Chapitre 4 : Un travail en trop
Shikamaru n'arriva pas trois minutes avant l'examen, mais trois heures. Seulement, il se garda bien de signaler sa présence à Temari. Malgré l'envie qu'il avait de travailler avec elle – cette mission devait lui mettre les neurones à l'envers, s'il commençait à vouloir travailler – il devait prendrait des précautions s'il voulait être en mesure de garder un œil sur Sakura sans que son travail d'examinateur en pâtisse. Il prit la peine de baliser toutes les sorties de l'auberge dans laquelle ils étaient logés avec un marquage lié à sa spécialité : les ombres. Basés sur le principe des parchemins explosifs, ses bouts de parchemin s'activaient si l'ombre dans laquelle ils étaient placés s'agrandissait parce que mêlée à une ombre d'animal ou de personne. Sans posséder des capacités de senseur, Shikamaru était ainsi capable de surveiller des périmètres éloignés de sa véritable localisation. L'auberge garantissait naturellement des ombres – générée par les plantes, les portes, les meubles.
Si le système fonctionnait parfaitement bien à Konoha au vu des arbres qui poussaient dans la région, il était difficile à mettre en œuvre à Suna qui était entourée de sable, sinon Shikamaru en aurait également placé en dehors de la ville. Il avait inspecté les environs de Suna en espérant vaguement trouver un moyen de compenser l'absence d'ombre, mais le seul moyen de générer une ombre dans l'étendue désertique entourant le village était trop visible. Il avait dû renoncer.
Au-delà de tout ce qui lui avait été confié, Shikamaru ne se souvenait que trop bien de ce qui lui était arrivé lors de son propre examen chunin. Orochimaru était intervenu et avait marqué Sasuke Uchiwa. Il fallait absolument éviter que le même type d'erreur se reproduise, puisque l'Uchiwa rôdait, et Shikamaru ne manquerait pas à son devoir. Puis, il sourit en se rappelant de ses souvenirs de l'époque. C'était la première fois qu'il avait rencontré tous ses amis les plus chers, et certains dans d'assez mauvaises conditions, à commencer par Temari.
Repoussant la nostalgie qui menaçait de le distraire, Shikamaru se dirigea vers le lieu de l'examen, en se demandant si, au moment du tournoi, Sakura aurait une place dans la tribune d'honneur en tant que disciple du Hokage. Il espérait que ça ne soit pas le cas. Les choses étaient déjà suffisamment malaisées pour rajouter encore des paramètres contradictoires.
Il était parvenu au bâtiment où se déroulerait la première épreuve. Une jeune femme aux cheveux blonds l'attendait devant les doubles portes du complexe. Son éventail était fermé, signe qu'il avait peut-être une chance de la saluer à peu près calmement. Mais dès les premières paroles de Temari, Shikamaru comprit qu'il n'en était rien :
- Bonjour, Shikamaru. Tu es presque à l'heure. Tu vas bien ?
Sa voie, d'apparence polie, sembla particulièrement violente au pauvre maître des Ombres.
- Oui, merci. Et toi ?
- Très bien… heureusement que Sakura était à l'auberge ce matin, parce que sinon je…
Sentant que les jours qui arrivaient promettaient d'être mouvementés s'il ne trouvait pas rapidement une répartie, Shikamaru commença :
- J'avais des choses à faire…
S'il avait compté sur la sollicitude de Temari, c'était raté, car elle répondit fermement :
- Comme inspecter tout l'extérieur de Suna ce matin ? Toi, le flemmard ?
