Chapitre 3

On rencontre parfois son destin sur la route qu'on avait pris pour l'éviter…

J'ai dix-huit ans. Le temps est passé tellement rapidement. Je n'ai pas pris le temps d'écrire. Enfin plutôt, je n'avais rien à raconter. Ma nouvelle vie est tellement ennuyeuse soit dit en passant. Je passe mon temps à voyager, de ci de là. Cherchant à boulot. Mais pas n'importe lequel.

Moi, je suis née pour détruire et je dois remplir ma mission.

On m'emploie la plupart du temps en tant que mercenaire. Pour éliminer des « gens ». Bien entendu, je ne le fais pas gratuitement et j'ai mes règles.

En premier lieu, je ne tue pas n'importe qui et je veux de bonnes raisons pour tuer quelqu'un.

Deuxièmement, je veux quelque chose en échange. Et pas seulement de l'argent.

C'est ainsi que j'ai réussi à avoir une épée forgée dans le souffle d'un dragon. Une arme magnifique. Dotée d'une légèreté incroyable et capable de trancher n'importe quoi. Elle coupe les os comme du beurre.

Quand on a goûté à l'art de tuer, on ne peut pas s'arrêter.

J'ai arrêté de compter le nombre de personne mort sous ma lame. Ou brûler vif. Parfois les deux en même temps.

Bref.

Mes pouvoirs se sont accrus. Tellement que s'en ai presque effrayant. Enfin, si j'étais capable de ressentir un quelconque sentiment de peur. Pourtant, je peux la voir dans les yeux des autres. Ma simple vue les terrifie. Je ne peux pas dire que j'aime ça. En réalité, tout ceci me laisse complètement de marbre. Je me fous de ce que pensent les autres. Et l'effet que je provoque chez les autres m'importent peux.

Tant qu'ils ne se mettent pas en travers de mon chemin et qu'ils ne menacent pas ma survie, bien entendu.

J'ai bien changée. Je suis une adulte, à présent. Mes cheveux ont tellement poussé que je suis obligée de les garder attachés, au risque de les voir former une sorte de vague rouge rubis. Les rondeurs de mon enfance ont disparus pour laisser apparaître un visage marqué par mon passage à l'âge adulte. La cicatrice, elle, est toujours là. Elle ne s'en ira jamais. Elle fait partie de moi, d'une certaine façon. Elle est mon passé, mon présent mais également mon futur. Elle est la seule chose que ne met jamais offerte la femme qui m'a donnée ma vie, provoquant au même moment, sa mort.

Triste réalité.

J'ai grandi. Aussi bien physiquement que mentalement. Je suis plus grande que la majorité des femmes et cela ne me dérange aucunement. Je suis habituée désormais, à être différente des autres. Ma poitrine s'est développée, attirant la jalousie de mes « semblables ». Mais je l'ai déjà dit, cela ne m'importe pas. J'aurais pu être un furoncle humain que cela n'aurait rien changé.

A l'intérieur, je suis pourrie jusqu'à la moelle.

Parfois, je me regarde dans la glace et me demande si j'ai toujours été comme ça. Surtout au niveau du regard. Des yeux jaunes ressortant d'une peau étrangement laiteuse et couvertes de cicatrices en tout genre. Ses yeux sont vides de sens et de vie. Comme si je n'avais pas d'âme. Rien d'autre qu'une coquille vide qui n'a besoin que d'un cœur à battre pour survivre.

Après tout, c'est son boulot, pomper le sang.

Cela fait dix-huit que je suis ici et pourtant, je n'ai toujours pas de nom. Je suis celle que l'on surnomme « la femme à la cicatrice », « la démone rouge ».

Mais mon préféré reste « l'arracheuse de vie ».

Nom bien choisis puisque j'ai passé mon existence à détruire mon entourage. Leur vidant de toutes raisons de vivre. Chose que je ne posséderais jamais.

Après tout la vie n'est que le commencent d'une ère qui se termine par la mort.

J'attendais la mienne. Je jouais à un jeux dangereux. Je traquais la mort mais quand celle-ci s'approche de moi, je fuis. Je veux en terminer et en même temps, je sens qu'il me reste quelque chose à accomplir, dans cette vie.

Le problème, c'est que je ne sais pas quoi.

Je déteste les énigmes. Pour la simple et bonne raison que je déteste m'embrouiller l'esprit avec des choses inutiles. Surtout quand ma vie est en jeux.

C'est pitoyable.

- Hey, vous avez entendu la nouvelle !

Sous ma capuche, je lève doucement le regard vers l'homme qui vient brusquement de pénétrer dans le bar, un journal dans la main. Je porte le contenu de mon verre à mes lèvres pour masquer ma curiosité.

- Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi tu cries comme ça ?

- L'île de Tenro à disparut !

Une simple phrase suffit à créer l'émeute dans le bar. Même moi je ne sais plus quoi penser. Il n'est pas facile de détruire une île. Je fronce les sourcils. Qui aurait pu faire cela ? Cela relevait du suicide.

- Et vous devinerez jamais quoi ! Des membres de Fairy Tail ont disparus ! Y paraît qu'ils se trouvaient sur l'île quand elle a été détruite !

J'entends des souffles scandalisés pendant que l'homme commence à énumérer le prénom des victimes.

