Camelot. Je renonce à son usage pour toute fin personnelle et promets de ne pas l'employer dans le but de nuire à autrui.

-Relève-toi, Merlin, loyal serviteur de Camelot, dit Arthur avec un sourire.

Merlin eut un regard rayonnant alors qu'il se plaçait aux côtés du Roi, et les gens dans l'assistance applaudirent.

Mordred les imita pour la forme, complètement sous le choc en voyant le Roi poser sur l'épaule d'Emrys une main amicale. Que s'était-il passé ? Comment Arthur avait-il pu changer d'avis ? D'où lui venait cette soudaine absence de méfiance vis à vis de la magie ?

La cérémonie était terminée et les membres de l'assemblée se dispersèrent.

Au moment où le chevalier Gauvain dépassa Mordred, il lui lança d'un air triomphant :

-N'ai-je pas toujours dit que Merlin n'avait rien d'un traître ?

-Et tu avais raison, s'entendit répondre Mordred. J'ai visiblement été beaucoup trop prompt à le juger, ce en quoi je te dois des excuses...

-Je ne t'en veux pas, reprit Gauvain, d'un ton conciliant face à Mordred qui s'inclinait. Tu étais loin d'être le seul à penser cela de lui, et tu le connaissais depuis bien moins longtemps que certains autres...

-Je m'en veux assez pour deux, répondit Mordred, pour la manière dont je t'ai pris à parti la fois passée.

-C'est déjà oublié, dit Gauvain avec un sourire amical. Une bonne bagarre entre frères d'armes n'a jamais empêché l'entente une fois réglée.
Mordred le regarda partir en serrant les dents.

Il scruta la foule et vit Merlin qui parlait avec Guenièvre. Réalisant que cela signifiait probablement qu'Arthur était seul pour la première fois depuis son retour, il partit fiévreusement à sa recherche.

Il avait besoin de comprendre ce qui s'était passé...

Il trouva le Roi dans l'alcôve attenante à la salle du Conseil, occupé à se débarrasser de sa lourde couronne de cérémonie. Cette couronne, de l'avis de Mordred, lui donnait l'air particulièrement stupide. Heureusement pour lui, Arthur ne la portait pas trop souvent...

Lorsqu'il le vit sur le seuil, Arthur sourit sans méfiance et s'exclama :

-Solel ! Je voulais te parler depuis le matin mais je me suis retrouvé complètement débordé...

-Heureux de vous revoir à Camelot, Sire, répondit Mordred avec chaleur. Ne vous inquiétez pas : je me doutais que vous seriez très occupé...

-Je voulais te dire que je me passerai des services de Miscelian, en fin de compte, l'informa Arthur.

-Puis-je vous demander... ce qui vous a fait changer d'avis ? demanda Mordred, avec curiosité.

-La magie de Merlin n'est pas un problème, répondit Arthur.

Il se tut un instant, puis, il ajouta, d'un ton hésitant :

-En fait, Solel... je commence à penser... que la magie, elle-même, n'est pas un problème non plus.

Mordred dévisagea le Roi avec stupeur.

Arthur était un Pendragon. Et les Pendragon... détestaient la magie. Uther avait tout fait pour la détruire... Il avait fait exécuter des centaines de sorciers pendant la Purge, il s'était attaqué aux druides, il avait noyé des enfants. Son fils ne valait pas mieux que lui...n'est-ce pas ?

Mordred se souvenait de son père, transpercé par les épées des hommes d'Uther; il revoyait encore son regard quand il lui avait dit : «Va !» en refermant derrière lui, dans un ultime sortilège, les portes de la cour du château pour le protéger...

Bien sûr, au début, il avait cru qu'Arthur était différent d'Uther. Après tout, le Prince avait mis sa vie en péril pour le faire évader, avec l'aide forcée de Merlin... Mais ensuite, Mordred se rappelait, avec acuité, des hommes d'Arthur assassinant les druides qui l'avaient recueilli après sa fuite, ces gens qu'il avait commencé à considérer comme sa deuxième famille...

Les soldats de Camelot avaient attaqué le clan pour forcer Morgane à rentrer au château... pauvre Morgane terrifiée qui ne voulait pas retourner là-bas, mais rester au milieu des siens. Mordred se souvenait d'avoir fui, seul, dans la forêt, après avoir vu tomber tout son clan sous le fracas des lames... Il était terrifié, et rempli de rage à la pensée de tant d'injustice. Plus tard, il avait trouvé Alvar, qui n'avait rien d'un druide : son cœur était corrompu, ses intentions, égoïstes... Mordred l'avait manipulé pour obtenir le cristal de Neathid. Et Alvar était mort. Combien des siens Mordred avait-il vus tomber de la main d'Uther, puis, de celle d'Arthur ? Combien de proches avait-il perdu, combien de larmes avait-il versées ?