Shikamaru ne savait même pas s'il avait vraiment espéré duper Temari. Il hésita sur la réponse. Voyant qu'elle avait vu juste, Temari déploya son éventail d'un geste tellement rapide qu'il en fut flou. Shikamaru ferma les yeux et mit ses mains dans leur position favorite. Temari n'était pas une jonin pour rien. Elle l'avait été avant lui, et ses techniques étaient redoutables. Mais ce qui l'ennuyait le plus dans cette histoire, c'était qu'elle semblait déçue. Or, pour rien au monde Shikamaru n'aurait voulu descendre dans son estime. D'une voix toute aussi ferme que la sienne, il répondit :
- J'ai été chargé par mon Hokage d'une série de modalités différentes des autres fois. Et ça passe par un changement de repérage, d'abord général, de…
Temari ferma son éventail d'un coup sec et le coupa :
- Nous allons être en retard, et je n'ai pas envie que ce soit à cause de toi !
Toute personne connaissant mal Temari aurait pensé qu'elle lui en voulait, mais Shikamaru savait qu'il n'en était rien. Temari n'était pas faite de douceur et de bonté ; sa féminité s'exprimait autrement, caractérisée par ses manières directes mais énergiques et ardentes. Et si elle se permettait de le couper, c'était qu'elle considérait que le chapitre était clos. Il sourit et entra dans le bâtiment où les autres examinateurs les attendaient.
Prenant son air le plus ennuyé, Shikamaru fit face à la soixantaine de gamins qui voulaient devenir chunin. Ses responsabilités en tant qu'examinateur lui paraissaient plus lourdes chaque année. Mettre en place un examen suffisamment difficile pour recaler ceux qui n'avaient aucun avenir se révélait aussi ardu que d'éviter les morts qui survenaient chaque année. Et comme responsable, Shikamaru détestait devoir écrire les lettres annonçant aux parents que leurs enfants étaient… morts au combat. Il admirait Temari qui faisait carrément le déplacement jusqu'aux familles de Suna concernées par une telle nouvelle. Au début, il avait pensé que Temari était plus appropriée que lui pour ce genre de missions, parce que c'était une femme. Puis, il avait réalisé – à sa plus grande honte – que c'était parce qu'elle avait plus de courage que lui. Elle était capable de faire face à la gamme d'émotions auxquelles étaient exposés ceux qui avaient perdu un enfant.
Il regarda les jeunes ninjas qui portaient fièrement les bandeaux de leur village. Combien mourraient, cette année ? Combien de Suna ? Combien de Konoha ? Espérant que les épreuves qu'il avait choisies – car dans l'ensemble, c'était lui qui faisait la conception des épreuves de l'examen – seraient adaptées, il commença :
- Bonjour à toutes et à tous. Je suis Shikamaru Nara, de Konoha.
C'était souvent lui qui dirigeait l'épreuve psychologique. Ses déductions lui permettaient de trouver les points faibles des aspirants en cours de route. Il savait qu'il en avait brisé certains par le passé, tout comme il espérait qu'il avait fortifié les convictions d'autres. Cette épreuve, la première de l'examen chunin, était peut-être la plus importante. Ibiki Morino le lui avait dit : la torture physique ne donnait aucun résultat. C'était la torture psychologique qui constituait le réel danger lorsqu'un ninja était capturé par l'ennemi. Tous ceux qui y étaient passés étaient unanimes pour dire que les tortures physiques faisaient dire tout et n'importe quoi. Faire craquer quelqu'un, surtout quand on avait un Yamanaka dans ses cartes, se révélait bien plus productif. Un jour, ils avaient même hésité à impliquer Ino dans la conduite des examens. Mais elle avait refusé en disant que montrer les techniques de son clan à des genins revenait à s'exposer stupidement – et Shikamaru ne pouvait pas lui donner tort. Mieux un secret était gardé, plus il était puissant. Et donner à étudier les techniques Yamanaka aux autres villages, même alliés, même sous prétexte de sélectionner les futurs chunins, c'était déraisonnable.
- Vous allez être appelés par équipe dans la salle adjacente pour la première épreuve. Les détails vous seront donnés une fois la porte fermée. Pour rappel, vous pouvez arrêter l'examen chunin quand vous le souhaitez. Si vous cessez de suivre les consignes de l'examinateur, cela revient à déclarer forfait.
