A ceux qui me lisent et me laisse un petit mot merci.

Un chapitre difficile à écrire (en conditions extrêmes) qui est fort en retard.

Julia ^^ on ne risque toujours pas de se faire flasher par un radar. Mais un peu de ? de quoi ? romance ?

Nia Minos et Eaque font pas toujours leurs coup « foireux » ensemble. 😉 La preuve en dessous.

Didine merci


Clair-Obscur 4

Deux jours, cela semble court, quarante huit heures dont deux cycles de sommeil. Autant dire rien en temps normal. Pourtant ils ont semblé interminables à Rhadamanthe. Même si depuis des mois il ne compte plus sur une nuit réparatrice, ses journées n'ont guère été plus reposantes. Ce rendez-vous en extérieur l'a perturbé. Plusieurs fois il est resté à fixer son téléphone, à hésiter à se décommander. La chose était certainement trop nouvelle et inattendue. Pourtant il a décidé d'être là. Dans ce petit matin encore sombre et froids de fin février. Il piétine depuis quelques minutes lorsqu'il aperçoit enfin à quelques dizaines de mètres la silhouette presque familière du gémeau. Presque car dans le manque de clarté elle se hérisse de pics et d'un volume lui évoquant un imposant surplis. En même temps que la distance se réduit se dessine avec précision l'étrange chargement de son compagnon qui arrive à sa hauteur un grand sac au dos surmonté d'un autre longiligne.

Le triangle de Kanon les a déposés sur une plateforme rocheuse qu'ils ont descendu dans cette lumière particulière qui précède le jour et rappelle celle des enfers à Rhadamanthe. L'air est vif et mordant, humide aussi. Il leur faut un peu de temps pour prendre possession des lieux et mettre en place le barda du gémeau. Enfin les cannes sont sorties de leur étui. Le juge tient en main la sienne et met la ligne à l'eau. Un demi silence s'installe comme le soleil se lève.

Rhadamanthe l'esprit tourné vers l'horizon respire. Il se sentirait presque bien ici, c'est presque relaxant. Le bruit de l'eau qui frappe les roches, le léger sifflement à espace régulier, aucune présence hors son accompagnateur. Il n'est pas loin de se laisser bercer par le ressac quand une sorte de battement sur la surface et des éclaboussures le tirent de sa rêverie. Son regard cherche la source de ce tintamarre pour tomber sur le gémeau un poisson en main. Son attention retourne à sa propre ligne sa douce évasion revient, à peine troublée par le bruit d'une deuxième prise de Kanon. La sensation d'un regard sur lui le fait se retourner vers son compagnon.

« Rhadamanthe ? Tout va bien ? »

« Parfaitement, merci. »

« Heu ? T'es sûr ? »

Le blond hausse un sourcil, alors que l'ex chevalier rit.

« Ton leurre… »

L'attention du juge passe sur le bout de sa ligne.

« T'as jamais pêché. »

Rhadamanthe soupire non il n'a jamais pêché, mais pour mettre un bout de fil avec un hameçon dans l'eau il ne voit pas ce que ça change.

« Y a que vingt centimètres d'eau où t'as ta ligne. Faut la lancer plus loin. Je vais t'expliquer. »

L'exposé sur la technique a donné lieu à une pause agrémenté d'un café brulant sorti d'un thermos. Ce n'est certainement pas le meilleur du monde mais il est hautement apprécié par le blond dont les doigt serrent avec plaisir la tasse chaude. Il n'avait pas remarqué avant à quel point ses mains étaient glacées. Pour le reste, il a rapidement compris le principe.

La partie de pêche reprends, le soleil hivernal le réchauffe doucement.

« Kanon ? Ça ne te pose pas de problème d'attraper des poissons ? T'es un ancien marina. »

« Pas le moindre. »

« Parce que t'a quitté Poséidon. »

« Quitter » jolie formule du blond sourit l'ex général, et faire d'une pierre deux coups aussi. Camoufler le terme trahison et s'enquérir de ses liens.