Fairy Tail… J'en ai déjà entendu parler auparavant. En même temps, il est difficile de ne pas les connaître vu les dégâts qu'ils provoquent. Même moi et mon boulot de mercenaire on fait moins entendre parler de nous. Je n'aime pas vraiment être remarqué en même temps. Raison pour laquelle je me cachais derrière un masque. Parce que je savais que les gens n'aimaient pas ceux qui étaient différents. Raison pour laquelle, nombreux autour de moi souffraient. Seulement, je faisais attention de ne pas les voir ni les écouter.

- Luxus Dreyar.

Dreyar… Ce nom me dit quelque chose. Mais quoi ? Je repasse ce nom dans ma tête une bonne centaine de fois mais impossible de voir un visage sur ce nom. Soudain, un corbeau se posa sur la fenêtre. Ce fut le déclic.

Sans aucune hésitation, je me redresse. Je prends bien garde de poser un généreux pourboire au barman avant de quitter le bar en toute hâte. J'aurais dû y penser plus tôt. Quelle idiote je faisais, parfois.

- C'est qui ce fou ? j'entends quelqu'un demander.

- Personne, répondit un autre.

Je ne pris même pas la peine de me retourner pour répondre. Il a raison, je ne suis personne.

La seconde d'après, je m'envole dans le ciel.

Je n'ai pas d'ailes mais mes flammes me permettent de décoller dans les airs. J'aurais pu apprécier cette sensation de liberté si au fond de moi j'ignorais que j'étais prisonnière à jamais dans un monde sans amour. Un monde où la mort régnait et ou seul les plus forts survivaient.

J'ai grandis dans un monde ainsi construit.

Les corbeaux volent à mes coter. Je ne les ai jamais aimés. Que des charognards. De toute façon, ils me le rendaient bien. C'est alors que je me rends compte que je suis arrivée à mon but.

Raven Tail.

Je grimace avant de pénétrer dans la guilde. Il est là. Avec son stupide sourire narquois qui me donne envie d'en finir avec lui sur le champ. Cet homme ne m'inspire que dégoût.

- Tiens, tiens, mais ne serais ce pas notre jolie meurtrière, ricane-t-il.

« Pas tuer. Pas tuer. » je répète mentalement.

- Maître Ivan, je le salue, froidement.

- Alors que viens-tu faire ici ? Je me doute que ce n'est pas parce que tu as accepté ma proposition…

Ah oui, la fameuse proposition. Celle d'intégrer sa guilde. J'ai refusée. Je déteste les guildes noires et l'homme devant moi ne m'inspire pas du tout confiance.

- Vous m'aviez caché que vous aviez un fils.

Je n'aime pas spécialement tourner autour du pot ce qui déstabilise le mage.

- Vous m'aviez également caché que votre père et lui avaient été tués.

- Je viens tout juste de l'apprendre, figure-toi. Et ça m'étonne que tu t'y intéresse. Je croyais que tu ne pensais qu'à toi…

Il pense pouvoir me blesser mais sa remarque me laisse complètement de marbre. Il peut bien penser ce qu'il veut, j'en ai totalement rien à faire.

- C'est vrai. Je m'en fiche. La seule que j'aimerais savoir c'est comment une île entière avec une bonne vingtaine de mages peut-elle être aussi facilement détruite.

Il ferme les yeux. Mais pas par tristesse. Seulement pour éviter mes yeux.

Il a peur de moi.

- On raconte que c'est un dragon qui a fait ça.

Surpris générale. Et c'est un vrai miracle chez moi. Au moins aurait-il le mérite de se vanter d'avoir réussi à me surprendre, moi, l'arracheuse de vie. Une démone.

- Et pas n'importe lequel, continue-t-il en souriant narquoisement.

- Arrêtez de me faire languir et cracher le morceau. Ne m'obliger pas à utiliser la force.

- Acnologia, lâche-t-il platement sans faire attention à mes paroles.

Je suis tétanisée. Essayant de comprendre ce qu'il vient de me dire.

- Acnologia ? je répète.

- Lui-même.

- Mais je croyais que les dragons avaient disparus ! je m'écrie. Que ferais le roi des dragons chez nous.

- Il semblerait que l'ancien maître de Fairy Tail l'ait invoqué.

Je pousse un soupir. Cette histoire commence déjà à me gaver. Le dragon du chaos, rien que ça. Tu m'étonnes qu'ils n'aient pas réussis à le vaincre.

- Il y a un truc que je ne comprends pas…

- Et quoi donc ?

- Vous ne semblez pas triste.

- Pourquoi le serais-je ?

- C'était votre famille après tout.

- Cela fait longtemps que je ne les considère plus comme ma famille, crache-t-il.

Je le regarde. Cet homme qui me dégoûte au plus profond de moi. Je devrais le détruire, je le sais bien mais quelque chose m'en empêche.

Bon après tout, tant qu'il ne se met pas en travers de ma route.

- Faites comme bon vous semble, je sors, simplement.

J'incline légèrement la tête en guise de salut et alors que je m'apprête à quitter la pièce il déclare :

- N'oublie pas que tu peux toujours faire partit de ma guilde. Ensemble, nous pourrions conquérir le monde.

- Maître Ivan, avec tout le respect que je vous dois. Je préférais mourir milles morts que de faire partie de votre guilde de malheur.

Il éclate de rire. Et tandis que je traverse la pièce sombre qui lui sert de bureau, il sort entre deux rires :

- A ta place, je ne dirais pas ça. Ton vœu pourrait très bien se réaliser plus tôt que tu ne le penses…

Et au fond de moi, une petite voix me chuchote :

« Cet homme est comme toi. »