Les gamins avaient déjà signé la décharge concernant leur éventuelle mort en cours d'épreuve. Shikamaru se dirigea lentement vers la salle. Aussitôt, deux chunins de Suna se placèrent dans son ombre, l'un à droite et l'autre à gauche. Ils seraient les témoins silencieux et effrayants de l'épreuve. Il entra dans la salle d'examen, referma la porte derrière lui, s'installa au bureau, puis entendit Temari appeler la première équipe. La porte s'ouvrit sur trois genins d'Ame, deux garçons et une fille, comme d'habitude. Il les invita à s'asseoir face à lui – ils transpiraient le stress jusqu'à lui, c'en était déjà lassant – et commença calmement :
- Avant de commencer l'épreuve, il y a un point disciplinaire à régler avec vous. Je sais que vous êtes d'un autre village et que c'est sans doute la première fois que vous mettez les pieds à Suna, mais l'un de vous s'est cru assez malin pour dérober un rouleau aux marionnettistes.
Shikamaru les transperça d'un regard froid et indifférent, sachant que les genins étaient trop abasourdis pour oser le couper. Il commenta :
- C'était d'une stupidité sans bornes, en particulier dans un territoire sur lequel vous n'êtes qu'invités. L'unique signature de chakra laissée sur place a été identifiée comme faisant partie de votre équipe et vous n'avez été épargnés que parce que c'est sur l'honneur du Kazekage que vous êtes, justement, invités.
Il posa ses deux mains à plat sur le bureau, faisant sursauter les trois gamins.
- Je vous donne maintenant trente secondes pour me restituer le rouleau, désigner le coupable et me donner le nom du commanditaire. Seul le coupable sera puni, les deux autres pourront continuer l'examen. Si vous ne dites rien, passé ce délai, vous serez tous trois exclus des examens chunin pour toujours.
L'équipe d'Ame ne perdit pas de temps. Les trois se reculèrent violemment et se mirent en position de garde, tandis que l'un des trois commençait lentement :
- Cette accusation est infondée. Nous n'aurions jamais attenté aux secrets de Suna pendant les examens chunin. Nous sommes ici pour…
- Vingt, dix-neuf, dix-huit…
La fille perdit les pédales. Elle hurla :
- Vous devez nous croire ! Nous ne savons rien ! Nous n'avons même pas le niveau pour dérober quelque chose aux marionnettistes !
- Dix, neuf, huit…
- C'est injuste !
- Six, cinq… livrez-moi celui de vous trois qui a fait ça.
- Jamais ! Vos accusations sont fausses !
- Deux…
Le troisième garçon, qui jusque là était resté silencieux, fit des incantations à la vitesse de l'éclair, jusqu'à provoquer, juste avant la fin du décompte, un genjutsu dans lequel Shikamaru accepta de se laisser prendre pour voir si l'idée du gamin tenait la route. Il se retrouva dans la même salle d'examen, mais avec d'autres genins de Konoha, auxquels il tenait le discours qu'il venait de faire aux aspirants d'Ame. Futé. Avec de l'entraînement, ce type de parade, posé par un expert en genjutsu, pouvait prendre. Shikamaru dispersa le genjutsu.
- Rupture. Pas mal, gamin. Deux erreurs : je t'ai vu faire les signes, ce qui abat ta tentative, et je viens de Konoha, alors je sais que tes genins imaginaires ne viennent pas de mon village.
Il soupira, puis se permit un sourire.
- Ceci étant, ça pourrait potentiellement marcher, alors vous êtes reçus. Vous pouvez sortir par l'autre porte. Rendez-vous à midi aux portes de Suna.
Et il désigna une autre sortie, qui permettait de quitter le bâtiment sans repasser par la salle centrale. Shikamaru ne voulait pas se prendre la tête avec un test plus compliqué. Il ne voyait pas l'intérêt d'éliminer tout le monde dès le premier tour. Sans oser encore y croire, les trois gamins coururent plus qu'ils ne marchèrent vers la porte et disparurent de la vue de Shikamaru.