Et c'était ce même Arthur, qui, maintenant, déclarait que la magie n'était pas un problème ?

Il n'arrivait pas à le croire.

-S'est-il... passé quelque chose, pour que vous en arriviez à cette conclusion ? demanda-t-il, stupéfait.

-Merlin m'a fait comprendre... beaucoup de choses, reconnut Arthur. J'ai longtemps vécu aveuglé par l'ignorance... et par la peur... Mais, Solel, il naît chaque jour des enfants comme Merlin qui n'ont pas choisi d'être ce qu'ils sont. Et ces enfants sont aussi innocents que tous les autres. La magie... n'est pas forcément mauvaise. Elle fait juste... partie de ce monde. Qui suis-je, moi, pour déclarer qu'elle devrait disparaître ? Pas un Dieu, non... rien qu'un homme...

Arthur cligna des yeux, et, regardant Mordred, il dit d'un ton sûr :

-Mon père avait tort, Solel. La magie devrait faire partie du futur d'Albion. Elle peut faire le mal, c'est vrai. Mais elle peut aussi réaliser des choses merveilleuses.

Mordred chercha le mensonge et la fourberie dans son regard, mais il n'en trouva pas. Arthur était sincère. Il parlait avec son cœur.

Mordred sentit un long frisson le parcourir, et soudain, l'espoir s'engouffra en lui. Et si, en fin de compte, Emrys était parvenu à accomplir son destin ? Et s'il avait fini par se réveiller, et par se rappeler qu'il était venu au monde pour une bonne raison ?

Mordred ne pourrait jamais pardonner tout à fait à Emrys le lâche.

Enfant, il l'avait idôlatré comme une figure de légende. C'était avant de le connaître... Emrys ne l'avait aidé à s'échapper lors de leur première rencontre que contraint et forcé, et il avait essayé de le faire trébucher fourbement lors de leur deuxième rencontre parce qu'il espérait secrètement le voir mourir... Mordred se souvenait encore de sa rage et de sa déception face à l'attitude du sorcier. Le héros de toutes les histoires, le grand prophète des druides, n'avait pas hésité à trahir un enfant de son propre peuple de la plus vile des façons pour le livrer aux épées des soldats...

Emrys resterait toujours une déception à ses yeux mais s'il avait réussi à réconcilier Arthur avec la magie, peut-être Mordred arriverait-il un jour à moins le haïr ...

Arthur...

La lumière tombait sur le Roi de Camelot, éclairant son visage, et il n'avait plus du tout l'air d'être un imbécile... Il ressemblait à un héros, dont la noblesse venait d'être révélée... Mordred n'avait pas ressenti une telle émotion depuis des années... En l'entendant parler de la magie avec tant de tendresse, soudain, il eut envie d'y croire, de toutes ses forces, de toute son âme.

Il ferma les yeux un bref instant, et imagina le monde sans espoir qu'il avait entrevu dans l'avenir, ressuscité par la magie... ce fut comme si son propre cœur commençait à renaître, comme si le fardeau de sa peine disparaissait subitement...

-Que penses-tu, Solel ? dit Arthur, d'un ton hésitant.

-Je pense, Sire, que ce pourrait être formidable de voir la magie réhabilitée pour servir les nobles principes d'Albion, répondit-il, en rouvrant les yeux.

Et pour la première fois depuis qu'il était arrivé à Camelot, il adressa au Roi un sourire sincère.

Arthur lui sourit en retour, les yeux brillants et rêveurs.

Alors Mordred songea qu'il serait doux de ne plus être Mordred, l'enfant druide vengeur, déterminé à détruire ceux qui avaient anéanti son peuple. Et soudain, il désira ardemment, se transformer en cet autre lui-même que pouvait être Solel : chevalier de la Table Ronde et magicien, au service d'Albion, libre d'utiliser ses pouvoirs dans un monde dont ils ne seraient plus bannis... Oui, il lui semblait désirable, d'avoir le cœur, rempli d'espoir et non plus de vengeance, de joie, et non plus de meurtre, et il avait le sentiment, qu'avec Arthur, peut-être... ce serait possible.