Chapitre 2

Carl Langman


Le mois suivant, je me trouvais dans la chambre de Cameron. Ses affaires étaient soigneusement étalées sur le lit dans lequel elle ne dormait jamais, même si je l'avais déjà vue allongée sur le couvre-lit, ses petites mains croisées sur son ventre, paisible avec ses paupières fermées.

À travers la fenêtre grande ouverte, je voyais Trevor, le voisin, tondre la pelouse. Le ciel avait perdu de sa lourdeur et l'air était frais et chaud à la fois. On était au milieu du printemps et dans le jardin, tout était d'un vert éclatant et humide de rosée. La cabane à outils, dans le fond, commençait à s'affaisser. Ses murs de bois vernis étaient criblés d'impacts de balle, là ou Derek s'entraînait au tir.

Sur le lit de Cameron, il y avait deux glock 17, un petit coffre, un exemplaire du Magicien d'Oz en espagnol et le contenu de son armoire à vêtements.

J'étais venu voir si elle avait des nouvelles sur Dakara System, l'entreprise aux trois points qui obsédait ma mère. À la place, elle me dit ceci : "Je pars." Elle était en train de ranger ses sous-vêtements dans une valise noire.

"Tu pars." j'ai répété. "Où ?"

"Partout. Ailleurs. Loin d'ici." elle marqua une pause. "Canada." Elle continua de ranger ses affaires, ignorant ma présence. "Je n'ai plus rien à faire ici."

J'aurais menti si je disais que je ne l'avais pas vu venir.

"Et qu'est-ce que tu comptes faire, dehors ? Traquer Skynet de ton côté ?"

"Ce n'est plus mon combat." Elle arrêta un instant de charger la valise pour me regarder. "Je vais monter un salon d'esthéticienne."

"D'accord." j'ai réprimé un sourire. "C'est ta vocation, hein ? Ça et la chirurgie cérébrale ?"

"Oui."

"Tu devrais commencer à travailler en usine, ce serait plus simple."

Ses longs cheveux caressèrent ses fines épaules quand elle secoua la tête. "Je ne veux pas travailler avec des machines."

"Très bien."

"Tu me passes l'album, là ?"

"Où ça ?"

"Sur le bureau."

"Je ne vois pas."

"C'est devant toi, John."

C'était un grand carnet noir. Je l'ai ouvert. À l'intérieur, il y avait des photos. De Cameron et de moi, quand on était à la plage et que je l'avais enterrée dans le sable, puis jetée dans l'eau. Des photos de Sarah aussi. Plusieurs pages étaient réservées à Derek, quand il prenait Cameron dans ses bras sans arrêt parce qu'il avait un peu trop bu. Des photos de Cameron avec le bébé de Kacy, et des photos de groupes avec les filles du lycée. Il y avait une où elle était assise sur l'épaule d'un Steve-Brian quaterback.

Je ne connaissais aucune de ces photos et ça m'a étrangement peiné.

J'ai refermé l'album et je l'ai passé à Cameron, qui l'a rangé sans un mot dans la valise.

Elle resta à la maison quelques jours de plus. J'ai longtemps cherché un moyen de la garder ici, mais je n'ai rien trouvé. Je voulais lui dire que ce qui comptait, c'est qu'elle était là.

Je n'avais pas besoin qu'elle me suive et me protège, qu'elle cherche à me faire plaisir, ou qu'elle patrouille sans cesse là maison. Je n'avais pas besoin qu'elle me fasse la conversation si elle n'avait pas envie, ou qu'elle me demande la permission de quitter la maison une nuit pour faire Dieu-sait-quoi. J'avais juste besoin de savoir qu'elle était là.

Le jour de son départ, un homme est arrivé.

C'est à ce moment là que la donne a changé.

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