« Julian pratique la pèche sportive et je peux te certifier qu'il adore sortir un thon, un espadon ou un requin. Plus c'est gros mieux c'est. Je suis en bonne compagnie comme méchant serial killer d'espèces marines. » Un brin de dérision pour le gémeau parce qu'il sait que pour Hadès c'est un crime et que Rhadamanthe reste et restera toujours un de ses juges.

La fin de matinée approche, un coup d'œil à la montre informe que c'est un des derniers lancés. Dans la nasse six rougets, deux rascasses et une vive finissent leurs jours. Rhadamanthe remonte sa ligne et amorce le geste à demi familier pour l'expédier au loin. Il ferait presque chaud si un petit vent ne soufflait par intermittence. Il donne l'à-coup qui va propulser l'hameçon, après une fraction de seconde où le fil se déroule il reste comme bloqué. Un rire fait se retourner le blond.

« T'as le record de la plus grosse prise du jour. Cent quatre-vingt-huit centimètres, bravo. »

Kanon secoue en rigolant une mèche de cheveux où trône le leurre de plastique. Rhadamanthe lâche sa canne pour rejoindre son étonnante capture. Ses doigts font un arrêt brusque à quelques millimètres de cette chevelure, puis les dirigent fermement sur le bout de plastique. C'est la première fois qu'il touche ces mèches que rien ne doit pouvoir discipliner. Le contact et à la fois rêche et soyeux, cette chevelure semble prendre vie, se mouvant avec force et s'emmêlant dans le fil de pêche à moins que ce ne soit le vent. Sa main se perd dans ses méandres pour retrouver le crochet de métal, il s'y pique d'ailleurs quand enfin il le retrouve. L'extraire n'en est pas une plus moindre affaire, mais la concentration que l'exercice exige oblitère tout le reste. Reste qui le cueille comme une vague une fois l'hameçon récupéré.

C'est la première fois qu'il est si proche de Kanon, face à face. La première si on occulte l'épisode de leur retrouvaille à l'hôtel que c'est lui qui initie un contact. Et c'est étrange, insolite… Ses doigts tremblent alors que l'ex marina lui prend l'hameçon. Leurs peaux se touchent. Ils sont si proche qu'entre deux rafales de vent il sent son souffle sur son visage.

« Tu as les mains glacées. »

Les yeux du blond se baisse sur sa main enserrée par une autre plus bronzée. L'appât et son crochet ont disparu sans qu'il s'en aperçoit, pour échouer au sol piqué dans un bout de liège. Kanon se décale pourtant il ne lâche pas ses doigts. Il a repris une place plus familière pour le juge dans son dos. Enfin pas totalement, il n'y a plus d'autre distance entre son dos et son torse que celles de leurs vêtements. Un frison plus violent le parcourt entre ses bras qui l'enserrent. Il a le souvenir fugitif mais bien présent d'une autre étreinte, douloureuse, mortelle. Un tiraillement le ramène au présent, il s'est mordu… Pourtant les bras qui l'entourent n'ont rien d'oppressants, ils sont chauds, chauds comme ce torse et cette haleine dans son cou. L'avant-bras de Kanon entre un peu plus dans sa chair, le ceinture presque.

« J'ai envie de t'embrasser. »

Les yeux du blond se sont ouverts plus grand à ces mots. Il s'est figé. Le temps semble s'être miséricordieusement arrêté. Et puis il le sent, ce contact sur sa nuque, à la lisière de ses cheveux.


Dans la salle de repos qu'utilisent les juges, Eaque fait les cents pas. Cella commence à faire un moment d'ailleurs, avec un soupir Minos referme le journal qu'il tentait de lire. S'il y réfléchit bien depuis quelques semaines son demi-frère est agité. Plus encore lorsque Rhadamanthe est en vadrouille. Et bien qu'ils se partagent une partie des jugements du blond en son absence, que le surplus de travail n'est pas un plaisir, il ne justifie pas un tel agacement. Donc c'est autre chose qui conduit l'oiseau infernal à un état proche de la rupture. Par précaution il pose les feuillets sur la table qui lui fait face.

« Eaque ? »

« Minos » Raille le brun avec mauvaise humeur.