Le but était de pousser les genins à résister à l'interrogatoire par une technique, n'importe laquelle, susceptible d'améliorer une situation de torture sans tentative de fuite – à moins qu'il s'agisse d'une technique garantissant la réussite de la fuite à 100%. Se retrouver en position d'interrogé était synonyme de faiblesse : en situation réelle, les tentatives de fuite étaient donc systématiquement vouées à l'échec, tandis que semer la confusion était la meilleure chance de préserver et son village et son intégrité physique, en faisant semblant de coopérer ou en livrant de fausses informations. Le bon ninja guettait l'occasion de s'échapper, et ce n'était jamais en cours d'interrogatoire qu'elle se produisait. Il fallait résister à l'interrogatoire avant de songer à s'échapper. Ou pour attendre d'éventuels renforts.
Les genins qui dès le départ inventaient une histoire très plausible et jouaient le jeu jusqu'au bout passaient également. Donner le change en conditions d'interrogatoire valait tout autant. Un ninja devait être capable de jouer un rôle.
Shikamaru passa une longue matinée. Cette situation-type où l'on faisait croire qu'un membre de l'équipe avait déjà trahi pouvait réellement arriver en cas de capture par un village ennemi. À partir du moment où il lançait l'accusation générale, chaque équipe réagissait différemment. Il y avait ceux qui l'attaquaient de front – disqualifiés, ceux qui hurlaient au mensonge sans rien faire de productif – disqualifiés, ceux qui passaient les trente secondes à s'engueuler – disqualifiés, ceux qui lui livraient le plus faible de l'équipe – disqualifiés, ceux qui tuaient un membre de l'équipe au nom de leur fidélité à l'amitié entre Suna et leur village. Cette équipe-là laissa un arrière-goût amer à Shikamaru. Si le genin responsable de la mort de son coéquipier avait été de Konoha, il l'aurait recalé. Mais les villages avaient chacun leurs priorités pour cette première épreuve. Konoha acceptait des comportements condamnés par plusieurs autres villages et vice-versa. Apparemment, à Taki, tuer son coéquipier de sang-froid pour protéger de l'information était valorisé. Quel merdier…
Onze équipes passèrent le test de Shikamaru. Il mangea son repas de midi plongé dans ses pensées – et dans la mission foireuse que son Hokage lui avait donnée – en espérant que Sakura ne fasse pas de mouvement trop audacieux pendant qu'il gérait les examens. Il ignora la sollicitude de Temari, qui avait sûrement deviné que la mort du gamin l'avait écœuré. Beaucoup trop subtile pour son propre bien, celle-là. Il se dirigea d'un pas lourd vers les murailles de Suna avec les autres examinateurs et retrouva les genins qui avaient passé la première épreuve. Ce n'était plus à lui de mener les épreuves. Il se contenta de se reculer et d'observer Temari prendre la place.
- Deuxième épreuve. Vous pouvez toujours abandonner après avoir entendu les consignes, bien entendu. Ici, pas de tour de passe-passe. Vous êtes forts, ou vous êtes faibles.
Shikamaru retint un soupir à sa présentation violente de l'épreuve. Temari débordait d'assurance. Le modèle de force qu'elle offrait aux aspirants en inspirerait plus d'un. Sa gestuelle était vive et expressive tandis qu'elle expliquait la suite :
- Chaque équipe va être emmenée par un examinateur à proximité de Suna et larguée dans le désert. Vous devrez revenir dans un délai de quarante-huit heures, avec un artefact en pierre que nous placerons à mi-parcours. Nous en avons placé cinq à des endroits qu'il vous appartient de trouver. Vous savez ce que cela signifie : tout au plus quinze d'entre vous se qualifieront pour la suite des épreuves.
Un murmure mécontent parcourut les aspirants. Temari haussa l'un de ses sourcils, puis lança :
- Peur de ne pas être dedans ?