« Qu'est ce qui me vaux la joie de subir ton caractère des plus plaisant ? Qui c'est évident. Mais le pourquoi ? »

« Rhada. » Le Garuda reprend sa marche comme un fauve avant de flaquer un coup de pied dans une chaise.

« Deux mois ! deux mois ! »

« Oui et si cela lui convient, j'y vois aucun inconvénient. »

« Et l'autre bordel ! il a pas de libido où quoi ? »

« Là je te suis plus ? »

« Minos puisqu'il faut te faire un dessin. Deux putains de mois pour un bisou ! »

Le Griffon a récupéré précipitamment sa tasse de café, et grimace face aux restes de la tables.

« Ils ont besoin d'un peu de temps. Enfin Rhad en a besoin. »

« Non mais sérieux ! deux mois ! un bisou ! Pourquoi pas six pour enlever une chemise et un an pour le pantalon ? »

« Ils y vont par étape, lenteur est mère de sureté. »

« Si je comprends. Pour le prendre chaque semaine il met un centimètre de plus. Jusqu'à ce que tout y soit. »

« Bha voilà ! Une sorte de coït homéopathique. »

« A ce train là ils sont pas prêt de vider la boite ! Je me demande ce qui me retient de le paquer contre son lit et de m'en charger. »

« Que je vous ramasserais tous les deux en pièces, que ça ferait mauvais effet sur nos troupes, et qu'il ne t'adresserait plus jamais la parole. » Enumère le griffon.

« Minos me dit pas que Rhada n'est pas attirant. Explique-moi comment un type peut ronger son frein à ce point. »

« Visiblement il est moins impulsif que toi. »

Le Garuda semble s'être un peu calmé, il s'est adossé au mur les bras croisés.

« Et puis il est payé pour ça. »

« Pas certain. J'ai réglé le premier rendez-vous. Quand j'ai contacté l'agence comme je n'avais pas reçu d'autre facture j'ai appris que c'était la seule. J'ai fouillé les bureaux rien. Comme s'il n'avait jamais travaillé pour eux. Mais ils se voient. »

« Ils ont sans doute un arrangement. Rhad le paye assez bien pour avoir l'exclusivité, où il a changé d'agence. »

« On parle de Rhada là. Tu le vois capable de s'occuper de ces détails ? »

« Lui non. Mais le prostitué oui. Il doit joyeusement le plumer. »

Le Garuda soupire.

« Minos tu te souviens de ce chevalier ? Celui qui t'a vaincu, le poisson. »

« Oui. »

« Si on te le mettait dans ta chambre, vulnérable, incapable de se défendre t'en profiterais. »

Le Griffon imagine rapidement la scène et une lueur malsaine lubrique et sadique s'allume dans son regard.

« Tu te le ferais, et plus il se débattrait et couinerait de douleur plus tu aimerais ça. »

Eaque le connait sur ce point ils sont semblables. Mais tout cela n'a rien à voir avec son frère blond. Enfin puisque le sujet semble clos Minos se lève. Il vient de sentir le cosmos de Rhadamanthe devant la porte. Et il vaut mieux pour tous se remettre au travail.

Resté dans la pièce Eaque voit son demi-frère se servir un café. Lorsqu'il est passé près de lui son odeur iodée lui a arraché un sourire. Le Blond s'est changé mais n'a pas pris le temps de se laver. Même si aurait préférer le retrouver puant le sexe et la luxure, ce n'est sans doute pas si mal. Enfin Rhada restera toujours Rhada, il ne faut pas trop lui en demander. Minos a certainement raison.

« Alors cette matinée avec Kanon ? »

Le blond hoche le menton sens doute réfléchit il à la réponse qu'il va donner.

« Kanon ? »

Le Brun se mord la langue, il n'avait pas senti Minos revenir sur ses pas.

« Oui les canons pour le Garuda ship, je demandais son avis à Rhada. Mais si tu veux m'apporter tes lumières. »

« Est-ce vraiment d'actualité ? »

Le brun hausse les épaules avant d'emboiter le pas au deux autres en direction des salles de jugement.

(A suivre)