Même pas besoin d'être menaçante, songea Shikamaru. C'était presque pire : Temari n'avait même pas besoin d'avoir recours aux menaces physiques. Le mépris dont elle inondait en cet instant les genins qui avaient osé murmurer les atteignait bien plus. Elle attribua ensuite chaque équipe à un examinateur. Shikamaru se vit assigner l'équipe d'Ame qui avait été la première à passer son test. Il sortit un parchemin de sa veste et le déplia au sol. Il demanda aux genins de se donner la main, attrapa celle du plus proche, puis plaqua une main gonflée de chakra au centre du sceau inscrit sur le parchemin. Ils se retrouvèrent tous les quatre à l'endroit exact où les examinateurs, quelques jours auparavant, avaient placé le parchemin-réponse au parchemin maître, que Shikamaru avait déplié à Suna. Il regarda les aspirants, leur souhaita intérieurement de ne pas mourir, fit un bref signe de tête, puis lâcha la main du genin. Il sortit un autre parchemin de sa veste et retourna vers Suna par le même procédé.
Pour créer ces sceaux, qui n'étaient utilisables qu'une fois, tous les examinateurs utilisant des invocations avaient travaillé ensemble. Le sceau avait été tracé avec le sang des invocateurs habituels et faisait directement appel à leur animal, afin de transiter à toute vitesse à travers eux jusqu'à l'endroit désiré. Il avait d'abord fallu obtenir l'accord de toutes les invocations – même celles aussi bornées que Kamatari, qui estimait qu'elle n'était pas une bête de somme. Ensuite, les experts en fûinjutsu avaient dû travailler dur pour combiner dans les sceaux vitesse, précision et capacité de transporter au moins quatre personnes, dont un ninja du niveau jonin.
Le résultat est appréciable, songea Shikamaru en réapparaissant à Suna. Autour de lui, les examinateurs revenaient un à un. Il monta avec eux au sommet des murailles de Suna. Les aspirants étaient encore trop loin pour qu'ils puissent être visibles. Tant mieux. C'était tout le temps qu'il pourrait passer à regarder les nuages – pour peu que Temari ne vienne pas lui annoncer une urgence à régler.
Cette épreuve comportait plusieurs difficultés, la plus grande étant sans doute d'apprendre à se diriger dans le désert. Les genins de Suna étaient clairement avantagés, mais pas plus que l'étaient ceux de Konoha quand l'examen se déroulait dans la forêt. Ainsi allait la chance – ou la malchance – des examens chunin. Les genins avaient intérêt à rapidement comprendre que le meilleur moment pour se déplacer dans le désert, c'était la nuit – la pleine lune offrait un très bon éclairage et leurs yeux ne seraient pas éblouis. Passé ce point, ils devaient optimiser leur utilisation de l'eau et compenser avec le chakra. Le troisième problème était sans conteste celui des températures. Les sommets qui allaient être atteints dans les heures à venir – les plus chaudes de la journée – leur feraient perdre eau et volonté. Venait ensuite la charmante rencontre avec les habitants du désert et leur poison. Aux genins de s'assurer qu'ils ne dérangeraient ni scorpion, ni araignée, ni serpent, ni rien de rampant pendant leur repos – s'ils étaient intelligents, ils avaient déjà compris qu'il valait mieux attendre la nuit. La nourriture ne serait pas un problème pour les plus prévoyants, ceux qui transportaient des rations de base dans leurs besaces. Les autres devraient en plus partir en chasse.
Shikamaru savait toutefois que les gagnants ne respecteraient vraisemblablement pas ces précautions. Comme l'avait dit Temari, les forts pourraient passer outre. C'était la différence entre les prodiges et les bons ninjas. Il se demanda vaguement si les élèves de Genma Shiranui connaissaient la technique de téléportation de Hokage le Quatrième. Eux auraient la capacité de déplacement, mais il leur faudrait tout de même retrouver les artefacts. Et là, ils auraient besoin des capacités d'un ninja traqueur.
Les heures s'écoulèrent paisiblement. Temari vint s'accouder à la muraille à ses côtés, tranquillement, comme si c'était tout à fait normal. Vers la fin de l'après-midi, la maîtresse du vent se redressa, inspira et expira plusieurs fois, avant de sortir son éventail et de sauter de la muraille, se réceptionnant souplement devant Suna. Elle commença à tourner sur elle-même, déployant son immense éventail dans plusieurs directions opposées à Suna. Les mouvements amples qu'elle faisait ressemblaient presque à une danse. Et petit à petit, le sable lui répondait. Face à elle, devant Suna, une tempête commença à se former. Temari accéléra encore, jusqu'à crier :
- Kuchiyose no Jutsu ! Danse du Faucheur !
Sa fidèle belette Kamatari apparut et s'élança, emportant avec elle tempête et sable… dans la direction des aspirants. Le calme revint devant les murailles de Suna. Shikamaru eut une moue appréciative. Comme il s'agissait d'une des plus vieilles attaques de Temari, elle était capable de parfaitement doser sa puissance. Cette tempête n'était pas destinée à tuer. C'était une tempête qui ralentirait les plus forts et freinerait les plus faibles. Dans une heure tout au plus, la tempête se calmerait. Et les genins encore en état reprendraient leur route…
Temari, tout en vérifiant que tous les examinateurs et instructeurs étaient bien sur la muraille, se permit de repenser à ce qui était arrivé avant le début des épreuves. Elle se souvenait très bien de l'arrivée de Shikamaru, de sa surprise de le voir aussi efficace et décidé pour inspecter les environs de Suna. Comme s'il cherchait quelque chose, mais Temari n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. C'était pourtant l'équipe de Naruto Uzumaki, dont Sakura Haruno faisait partie, qui avait été désignée pour la mission concernant l'Uchiwa… Qu'est-ce qui poussait Shikamaru à se comporter de façon tellement anormale ? Il semblait en alerte, comme s'il allait arriver quelque chose de grave.
Temari sentait bien qu'elle n'était pas dans le secret, et ça la vexait presque de réaliser que Shikamaru ne lui avait pas dit ce qui le préoccupait. C'était normal, puisqu'il n'avait aucune obligation envers elle, mais la jeune femme était habituée à participer et à s'imposer. Ils étaient amis, non ? N'était-elle pas assez proche de lui pour qu'il lui explique ? Temari soupira et reporta son attention sur l'horizon, guettant l'apparition de points noirs témoignant de la présence d'aspirants. Pour le moment, par égard pour son frère, le Kazekage, elle se devait d'être à la hauteur et de ne pas faillir dans sa tâche. Mais dès que la deuxième épreuve serait terminée, elle s'investirait un peu plus dans la recherche des raisons du changement d'attitude de Shikamaru. Elle était déçue qu'il ait pensé qu'elle croyait sa misérable explication sur les environs de Suna – comme si son Hokage pouvait lui demander de changer les modalités de l'examen en dernière minute... Alors s'il espérait faire cavalier seul…
J'ai toujours trouvé l'examen chunin assez barbare, quand on prend le temps d'y réfléchir trente secondes. Ce sont des enfants qui le passent et qui risquent d'y mourir. Je voulais prendre le temps d'arrêter Shikamaru et Temari sur cet aspect précis du problème, pour voir les solutions différentes qu'ils y apportent. Ces deux-là, au final, ce sont deux manières radicalement opposées de voir le monde. Et ce qui m'intéresse, c'est justement de voir comment parvenir à un terrain d'entente, malgré leur appartenance à deux Villages distincts.
Un autre point sur Shikamaru et les femmes en général. Je considère qu'il a grandi, lui aussi, et qu'il a pleinement pris conscience du fait que le monde était plus large que sa vision étriquée de départ – certainement grâce à Temari. Je pense qu'actuellement, ses sources d'ennui s'étendent à une population bien plus étendue que seulement les femmes…
Merci d'avoir lu !
